00:00 [Musique]
00:26 Alors cette photo, c'est une photo de la crèche qui date de 1952.
00:31 Et moi je me trouvais donc ici.
00:34 Je suis entré à 16 ans et demi à la crèche.
00:36 Je suis un ancien dessinateur des chantiers navals.
00:41 Je me suis retrouvé dans la construction navale et je ne regrette pas.
00:45 Je commençais donc dans la construction navale, avec bonheur aussi,
00:50 mais c'était au chantier de la Gironde à Bordeaux,
00:53 et comme traceur de coque.
00:56 Et de traceur de coque, on m'a envoyé ici, à l'école des dessinateurs, à la crèche.
01:01 J'étais aussi traceur.
01:03 C'était la classe au-dessus un petit peu.
01:05 Puis après c'était dessinateur, puis après il y avait...
01:08 Au-dessus il y avait les ingénieurs.
01:09 Les ingénieurs, tout ça quoi.
01:11 Pour les ouvriers, on était les chiens savants.
01:14 [Bruit de machine à tour]
01:19 Est-ce que c'était encore là ?
01:21 On peut en parler, on a...
01:24 C'est peut-être encore avec les moins chers, non ?
01:26 Ok.
01:27 Donc, le plan d'ensemble, il y a le plan longitudinal,
01:34 le plan horizontal du pont supérieur,
01:39 et le plan du pont deuxième pont.
01:42 Lorsqu'on a commencé à faire des bateaux en fer et en acier,
01:46 il fallait préparer avant.
01:48 Et donc préparer avant, ça veut dire qu'il fallait tracer en vraie grandeur
01:52 toutes les pièces des bateaux,
01:54 et puis les plans de formage et les gabarits de formage.
02:00 Pour que les gens après, quand ils ont l'atoll,
02:03 prennent l'atoll qu'il faut en dimension,
02:05 et après la forment suivant les plans de formage et tout ça.
02:08 [Bruit de machine à tour]
02:13 Ce qu'il fallait aussi, c'est avoir l'imagination
02:18 lorsqu'on changeait de bateau, parce qu'il y avait des carfairies,
02:21 il y avait des transports de produits chimiques,
02:23 il y avait des chalutiers, etc.
02:25 La première étape, c'est le plan, comme ici,
02:27 on a un petit peu le plan d'ensemble,
02:29 avec toutes les parties et tout ça,
02:31 et après, c'est dans des bureaux, il y a les bureaux coques,
02:34 je faisais, donc qui prennent toute la charpente et tout ça,
02:37 qui font en détail, les bureaux machines,
02:40 les bureaux électricité, les bureaux d'aménagement, etc.
02:44 On pouvait dessiner au dixième,
02:47 et après c'était projeté en vraie grandeur sur des espaces.
02:52 Il y a des normes, des normes de représentation,
02:55 des normes d'écriture,
02:57 de façon à ce que, c'est comme une écriture,
03:01 les plans puissent être lus par d'autres à l'extérieur
03:05 qui connaissent donc les normes de dessin.
03:08 [Bruit de planchette]
03:15 J'ai commencé au chantier de Bretagne, c'était très vieillot,
03:20 on travaillait sur des tables avec des équerres,
03:23 et c'était pas évident quand on avait des grands plans,
03:25 il fallait se tourner de l'autre côté,
03:27 enfin, on se mettait à plavanque même des fois.
03:29 Au départ, on faisait au crayon, et après on faisait à l'encre.
03:33 À l'encre, c'était ce qu'on appelait un tire-ligne,
03:36 c'est-à-dire c'était un genre de bec dans lequel on pouvait régler,
03:41 on mettait de l'encre, alors c'était fastidieux
03:44 parce qu'il y avait une petite bouteille avec un genre de compte-gouttes,
03:47 et puis on traçait un trait.
03:49 Et puis en plus, ça ne sèche pas tout de suite,
03:51 alors si on fait un trait et puis qu'on fesse le machin,
03:54 on va "poum" !
03:56 Il fallait gratter !
03:58 On avait des piles de plans sur la table qu'il fallait consulter,
04:01 c'était encombrant, et puis c'était pas facile.
04:04 Mais avec le numérique, ça n'existait pas.
04:07 À partir des années 75-80,
04:18 on a commencé à avoir des postes,
04:21 ici aussi des postes informatiques.
04:23 Alors là, le numérique, ça a été différent
04:26 parce que d'abord il fallait s'adapter à l'outil,
04:30 parce que là, c'est du concret.
04:34 C'est-à-dire qu'on touche le papier, on tire, voilà.
04:39 Alors que le numérique, c'est un écran.
04:42 Et d'abord, regardez derrière, il n'y a rien qui se passe.
04:46 Et en numérique, on peut faire des zooms,
04:48 et alors là, on est perdu. Au débat, moi j'étais perdu.
04:51 Parce qu'ici, il y a des inscriptions,
04:54 il y a des inscriptions spécifiques qui ont une certaine grandeur,
04:59 qu'on puisse lire.
05:01 Tandis qu'en numérique, si on fait un zoom, et on marque,
05:05 et puis quand le plan est tiré,
05:08 on voit que c'est tellement tout petit qu'on ne voit rien.
05:10 Donc la difficulté, ça a été de faire par partie
05:15 ce qu'on faisait dans un ensemble.
05:17 Il fallait tracer, donc c'est bien joli avec le machin.
05:22 Alors là, ici, moi je trace.
05:24 Je prends ça, je vois la courbe, je l'adapte là.
05:27 Tandis que là, je trace un trait, où est-ce qu'il s'en va ?
05:30 Des fois c'était ça d'ailleurs.
05:32 J'ai tracé un trait, on fait un zoom,
05:34 où est-ce qu'il est parti ? Où est-ce qu'il est montré ?
05:37 Et donc, ça a été toute une adaptation définitive
05:40 d'avoir dans la tête à la fois le détail et à la fois l'ensemble.
05:45 Ici, à Dubigeon, dans les chantiers,
05:51 on allait voir les copains, il y avait une relation.
05:56 Alors qu'au chantier atlantique, c'était vraiment cloisonné.
06:00 Il y avait le bureau coq, le bureau machine,
06:04 le bureau électricité, le bureau aménagement.
06:07 Et si on voulait voir, un gars qui voulait voir,
06:11 "Ah ben tiens, je veux voir par exemple des aménagements,
06:14 "la mine, les pontilles et tout ça",
06:16 il fallait dire au chef d'aller voir.
06:19 Et pendant ce temps-là, il se tournait les pouces
06:21 puisqu'il n'y avait pas d'anciennement.
06:23 Alors que nous, on allait directement voir les copains.
06:25 Il y avait une osmose complète entre tous les bureaux d'études
06:31 ou chantiers ici, tandis que là-bas, c'était complètement cloisonné.
06:34 (Générique)
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07:35 - Je pense que dans le métier de dessinateur,
07:38 suivant l'évolution des techniques et les différents navires,
07:42 on apprend toute sa vie.
07:44 - Bravo. - Ça, c'est très intéressant.
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