00:01Quand la jeunesse française parle comme les vieux cons, chose vue aurait dit Victor Hugo, la scène a lieu devant
00:07le lycée Henri IV à Paris, orgueil de l'éducation nationale,
00:11fleuron de l'école de la république où un certain nombre de génies et de talents ayant participé à notre
00:16gloire nationale ont fait leur humanité.
00:18Aujourd'hui le terme semble rêveur. Un journaliste de CNews interroge un manifestant posté devant le lycée et lui demande
00:25les raisons de sa présence et quelles sont ses revendications.
00:27On écoute la réponse de ce jeune français.
00:29Mais parce qu'on te déteste et qu'on a marre de toi et de tous tes gars, on a
00:32marre de votre régime, on a marre de ce que vous nous racontez, on a marre de tes récits.
00:36J'ai pas envie de te parler, j'ai pas envie que tu me mettes sur ta chaîne.
00:38C'est vous qui allez parler monsieur, c'est vous qui allez raconter. Pourquoi vous mobilisez encore aujourd'hui ?
00:42J'ai même pas envie de te parler. En fait, tout ton être, tu reprends un truc que je déteste
00:46et tu me dégoûtes.
00:48Quelles sont vos revendications ? Vous estimez que vous n'en avez pas encore assez aujourd'hui de ce qui
00:51a été cédé par le gouvernement ?
00:52Pas du tout, pas du tout. Je veux tout, je veux ton air. Je veux le gouvernement, il donne ta
00:55maison, ta femme, je veux tout.
00:56Moi je veux, hé, j'ai pas envie de te parler, j'ai pas envie de ton micro, j'aimerais
00:59que tu passes.
01:00Voilà, ce jeune homme est-il lycéen à Henri IV ?
01:04Nous avons bien entendu, mais parce qu'on te déteste, on en a marre de toi et de tes gars,
01:09marre de votre régime, de ce que vous nous racontez, de tes récits.
01:13Mais parce que j'ai même pas envie de te parler, en fait tout ton être, tu représentes un truc
01:17que je déteste, tu me dégoûtes.
01:19Et revendication finale, quand on lui demande ce qu'il veut, je veux tout, que le gouvernement me donne ta
01:23maison et ta femme.
01:24La suite de l'échange est à l'avenance. Cette scène est un petit instant d'histoire, elle ne résume
01:29pas toute la réalité de ce pays, loin de là, du moins espérons-le.
01:31Mais on dit long sur la lente et inéluctable décrépitude d'une génération sacrifiée, disons-le comme ça.
01:36Je préfère ne pas savoir ce que les anciens élèves du lycée Henri IV penseraient de ce petit instant d
01:41'histoire survenu devant ce berceau de la culture française.
01:43Je pense à Alfred de Musset, à Guy de Maupassant, à Henri Bergson, à Julien Gracq, plus récemment à Michel
01:49Foucault, à Jean Dormesson, à Patrick Modiano,
01:51mais aussi à des hommes d'État comme Alexandre Milleron ou Georges Pompidou.
01:54Paix à leur âme et à leur mémoire, au point de se demander si l'on préférait qu'il n
01:58'y ait pas d'au-delà, afin de leur épargner un tel spectacle.
02:02Tout ton être présente un truc que je déteste, tu me dégoûtes.
02:04Nous ne sommes assurément ni dans Musset, ni dans Maupassant.
02:07Le passage qui m'a le plus interpellé est l'expression « marre de votre régime »,
02:12adressée par ce jeune homme plein de fougue et de verbes aux journalistes qui l'interrogent.
02:16Comme si une chaîne de télévision était un régime politique, voire une sorte de dictature dont la France subirait les
02:21outrages.
02:22Curieuse comparaison, c'est dire jusqu'où peut aller une pétition publique réclamant la fermeture d'un média.
02:29Elle éclaire les esprits, porte l'intelligence de la jeunesse à ses sommets, dont acte.
02:33« Contre toute attente, je ne vais pas blâmer ce jeune homme, mais lui demander pardon.
02:38Est-il simple manifestant venu prêter main-forte à ceux qui bloquent l'accès à l'établissement ou lycéen d
02:44'Henri IV lui-même ?
02:45Je veux très modestement lui présenter mes excuses d'avoir laissé ce pays sombrer à un tel niveau d'aberration
02:50et de l'avoir livré à la fabrique du crétin que définit dans son livre éponyme le prof marseillais Jean
02:55-Paul Brighelli.
02:56Pardon d'avoir laissé l'école s'effondrer, pardon d'avoir trahi l'éducation nationale.
03:00Je ne suis qu'un journaliste et ne dispose d'aucun levier institutionnel.
03:03Je parle ici en tant que représentant d'une génération, étant née en mars 1959,
03:08deux mois après que le général de Gaulle ait été élu premier président de la 5ème république.
03:13Qu'avons-nous fait de cette France qui nous avait laissé si brillante ?
03:16Alors que nous avons cumulé les alertes et les avertissements de ce qui allait être à devenir,
03:21nous avons, j'en prends ma part de simples citoyens, tout simplement regardé de l'autre côté pendant que la
03:26maison brûlait.
03:27La colère lycienne est légitime et nous partageons l'indignation de ceux qui manifestent pacifiquement.
03:32Bonne chance au jeune homme qui s'est laissé aller devant une caméra.
03:35Bien d'autres médias ont eu à subir aussi ce genre de situation à la fois étonnante et déplorable.
03:40Gageons qu'il en ira lorsqu'il en reverra les images dans 20 ou 30 ans.
03:44Aujourd'hui, je me contente d'en pleurer.
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