00:00 Le Grand Matin Sud Radio, 7h-9h, Patrick Rocher.
00:04 Il est 7h45, Sud Radio vous explique la course aux armes en Ukraine.
00:11 Nous sommes avec Jean-Claude Allard, général en deuxième section et chercheur associé à l'IRIS.
00:15 Bonjour. - Bonjour.
00:17 Merci d'être avec nous. Je parlais de cette course aux armements.
00:20 Vladimir Zelensky multiplie les demandes de soutien.
00:24 Joe Biden a effectué une visite surprise hier à Kiev évidemment.
00:27 Et de nouveau a dit qu'il était aux côtés des Ukrainiens et évidemment qu'il allait fournir des armes.
00:33 Alors Vladimir Poutine doit tenir un discours aujourd'hui.
00:36 On a appris ces derniers jours qu'il y a un éventuel soutien militaire qui plane de la Chine pour Poutine.
00:43 Parce que c'est l'une des questions centrales, ces armes.
00:47 Est-ce que l'issue d'ailleurs de cette guerre est liée à l'armement et aux renforts demandés, Jean-Claude Allard ?
00:53 Oui bien entendu puisque nous avons dans les deux antagonistes la Russie qui a quand même un vaste espace et une population nombreuse
01:02 dans lequel elle puise pour recompléter ses effectifs.
01:06 On l'a vu avec la mobilisation partielle et il pourrait y en avoir encore une.
01:11 Tandis que de l'autre côté l'Ukraine a une population beaucoup plus limitée.
01:15 Elle a engagé déjà toute sa population masculine, adulte dans les éléments.
01:23 Et donc l'apport de matériel est aussi très important parce qu'il y a eu des destructions.
01:29 La Russie a tout le stock qu'elle avait engagé de munitions, de blindés issus de l'Union Soviétique.
01:38 Et même si c'est de l'armement obsolète, quand vous prenez un obus de canon, même s'il a été fabriqué il y a 30 ans, il vous fait mal, n'est-ce pas ?
01:50 Et de l'autre côté l'Ukraine a ses usines d'armement, ses réseaux bombardés depuis plusieurs mois.
01:59 Et elle ne peut donc se régénérer en tant qu'armement et il lui faut tout l'appui des pays occidentaux.
02:08 Et tout l'engagement qui arrive par vague, n'est-ce pas ?
02:14 Donc ce n'est qu'un approvisionnement petit à petit et non pas quelque chose de massif qui pourrait permettre une véritable contre-pensive.
02:23 - Oui, mais Jean-Claude Allard d'ailleurs, il y a une question qui se pose parce qu'on l'a vu à cette occasion en France par exemple, on n'avait pas de stock de munitions.
02:30 Est-ce qu'en Europe et aux États-Unis, on a suffisamment de stock à fournir ?
02:35 - Ah ben voilà, alors justement le deuxième point est là aussi, c'est que l'Occident n'a pas réellement ce que j'appelle une profondeur stratégique.
02:44 C'est-à-dire une capacité de stock de munitions, on est en train de les épuiser, de stock d'armement et une capacité de construire de nouveaux armements à un rythme très élevé.
02:57 Et donc on a vu depuis une dizaine de mois des efforts qui sont portés par les États sur leur industrie d'armement pour qu'elles développent ces moyens.
03:07 Mais enfin lorsque vous avez, comme ce fut le cas de l'Europe et de la France en particulier, encaissé les dividendes de la paix pour reprendre une fameuse formule,
03:17 eh bien il y a des usines d'armement qui ont fermé, qui ont diminué.
03:21 Prenons l'exemple du char Leclerc parce qu'on parle beaucoup de char.
03:24 - Oui c'est vrai. - On dit pourquoi la France ne fait rien ?
03:26 Je rappelle que moi j'ai connu le programme du char Leclerc lorsqu'il fallait, lorsqu'il l'objectif était de 1300 chars.
03:36 Ce qui est peu par rapport aux chars russes mais qui est déjà conséquent.
03:41 On est passé à 900 et aujourd'hui on a 220 chars Leclerc en ligne en France.
03:47 Et comme on en a très peu vendu à l'extérieur, eh bien les usines ont été arrêtées, on n'est plus capable de fabriquer un char Leclerc.
03:55 - Oui c'est ça. Et du côté russe, est-ce qu'on a fabriqué et renouvelé les armes là, y compris depuis le début de la guerre ?
04:02 - Eh bien écoutez, les russes avaient entamé un programme de rénovation de leurs unités,
04:10 professionnalisation de l'armée de terre et de toutes les armées d'ailleurs, et puis des programmes de modernisation.
04:18 Et à mon sens, ces programmes ont surtout porté sur une partie de l'armée russe qui s'appelle l'armée stratégique.
04:29 C'est-à-dire les missiles, les missiles longue portée et l'aviation et les missiles hypersoniques.
04:36 Parce que leur vision c'était de revenir au niveau de la balance militaire que l'URSS avait avec les Américains
04:47 et qui portait essentiellement là-dessus. Parce que les troupes terrestres n'étaient pas censées s'affronter.
04:54 - Oui, et Jean-Claude Allard, parce que ces derniers jours on a évoqué une aide éventuelle des Chinois à Poutine.
05:00 Quelles en seraient les conséquences ?
05:03 - Eh bien écoutez, d'abord les Chinois, je pense que les Chinois aident un peu Poutine,
05:10 dans le sens où ils ont signé un amitié d'accord indéfectible juste avant de partir en guerre.
05:18 Donc à mon sens, Poutine a fait part de ses intentions à la Chine, puisque cette déclaration date de trois jours avant.
05:26 La Chine ne va pas s'engager avec des troupes, mais peut aider financièrement, peut aider avec la fourniture de composantes,
05:38 peut aider avec peut-être matériel. Et puis elle aide beaucoup, puisque les importations de gaz et surtout de pétrole de la Chine
05:50 ont été multipliées par deux ou trois, je crois. Et donc elle achète à la Russie, qui récupère des devises.
06:01 Et puis la Chine revend au reste du monde après aussi. Et donc elle récupère aussi des devises.
06:07 Donc il y a quand même la Chine à intérêt, elle, dans sa compétition d'ailleurs avec les États-Unis,
06:16 à aider la Russie. Et la drame, je dis, au point de vue militaire, peut peut-être pas être exactement comme ça.
06:22 - Merci beaucoup pour toutes ces explications Jean-Claude Allard.
06:25 Et on va suivre évidemment aujourd'hui ce discours qui est très attendu de Vladimir Poutine.
06:31 Merci pour toutes ces explications sur Sud Radio ce matin.
06:35 [Musique]
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