00:00 Bonjour Céline Bidarco, votre invité média est le rédacteur en chef d'un nouveau magazine
00:05 de vod' ou plutôt la première version française d'un titre mythique vieux d'un siècle et
00:10 demi.
00:11 Harper's Bazaar France arrive demain dans les kiosques.
00:13 Bonjour Olivier Lalanne, c'est un mensuel qui était décliné dans 28 pays mais pas
00:18 en France.
00:19 Comment se fait-il qu'il n'y avait pas d'édition dans un pays dont la capitale représente
00:22 la mode et le luxe ? Le groupe Marie Claire avait tenté il y a une dizaine d'années
00:25 mais il n'y était pas arrivé.
00:26 C'est un mystère auquel je n'ai pas la réponse.
00:30 Je sais qu'il y avait effectivement des numéros zéro qui avaient été élaborés mais c'est
00:33 vrai que ça n'a jamais abouti et c'est la première fois que ce titre mythique américain
00:38 est lancé en France.
00:39 L'anomalie est réparée.
00:40 Avant qu'on fasse appel à vous pour venir, que représentait ce magazine pour le journaliste
00:46 de mode que vous êtes ?
00:47 Une référence, c'est un magazine extraordinaire, encore une fois c'est vraiment un mythe de
00:51 la presse de mode.
00:52 Pourquoi on dit que c'est un mythe ?
00:54 Parce que d'abord l'ancienneté, il a été fondé en 1867 aux Etats-Unis.
00:59 C'est un magazine qui est assez précurseur dès le départ parce que la première éditrice
01:02 en chef était une suffragette très émancipée, intelligente.
01:05 Un peu précurseur ou ce, je ne sais pas comment.
01:08 Et puis après c'est un magazine qui a existé pour ses qualités esthétiques, créatives
01:14 avec de la mode évidemment mais des grands photographes, beaucoup d'artistes intervenants,
01:18 des grands écrivains, des journalistes.
01:19 Donc ce n'est pas un magazine qui s'est contenté d'être le témoin de l'histoire
01:22 de la mode.
01:23 Il a écrit aussi.
01:24 Et ça a fait l'objet d'une très belle exposition aux Art Déco.
01:29 C'est un grand magazine à ce titre.
01:31 Il n'y a pas que des photos de mode, il y a de la lecture, du contenu journalistique.
01:35 Vous voulez, je cite, "raconter le monde avec un accent français".
01:37 C'est-à-dire quel est le regard français sur le style et sur le monde ?
01:40 Déjà il y a une fascination universelle pour la mode française et aussi pour la parisienne,
01:49 la française, la façon dont elle s'habille, elle s'approprie la mode.
01:52 Ce n'est pas un peu cliché ça ?
01:53 Oui, mais c'est un cliché, mais ça a le mérite d'être valide.
01:55 Donc il y a une attente.
01:58 Je sais que je travaillais dans un magazine de mode au préalable, français, et 25% des
02:02 ventes se faisaient à l'étranger.
02:03 Vous parlez de Vogue ?
02:04 Voilà.
02:05 Et il y avait effectivement un intérêt de la part du lectorat international pour justement
02:09 la mode française, pour le regard d'un magazine français sur la mode, sur la culture, sur
02:14 l'art de vie.
02:15 Donc je pense qu'il a toutes ces raisons d'être.
02:17 Alors ce Harper's Bazaar France, il va reprendre des articles des versions étrangères ?
02:21 Absolument pas.
02:22 Il est produit à 100% par la rédaction française.
02:25 Y compris les photos ?
02:26 Y compris les photos.
02:27 D'un point de vue textuel, iconographique, tout est produit par nous.
02:29 Après voilà, si dans le Bazaar américain, par exemple, il y a un très bel entretien
02:33 de disons Barack Obama, je ne sais qui, qui me paraît pertinent pour le marché français,
02:37 je ne me priverais pas de l'adapter.
02:39 Ça a été le premier magazine de mode à mettre en couverture une femme en bikini ?
02:43 Alors je ne suis pas sûr de ça.
02:44 Ça a été dit, mais on est hindou, on cherche à le sourcer d'ailleurs.
02:47 Mais voilà, je ne suis pas sûr de ça.
02:49 Mais vous l'avez retrouvé cette couverture ? Elle existe ?
02:50 Non.
02:51 C'est un des premiers magazines qui a mis un bikini à l'intérieur du journal.
02:54 Une femme en bikini.
02:55 Mais je ne suis pas sûr que ce soit en couverture.
02:57 J'ai un doute, donc je ne préfère pas affirmer quelque chose.
02:59 J'imagine que vous aussi, vous souhaitez innover.
03:02 Comment comptez-vous le faire et vous inscrire dans cette ligne quand même des pionniers ?
03:05 C'est difficile d'innover aujourd'hui.
03:08 Oui, ce n'est pas mon ambition d'innover.
03:09 L'idée véritablement, c'est que quand on fait un magazine, il faut quand même être
03:12 les deux pieds très ancrés dans le réel.
03:14 Même si c'est un magazine de luxe, de mode, censé faire rêver.
03:17 On va quand même partir de cette base de la réalité pour essayer justement de l'interpréter,
03:21 de la transcender, de la ré-enchanter.
03:23 C'est un peu l'ambition de ce magazine.
03:26 Et de renaît aussi avec une notion de plaisir qui pour moi est capitale quand on parle de
03:29 presse.
03:30 C'est Mathias Goertler qui est le directeur de la rédaction.
03:33 Il occupe le même poste à Gala.
03:34 Est-ce que ça va être un mensuel un petit peu people puisque c'est sa spécialité ?
03:37 Non, pas du tout.
03:38 C'est vraiment au sein du groupe Prisma.
03:39 Harper's Bazaar est vraiment un ovni.
03:41 Ça n'a rien à voir avec d'autres titres qui appartiennent au portefeuille du groupe.
03:44 Et les hommes peuvent se retrouver dans ce Harper's Bazaar ou vous visez spécifiquement
03:48 les lectrices ?
03:49 Non, aujourd'hui ça n'a plus de sens.
03:50 Et puis il faut souligner un fait, c'est que les hommes ont toujours été très très
03:54 présents dans Harper's Bazaar.
03:55 Pour le coup, c'est le premier magazine qui a mis Steve McQueen.
04:00 Et donc à terme, j'ai l'intention effectivement non seulement de mettre des hommes dans le
04:04 journal, de les photographier et aussi j'espère de les fédérer en tant que lecteur.
04:08 Et à mettre aussi de grands auteurs puisque vous le disiez, ça c'est la tradition du
04:12 Harper's Bazaar.
04:13 Charles Dickens, Colette, Sagan, Malraux, vous allez aussi reprendre cette tradition ?
04:16 Absolument.
04:17 Et on a même lancé une rubrique qui sera dans chaque numéro qui s'appelle "Bazaar
04:19 Fiction" et toute l'idée de demander tous les mois à un écrivain, identifié, connu,
04:23 de nous faire une nouvelle originale autour du thème de la mode.
04:26 Donc c'est qui pour le premier numéro ? Emma Baker.
04:28 Donc vous le disiez, c'est Prisma Media qui lance ce mensuel.
04:31 Ça appartient à Vivendi, Vincent Bolloré qui est très critiqué pour son management,
04:35 ses méthodes interventionnistes.
04:36 Vous allez évidemment me dire Olivier Lalanne que vous avez une totale liberté éditoriale.
04:40 Je ne me trompe pas.
04:41 C'est vrai.
04:42 Mais alors y a-t-il, comme l'avait promis Claire Léos qui est la présidente de Prisma,
04:46 un code de bonne conduite au sein des magazines du groupe afin de conforter leur indépendance ?
04:49 Ça existe ou pas ?
04:50 Écoutez, je suis là depuis trois mois.
04:53 En tout cas ce que je peux vous dire c'est qu'en faisant ce magazine, j'ai eu les
04:55 mains complètement libres et que je n'ai pas été confronté à quoi que ce soit.
04:59 Ce que vous pouvez imaginer, ce que vous supposez.
05:02 Mais la réputation de ce groupe et de ce patron ne vous alerte pas ? Il n'y a pas
05:05 une lumière rouge ? Vigilance extrême ?
05:08 Non.
05:09 Encore une fois, je ne peux parler que de mon expérience à moi.
05:11 En faisant ce titre-là, c'est vrai que j'ai eu une liberté semblable à celle
05:14 que j'ai pu avoir dans d'autres groupes médias avant.
05:16 Qu'est-ce que le mouvement #MeToo a changé pour les titres féminins ? Est-ce qu'on
05:20 peut faire un magazine de mode comme avant ?
05:21 Certainement pas.
05:22 D'ailleurs c'est intéressant parce que dans le premier numéro, on a fait un papier
05:27 un peu décryptage sur est-ce que la mode peut encore provoquer.
05:29 Donc il est un peu question de ça aussi.
05:30 Non, on ne peut absolument pas faire les magazines comme avant.
05:33 Il y a des choses qui ne sont plus ni montrables ni…
05:36 Quoi par exemple ?
05:37 La femme objettisée, on pense aux grandes photos d'Edmund Newton, une femme à quatre
05:41 pattes avec une salle de cheval sur le dos.
05:43 Tout ça, ce n'est plus du tout envisageable aujourd'hui.
05:44 Les photos de Guy Bourdin avec des petites filles dans un lit.
05:46 Tout ça, c'est impossible.
05:48 Donc non, évidemment, un magazine encore une fois est ancré dans son époque.
05:53 Moi, je dis toujours que l'ambition de l'Art Force Bazaar, ce n'est pas forcément
05:55 de traiter ces sujets-là.
05:56 Ces sujets-là, pour moi, ils doivent être complètement digérés.
05:59 Ce n'est pas l'histoire du magazine, mais ça fait partie du vocabulaire de l'histoire.
06:02 L'histoire, c'est la créativité, c'est l'artistique.
06:05 Effectivement, tous ces paramètres associataux qui sont fondamentaux font partie du journal.
06:10 Mais ce n'est pas l'histoire.
06:11 Et y a-t-il encore besoin de magazines de mode à l'heure des influenceurs sur les
06:15 réseaux sociaux ?
06:16 Ah oui, plus que jamais.
06:17 Justement parce que les influenceurs montrent des choses sans… Ce ne sont pas des journalistes,
06:22 ce ne sont pas des stylistes, ce ne sont pas des photographes.
06:24 Ils ne délittéralisent pas.
06:26 Alors que le travail d'un journaliste, d'un photographe de mode, d'un styliste, c'est
06:29 littéraliser, d'avoir un point de vue.
06:30 Alors ils en ont un probablement, mais qui n'est pas, on va dire, professionnel.
06:35 Et je pense qu'à ce titre, un magazine aura toujours sa place.
06:37 Et plus que jamais aujourd'hui, on voit quand même que le marché du luxe et de la
06:40 mode se portent remarquablement bien.
06:42 Voilà, c'est un secteur qui ne connaît pas la crise et vous dites que c'est pareil
06:45 pour son lectorat.
06:46 C'est pour ça que vous vous lancez dans le papier.
06:47 Ce qui est très audacieux en ce moment avec la flambée du prix du papier et de l'électricité.
06:51 Absolument.
06:52 Après, Repense Bazar, encore une fois, à une place à part, ce n'est pas un magazine
06:54 serviciel lambda.
06:55 C'est vraiment un bel objet.
06:56 C'est un magazine qui se rapproche un peu du livre, tant dans son concept que dans sa
06:59 conception et dans son exécution.
07:01 Avec un papier haut de gamme.
07:02 Oui, 0,80 grammes.
07:03 Très beau papier.
07:04 Il y a la Fashion Week de Paris qui démarre lundi prochain.
07:08 C'est par hasard que vous lanciez quelques jours avant ?
07:11 Ce n'est pas un hasard.
07:12 Tout le monde sera là et je pense que ça va être le meilleur baptême pour la magazine.
07:14 Parce que la Fashion Week, ça fait vendre des magazines de mode ?
07:17 Ça donne de la visibilité.
07:19 Regardez, je suis là aujourd'hui.
07:20 Non mais oui, effectivement, je ne sais pas si ça fait vendre, mais en tout cas, ça
07:22 donne de la visibilité.
07:23 J'espère qu'à terme, ça fait vendre.
07:25 On souhaite bonne chance à toute votre équipe.
07:27 Merci d'être venu Olivier Lalanne.
07:29 Vous êtes le rédacteur en chef de Artpors, Bazar France dans le premier numéro.
07:33 Soir demain, vous étiez l'invité média de Céline Bidart-Court.
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