00:00 Parce qu'elles sont rares, en fait, ces femmes qui ont pris des responsabilités au sein du syndicat.
00:08 Alors il faut savoir que quand les syndicats sont créés en 1884 par la loi Valdez-Crousseau,
00:28 ces syndicats sont uniquement masculins. Donc petit à petit, les femmes vont intégrer les
00:37 syndicats, notamment à partir des années 1920. Pour ce qui est de Nantes, les femmes vont
00:43 notamment intégrer le syndicat des dames du commerce et de l'industrie. Elles étaient
00:50 extrêmement minoritaires sur le chantier, mais elles étaient aussi extrêmement minoritaires
00:54 au sein des syndicats. Il va y avoir quelques femmes, dont Janine Augustin, qui vont faire
01:01 partie des syndicats et qui vont essayer d'emmener aussi autour d'elles leurs collègues. Souvent,
01:07 les femmes, notamment les secrétaires, vont être dans un rôle un petit peu compliqué,
01:11 qui fait qu'elles sont dans les bureaux administratifs, elles sont à proximité
01:17 directe des chefs, des ingénieurs, du directeur. Et donc souvent, elles vont être un peu dans un
01:23 entre-deux. Janine Augustin est une ancienne salariée des chantiers navals, une ancienne
01:34 secrétaire, qui a notamment pour particularité d'avoir été une militante syndicale acharnée.
01:44 Oh là là, cette photo, oui. J'étais au milieu de tous ces gars, parce qu'engagés
01:53 donc tout ça, c'était l'équipe CFDT. Depuis l'âge de 15-16 ans, j'ai une vie d'engagé,
02:03 j'ai 71 ans, je ne peux pas m'arrêter de ça, parce que du coup, ça fait partie de ma vie,
02:09 je n'aurais pas de vie sans l'engagement en fait. Je ne me vois pas vivre sans être,
02:16 il me manquerait quelque chose pour vivre en fait, ça c'est certain.
02:20 Très vite, quand je suis rentrée en 71, je me suis rapprochée des syndicats et j'ai vu qu'au
02:33 niveau de ce pool d'achillographie, il y avait très peu de femmes en fait qui étaient syndiquées. Donc
02:38 à ce moment-là, je me suis syndiquée, j'ai pris ma carte syndicale à la CFDT et à ce moment-là,
02:46 les filles du bureau m'ont demandé pourquoi je prenais ma carte et donc j'ai pu quand même
02:53 expliquer un petit peu l'action collective des syndicats et notre force en fait, si on était
03:00 plusieurs en fait, à être dans des actions. Et à ce moment-là, donc au niveau de ce pool
03:06 d'achillographie, plusieurs filles en fait ont pris leur carte. Alors ce qui n'a pas plu du tout
03:13 du tout à la direction, vous pouvez l'imaginer. Ça m'a traînée en fait pendant 13 ans que je suis
03:19 restée dans ce chantier, c'est quelque chose qui est resté en fait, qui m'a poursuivie parce que du
03:25 coup, j'ai quand même toujours été considérée comme quelqu'un qui était meneuse et qui entraînait
03:32 en fait vers la syndicalisation, vers en fait des revendications et c'est ce que j'ai continué à
03:38 faire. Donc ça c'est des bons souvenirs, voilà. Donc cette manif avait quand même été marquée par
03:48 ça, c'est que des femmes des bureaux puissent aussi participer à cette fabrication de barraques
03:55 en la peignant. Donc ça c'est un bon souvenir.
04:06 Les revendications du chantier étaient peut-être plus importantes que ce qu'on pouvait avoir nous
04:12 comme revendications dans les bureaux. On en a eu des petites revendications sur du bruit,
04:16 sur l'entassement dans ce bureau où on était les unes, des télex qui faisaient, à l'époque il y
04:24 avait des télex qui faisaient du bruit. Il y a eu des petites revendications mais qui n'avaient
04:28 pas l'ampleur en fait des revendications des personnes de l'usine en fait.
04:33 On peut imaginer aussi que les femmes elles ont notamment dans ces années-là le foyer à gérer
04:57 et donc l'engagement syndical ça demande d'y consacrer du temps notamment hors temps de travail.
05:03 C'est difficile pour un couple avec deux conjoints que les deux mènent de front leurs activités
05:10 syndicales en même temps que la vie de famille. On était obligé d'avoir à côté en fait des aides,
05:16 des grands-parents voilà et aussi on prenait des petites jeunes filles pour les garder. Après bon
05:25 ils me disent qu'ils n'en ont pas souffert mais c'est vrai que voilà on avait quand même, je
05:33 restais pas à la maison tous les soirs, loin de là. Je pense aussi aux grèves de 1977, les grèves
05:41 des pendules où il y a notamment un collectif d'épouses qui vont se regrouper pour voir comment
05:48 elles peuvent soutenir le mouvement de leurs époux. Donc effectivement les femmes épouses ou
05:55 travailleuses des chantiers ont eu un rôle dans l'histoire sociale des chantiers.
06:00 La Nive de Nantes a été construite en 1470, ce qui veut dire que depuis des siècles la construction
06:08 navale est attachée à Nantes, est ancrée comme on l'a marqué sur le navire. C'est pas en 1984
06:13 qu'on va casser la tradition. Donc la Nivelle continuera à vivre à Nantes.
06:18 Mais je me considère pas comme fille des chantiers parce que du coup
06:47 j'ai pratiquement fait le double de métier, de vie professionnelle dans un autre milieu.
06:56 Je pense que ça vient de là.
06:57 La question des femmes moi elle m'a beaucoup troublée parce que j'en connaissais des femmes
07:11 des chantiers et pourtant on en entendait parler rarement. On se rendait bien compte qu'il y avait
07:20 une méconnaissance totale sur le sujet. On n'était pas majoritaire dans nos revendications et tout ça
07:27 parce que voilà c'était quand même un chantier d'hommes.
07:31 C'était voilà.
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