00:00YouTube, je ne suis pas encore tombé dedans. J'ai des amis qui regardent comment fabriquer des sabres ou des gens qui jouent aux échecs et tout.
00:08Moi, j'avoue, je ne suis pas tombé dans ça. J'ai des plaisirs. Moi, je vais regarder beaucoup de recettes que je ne ferai jamais.
00:13Et quand je les regarde sur Insta, j'ai l'impression de la manger.
00:15Oui, je comprends. Moi, je suis devenue folle avec Insta au début.
00:18Moi, je me prenais pour une artiste. Dès que je voyais un truc, je faisais la photo, je me disais ça va raconter un truc de moi hyper honnête.
00:25Oui, alors que les gens vont dire que c'est une nectarine.
00:27Et puis surtout, voilà, et un chat, tu vois. Mais surtout, ça finissait par me dégoûter.
00:32Au début, je trouvais ça très pays de oui, oui, parce qu'en fait, en plus, on ne prend que des trucs beaux.
00:36Donc, tu ne vas pas t'amuser à cadrer la poubelle quand tu as juste à côté un ciel bleu et machin.
00:40Tu cadres le ciel bleu, donc c'est déjà faussé. Mais j'ai eu un rapport avec ça complètement addictif et niaiseux et naïf et tout,
00:48et qui a fini par me dégoûter. Et aujourd'hui, c'est, je trouve, déprimant, en fait.
00:53C'est un truc de déprime parce que ça pousse à ce que raconte le film, c'est-à-dire à se comparer à la compétition.
01:00C'est la course après quoi ? Les likes, le nombre de followers, des machins.
01:05Et puis, si, alors, c'est donner compte tout de suite, rendre compte de ce qu'on fait.
01:09Si on n'en rend pas compte, on se dit, mais merde, attends, mais elle n'a rien à nous donner, là.
01:12Elle ne fait rien.
01:13Quand j'ai commencé, il n'y avait pas du tout tout ça.
01:15Il y avait un plaisir de faire et on ne savait même pas ce que ça allait devenir.
01:19On faisait le film dans le plaisir et on n'était que là-dedans.
01:22Et là, maintenant, c'est complètement autre chose.
01:25Je pense, après, c'est un juste milieu où, toi, il ne faut pas que ça t'atteigne.
01:28En fait, si tu fais partie de ce jeu, tu ne peux pas forcément t'en plaindre après.
01:32Évidemment, s'il y a du harcèlement, bien sûr, mais je veux dire, pour moi, au début, j'ai voulu le voir comme un jeu.
01:36D'un coup, je suis tombée.
01:37Enfin, tombée dedans.
01:39Si, on est tombée dedans.
01:40Oui, dans un truc de...
01:42Enfin, comment dire ?
01:44En fait, d'un coup, tu fais un peu ce que les gens attendent de toi.
01:46Et en même temps, tu as envie de parler de tous les sujets.
01:48En même temps, tu as l'impression que ça raconte quelque chose sur ton éthique.
01:51Et puis, en fait, un matin, je me suis rendu compte que même je consommais ça comme une source d'info.
01:54Et là, je me suis dit, non, mais ça y est, en fait, ça va être que pour le travail,
01:57quitte à ce que mes potes avec qui je travaille, ils le fassent pour moi.
02:00Mais ça ne peut pas devenir une source d'information.
02:02Enfin, il y a quelque chose qui, si tu es un peu sensible, te rend quand même presque malheureux.
02:06C'est-à-dire, tu consommes des choses atroces.
02:09Et enfin, tu les consommes, tu les regardes comme ça.
02:11Et après, tu passes à une recette de vrapeau poulet.
02:13Enfin, il y a quand même quelque chose qui t'insensibilise très vite et qui est dangereux.
02:16Et où je pense que le plus important, c'est quand même quitter dans le cercle privé et civique.
02:21Maintenant, je trouve que ça a des bienfaits pour plein de choses.
02:23C'est-à-dire, avant, il y avait des violences qu'on ne pouvait peut-être pas dénoncer,
02:26qui aujourd'hui sont filmées.
02:27Ou ça ne peut pas être corrompu, c'est de l'image, etc.
02:30Enfin, même si ça pourrait être corrompu aussi.
02:32Mais je trouve que ça a des bienfaits.
02:34Moi, personnellement, je ne suis pas forcément faite pour avoir ce rapport.
02:38En tout cas, pas quotidien Instagram.
02:39Le lâcher prise, l'abandon, ce n'est pas trop...
02:42Pour moi, ça va avec le jeu.
02:43Le jeu, c'est ça.
02:44Pour moi, il est le symbole de ce qu'est le jeu.
02:49C'est-à-dire, ne pas se regarder faire, ne pas penser à si ça plaira,
02:53si ça ne plaît pas, si c'est drôle, si c'est pas drôle.
02:55On ne sait pas, de toute façon.
02:56Donc, nous, on est sincère au moment où on joue.
02:58Et je vois bien qu'Adèle, elle est comme ça.
03:01C'est facile de jouer avec elle, parce que, dans ses yeux,
03:03je vois qu'elle croit ce qu'elle dit au moment où elle le dit.
03:06Donc, moi, j'y crois.
03:07Donc, en fait, on était toutes les deux à se croire, quoi.
03:10Et à être ensemble, et à s'arracher la gueule, en vrai.
03:14Mais en se marrant entre les prises, évidemment, avec Quentin.
03:18Et en s'amusant à le faire.
03:19Parce que les personnages sont si bien écrits, si bien décrits,
03:24si bien confrontés, qu'on n'a qu'à se jeter à l'eau
03:28sans savoir ce qu'elle bouffe le soir,
03:30si elle a été élevée comme ça, à la graine ou pas petite.
03:32Enfin, tous les trucs psychologisants qu'on ne fait pas du tout.
03:36En fait, il nous a mis face à face.
03:38Ce face à face était super inspirant.
03:41Puis jouer avec Adèle, pour moi, c'était hyper inspirant.
03:43Donc, c'est hyper facile, quoi.
03:45Enfin, hyper joyeux.
03:48Ce que je préfère du jeu, c'est-à-dire...
03:50Le présent.
03:51Le présent, le lâcher prise,
03:52s'abandonner dans la situation sincèrement
03:55et voir ce qui se passe, quoi.
03:57J'en ai passé une semaine dans ce gymnase enfermé
04:00à faire cette interview.
04:00On avait énormément de textes.
04:03Et ce qui, au début, pouvait paraître un peu vertigineux
04:05de poser nos personnages, on commence par ça,
04:09est devenu...
04:10Ouais, c'est ça.
04:10En fait, c'est un sincère amusement.
04:13Et évidemment que tu ris entre les prises,
04:14avec en plus Jérôme qui dort à côté,
04:16Quentin qui cadre,
04:18mais qui, par exemple, parfois était sur Sandrine,
04:19mais allait me dire,
04:20attends, Adèle, je t'ai entendu, c'est faux.
04:21Tu te dis, waouh, même là, il a ses oreilles partout.
04:23Donc c'est vraiment une construction artisanale
04:26hyper joyeuse, en fait.
04:27Et c'est vrai que parfois, il y a un truc presque injuste.
04:29J'entends beaucoup, oui, Quentin Dupieux, la hype.
04:32Mais en fait, c'est vraiment un artisan
04:34de la créativité, du travail,
04:36qui a une manière unique de faire.
04:38Et c'est peut-être même ça qui questionne ou qui dérange.
04:40C'est ce truc très prolifique, très honnête,
04:43sans se justifier des heures de d'où ça vient,
04:45de pourquoi ça vient.
04:46Et c'est une forme d'énigme aussi que j'aime bien.
04:53Merci.
04:54Merci.
04:55Merci.
04:56Merci.
04:57Merci.
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