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  • il y a 13 ans
"Je m'appelle Jordan Belfort.L'année de mes 26 ans, je me suis fait 49 millions de dollars.Ce qui m'a carrément fait chier, c'est qu'à trois près, ça aurait fait un million par semaine." Léonardo DiCaprio est Jordan belfort dans le dernier film de Martin Scorcese. Il est l'invité d'"On aura tout vu" sur France Inter. http://www.franceinter.fr/emission-on-aura-tout-vu-et-de-cinq
Transcription
00:05Le loup de Wall Street
00:06Le loup de Wall Street c'est un film sur la cupidité, cherche-t-il à démontrer que vous, moi,
00:11enfin chacun d'entre nous, nous sommes capables des actes les plus odieux finalement ?
00:17Je pense que dans ce film nous tentons de sonder le côté le plus sombre de la nature humaine.
00:24Quand on a commencé à monter ce projet, puisque Wall Street a laissé un goût amer à beaucoup de gens,
00:30les studios ne se bousculent pas pour faire un film sur ce sujet, vu la faillite économique crescente.
00:38Mais moi, je trouvais que c'était un film vraiment important à faire. La cupidité, ça m'intéresse beaucoup.
00:48Ça représente tout ce qui ne tourne pas rond dans le monde aujourd'hui.
00:53On en parle souvent en lien avec une époque en particulier, mais la cupidité n'appartient à aucune époque en
01:01particulier, et même à aucun personnage en particulier.
01:05C'est avant tout quelque chose que nous avons tous en nous pour survivre.
01:11Et la question après, c'est ce que ce film travaille, c'est, sommes-nous capables de dépasser ce sentiment
01:16de cupidité en tant qu'être doué d'intelligence ?
01:19Pouvons-nous aller au-delà ?
01:22Mais sonder ces zones d'ombre, c'est important à un niveau culturel.
01:25Ce film est une satire, une comédie ironique.
01:33Mais c'est avant tout un film très drôle, même si notre sujet n'a rien d'amusant.
01:39Et voilà pourquoi je veux faire ce film depuis 7 ans.
01:45Jordan Belfort est extrêmement sincère dans le portrait qu'il dresse de lui-même.
01:49Il n'a aucune indulgence, il ne s'en prend qu'à lui-même.
01:54Et cette franchise-là, c'est quelque chose de très rare, surtout dans une autobiographie.
02:01Vous êtes très drôle dans le film, vous faites peur aussi.
02:05À un tel point que je me demandais pendant la projection, qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire
02:10après ça ?
02:11Avez-vous le sentiment d'avoir atteint le summum de votre jeu d'acteur ?
02:15J'espère que non, j'espère que j'ai encore des réserves.
02:26Mais en vérité, c'est sans doute le film qui est le plus basé sur l'improvisation,
02:30parmi ceux que Scorsese et moi avons fait ensemble.
02:35On avait bien conscience qu'on ne s'attaquait pas à un monument de la littérature américaine,
02:39ce n'était pas Gatsby de magnifique ou la Trapper.
02:42On avait là le récit d'un moment tout à fait précis dans la vie de cet homme,
02:46et cela se prêtait à un chaos organisé.
02:51Voilà comment on a approché ce film.
02:54On a beaucoup, beaucoup improvisé, avant même le tournage.
02:58On a trituré le scénario, on a tout déconstruit.
03:02J'ai passé des mois et des mois avec Jordan Belfort.
03:04Il m'a même dit, non seulement j'ai fait ça, non seulement je me suis comporté ainsi,
03:09mais j'ai fait pire, et je vais t'expliquer pourquoi.
03:13Et beaucoup de ces éléments se retrouvent donc dans le film.
03:15Et franchement, si nous n'avions pas les financiers qu'on a eus pour faire ce film,
03:20on n'aurait jamais eu le droit de pousser le bouchon autant qu'on l'a fait.
03:24Ça n'existe pas, des films comme ça.
03:27Ça ne se fait pas.
03:28Un film hédoniste comme ça, avec de la drogue, avec du fric, avec du sexe, à ce point-là.
03:32Un film qui s'abandonne à toutes les tentations et dans des proportions épiques.
03:37Ça n'existe pas, c'est tout.
03:40Et quand les producteurs de Red Granite nous ont dit,
03:43ce sont des gens vraiment bien, ils nous ont dit,
03:45écoutez, nous, nous sommes en dehors du système des studios,
03:48on veut parier sur ce film, on pense qu'il y a un public adulte
03:51qui a envie de voir un tel film, et on veut que vous y alliez à fond.
03:54Nous, on a trouvé ça génial.
03:57Personne n'allait nous mettre des bâtons dans les roues,
03:59on allait pouvoir être aussi clair que possible dans notre portrait de ce milieu,
04:03aussi détestable soit-il,
04:05sans prendre de pincettes, sans rendre les personnages sympathiques,
04:08sans édulcorer quoi que ce soit.
04:11Ça nous a permis, nous, les acteurs, d'aller jusqu'au bout des choses.
04:17Je me souviens d'un documentaire sur le tournage de King of Comedy,
04:20une autre comédie amère de Scorsese.
04:24Et on voyait plein de fois les comédiens se réunir,
04:27déconstruire leurs textes, improviser les uns avec les autres.
04:31Et le jour du tournage, Scorsese avait réécrit la scène,
04:34mais les comédiens réinventaient tout à nouveau.
04:36Et c'est ce qu'on a fait dans ce film,
04:38c'est pourquoi il est si libre et imprévu et frappant.
04:41Parce que tous, on s'amusait constamment.
04:43Et je n'ai jamais vu Marty, pendant les cinq films qu'on a fait ensemble,
04:45s'amuser à ce point-là.
04:48Il y a beaucoup de comédie dans ce film.
04:52Ça vous plairait de poursuivre dans ce registre-là ?
04:58C'est vrai que j'ai beaucoup tourné de films sérieux.
05:01Et on m'a déjà demandé, pourquoi tu ne te ferais pas une comédie ?
05:03Je réponds toujours que, pour moi,
05:05ce qui est drôle, ça doit venir de la réalité.
05:11Les affranchis devaient être une comédie.
05:18J'ai toujours été ouvert à tous les genres de films,
05:20et j'aimerais tourner une comédie.
05:22Mais ça ne me fait pas rire si c'est trop poussif.
05:26Et là, je ne trouve pas ça drôle, c'est tout.
05:29Et ce film parle le ridicule de ces gens,
05:33le fait que ces types s'abandonnaient
05:35à toutes les tentations du plaisir,
05:38il est drôle d'une façon assez sadique.
05:44Et c'était ça la comédie à tourner pour moi.
05:51Parce que j'avais aussi le sentiment
05:53de donner une image assez fidèle de ces gens-là.
05:57Et rien de ce qui se passe dans le film n'est exagéré.
06:00Et même les scènes de drogue,
06:02qui ressemblent parfois à un sketch de Laurel et Hardy,
06:06elles viennent de Jordan que j'ai filmé,
06:10allongé par terre,
06:12pendant qu'il me montrait les effets
06:13que les cachets de Metacolon lui faisaient.
06:16Vous voyez le truc.
06:20Vous apparaissez aussi allumé dans beaucoup de scènes.
06:23Comment vous y êtes-vous pris ?
06:24Aussi, une des meilleures scènes du début,
06:26c'est celle entre vous et Matthew McConaughey.
06:30Oui, Matthew.
06:34Vous savez, il y a tellement d'acteurs de talent dans ce film.
06:37Et tous ont le don de l'improvisation.
06:40Jonah Hill est tout simplement le plus grand improvisateur
06:42avec lequel j'ai pu travailler.
06:44Il était génial.
06:47Et il pouvait partir dans tous les sens.
06:50Il fallait le ramener à l'histoire
06:52parce qu'il pouvait se lancer sur n'importe quoi.
06:55C'est le style à bateau.
06:59Oui, mais il s'est participé à la nature de ce film.
07:03Et Matthew McConaughey, il avait un long monologue
07:06qui avait été donc écrit.
07:07Et en fait, il est allé en parler à Scorsese dans sa caravane.
07:11Il lui a dit, si j'essayais ça.
07:12Et il s'est lancé dans sa diatribe devant nous.
07:14Marty et moi, on s'est regardé.
07:16On lui a dit, mais c'est exactement ça.
07:17Fais-nous exactement ce que tu viens de faire.
07:19Et on l'a tourné.
07:21On était en roue libre.
07:22C'était génial.
07:23Les décisions prises sur le plateau
07:24venaient des propositions des acteurs.
07:27Et même ce mantra, cette formule sacrée
07:30qu'il fait en se frappant la poitrine avec le poing,
07:33ce côté Braveheart comme dans le film
07:34pour se donner la niaque,
07:36ça vient de Matthew qui, comme exercice vocal
07:38avant de jouer, se frappait la poitrine.
07:40J'ai dit à Martin, filme-le, filme-le.
07:42Il a filmé et c'est devenu notre mantra
07:44pour se donner la niaque.
07:46Voilà le genre de spontanéité qu'il y avait sur le plateau.
07:48Tout simplement parce qu'on avait toute liberté artistique
07:51de faire comme on voulait.
07:54Je le dis souvent, ce film, c'est un film d'auteurs français
07:56à 100 millions de dollars.
07:58On a tourné une épopée américaine
08:00entièrement fidèle à la vision du réalisateur.
08:08Vous diriez que Matthew McConnery vous donne une leçon de folie.
08:12C'est comme une impulsion qu'il vous transmet.
08:14Vous allez devenir comme lui à la fin.
08:17La folie, vous l'avez souvent jouée
08:19avec Gilbert Grape, Gilbert Grape, Gatsby,
08:22Arrête-moi si tu peux, Edgar Hoover, Aviator,
08:25et ici, encore une fois.
08:27Mais votre talent, c'est de placer un écran
08:29de normalité devant cette folie.
08:31Est-ce que c'est ça, finalement, votre pari,
08:33comme un joueur de poker ?
08:38Si c'est le cas,
08:42c'est parce que n'importe quel fou
08:44est persuadé de ne pas l'être.
08:46C'était déjà le sujet de Shutter Island.
08:52Plus vous clamez que vous n'êtes pas fou,
08:54plus on vous prend pour un dingue.
08:57Mais là, oui, tout à fait.
08:59Matthew McConnery est comme le gardien
09:01des portes de l'enfer de Dante.
09:04C'est lui qui lui donne les clés
09:06de cet univers infernal
09:07dont Jordan dépendait complètement.
09:10C'était un personnage particulièrement important.
09:12Il donne le ton à ce jeune homme,
09:14je ne dirais pas innocent,
09:16mais qui arrive dans le monde de Wall Street
09:18tout à fait prêt à se faire corrompre.
09:20Il donne le ton au film
09:23avec ce monologue phénoménal.
09:28Trouvez-vous des ressemblances
09:29entre Hollywood et le monde de Wall Street
09:31en tant qu'acteur ?
09:33Être comédien à Hollywood
09:34et être acteur à Wall Street ?
09:36Je ne limiterais pas les ressemblances
09:39à Hollywood et à Wall Street, mon cher ami.
09:43Ce sont des caractéristiques
09:45qu'on retrouve chez chacun d'entre nous.
09:51Je n'étais pas familier
09:52des usages de Wall Street.
09:54Je ne viens pas du monde de la finance.
09:58Je n'y connaissais rien
09:59avant de faire mes recherches sur le sujet.
10:02Sur le plateau, ça faisait rire tout le monde
10:03parce que je demandais tout le temps
10:04« C'est quoi déjà une OPI ? »
10:06« C'est quoi une OPI ? »
10:07« Ça veut dire quoi ? »
10:07« Offre publique initiale, c'est introduction en bourse. »
10:10« D'accord, d'accord. »
10:12C'était ça notre démarche.
10:13On voulait parler au public en termes simples
10:16parce que c'est déroutant ce microcosme
10:18qui vit loin de la réalité
10:20et qui peut déplacer des sommes d'argent considérables
10:23et s'enrichir énormément
10:25sans qu'on comprenne ce qu'ils fabriquent.
10:29En lisant le bouquin plusieurs fois
10:35et en rencontrant Jordan,
10:37j'ai compris que ce type-là
10:38n'était pas les gros bonnets influents,
10:40les personnages de Wall Street.
10:42Non, ces gars-là n'étaient pas ceux
10:44qui cherchaient à faire sombrer notre économie,
10:46c'était ceux qui voulaient les imiter.
10:48C'était les types de la pègre,
10:49les mecs qui voulaient être Gordon Gekko
10:51sans y arriver.
10:55Et ça, ça en dit long sur notre nature profonde.
10:59Quelque chose qui nous porte à mépriser
11:01tout le monde sauf nous-mêmes
11:02dès qu'il s'agit de s'enrichir.
11:04Voilà ce que ça dit.
11:05C'est l'histoire d'une bande de gamins des rues
11:07qui veulent devenir des Michael Malken
11:09ou les Bernard Madoff,
11:10ils essayent mais ils ne peuvent pas.
11:18Ça veut dire quoi,
11:22produire Martin Scorsese ?
11:25Pas grand-chose en fait.
11:30Il s'agit surtout
11:32de préparer les choses avant le tournage.
11:34Parce qu'une fois sur le plateau,
11:35on ne va pas lui dire d'écourter le tournage
11:37ou lui parler du budget
11:41ou de à quoi le film devrait ressembler.
11:43« Ça, c'est pas mon boulot. »
11:46Là, mon boulot, c'est d'être acteur
11:48et de lui donner ce dont il a besoin.
11:51Lui, en tant que réalisateur,
11:53la plus grosse partie du travail de producteur
11:55se fait bien avant qu'on tourne.
11:58Ça consiste à s'assurer,
12:00pour le sujet que nous défendons pendant sept ans,
12:03le bon réalisateur, Martin Scorsese.
12:05Parce que le projet a failli sombrer à trois reprises,
12:07d'autres réalisateurs ont été contactés
12:09et ils n'arrivaient pas à renoncer à lui.
12:14Personne ne serait arrivé à rendre à l'écran
12:16la nature profonde de ces personnages-là
12:17et à donner aux comédiens la liberté de chercher.
12:23Et ça consiste à trouver le budget nécessaire
12:25pour tourner une vaste épopée américaine sur le sujet.
12:28Il nous fallait de l'ampleur
12:30pour montrer l'extravagance de la vie que ces types menaient.
12:37Et puis aussi, avoir les bons comédiens pour le projet,
12:41s'assurer qu'on ait le temps nécessaire
12:43pour préparer le film,
12:45s'assurer qu'on ait bien trouvé les meilleures scènes
12:47pour raconter l'histoire.
12:49Tout ça se prépare avant le tournage.
12:53Et lui donner le droit de regard sur le montage final.
12:56Ah toujours, on ne va pas lui dire...
12:59Parce que pour vous, c'est important
13:00d'être dirigé par quelqu'un qui a ce final cut, justement.
13:04Ah oui, absolument.
13:06Je ne vois même pas comment je pourrais
13:11essayer d'annoncer à Martin Scorsese
13:12qu'il n'a pas un final cut.
13:15Et même, je n'aborderai même pas le sujet.
13:20Et puis, je ne lui proposerai même pas un projet
13:22où il n'est pas le final cut.
13:24Ce serait sacrilège, quand même.
13:28C'est vrai que vous êtes tombé malade
13:30d'après avoir tourné votre discours sur la cupidité dans le film ?
13:35Alors non, je me suis senti mal, mais c'était avant de le tourner.
13:39Parce que j'ai pas mal de discours dans le film
13:41qui sont comme des incantations guerrières à la Braveheart.
13:45Mais là, il ne s'agit pas de se battre pour la liberté de son pays.
13:48Mais c'est faisons tout ce qu'on peut pour arnaquer tout le monde
13:52et nous faire autant de fric que possible.
13:56Et ces discours étaient tellement bien écrits
13:59et j'y pensais depuis si longtemps
14:02que quand est arrivé le moment de les dire,
14:05j'ai senti ma gorge se serrer,
14:07une angine s'est déclarée,
14:09je suis monté sur l'estrade et j'arrivais plus à parler.
14:12On a dû passer à d'autres scènes
14:15et revenir à celles-ci quelques semaines plus tard.
14:18Ça m'a donné le temps de travailler ces discours encore plus.
14:21Et ce qui a été incroyable,
14:23c'est que malgré tout ce que j'avais prévu et voulu
14:26de ces scènes, à l'instant où je suis monté sur scène,
14:28et même si j'avais devant moi des figurants
14:30qui étaient payés pour m'applaudir,
14:32me lancer des cris d'encouragement, hurler de joie,
14:34j'étais bono, j'étais une rock star.
14:38Tout ce que je disais était génial
14:39et tout ça vous pousse vers une nouvelle étape de folie.
14:45Et là, c'était le grand débordement
14:47et la scène est devenue imprévisible.
14:50Voilà, c'était drôle de découvrir ça,
14:52de faire un film là où on peut tout essayer.
14:54C'est marrant, vous avez dit,
14:55sur scène et pas sur le plateau.
14:58Oui, oui, sur le plateau.
15:00J'avais l'impression de jouer un grand opéra,
15:02un opéra du pouvoir et de l'argent.
15:06Qu'est-ce que Jordan Belfort,
15:07le protagoniste, a pensé du film ?
15:12Alors, je viens de recevoir un SMS de lui,
15:15il y a trois jours, en fait,
15:17et il dit,
15:20attendez, disons qu'il a adoré le film
15:23et au point qu'il écrit,
15:26j'arrive pas à croire, je sais que ça fait prétentieux,
15:28que mon film préféré est un film qui parle de moi.
15:34C'était la fin parfaite pour toute notre aventure.
15:37C'est la fin parfaite pour toute notre aventure.
16:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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