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  • il y a 6 minutes
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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00:02Europe 1
00:0416h, 18h, Pascal Proulx et vous
00:07La dernière partie de l'émission et nous sommes donc avec Philippe Charlier pour son livre
00:11Les morts ont une histoire aux éditions Fayard. Alors vous êtes médecin ?
00:16C'est marrant, on finit toujours par les légistes en fait.
00:18C'est normal, c'est logique. Oui je suis médecin, je vous confirme.
00:23Et c'est vrai que vous êtes dans la dernière partie de l'émission et que votre livre,
00:28alors moi j'ai adoré évidemment ce livre parce que je suis sensible
00:32à ces histoires de mort et comme tout un chacun,
00:36d'ailleurs je pose la même question, elle a été posée ce week-end, figurez-vous, on était dans
00:40le cimetière et nous en parlions ensemble et c'est la question qu'on vous
00:44pose la première dans les conférences
00:49Docteur, est-ce vrai que les ongles, les cheveux
00:52et les dents continuent de pousser après la mort ?
00:55J'ai toujours entendu ça. Et oui, on l'entend très souvent, c'est complètement faux.
00:59C'est faux, c'est que je l'ai encore entendu même de la part d'un croque-mort,
01:04un spécialiste quand même des pompes funèbres, qui l'a encore dit lui que c'était vrai,
01:08mais non, c'est complètement faux. En fait quand on meurt, on se dessèche un tout petit peu
01:11au niveau des extrémités, on se dessèche un tout petit peu aussi au niveau du visage
01:15et donc quand on est rasé de près, ce qui n'est pas mon cas, on a à la fin
01:21de la journée
01:21ou 24 ou 48 heures plus tard, l'impression d'une petite pousse du poil ou du cheveu
01:26et même chose au niveau des ongles. Quand les ongles sont coupés à ras, comme ça se dessèche
01:31un tout petit peu au niveau de la pulpe, ça donne l'impression d'une pousse des ongles.
01:34Mais c'est une impression, ce n'est pas une réalité. Quand on meurt, ces extrémités-là meurent aussi.
01:39Et les dents, pareil, la muqueuse qui entoure, donc la gencive, se dessèche un tout petit peu
01:44et donc ça laisse une impression de pousse des dents. Ça pour nous les adultes, on ne s'en rend
01:47pas trop compte,
01:47c'est plutôt pour les enfants que ça peut être assez impressionnant.
01:51Dans le livre Sire, S-I-R-E, Sire, qui ressort de Jean Raspail, il y a 25 pages éblouissantes
01:59lorsque les émutiers, en 1793, ont profané les cercueils, les tombes des rois de France.
02:08Et les cercueils étaient plombés à partir du XVIe siècle. Avant, ils n'étaient pas plombés.
02:13Donc quand ils ont ouvert la tombe d'Henri IV, il était intact.
02:16Il était en très bon état de conservation, tellement bon état de conservation
02:19qu'un moulage de son visage a été fait à nouveau en octobre 1793.
02:24Il y en a d'autres qui étaient en bon état.
02:25Et comment c'est possible ?
02:26En fait, ça se conserve plutôt pas mal. Quand un corps est dans le plomb,
02:29ça crée une sorte d'équilibre, tout simplement, et ça bloque temporairement la décomposition,
02:34putréfaction, d'autant plus que les rois de France étaient embaumés déjà préalablement.
02:37Ils étaient éviscérés, et puis parfois, même pour Henri IV, son premier embaumeur,
02:41c'est Ravaillac, c'est lui qui a commencé le boulot, puisqu'il a tué le roi,
02:45et donc il a provoqué une forte perte de sang pour Henri IV,
02:48donc il était déjà en partie déshydraté.
02:50C'est vrai que le seul qui était en mauvais état, c'était Louis XV,
02:52quand il a été exhumé par les émeutiers, puisque lui n'avait pas été embaumé,
02:57parce que tout le monde avait peur de lui, il était mort de la variole,
02:59et il était dans un sale état.
03:01– Mais c'est 25 pages qui sont absolument éblouissantes.
03:05– Tout le bouquin est génial.
03:06– Oui, mais moi je ne connaissais pas ce livre, pour tout vous dire,
03:10je l'ai lu, c'est pour ça que c'est encore frais dans ma mémoire,
03:13je l'ai lu il y a une dizaine de jours, et j'ai trouvé ça tout à fait extraordinaire.
03:17Alors, revenons à votre livre, Philippe Charlier,
03:20« Les morts ont une histoire, édition Fayard,
03:23vous écrivez tous les médecins légistes ont leurs propres anecdotes
03:26autour de patients vivants qu'ils ont failli autopsier sur leur table en inox.
03:31Moi-même, j'en ai deux, au début de ma carrière,
03:34la première, quand au moment de retirer son alliance à une défunte,
03:37juste avant de l'installer en salle, elle se mit à crier. »
03:41– Je ne vais pas jouer à Philippe Boxo, mais on a tous…
03:44– Et ça veut dire quoi ?
03:45– C'est qu'elle n'était pas morte, tout simplement.
03:47– Oui, j'imagine, c'est toujours parti.
03:49– C'est bien, vous avez le bon réflexe.
03:51– Mais pourquoi alors elle était là ?
03:53– Eh bien parce qu'elle est tombée dans ce qu'on appelle les états de mort apparentes.
03:57Ce sont des patients qui, parce qu'ils ont pris beaucoup de toxiques,
04:00certains toxiques, parce qu'ils sont en hypothermie,
04:02température corporelle très très abaissée.
04:04– C'est ce qu'on appelait la narcolepsie, jadis ?
04:06– La narcolepsie, non, c'est plutôt le fait de tomber dans un état de sommeil extrêmement profond,
04:15relativement rapidement.
04:16Là, c'est vraiment un état de mort apparente.
04:17C'est-à-dire que si on ne se penche pas sur la personne pour vérifier qu'elle respire,
04:21et que son cœur bat, on peut signer un certificat de décès assez facilement.
04:25Ça peut durer, oui, jusqu'à ce qu'on se réveille dans le cercueil,
04:27et dans ce cas-là, c'est un tout petit peu trop tard.
04:29– Mais il y a des gens qui se...
04:30– Non mais sérieusement, il n'y a pas de peur.
04:32Ça, c'est le fantasme, j'ai vu que vous en parlez aussi.
04:34Il y a des vidéos, paraît-il.
04:35Que faire si vous vous réveillez dans votre cercueil ?
04:39– Il y a des tutos ?
04:40– Moi, je n'aurais pas dit penser, vous en avez parlé.
04:41– Mais ça, ça n'existe pas.
04:43Il n'y a personne qui s'est réveillé dans son cercueil, Philippe Charlier.
04:46– Écoutez, à peu près une fois par mois, vous avez les grands titres,
04:49et également, y compris ici à Europe 1,
04:52où on vous raconte qu'il y a une Philippine qui s'est réveillée dans son cercueil,
04:54un Indien sur sa table de crémation, etc.
04:59Donc ça arrive, et ce qui est intéressant, c'est que même ici,
05:02à Paris, avec l'assistance publique des hôpitaux de Paris,
05:05donc avec un plateau technique extrêmement bon,
05:08eh bien, il peut y avoir, non pas des erreurs en l'occurrence,
05:11mais des vérifications nécessaires.
05:12Donc, tout messin légiste doit vérifier véritablement
05:15avant de réaliser son autopsie,
05:17notamment ce qu'on appelle les autopsies chaudes,
05:18c'est-à-dire quand le corps n'a pas transité par le réfrigérateur,
05:23mais qu'il arrive directement de la scène de crime,
05:24parce qu'il y a une urgence,
05:25parce qu'il y a un intérêt à faire l'autopsie le plus rapidement possible.
05:29Oui, c'est arrivé dans les années 70, 80, 90.
05:33J'espère que maintenant, ça n'arrive plus.
05:36Et c'est pour ça que je me suis amusé,
05:37au début de l'ouvrage que vous avez cité,
05:39à faire une sorte de recensement de tous ces enterrements précipités,
05:43et parfois autopsies un peu aventureuses, on va dire.
05:46Où le patient se réveille au premier coup de scalpel, par exemple.
05:49C'est pour ça qu'il est recommandé d'ailleurs,
05:51dans certains manuels d'autopsie,
05:52de commencer non pas par un organe vital,
05:54mais par la jambe, le pied,
05:56et puis ensuite on remonte au niveau du cœur et des poumons,
05:59parce que si jamais on donne un coup de scalpel
06:01et que malheureusement le légiste tue son patient,
06:04ça n'est pas une procédure normale.
06:05Il doit s'occuper d'un patient déjà mort.
06:09Pourquoi en autopsie ?
06:11En autopsie, parce que c'est le seul moyen actuel
06:13et qui n'est toujours pas remplacé par l'intelligence artificielle
06:15et qui ne risque pas de l'être,
06:17d'avoir le maximum d'informations sur l'état de santé de l'individu
06:20au moment de son décès, sur la cause véritable de la mort
06:22et sur les circonstances du décès.
06:25Et ça, avec l'IA, on ne peut pas.
06:27Même si on fait un scanner post-mortem,
06:28on n'a pas cette information-là.
06:29Et on ne peut vraiment pas se passer de l'autopsie
06:31si on veut connaître le vrai état de santé de la population.
06:34En France, on n'autopsie pas assez.
06:36Dans les états du nord de l'Europe,
06:37il y a 70, 75, 80% d'autopsies
06:40et eux ont une vraie vision de santé publique
06:42sur de quoi meurt véritablement leur population.
06:45Avec du coup des vies qui sont sauvées
06:46parce qu'on sait comment les soigner et comment prévenir.
06:48Oui, mais j'imagine que la famille rechigne parfois
06:51à ce que le corps de ce qu'elle a aimé
06:54soit entre les mains du médecin légiste.
06:58Oui, mais un médecin légiste,
06:59et pourtant j'ai beaucoup de considérations
07:01pour le corps professoral que je vais citer juste après,
07:03n'est pas un boucher.
07:04C'est un acte médical à part entière
07:07avec tout le respect qui est dû au patient.
07:09Et vous voyez, je parle bien de patient et pas de cadavre.
07:12Et assez souvent,
07:14le patient est en meilleur état après l'autopsie qu'avant.
07:17En meilleur état.
07:18Certes, il a été ouvert.
07:19Certes, les organes ont été examinés.
07:21Mais c'est un vrai geste médical.
07:24Ce n'est pas du soin au sens thérapeutique,
07:26mais c'est du prendre soin pour nos patients.
07:28Mais j'ai une question, enfin, quelque chose m'échappe.
07:30On autopsie systématiquement ?
07:32Pas forcément pour une cause spéciale ?
07:34Non, non, on autopsie, c'est...
07:35Oui, s'il y a une cause réelle, c'est pas...
07:38On autopsie, c'est...
07:39Non, mais je sais.
07:40Non, mais par exemple, si on meurt d'une maladie
07:42ou de vieillesse, on ne va pas autopsier systématiquement.
07:46Je suis venu sans scalpel.
07:49Vous comprenez ma question.
07:50Non, en fait, il y a deux grands types d'autopsie.
07:54Il y a l'autopsie scientifique.
07:56Il y a un qui se passe quelque chose avant la fin de l'émission.
07:59Pardonnez-moi, je ne vais pas être autopsié.
08:01Non, vous n'avez pas compris ma question.
08:03Mais bien sûr que je l'ai compris, je vous taquine.
08:05Soyez une autopsie scientifique à l'hôpital pour savoir exactement.
08:09C'est pas nous, c'est soit le juge ou le procureur de la République,
08:14assez souvent, ou l'officier de police judiciaire,
08:16quand il y a un doute sur l'identité,
08:18ou qu'on veut savoir, ou que c'est potentiellement criminel,
08:20ou qu'il y a un problème de responsabilité,
08:21et ça c'est médico-légal.
08:22Ou à l'hôpital, vous pouvez demander l'autopsie scientifique,
08:25parce que vous voulez savoir, même s'il n'y a pas de problème de responsabilité.
08:27Mais ça ne vous fait rien, pardonnez-moi de poser une question aussi simple que ça.
08:29Non, je vous en prie.
08:30Ça ne vous fait rien ?
08:31Ah si, si, bien sûr que si, ça me fait.
08:33Parce que c'est un scandale.
08:34La mort, toute mort d'un individu, même si elle est normale,
08:38est un scandale.
08:39Mais des morts...
08:39Mais vous avez autopsié combien de personnes ?
08:41Plus de 2000 à peu près.
08:43Donc ça ne vous fait rien en fait.
08:44Ah si, si, si, je ne dirais jamais que ça ne me fait rien.
08:46Au contraire.
08:47Et je ne me réjouis jamais.
08:48Vous appréhendez ?
08:49C'est votre métier, donc à un moment, la première fois, j'imagine que...
08:54Oui, mais je ne me réjouis pas à faire une autopsie.
08:56Non, je ne vous dis pas que vous vous réjouissez.
08:58Je vais me autopsier deux ou trois personnes.
09:00Mais vous savez, c'est à la fois une méditation philosophique.
09:02Vous avez autopsié des gens que vous connaissiez ?
09:04Oui.
09:06Ah oui, c'est un difficile.
09:07Eh bien, c'était un moyen de leur...
09:12Mais par hasard ?
09:13C'était moi qui étais ce jour-là d'astreinte,
09:15et je connaissais cette personne-là très très bien.
09:17Mais il avait fait exprès de tomber dans mes mains.
09:21Ah bon ?
09:22Oui, oui.
09:22Et du coup, eh bien...
09:24Il avait calculé ?
09:24Vous allez nous dire ça après 17h40,
09:27parce que c'est un mystère ça.
09:28C'est un mystère mystérieux.
09:29A tout de suite.
09:30Philippe Charlier, auteur du livre Les Morts ont une histoire et notre invité.
09:34Le livre est paru aux éditions Fayard.
09:36Vous pouvez échanger avec lui au 01-80-20-39-21.
09:38Tout de suite avec Pascal Praud sur Europe 1.

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