00:00 On le voit pas assez ça au cinéma.
00:02 Et même dans la société, il faut toujours avoir des certitudes.
00:04 T'es pour ou contre le vaccin ? T'es pour ou contre ci ? T'es pour ou contre ça ?
00:06 T'en penses quoi de cette poémie ?
00:08 En fait, des fois, t'as le droit de pas savoir.
00:10 J'aimerais revoir mon frère.
00:11 J'ai pas envie de le croiser par hasard.
00:13 Enfin, je veux le voir pour être sûr de pas le croiser par hasard.
00:16 J'ai été agressée dans le supermarché dans lequel je travaillais il y a 5 ans.
00:19 Je suis là pour vous dire ce qui se passe pour les victimes quand vous commettez ce genre de choses.
00:22 Justice reconstructive, c'est une justice qui crée un espace de parole
00:27 entre des agresseurs et des victimes,
00:28 soit d'un même fait, donc en face à face,
00:30 où il y a une médiatrice qui nous prépare, comme mon cas,
00:33 enfin le cas de mon personnage.
00:35 Et ça peut aussi exister, un autre dispositif, c'est en groupe.
00:38 Donc une dizaine de personnes encadrées aussi par des gens
00:42 de l'aide de l'association aux victimes, ou des bénévoles,
00:44 ou des gens diplômés à ça.
00:45 Et dans le groupe de parole, c'est des gens
00:48 qui sont concernés, des agresseurs et des victimes,
00:51 pas de la même affaire, mais par la même typologie d'effet.
00:54 Violence conjugale, agression sexuelle.
00:56 C'est pas forcément le pardon qu'ils recherchaient à travers ça, tu vois.
00:58 C'est des fois, tu te tues pendant des années à essayer de comprendre quelqu'un,
01:01 à se dire "mais pourquoi il a fait ça ?"
01:03 Et d'arriver à peut-être soupçonner pourquoi il a fait ça.
01:06 Ou pire, des fois, je pense qu'il y a des rencontres
01:08 où il y a des gens qui se disent "putain, c'est marrant,
01:09 je viens d'avoir toutes les réponses aux questions
01:11 que je me suis posées depuis des années,
01:12 mais c'est pas ça qui va me guérir."
01:14 Mais j'avoue que ça m'a passionné.
01:15 Et Jeanne, c'est quelqu'un qui connaît extrêmement bien son sujet,
01:17 elle est diplômée, elle pourrait être médiatrice.
01:19 Et je pense qu'elle a et son amour du lien et des mots
01:22 qui l'a conduit à ça et son grand intérêt pour le cinéma
01:24 où c'est un immense terrain de jeu du coup.
01:26 Elle est très précise Jeanne, c'est un vrai chef d'orchestre,
01:29 c'est quelqu'un qui sait mener sa troupe,
01:30 qui est hyper animée, super bienveillante.
01:33 Du coup, moi je suis assez docile sur un plateau.
01:35 Donc je me suis vachement laissé porter par le regard de Jeanne
01:37 et celui d'Élodie, parce que c'est quand même la personne
01:39 à qui je me confie durant tout le film.
01:41 Déjà dans la vie, comme au cinéma,
01:42 quand t'as pas vécu quelque chose,
01:44 tu peux que essayer d'imaginer la douleur des gens,
01:46 mais tu peux pas la ressentir.
01:47 Alors heureusement, il y a tout le texte et la direction de Jeanne
01:49 qui t'y amène.
01:50 Déjà, elle te laisse jamais t'échapper du texte.
01:52 Tu vas pas dans tes zones de confort à dire genre ou en fait.
01:54 Elle me dit non, tu suis mon texte, même mes virgules.
01:57 Mais il est tellement bien écrit que c'est ça le refuge en fait,
02:00 c'est ça qui est rassurant.
02:01 Du coup, c'était beaucoup de choses nouvelles pour moi
02:04 et évidemment que t'as toujours un peu la pression,
02:06 surtout quand tu travailles autour de gens aussi immenses
02:09 que les gens qui m'ont entouré sur ce film.
02:11 Mais quand c'est de la bonne peur, c'est bien.
02:13 Elle est nuancée Jeanne, tu vois.
02:15 C'est quelqu'un qui a horreur des camps, des polémiques
02:18 où faut choisir un camp, où il n'y a pas d'humanité,
02:20 où c'est pour ou contre.
02:21 Et tu vois, ce que j'adore aussi dans ce scénario,
02:24 c'est que des fois mon personnage, il dit je sais pas.
02:26 Et on le voit pas assez ça au cinéma.
02:28 Et même dans la société, il faut toujours avoir des certitudes.
02:31 T'es pour ou contre le vaccin ? T'es pour ou contre ci ?
02:32 T'es pour ou contre ça ? T'en penses quoi de cette polémique ?
02:34 En fait, des fois, t'as le droit de pas savoir.
02:36 Ou c'est pire, les gens qui prennent pas parti
02:38 ou qui vont te faire sentir mal d'avoir parlé.
02:41 Et on était d'accord sur le fait, tu sais,
02:42 aujourd'hui c'est toujours un peu délicat de parler de victime.
02:45 J'ai l'impression que les humains, on a plus de facilité
02:47 à être coupable de quelque chose qu'à se sentir victime.
02:49 Il y a tout de suite, là, on monte.
02:50 La culpabilité, la peur de pas choisir ses mots.
02:52 Il y a un truc très bizarre, je trouve, autour de moi.
02:54 Même moi, personnellement, de me dire non,
02:56 je veux pas que ce soit une victime, comme c'était péjoratif, en fait.
02:59 Et comme si on avait le fantasme d'une victime
03:01 qui était tout le temps larmoyante.
03:02 Chose que t'as évidemment le droit de vivre.
03:04 Et d'ailleurs, heureusement, mon personnage y pleure dans ce film.
03:06 T'as toujours envie d'être à la hauteur de ton personnage.
03:08 Et Chloé, c'est quand même quelqu'un de lumineux,
03:10 quelqu'un qui est fort, quelqu'un qui veut continuer à aimer.
03:13 On était d'accord sur le fait que c'était quelqu'un qui avait envie d'y arriver.
03:17 En fait, t'avais compris que des petits moments de lumière
03:19 allaient valoir la noirceur du reste.
03:22 Et c'est comme ça que je la vois, en fait,
03:24 comme quelqu'un de très humain qui a envie de s'accrocher à la vie, en fait.
03:29 Sous-titrage Société Radio-Canada
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