00:00 C'est le nouveau sigle dont vous allez entendre parler ou pas.
00:03 C'est le Forum de l'Islam de France.
00:08 Il doit permettre de structurer les relations entre les pouvoirs publics d'un côté
00:11 et le culte musulman de l'autre.
00:14 Un dossier qui avance, on le sait, à tout petit pas quand il ne recule pas.
00:19 D'ailleurs, ce qui s'était passé avec le feu, le Conseil français du culte musulman,
00:23 le CFCM, créé par Nicolas Sarkozy en 2003 ce jeudi,
00:29 c'est donc le forif qu'Emmanuel Macron reçoit à l'Élysée un an après son lancement.
00:34 Il compte une soixantaine de membres, des associatifs, des cadres religieux,
00:38 des représentants de la société civile que les préfets ont fait émerger,
00:43 nous a-t-on expliqué, à l'Élysée.
00:45 Alors évidemment, sa composition provoque déjà des critiques.
00:49 En quoi est-il représentatif, ce forif ?
00:52 Quelle est sa légitimité ? Est-il exemple d'influence étrangère,
00:56 principalement celle de l'Algérie, du Maroc et de la Turquie,
01:00 mais aussi des pays du Golfe ?
01:01 Alors face à ces critiques, les réponses officielles sont volontairement floues.
01:07 C'est une simple instance de dialogue informel
01:11 qui part des acteurs locaux à sur l'Élysée,
01:14 rappelant même que la composition de l'ex-CFCM,
01:18 et donc le poids de l'Algérie, de la Turquie, etc.,
01:20 était calculée en fonction de la superficie de leur mosquée en France.
01:24 Ce qui est exact et assez absurde.
01:26 Est-ce la bonne méthode pour organiser l'islam de France ?
01:28 On verra dans quelques mois, voire années.
01:30 Mais disons que cette nouvelle démarche correspond à l'ère du temps.
01:33 Ce n'est plus l'État jacobin, dit l'entourage d'Emmanuel Macron.
01:37 Rien ne doit être imposé d'en haut, sans doute.
01:40 Mais ce flou artistique est aussi destiné à ne pas froisser les susceptibilités,
01:46 à éviter les clashes.
01:47 Pour le moment, le forif se concentre donc sur des sujets concrets.
01:52 Par exemple, la sécurisation des lieux de culte,
01:55 le groupe de travail a ainsi produit un guide avec des contacts
01:58 pour accompagner les éventuelles victimes.
02:01 On dira que c'est un début.
02:02 Autre exemple, des discussions avec les banques
02:04 doivent permettre aux associations gérant les mosquées
02:08 d'y déposer leur fonds de façon transparente.
02:11 Mais les dossiers bien plus lourds seront un jour sur la table.
02:14 Celui du statut et de la formation des imams,
02:16 celui du marché du halal et du pèlerinage alamèque.
02:19 C'est là que sont les gros et vrais enjeux.
02:23 Aucun des acteurs du jeu n'est totalement pur.
02:26 Nous a bien résumé l'islamologue Gilles Kepel
02:29 dans une interview qu'on publie sur notre site.
02:31 Les influences étrangères ne vont évidemment pas s'arrêter du jour au lendemain.
02:36 Il ne faut pas être naïf parmi les frères musulmans.
02:38 Il y a des activistes rompus à l'antrisme
02:41 qui peuvent vouloir infiltrer ces instances, ajoute Gilles Kepel.
02:45 Des personnalités aussi qui existent déjà dans l'islam de France
02:48 ne vont pas non plus renoncer à s'exprimer sous prétexte que le forif existe.
02:52 On pense aux Marocains, Mohamed Moussaoui,
02:55 ou au recteur de la Grande Mosquée de Paris, Hafiz,
02:58 ou encore à Kamel Kaptan, recteur de longue date à Lyon.
03:01 Puis il y a un autre acteur dans le jeu, Gérald Darmanin, qui a voulu le forif.
03:05 Il est soupçonné de chercher à laisser sa trace sur la gouvernance de l'islam
03:09 et à alimenter ainsi sa stature régalienne.
03:12 Enfin, la diplomatie fait partie du jeu.
03:15 Le forif sera forcément tributaire de l'état des relations
03:19 que la France entretient avec le Maghreb, avec l'Afrique subsaharienne,
03:22 avec la Turquie toujours.
03:23 Des messages passent aussi par ces canaux, c'est évident.
03:27 Ce qui n'empêche qu'ici, en France,
03:29 l'état dispose quand même de quelques moyens de persuasion.
03:32 La loi contre le séparatisme de 2021 lui donne des leviers d'action.
03:37 À un moment, il faudra que les musulmans de France comprennent
03:41 qu'ils ont plus intérêt à traiter avec l'administration française que le contraire,
03:47 prévient d'ailleurs Gilles Kepel.
03:49 Toute la question est de savoir jusqu'où l'exécutif voudra mettre la pression.
03:54 Sous-titrage ST' 501
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