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  • il y a 1 semaine
Ce sont deux mots qui collent à la peau du Stade de France : gouffre financier. Que ce soit dans la presse, dans la bouche de certaines personnalités politiques ou même dans les rapports de la Cour des Comptes, l’enceinte de Saint-Denis serait un trou béant pour les finances publiques, estimé à plus d’un milliard d’euros. Mais cette réputation est-elle vraiment méritée ? Ce bilan économique peut-il être nuancé ?

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00:00Il est 7h du matin et on est dans un stade légendaire.
00:12Depuis son inauguration en 1998, le Stade de France accueille chaque année les plus grosses compètes, les plus gros concerts, et c'est plutôt normal.
00:20En France, c'est le stade qui peut accueillir le plus de spectateurs, jusqu'à 100 000 selon la configuration.
00:26Bref, ce stade, il a plein d'avantages. Le truc, c'est que quand on lit la presse, genre les échos, il y a deux mots qui reviennent souvent pour le qualifier.
00:35Voilà ce que serait donc vraiment le Stade de France. Un trou profond pour les finances publiques, estimé à 1 milliard d'euros.
00:42Mais cette réputation, est-ce qu'elle est vraiment méritée ?
00:45On ne peut pas tout résumer à une question d'argent, de colonne, de plus, de moins.
00:49Moi, je nuancerais effectivement l'idée d'un gouffre financier.
00:52Alors pourquoi on parle de gouffre financier ? Et surtout, à cause de qui ?
00:57Bon, d'abord, le Stade de France, on pourrait le rebaptiser le Stade de la France.
01:13Parce qu'il appartient littéralement à l'État français.
01:15En Europe, c'est le seul stade dans cette situation.
01:17Généralement, les autres sont la propriété de municipalités, de fédérations ou bien de clubs.
01:23Ce stade, il est né du rêve d'un certain général.
01:27Dans les années 60, en plus des centrales nucléaires et d'un programme spatial, le président de Gaulle veut bâtir autre chose.
01:33Il faut construire un très grand stade aux portes de Paris.
01:38Et à partir de 1992, son souhait peut enfin être exaucé.
01:41Cette année-là, la Fédération Internationale de Football, la FIFA, attribue l'organisation de la Coupe du Monde 98 à la France.
01:49C'est plutôt une bonne nouvelle.
01:50Le problème, c'est qu'il reste très peu de temps pour construire ce qu'on appelle alors le Grand Stade.
01:55Et ce Grand Stade, il a besoin d'un terrain.
01:58Après de grosses guéguerres entre politiciens, premiers ministres et architectes, c'est le projet de la ville de Saint-Denis qui est retenu.
02:04Et là, la Plaine-Saint-Denis était un territoire marqué par des grandes friches industrielles.
02:11Édouard de Kéquer est prof d'économie et il a étudié le rôle du Stade de France dans le développement de la Seine-Saint-Denis.
02:16Il a fallu effectivement consentir à des investissements majeurs, infrastructurels et également de viabilisation,
02:24pour pouvoir faire muter ce territoire sur le plan économique et sur le plan urbain.
02:28Ces investissements, ils sont évalués par la Cour des Comptes à 449 millions d'euros, intégralement financés par des fonds publics.
02:35On a donc le terrain, on a le projet architectural, reste à faire sortir tout ça de terre.
02:39Et pour ça, l'État choisit de construire le Stade de France via un partenariat public-privé.
02:44Dans d'autres secteurs d'activité comme l'eau ou bien l'énergie, ce qu'on appelle un PPP est alors assez banal.
02:50Mais dans l'industrie du sport, le Stade de France est précurseur.
02:53Il se trouve qu'on était dans un contexte d'urgence.
02:55Guillaume Gouz est professeur et forme des exploitants de Stade à gérer leurs enceintes.
03:00Il y avait besoin de l'apport technique et de la surface financière d'acteurs privés.
03:06L'État, dans ce cas-là, est propriétaire et confie la construction, l'exploitation, la maintenance à un partenaire privé
03:15qui se rémunère sur les revenus générés par l'enceinte.
03:20Le partenaire privé ici, c'est un duo de géants du BTP, Vinci et Bouygues.
03:25Il signe le contrat de concession avec l'État le 22 juin 1995 pour une durée de 30 ans.
03:31Le problème, c'est que ce PPP, il est vachement déséquilibré.
03:35Et c'est pas moi qui le dis, c'est le Sénat.
03:36Pour bien comprendre pourquoi cette concession est à l'avantage de Vinci Bouygues, on va prendre et améliorer ce schéma un peu vilain fait par le Sénat.
03:47L'État et le consortium sont donc partenaires pour construire le Stade de France.
03:51L'État avance 191,2 millions d'euros et Vinci Bouygues, 174,6 millions d'euros.
03:56Le consortium va générer des revenus en organisant des spectacles, des concerts et évidemment des matchs.
04:03C'est le modèle économique assez classique pour un stade.
04:06Ça fonctionne, ça a fait ses preuves, à condition de remplir un dernier critère, ce qui n'est pas le cas avec le Stade de France.
04:12Pour exploiter pleinement un stade, il faut avoir un club résident, c'est-à-dire une équipe qui joue régulièrement dans l'enceinte en échange d'un loyer.
04:19C'est comme ça que fonctionne le Parc des Princes avec le PSG ou bien le Stade Vélodrome avec l'OM.
04:24Et le Stade de France, lui, il est un peu orphelin.
04:28Depuis son inauguration, il n'a jamais eu de club résident parce que les grosses équipes de foot et de rugby d'Île de France ont déjà des stades.
04:35En l'absence de club résident, le consortium du Stade de France se voyait garantir par l'État une somme comme pénalité pour absence de club résident.
04:45En d'autres termes, l'État donne de l'argent à Vinci Bouygues pour compenser l'absence d'une équipe résidente au Stade de France.
04:51Entre 1998 et 2013, le duo a touché environ 120 millions d'euros de la part de l'État pour compenser l'absence de club résident.
04:59Et mouillez-vous bien la nuque parce qu'il y a encore d'autres contreparties.
05:03Le consortium a aussi négocié des conventions d'utilisation du Stade de France très avantageuses avec les fédérations françaises de foot et de rugby.
05:10Elles obligent les fédés à organiser un minimum de matchs au Stade de France et surtout à reverser au consortium une majorité des revenus de ces événements.
05:18Le paradoxe qui s'est posé, c'est que très vite en effet le consortium a fait des bénéfices.
05:24Pendant les douze premières années d'exploitation, le consortium a eu une rentabilité quatre fois supérieure aux prévisions de départ.
05:30Pour le consortium, c'est le jackpot.
05:32Pour les finances publiques, c'est du mauvais management public.
05:35C'est aussi ce que fait comprendre une autre institution de la Ve République, la Cour des Comptes.
05:40Dans un rapport, elle parle d'un régime de concession mal conçu et en permanence contesté.
05:45Depuis, plusieurs ajustements ont eu lieu.
05:47Comme en 2013 avec la suppression de la compensation pour absence de club résident
05:51ou bien la renégociation des conventions signées avec les fédérations de foot et de rugby.
05:56Ça a permis de stopper l'hémorragie pour l'État.
05:58Sauf que pour les finances publiques, tout ça, c'est arrivé un peu trop tard.
06:02D'où cette étiquette de gouffre financier qui continue de coller au Stade de France.
06:06Quand on parle de ces montants investis sur 30 ans, je comprends qu'on puisse en tout cas être par posture assez critique sur ce type d'investissement.
06:14Mais l'État ne fait pas forcément des choses pour être rentable lorsqu'il investit dans des hôpitaux ou la puissance publique, dans des écoles, etc.
06:25Et le Stade de France, il appartient à cette catégorie d'investissement.
06:29Parce qu'en le construisant, l'État cherchait aussi à transformer un territoire.
06:35Vous vous rappelez des 449 millions d'euros dépensés dans les infrastructures autour du Stade de France ?
06:40Et bien une bonne partie de cette somme a été allouée au transport.
06:43Construction et reconstruction de gares pour les RER, prolongation de la ligne 13 du métro, couverture de l'autoroute A1.
06:54Tout ça, ça a permis de désenclaver Saint-Denis et son département, ce qui était essentiel pour ce territoire.
07:00Ces infrastructures de transport ont catalysé de nouvelles implantations, tertiaires, essentiellement, autour du secteur de Saint-Denis.
07:08En gros, beaucoup d'entreprises ont installé leur siège autour du Stade de France parce que les prix de l'immobilier étaient moins élevés qu'à Paris.
07:14Il y a aussi tout ce qui relève de l'inquantifiable.
07:17Quand le monde entier regarde les Coupes du Monde, les Jeux Olympiques organisés au Stade de France, c'est Saint-Denis qui prend la lumière.
07:24Donc, quand on fait le bilan du Stade de France, avant de le qualifier de gouffre financier,
07:28il faut aussi prendre en compte ce qu'il a apporté en termes d'économie, de mobilité, d'image à sa ville d'accueil.
07:34Même si là encore, il faut apporter un peu de nuance.
07:37Si vous allez au Stade de France, vous apercevrez qu'il y a une migration le matin de cadres CSP+,
07:42qui vont travailler en Seine-Saint-Denis et qui repartent le soir.
07:47On estime à peu près que sur la Plaine-Saint-Denis, vous avez entre 70 et 75 %.
07:51Il y a des cadres qui travaillent à la Plaine-Saint-Denis, qui n'habitent pas sur le territoire,
07:54et donc qui viennent essentiellement de Paris-Intramuros.
07:57À l'origine, le quartier autour du Stade devait accueillir des commerces, des loisirs, des logements.
08:02Sauf qu'aujourd'hui, il y a surtout des bureaux et ce décathlon qui est sur le point de fermer.
08:07Maintenant, il y a des motifs d'espoir.
08:09Les futurs projets d'aménagement avec des logements, des commerces,
08:12devraient apporter plus de mixité sociale et économique dans les prochaines années.
08:15Et pour le nouveau concessionnaire du Stade de France, parce que oui, il y en a un nouveau,
08:19c'est plutôt une bonne nouvelle.
08:22Le 16 juin 2025, l'État a signé une nouvelle concession de 30 ans pour le Stade de France.
08:28Et les règles du jeu ont complètement changé.
08:30D'abord, au revoir Vinci Bouygues.
08:32Le consortium voulait poursuivre la concession et avait posé sur la table 400 millions d'euros
08:37pour rénover le Stade de France.
08:38Ça n'a pas convaincu l'État, ça a donné lieu à une bataille judiciaire.
08:41Et à la fin, la justice n'a pas donné raison à Vinci Bouygues.
08:45Ensuite, bonjour JL Events.
08:48C'est cette entreprise, mastodonte de l'événementiel,
08:51qui a récupéré la concession du Stade de France.
08:54En comparaison de Vinci et Bouygues, c'est un petit acteur.
08:57Mais qui a de l'expérience.
08:59Au JO de Paris, l'entreprise a géré la majorité des infrastructures temporaires de la compétition.
09:04Dans son contrat avec l'État,
09:05JL Events s'engage à dépenser 120 millions d'euros pour moderniser le Stade de France.
09:09Et surtout, l'entreprise va devoir relever un gros défi par rapport à la précédente concession.
09:15Nous partons aujourd'hui sur cette exploitation pendant 30 ans,
09:18sans aucune subvention publique.
09:20Christophe Cizeron est le directeur général de la filiale de JL Events,
09:23qui va gérer le Stade de France.
09:25L'enjeu, c'est de faire vraiment du Stade de France une destination environnementielle
09:29de 365 jours par an,
09:31mais également vraiment un poumon économique pour le territoire.
09:33Pour ça, l'entreprise envisage plusieurs projets pour réussir sans les subventions de l'État.
09:38Un musée, du tourisme d'affaires,
09:40des matchs avec la ligue de football américain,
09:42de l'e-sport.
09:43JL Events sont les leaders mondiaux
09:45sur les équipements temporaires,
09:48l'exploitation type d'exposition.
09:50En attendant de lancer tout ça,
09:51le concessionnaire s'est mis d'accord avec les fédérations de foot et de rugby
09:55pour utiliser le Stade de France.
09:57On a vraiment proposé de dérisquer,
10:00c'est-à-dire de baisser le montant du loyer fixe.
10:02On est vraiment dans une logique de partenariat,
10:04c'est-à-dire qu'à un moment donné,
10:05on partage un risque effectivement sur certaines audiences.
10:08Cette nouvelle concession semble donc partir sur de très bonnes bases.
10:11Sauf qu'il y a un tout petit truc
10:12qui pourrait enrayer la machine,
10:14le Paris Saint-Germain.
10:17Le club de la capitale veut à ce jour quitter le Parc des Princes
10:20qu'il loue à la mairie de Paris.
10:22Le PSG ambitionne de construire son propre stade
10:24en banlieue parisienne.
10:25On parle ici d'une enceinte d'au moins 60 000 places,
10:28hyper moderne et adaptable.
10:30Si ce stade voit le jour,
10:31ce qui est encore loin d'être fait,
10:33il risque d'attirer beaucoup d'acteurs du sport
10:35et de l'événementiel habitués du stade de France.
10:38Et ça, pour JL Events,
10:39ce serait une catastrophe.
10:41Le nouveau concessionnaire a donc négocié avec l'État
10:43ce que nos confrères de l'équipe ont appelé
10:45la clause PSG.
10:47Oui, on a une clause convenue avec l'État,
10:50mais ce n'est pas une clause qui nous permet de nous retirer comme ça.
10:52Il y a des conditions précises qui sont cumulatives
10:55et qui permettent à un moment donné
10:57d'avoir ce qu'on appelle une clause de revoyure avec l'État
11:00et d'apprécier les conditions économiques du contrat.
11:04Ce serait encore une autre histoire
11:05et certainement une très bonne vidéo.
11:08Merci d'avoir suivi ce nouveau mercato,
11:09on espère que ça vous a plu.
11:11Avant de conclure,
11:12on voulait vous parler de notre confrère de SoFoot,
11:14Christophe Glez.
11:14Depuis plusieurs mois, Christophe est emprisonné en Algérie
11:17où il a été condamné pour avoir simplement fait son travail de journaliste.
11:21Il a décidé de se pourvoir en cassation
11:22et on lui apporte tout notre soutien dans cette démarche.
11:25On vous met en description de la vidéo
11:27tous les articles qu'on a écrits sur Christophe dans le journal.
11:30A plus !
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