Passer au playerPasser au contenu principal
Anne Fulda reçoit Marie-Christine Tabet pour son livre «Alger Paris : Affaires toxiques» dans #HDLivres

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Marie-Christine Thabé.
00:02Alors vous êtes journaliste, vous avez été journaliste dans différents médias,
00:07vous avez été directrice adjointe du Parisien,
00:10vous avez aussi déjà publié plusieurs ouvrages.
00:13Le dernier s'appelle « Alger-Paris, affaires toxiques »,
00:16c'est un livre qui est paru aux éditions Stock et que vous avez écrit avec Christophe Dubois,
00:21avec qui d'ailleurs vous avez déjà écrit il y a plus de dix ans, en 2015,
00:24« Paris-Alger, une histoire passionnelle ».
00:27Alors cette fois, vous êtes replongé dans le sujet, c'est une enquête passionnante,
00:32vous avez interrogé énormément de témoins, de personnes, des diplomates, des agents, des ministres,
00:39et vous arrivez à un constat assez inquiétant finalement, entre la France et l'Algérie,
00:45de la passion, on est passé à une relation toxique.
00:49Est-ce que c'est pour ça que vous avez décidé de revenir sur ce sujet,
00:54parce que vous avez l'impression que décidément, rien ne s'arrange entre ces deux pays ?
00:58On s'est interrogé, parce que c'est vrai qu'on avait fait un « Paris-Alger »,
01:02donc on s'est dit « mais est-ce qu'il faut vraiment refaire un « Alger-Paris » ?
01:04»
01:05Et c'est vrai que la question algérienne a quand même occupé la classe politique française,
01:09enfin en tout cas, a même pollué le quinquennat, le dernier quinquennat d'Emmanuel Macron,
01:14donc on a voulu, on a essayé de comprendre pourquoi.
01:16C'est vrai qu'on a rencontré une centaine de diplomates, préfets, opposants algériens,
01:25hommes politiques français, pour essayer de comprendre pourquoi cette relation,
01:29après finalement plus de 60 ans, continue à être une politique, presque une affaire intérieure.
01:36Alors, durant ces dix ans, grosso modo, on a eu l'arrivée au pouvoir de Tebboune en 2019,
01:44celle de Macron en 2017.
01:47Au début, les relations entre les deux étaient plutôt bonnes,
01:50d'ailleurs, pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait prononcé des propos
01:55qui ont scandalisé certains, mais qui avaient probablement plutôt plus à côté de l'Algérie,
01:59puisqu'il avait parlé de la colonisation comme un crime contre l'humanité.
02:04Aujourd'hui, les relations entre les deux dirigeants ne sont pas très bonnes.
02:09En fait, on essaye de nous faire croire que les relations se sont arrangées,
02:13parce que des deux côtés, politiquement, on essaye d'afficher une concorde.
02:17En réalité, Emmanuel Macron a fait plus que n'importe quel autre président de la République
02:22pour essayer de renouer des liens avec l'Algérie,
02:25mais on n'a toujours pas d'ambassadeur algérien en France.
02:29Notre agent de sécurité intérieure n'a toujours pas de visa pour retourner en Algérie,
02:34donc la situation reste complètement bloquée.
02:37Et nous, on a compris, si vous voulez, en se plongeant dans cette enquête,
02:43qu'il y avait dans cette relation, on a appelé ça affaire toxique, un véritable poisson.
02:48C'est-à-dire que l'Algérie, qui n'arrive pas à s'en sortir,
02:51qui n'arrive pas à donner d'horizon à sa jeunesse et à sa population,
02:56réanime en permanence l'idée de la faute originelle du colonisateur.
03:01Oui, parce que ça, ça fait partie effectivement des sujets récurrents
03:06qui empoisonnent les relations entre les deux pays.
03:08Il y a ce désir, ce besoin du côté algérien de reconnaissance d'une culpabilité
03:15sur le passé colonial, sur la mémoire coloniale,
03:18mais il y a aussi d'autres sujets qui reviennent, au sujet des fameux OQTF,
03:23au sujet...
03:24Et puis évidemment, on a eu ces affaires de Boilem Sansal,
03:28cet écrivain qui a été emprisonné, puis finalement relâché.
03:33Et puis on a toujours Christophe Glez, ce journaliste sportif
03:35qui a été condamné, qui est emprisonné, condamné à 7 ans de prison,
03:41sans raison valable.
03:42Il est retenu depuis 500 jours.
03:43En fait, s'il y a une raison qui est très valable,
03:45c'est-à-dire que le pouvoir algérien, qui par ailleurs a été accusé par la France
03:50de pratiquer... enfin par la France, par un procureur de la République
03:53de pratiquer du terrorisme d'État sur le sol français,
03:57il y a un agent consulaire algérien dont quand même beaucoup d'éléments
04:01tentent à penser qu'il a essayé de faire enlever un opposant algérien en France
04:06qui est en prison, et l'Algérie essaye de négocier,
04:09de troquer ce journaliste français.
04:13Tout le monde le dit à bas bruit, mais en fait, c'est ce qui se passe.
04:16On est face à un troc entre un agent consulaire qui est en prison
04:20et un journaliste français qui est rentré en Algérie sans visa.
04:24Alors vous avez rencontré les parents, la mère et le beau-père de Christophe Glez,
04:30mais c'est vrai, vous le soulignez d'ailleurs, on a l'impression que
04:35sa détention fait beaucoup moins de bruit qu'en a fait celle de Boilem sans salle.
04:39Il y a moins de mobilisation. Zidane a parlé, Zinedine Zidane a pris la parole récemment,
04:45mais ça reste assez modéré.
04:46Mais en fait, parce qu'on est dans une logique où il ne faut pas contrarier l'Algérie,
04:51donc il faut, la famille essaye de faire des films, de faire intervenir la grand-mère
04:56qui a 102 ans, qui n'est d'ailleurs pas en très bonne santé,
04:59mais cet homme est quand même condamné à 7 ans de prison sur des éléments qui sont assez friables.
05:07Alors, et puis il y a un événement que vous évoquez qui n'a pas arrangé les relations entre les
05:13deux pays,
05:13c'est la décision française de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
05:19Oui, alors effectivement...
05:21Ou est-ce que ça a été juste un prétexte ?
05:22Nous, au fil de notre enquête, puisque c'était ce qui était vraiment avancé,
05:27ça a été fortement un camouflet,
05:30parce qu'Emmanuel Macron a été très proche du gouvernement algérien,
05:35de Abdelmadjid Tebboune, vous l'avez dû en début d'entretien,
05:39donc c'est vrai qu'il y a eu une vexation très forte du côté algérien
05:44par rapport à ce que faisait la France,
05:46mais aujourd'hui plus personne ne parle de l'affaire du Sahara occidental,
05:50et d'ailleurs l'Algérie a pardonné aux Etats-Unis, à l'Espagne et à beaucoup d'autres Etats
05:55d'avoir effectivement reconnu aussi la marocanité du Sahara occidental.
06:00Alors, et puis vous commencez le livre par des scènes absolument incroyables
06:06de tueurs à gages qui sont aux trousses d'opposants algériens installés en France,
06:13avec la mission, c'est des petits gamins recrutés dans les banlieues,
06:18de les éliminer tout simplement.
06:20On est vraiment sur les tueurs à gages de cités,
06:22c'est-à-dire qui sont mineurs d'ailleurs au début de l'opération,
06:27à qui on dit, tu vas aller descendre un type à Roubaix pour 10 000 francs,
06:33et on a une équipée, alors on ne sait pas qui a demandé à ces jeunes d'aller tuer,
06:38mais comme par hasard, un opposant algérien,
06:41dont les services de sécurité belges expliquent qu'il est ciblé par des proches
06:46de l'ambassade d'Algérie en Belgique ou du consulat de Créteil en France,
06:52il n'y a pour l'instant que des faisceaux.
06:54Mais toutes ces affaires vont quand même finir par déboucher,
06:57puisque la justice française n'a pas l'air d'être aussi compatissante
07:01que les politiques françaises.
07:02Et puis vous évoquez dans un chapitre intitulé Terrorisme d'État,
07:06que l'on évoquait il y a quelques minutes,
07:08le BS, Bureau de sécurité, alors expliquez-nous ce que c'est.
07:12Alors ça, c'est quelque chose qui est assez intéressant,
07:15c'est-à-dire qu'on a 20 consulats, je crois,
07:2020 consulats même, je crois, algériens en France,
07:23puisqu'on en a ouvert deux, on a autorisé deux nouvelles ouvertures,
07:26et à l'intérieur, vous avez une petite cellule,
07:29le bureau de sécurité, qui est composé d'agents, de personnes de service.
07:33Alors on peut considérer, on a l'impression d'être en pleine guerre froide
07:36et en plein polar, c'est-à-dire effectivement, à Créteil,
07:39on se rend compte qu'on a un monsieur X qui se fait appeler monsieur X,
07:44qui a une toute autre identité, et qui est là essentiellement pour agir,
07:48pour surveiller, pour donner des informations,
07:50pour éventuellement faire pression sur sa communauté,
07:53pour avoir des informations, parce qu'il y a quand même des binationaux,
07:56donc effectivement, c'est un terrain sensible.
07:59Alors vous racontez, il y a plein d'anecdotes,
08:02vous avez interrogé énormément de gens,
08:04les anciens ambassadeurs,
08:07qu'à un moment, au moment de l'affaire Naël,
08:09l'ambassadeur d'Algérie en France a projeté d'aller voir sa mère,
08:13parce qu'elle a des origines algériennes,
08:15ce qui était quand même une manière, une forme d'agérance,
08:19et de soutien dans une affaire qui n'était pas résolue.
08:22Ça ne veut pas dire que la France n'est pas de sujet,
08:26que la conquête française n'ait pas été très compliquée,
08:29qu'il n'y ait pas un problème de souffrance et de mémoire en Algérie.
08:32Nous, on ne s'est pas placé sur ce terrain-là.
08:33On s'est placé quand même sur un pouvoir qui,
08:36depuis le Irak, est en perte de vitesse,
08:38et qui en même utilise tous les moyens,
08:40d'abord contre sa propre population,
08:43pour effectivement trouver une légitimité, en fait.
08:47Et effectivement, à cette époque-là,
08:49quand même l'ambassadeur d'Algérie en France envoie un premier communiqué de presse
08:54pour soutenir Naël,
08:55et commence à expliquer qu'il est là pour protéger la population binationale
09:01qu'il considère comme algérienne.
09:03Alors, dernière question, rapidement,
09:04vous évoquiez une forme de nouvelle guerre froide entre les deux pays.
09:07Comment y mettre un terme ?
09:10Je pense que de toute façon,
09:11il ne se passera pas grand-chose avant l'élection présidentielle française.
09:16On peut considérer que, nous, on est journalistes,
09:19on n'a pas de solution, on n'est pas ni diplomate ni politique.
09:21En tout cas, ce que l'on voit,
09:23c'est que la solution d'Emmanuel Macron,
09:26qui était celle de la main tendue, n'a pas fonctionné.
09:29Celle de Bruno Retailleau,
09:30qui, lui, s'est cabré sur les OQTF, non plus.
09:33Mais en tout cas, il est certain que,
09:35même si la France a des choses à se faire pardonner,
09:38elle ne peut pas le faire avec n'importe qui.
09:41En tout cas, c'est à lire.
09:43Ce livre, c'est vraiment une enquête très fouillée et passionnante.
09:46Ça s'appelle Alger Paris, Affaires toxiques.
09:48C'est un livre que vous avez co-écrit,
09:49Marie-Christine Tabay, avec Christophe Dubois.
09:52Et c'est publié aux éditions Stock.
09:54Merci beaucoup.
09:54Merci beaucoup.
09:55Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations