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En décembre 2005 à Vevey, en Suisse, Ruth Légeret et son amie Marina Studer sont retrouvées mortes au bas d'un escalier dans la villa familiale. Marie-Josée Légeret, la fille de Ruth, a disparu et n'a jamais été retrouvée. Très vite, l'enquête se concentre sur François Légeret, fils adoptif de la famille, sur fond de tensions financières et de conflits autour du patrimoine. Des traces ADN et plusieurs contradictions dans ses déclarations vont nourrir l'accusation.
L'affaire François Légeret reste pourtant marquée par un doute persistant sur l'heure du crime, après les témoignages tardifs d'une boulangère puis d'une habitante affirmant avoir vu les victimes vivantes en fin d'après-midi. Malgré ces rebondissements, François Légeret a été condamné à la perpétuité à l'issue de deux procès et ses demandes de révision ont été rejetées. Invités de l'émission : Richard Werly, journaliste suisse, et Éric Cottier, ancien procureur général du canton de Vaud.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
L'affaire François Légeret reste pourtant marquée par un doute persistant sur l'heure du crime, après les témoignages tardifs d'une boulangère puis d'une habitante affirmant avoir vu les victimes vivantes en fin d'après-midi. Malgré ces rebondissements, François Légeret a été condamné à la perpétuité à l'issue de deux procès et ses demandes de révision ont été rejetées. Invités de l'émission : Richard Werly, journaliste suisse, et Éric Cottier, ancien procureur général du canton de Vaud.
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00:0114h15, c'est l'heure du crime sur RTL avec Jean-Alphonse Richard.
00:05En arrivant dans la cuisine, j'ai ouvert une porte qui donnait au sous-sol où il y avait des
00:09escaliers qui descendaient assez en pente, des escaliers.
00:11Et c'est là la surprise, les deux corps qui étaient couchés l'un sur l'autre en bas des
00:17escaliers.
00:18Sur le moment, je me suis dit que ce n'était pas un accident.
00:22Bonjour, François Légeret grandit dans une riche famille suisse, âgée de 42 ans à la Noël 2005.
00:30A cette époque, ce dandy un peu hippie, que l'on dit tout aussi mystérieux qu'arrogant, va être soupçonné
00:37d'avoir tué trois femmes, dont sa mère et sa sœur.
00:40Il aurait été aveuglé par l'argent.
00:42Il va nier, obstinément, 20 ans plus tard, toujours le même doute, obsédant, meurtrier ou innocent.
00:48François Légeret, les trois mortes du 24 décembre, l'heure du crime, la seule émission radio 100% fait divers
00:55et c'est tout de suite sur RTL.
01:02Mercredi 4 janvier 2006, autour de 10h du matin, le jardinier de Madame Légeret est de retour à la maison
01:10au 26 sentier des Rurettes à Vevey, petite ville suisse, sur une rive du lac Léman.
01:15Il n'a pas mis les pieds dans la propriété depuis plusieurs jours. Il a beaucoup neigé, il retrouve la
01:21villa fermée et silencieuse.
01:23La boîte aux lettres déborde de journaux et de prospectus. Le jardinier n'entend pas les deux chiens de la
01:29propriétaire aboyer.
01:30Il sonne et personne ne répond. La société de gardiennage est alertée. Un employé entre, le premier, dans la demeure,
01:38plongé dans l'obscurité.
01:40Un labrador chancelant qui n'a rien mangé depuis des jours surgit. Un caniche gît dans un coin. Il est
01:47mort de faim.
01:48En poussant une porte, une odeur putride remonte de la cave. Au pied d'un petit escalier, on aperçoit deux
01:54corps de femmes face contre terre,
01:57en chemise de nuit, comme si l'une avait entraîné l'autre dans la chute mortelle.
02:02Les gendarmes du canton de Vaud identifient les victimes.
02:06Ruth Légeret, 81 ans, la propriétaire et Marina Studer, 80 ans, une amie venue passer les fêtes de fin d
02:13'année à Vevey.
02:14Les légistes démentent le simple accident. Les échymoses correspondent à des coups donnés avec un objet lourd.
02:21Les victimes ont bel et bien été assommées, précipitées dans l'escalier qui mène au sous-sol et la chaufferie.
02:26Il y a du sang sur les marches, un peu de sang aussi sur le col de la chemise de
02:32nuit de Ruth Légeret.
02:33Dans sa main, elle serre une poignée de cheveux. Dans le dos de l'autre victime, Marina Studer, c'est
02:39une trace de main bien marquée que l'on distingue.
02:44Les enquêteurs ne croient pas au cambriolage. La maison a été retrouvée fermée à double tour et rien, hormis un
02:50bougeoir, n'a été emporté.
02:51Ils sont surtout intrigués par la disparition d'une autre femme qui vit habituellement dans la maison, Marie-Josée Légeret,
02:5956 ans, la fille de Ruth.
03:01Une ancienne médecin qui serait dépressive, férue de sciences occultes, de divination.
03:07Sa mère la croyait envoûtée. Elle l'avait conduite un jour à Rome chez un exorciste du Vatican.
03:14Elle a disparu, a laissé ses clés, son téléphone, son portefeuille, elle est introuvable.
03:18Après vérification, ce sont bien ses cheveux qu'on a retrouvés dans la main de sa mère.
03:24La mère et la fille se seraient-elles battues ?
03:27Pour les enquêteurs, le double meurtre a été perpétré entre 10h45 et 14h, le 24 décembre.
03:34A 10h45, Ruth Légeret était vivante.
03:38Elle a discuté sur le pas de la porte avec le facteur.
03:41Un autre postier, passé un peu plus tard, a lui aussi sonné, mais là, personne n'a répondu.
03:47La famille Légeret est tout de suite prévenue du drame.
03:50Le fils aîné Jean-Marc, architecte, marié, vit tout à côté.
03:54Il ne montre pas de réaction en apprenant la nouvelle.
03:57Il ne souhaite même pas se rendre à la villa.
04:00Il a coupé les ponts depuis longtemps avec sa mère, son autre frère et sa soeur,
04:04suite à un désaccord survenu lors du partage de l'héritage après la mort du père de famille en 1990,
04:11lequel avait fait fortune dans l'immobilier.
04:14Son frère, François, habite pour sa part un luxueux chalet à 15 km de Vevey, au mont de Corsier.
04:21Il vit entouré d'animaux, des chiens, deux anaises, un couple de lama.
04:26François reste lui aussi sans réaction apparente.
04:29En apprenant la tragédie, il avait été adopté par les Légeret en Inde à l'âge de 9 ans.
04:35Il adorait sa mère, qui l'appelait Mont Trésor ou Mont Franceschino.
04:39Il était son fils chéri. La dernière fois qu'il a vu route, c'était le 16 décembre.
04:44Il était allé la chercher à son salon de coiffure.
04:47François Légeret, 41 ans, explique qu'il se rend régulièrement chez sa mère.
04:52Il gère une partie des biens immobiliers de la famille.
04:55Il discutait d'ailleurs avec elle du déblocage de 83 000 euros pour un projet.
05:00Il connaît bien aussi Marina Studer, la meilleure amie de sa mère.
05:04Il n'a, en revanche, aucune idée de l'endroit où pourrait se trouver sa sœur, Marie-Josée.
05:11Les enquêteurs qui vont se focaliser sur la riche famille Légeret, ils estiment peut-être à tort d'ailleurs,
05:17on va le voir, que la clé de l'énigme se trouve dans ce huis clos où pas grand monde
05:21ne parle, il faut bien le dire.
05:23On est en Suisse, sur les bords du Léman, on est à Niver avec cette ambiance neigeuse et tout est
05:28feutré.
05:29Même les confidences en feutré, on va voir d'ailleurs que l'argent, ça pourrait être une préoccupation majeure au
05:35sein de cette famille.
05:36Et c'est peut-être un mobile l'argent qui s'est immobile pour cette disparition et pour ces deux
05:41meurtres.
05:41On vous retourne à Vevey, cette belle villa de plein pied qui s'ouvre sur le Léman.
05:48Bonjour Richard Verly.
05:49Bonjour.
05:49Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans l'heure du crime.
05:53Vous êtes journaliste correspondant France-Europe pour le quotidien suisse Blic et puis également pour le site.
05:58Et puis vous êtes l'auteur aussi d'un livre que je cite avec plaisir qui s'appelle Cette Amérique
06:03qui nous déteste, ça c'est bien de l'actualité.
06:05Cette Amérique qui nous déteste, c'est paru aux éditions Nevi Cata.
06:09Voilà, Richard Verly, on est là dans une très riche et très discrète famille, les Légerais.
06:16Oui, il faut avoir en tête ce qu'est Vevey.
06:18Alors vous dites une paisible ville sur les rives du lac Léman, Jean-Alphonse, c'est quand même pas n
06:22'importe quelle ville Vevey.
06:23C'est une ville effectivement qui a la réputation d'être un des hauts lieux de ce qu'on appelle
06:27la Riviera Vaudoise.
06:29Donc le mot indique bien l'oculence de cette région.
06:32C'est aussi le siège de Nestlé, cette multinationale énorme.
06:35Donc c'est un peu Vevey, je dirais l'âme de la Suisse, en tout cas l'âme de la
06:39Suisse romande.
06:40Et vous avez cette famille, les Légerais.
06:42Et il y a ce fils d'origine indienne, adopté, et cette sœur disparue.
06:47Vous savez à l'instant, avant de venir dans l'émission, j'ai regardé sur le site du canton de
06:51Vaud, l'état de Vaud, puisque Vevey se trouve dans le canton de Vaud.
06:54Et bien l'avis de recherche pour la sœur disparue, il est toujours là.
06:57Vous pouvez cliquer, vous tapez Marie-Josée Légerais, elle est toujours en fuite.
07:01Et les autorités du canton de Vaud la recherchent toujours, vous savez en Suisse, ça va lentement.
07:05Ça va lentement, mais enfin, on va avancer dans cette histoire.
07:08Parce que je connais la police suisse, et ils sont tenaces, ils sont accrochés.
07:12Et puis la justice aussi s'accroche à ce dossier.
07:15Un mot sur cette famille, elle est discrète et très riche.
07:18On parle beaucoup d'argent dans cette famille.
07:20Est-ce que j'ose dire que c'est assez courant à Vevey dans ces parages ?
07:23Vevey, Montreux, ce sont quand même des communes tout à fait opulentes, où beaucoup de riches, Suisses et étrangers, viennent
07:30s'installer.
07:31Des origines de fortune, on va dire, diverses.
07:34Et donc effectivement, on ne montre pas tellement son argent, et on n'en parle pas.
07:39Mais tout le monde sait que vous en avez, surtout quand vous habitez dans ce type de ville-là.
07:43Et puis, dans ce milieu très feutré, il y a déjà un double meurtre, plus une disparition.
07:49C'est un choc sur place ?
07:50Ça a été à l'époque un choc absolument terrible, pour deux raisons.
07:55D'abord parce qu'on a eu quand même énormément de peine.
07:58Il y avait un doute, il y a toujours un doute pour certaines personnes sur la culpabilité de François Légeret.
08:04On va y revenir.
08:04Certains ont été jusqu'à dire qu'on le jugeait facilement parce qu'il était justement d'origine indienne, fils
08:09adoptif, etc.
08:10Et puis il y a cette disparition de la sœur, vous imaginez ?
08:13C'est quand même un truc jamais vu.
08:15On parle de la Suisse, ce n'est pas un pays très grand.
08:17Ce n'est pas un pays dont vous vous échappez comme ça ?
08:20Elle a disparu, effectivement, cette femme.
08:22Et puis il y a les deux autres femmes aussi qui sont plus âgées, des octogénaires qu'on a retrouvées
08:26dans cette maison, sans vie, au bas d'un escalier.
08:29Bonjour Éric Cotier.
08:31Bonjour.
08:31Merci beaucoup d'être avec nous dans cette heure du crime.
08:35Vous êtes ancien procureur général du canton de Vaud.
08:38Éric Cotier, votre parole nous est précieuse et d'autant plus précieuse qu'elle est très rare.
08:42Vous n'êtes quasiment jamais exprimé sur cette affaire et vous nous faites l'honneur aujourd'hui.
08:48On a le privilège de vous avoir dans cette heure du crime parce que c'est vous qui avez suivi
08:52toute cette affaire et qui avez mené l'accusation dans ce dossier.
08:54Alors ce qui fait tout de suite tiquer les enquêteurs, bon il y a ces deux morts au bas de
08:58l'escalier, mais ce qui les fait tiquer c'est que c'est l'absence de la fille, Marie-Josée
09:03Légeret.
09:04Alors évidemment, les enquêteurs vont découvrir rapidement que Marie-Josée vit avec sa mère, que leurs relations sont constantes, qu
09:11'elles sont étroites.
09:12Et il est clair que son absence et l'ignorance absolue de tout ce qui la concerne le jour de
09:18la découverte des corps, ça suscite de nombreuses questions.
09:21Quels sont les indices qui témoignent d'un meurtre ou d'un assassinat, on ne sait pas ?
09:26Il y a de très nombreuses traces de sang sur les escaliers, aux abords des escaliers, sur le sol, mais
09:32aussi sur les murs du couloir qui se trouvent au sous-sol.
09:37Ajoutez aux nombreuses lésions que l'on va découvrir sur les deux cadavres et à l'examen effectué par les
09:43médecins légistes.
09:44Tout cela va constituer des indices en faveur d'un meurtre ou d'un assassinat au fil des mois.
09:49Qu'est-ce que vous savez de la dernière journée des Légeret, mère et fille, de Ruth et de sa
09:55fille ?
09:56Les élèves qu'on a à disposition sont à vrai dire peu nombreux et d'une certaine manière indirecte, parce
10:02que ce matin-là, le matin du 24 décembre, Ruth Légeret ne va communiquer avec personne.
10:08Il n'y aura pas de contact avec l'extérieur qu'on ait pu identifier avec certitude.
10:13Ce que l'on sait, c'est que Marie-Josée Légeret est sortie pour faire des courses avec un caddie
10:19bien rempli qui a laissé penser à la personne qui l'a vue,
10:22que Marie-Josée Légeret faisait des achats pour passer un réveillon et des fêtes de Noël, on va dire agréablement.
10:30Dans la suite de la journée du 24 décembre et tout particulièrement l'après-midi, il n'y aura au
10:35fond plus aucun signe de vie provenant de la maison ou à l'intérieur de la maison.
10:40Une maison donc silencieuse, le fils adoptif va se retrouver en garde à vue.
10:47François Légeret, les trois mortes du 24 décembre, c'est un fainéant, un bon à rien, capable du pire pour
10:53arriver à ses fins.
10:54L'enquête de l'heure du crime, on se retrouve dans un instant sur RTL.
11:08L'heure du crime, consacrée aujourd'hui à l'affaire François Légeret, ce cadragénaire, fils adoptif d'une riche famille
11:18suisse,
11:18va se retrouver suspecté d'avoir tué trois femmes à Vevey à la Noël 2006, sa mère une amie de
11:25celle-ci et sa sœur, il va être interrogé.
11:30Mardi 10 janvier 2006, la police suisse émet un avis de recherche concernant Marie-Josée Légeret.
11:37Depuis la découverte des corps de sa mère et de la meilleure amie de celle-ci, dans la maison familiale
11:41à Vevey,
11:41elle n'a plus donné signe de vie. Est-elle mêlée au double meurtre ?
11:45Ou bien, elle aussi a-t-elle été tuée, cachée dans la nature par quelqu'un qui veut lui faire
11:50porter le chapeau de cette affaire ?
11:52Les investigations se concentrent sur la famille Légeret et se rapprochent de l'un des fils, François.
11:59Il gère une partie des finances familiales, mais serait à titre personnel criblé de dettes.
12:04Dans des lettres retrouvées à la maison, sa sœur Marie-Josée lui reproche de ne s'intéresser qu'à l
12:09'argent.
12:10Un témoin confirme, depuis tout petit, François est intéressé par l'argent.
12:14Il est discret, pas bavard, peut-être a-t-il été trop gâté.
12:18Récemment, sa mère s'est plainte auprès d'une amie de son François qui lui donne du souci.
12:23Après quelques jours, le résultat de l'expertise génétique sur le col ensanglanté de la chemise de nuit de route
12:29Légeret
12:30et sur des ciseaux retrouvés sous le cadavre tombe, on a trouvé deux ADN mélangés, ceux de la victime et
12:38de son fils, François.
12:41Jeudi 2 février 26, un mois après la tragédie, François Légeret est arrêté.
12:45Il nie toute implication dans les morts de route Légeret, Marina Studer et dans la disparition de sa sœur.
12:51Le 24 décembre, journée où les crimes ont été commis, il explique qu'il se trouvait dans la famille de
12:56sa compagne, à une vingtaine de kilomètres de Vevey.
12:59La jeune femme confirme sa présence, mais elle se souvient aussi que François s'est absenté à plusieurs reprises.
13:06Elle ne peut pas dire quand.
13:07François Légeret est inculpé d'homicide, placé en détention.
13:11Quatre jours plus tard, il est entendu par le juge d'instruction, Jean-Pierre Chaton.
13:15Il change de version.
13:16Le 24 décembre, il s'est présenté à la maison de Vevey.
13:21Il n'avait pas les clés.
13:22Il a sonné, sa sœur lui a ouvert, elle était paniquée.
13:25Elle l'a emmenée jusqu'au sous-sol.
13:27Les cordes de sa mère et de Marina Studer étaient au bas de l'escalier.
13:30« Ma sœur m'a raconté que notre mère était tombée dans une bagarre, dit Légeret.
13:35Il a aidé Marie-Josée à déplacer les cadavres pour laisser penser à un accident.
13:41Il a laissé sa sœur, il est rentré chez lui, il avait peur qu'on le soupçonne.
13:45Le juge ne le croit pas.
13:46Il est convaincu que le fils adoptif a tué sa mère, qui s'opposait à ses projets financiers.
13:51Il souhaitait reprendre seule la gestion du patrimoine immobilier familial.
13:56L'héritage de sa mère avoisine les 20 millions d'euros, François Légeret.
14:00A fait disparaître sa sœur avec l'espoir qu'elle passe pour coupable.
14:05Marina Studer serait elle une victime collatérale.
14:10Lundi 16 juin 2008, deux ans et demi après les crimes,
14:13François Légeret, 43 ans, cheveux longs, noirs, tuniques en coton et pantalons blancs,
14:17est jugé par le tribunal criminel de l'Est vaudois, aveuvé.
14:22Cette fois, il dément être entré dans la villa le 24 décembre 2005.
14:26Son avocat réclame l'acquittement.
14:28Il déplore l'absence de preuve.
14:29Selon lui, on ne sait pas de quoi les femmes sont mortes et la troisième est introuvable.
14:34La marque de main dans le dos de Marina Studer, signe d'une poussée,
14:38n'appartient sans doute pas à François Légeret, mais impossible d'en être certain à 100%.
14:43Les experts répètent que les deux femmes ont reçu des coups violents.
14:46Mais ils sont incapables de dire si c'est un homme ou une femme qui a frappé.
14:50De son côté, l'accusation insiste sur les conflits d'argent chez les Légeret.
14:55Une tante de François Légeret croit en sa culpabilité.
14:58Elle présente l'accusé comme un fainéant, un bon à rien, capable du pire pour arriver à ses fins.
15:04Une conseillère financière affirme que Ruth Légeret et sa fille Marie-Josée
15:08étaient sur le point de couper le robinet financier du fils adoptif.
15:13Après dix jours de procès, François Légeret est condamné pour le triple homicide à la prison à vie.
15:20La prison en vie, autrement dit chez nous en France, la prison à perpétuité.
15:25François Légeret, fils indigne, machiavélique comme le dépeint l'accusation.
15:30Il a tué tout le monde avec une terrifiante froideur.
15:32Il part donc en prison.
15:34Mais pourtant, il nie, il dément les faits.
15:36Et l'affaire est loin d'être terminée parce qu'un témoignage va tout bousculer.
15:40On va s'apercevoir que l'heure du crime n'est peut-être pas la bonne.
15:43Mais ça, on va en parler dans le prochain épisode, évidemment, de cette affaire.
15:48Richard Verlier, vous êtes avec nous dans cette heure du crime, journaliste pour Blic.
15:52Vous parliez très vite tout à l'heure de François Légeret qui apparaît dans le décor de cette maison.
15:57Et effectivement, c'est l'unique suspect dans cette histoire.
16:00Il n'y a pas d'autre piste, on en a l'impression.
16:02Les enquêteurs se sont focalisés tout de suite sur lui.
16:05Oui, absolument.
16:06D'abord parce qu'il y a le fait que sa compagne, celle avec qui il était présumé se trouvait,
16:11a évoqué ses absences.
16:13Il y a surtout les témoignages de proches et de l'entourage qui signalent qu'il y avait pas mal
16:17de conflits avec sa mère.
16:19Il faut savoir d'où vient la fortune.
16:21On parlait tout à l'heure de cet argent discret.
16:23La fortune vient du père, qui était architecte, que François Légeret n'a quasiment pas connu et qui a laissé
16:29à son décès tout un parc de logements locatifs dans cette région de Vevey,
16:34qui est une région, encore une fois, assez opulente.
16:37Donc c'est de là que vient la fortune.
16:38Et apparemment, quelque chose se passe lorsqu'il quitte son emploi.
16:41Il est infirmier de formation.
16:43Vous avez dit qu'il est né en Inde.
16:45Il a été adopté par ses parents suisses.
16:47Et quand il quitte son travail, il se retrouve sans travail et apparemment dans un, je dirais, désœuvrement très intéressé.
16:54Et ce qui, sans doute, va influer sur l'enquête et sur l'accusation et ensuite sur le tribunal,
17:00c'est le fait qu'en gros, on le voit en Suisse comme un profiteur.
17:05Mais en Suisse, c'est mal vu.
17:06Et là, il faut quand même donner cette dimension culturelle.
17:09Parce qu'elle a été l'arrière-plan des enquêtes, des reportages qui ont été publiés.
17:14C'est qu'on a affaire à un fils adoptif que beaucoup vont décrire comme pas reconnaissant envers la famille
17:19qu'il a choisie.
17:20Et ça, je ne dirais pas que ça a pesé dans l'examen des preuves.
17:23Bien évidemment, les preuves, c'est autre chose.
17:24L'ADN, c'est autre chose.
17:26Mais on a senti quand même cela au moment de l'affaire.
17:29Alors, merci pour cette précision parce qu'elle est importante.
17:31C'est vrai, sociologiquement, c'est important.
17:32Parce que là, effectivement, on est en Suisse, on n'a peut-être pas les mêmes réflexes que chez nous.
17:36Effectivement, il est mal vu, ce garçon, parce qu'il a une cueillère à nord dans la bouche.
17:40Mais effectivement, il ne fait pas grand-chose.
17:42Éric Cotier, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
17:44Et je vous remercie encore de votre participation à cette émission.
17:46Vous êtes ancien procureur général du canton de Vaud.
17:49Et là, vous avez affaire à cet homme.
17:50Évidemment, c'est vous qui portez l'accusation lors de ce premier procès.
17:54Vous avez suivi toute cette enquête.
17:55Revenons un instant, justement, sur les vins d'investigation.
17:58Pourquoi François Légeret devient-il soudain le suspect numéro un ?
18:02Alors, il est d'abord le seul à se trouver dans une situation conflictuelle qui va s'aggravant.
18:08Et cela aussi bien avec sa sœur et sa mère.
18:11On sait aussi que Ruth va dire maintenant, ça suffit, c'est fini.
18:15On va continuer comme ça.
18:16C'est la première fois que François se trouve confronté à un tel refus.
18:21Il est totalement à court de liquidités.
18:23Il est en retard pour le paiement de ses intérêts hypothécaires, de ses impôts, d'autres dettes aussi.
18:28Puis ensuite, si les soupçons vont s'orienter aux directions de François,
18:31c'est parce que, peu à peu, les éléments techniques le concernant,
18:35les traces vont s'accumuler, vont apparaître,
18:37les différents procédés de la police scientifique qui mène les investigations.
18:41Alors ça, effectivement, ça c'est capital, ces traces qu'on retrouve.
18:45Éric Cotier, on en parlait à l'instant avec Richard Verly.
18:48Mauvaise réputation pour cet homme, pour François Légeret.
18:50Une obsession pour l'argent.
18:52Alors, c'est le petit dernier.
18:54On peut dire qu'il est le chouchou, le petit chéri de sa mère.
18:58Cette proximité va durer très longtemps.
19:00Et elle va s'estomper parce que Ruth Légeret va commencer à ouvrir son esprit
19:06au fait que François est extrêmement intéressé par l'argent.
19:09On veut de plus en plus.
19:10Elle se rend compte de son avidité constante.
19:13Et surtout, elle se rend compte que maintenant,
19:16il est en train de commencer à se brouiller avec sa sœur,
19:19avec laquelle jusque-là, il avait aussi de bons contacts.
19:23Le mobile des crimes, Éric Cotier, vous connaissez bien ce dossier.
19:25C'est pour ça que j'insiste avec vous, parce que c'est très important ce que vous nous racontez.
19:28Le mobile des crimes, c'est l'argent ?
19:30Ou plutôt la mainmise sur l'argent de la famille ?
19:33Je préfère à vrai dire, plutôt que de dire que l'argent est directement le mobile,
19:37je pense que c'est plutôt la confrontation où soudain refus de sa mère de ne plus lui donner d
19:43'argent,
19:44alors que jusque-là, elle avait toujours dit oui.
19:46Je pense que c'est plutôt ça, le mobile et le facteur déclencheur,
19:49c'est de se heurter tout à coup à un nom d'une personne qui a toujours dit oui.
19:54Il se reposait sur la fortune familiale, il comptait là-dessus.
19:57Exactement.
19:58Mais avec un besoin de liquidité constant.
20:00C'est-à-dire que même quand il reçoit des dizaines de milliers de francs,
20:03tout de suite, il les affecte aux paiements de dettes qui sont ouvertes.
20:07Et puis tout de suite aussi, il n'a plus de quoi faire face à la suite.
20:11Il va d'ailleurs même, de mémoire, emprunter de l'argent à son ami de l'époque,
20:15ou en tout cas lui faire payer certaines choses,
20:16parce que lui-même, le millionnaire légeret, n'a pas de quoi payer, il n'a pas de liquide.
20:21Si vous voulez, c'est un millionnaire sans liquidité.
20:24Un millionnaire aux poches vides.
20:25Richard Verly, il est à ce procès cet homme, on le voit, dans sa tenue blanche, etc.,
20:30sa tunique avec ses cheveux, il est plutôt playboy d'ailleurs,
20:32mais lui, il dément tout en vrac, il dit moi je n'étais pas là.
20:35Absolument, il y a une constante qui stupéfie,
20:39puisqu'ensuite, on va en parler, il y a eu un second procès,
20:43c'est qu'il se dit innocent.
20:45Il affirme qu'il est innocent, il ne cesse de le répéter.
20:49Bon, depuis il a fait différentes demandes de libération,
20:52mais c'est assez étonnant parce qu'à aucun moment,
20:55en tout cas durant les événements publics, notamment le procès,
20:58il n'a été pris en défaut, même confronté aux faits.
21:01Alors, est-ce que c'est parce qu'il est particulièrement endurci,
21:04ou est-ce qu'il y aurait quelque chose que les enquêteurs n'auraient pas vu,
21:07auraient oublié ?
21:08Je rappelle que cette disparition de sa sœur est quand même un élément extrêmement troublant.
21:13Le témoignage d'une boulangère va bouleverser le dossier.
21:17François Légeret, les trois mortes du 24 décembre,
21:19j'ai vu ces deux femmes dans ma boulangerie.
21:22Elles étaient vivantes, l'enquête de l'heure du crime.
21:25Et si le fils indigne ne l'était pas ?
21:27Tout simplement parce que l'heure du crime ne serait pas la bonne.
21:30C'est à suivre, dans un court instant.
21:35L'heure du crime, la seule émission radio 100% fait d'hiver,
21:40avec Jean-Alphonse Richard.
21:41On n'avait jamais vu ça depuis dix ans dans le canton de Gaulle,
21:43de réviser un procès en première instance,
21:46à la suite d'un témoignage d'une émission de thé.
21:49Mais il était très content, lui, il pense qu'il va sortir de prison.
21:52Au programme de l'heure du crime,
21:54la mystérieuse affaire François Légeret.
21:56Et ce cadragénaire a été condamné en 2008 à la perpétuité
22:00pour avoir tué sa mère, une amie de celle-ci et sa propre sœur.
22:03Son mobile ? L'argent.
22:05Il nie deux ans plus tard.
22:06Un témoignage bouscule le verdict.
22:10Dimanche 28 décembre 2008,
22:12la télévision suisse romande diffuse un témoignage inédit
22:15dans l'affaire Légeret.
22:16Celui de Jacqueline Albanaisi,
22:19une boulangère à la retraite dont le magasin se trouve avevé.
22:22Selon elle,
22:23Ruth Légeret, une habituée de la boulangerie,
22:26n'a pas pu être tuée le 24 décembre 2005
22:29dans le créneau 10h-14h.
22:32Pourquoi ?
22:33Eh bien tout simplement parce qu'elle l'a servi ce jour-là bien plus tard.
22:37À 17h !
22:38Elle se souvient parfaitement l'avoir vue avec sa fille Marie-Josée.
22:42La boulangère est formelle,
22:43qu'à ce soir-là, à cause de Noël,
22:45elle fermait exceptionnellement à 17h.
22:48Les Légeret, mère et fille, étaient ses dernières clientes.
22:52Après le procès de François Légeret,
22:54Jacqueline Albanaisi s'est souvenu de ce détail.
22:57Elle a pris contact avec l'avocat du condamné,
22:59le procureur général du canton de Vaud,
23:02Éric Cotier,
23:02qui a mené l'accusation contre François Légeret,
23:05est incrédule.
23:06Pourquoi si tard ?
23:07Et pourquoi s'adresser à la presse ?
23:09Plutôt qu'aux autorités, s'interroge-t-il.
23:11François Légeret obtient la révision de son procès.
23:16Lundi 1er mars 2010,
23:18le procès en révision de François Légeret,
23:2045 ans,
23:21s'ouvre devant le tribunal criminal de Lausanne.
23:24L'accusation est décidée
23:26à ne pas laisser planer le moindre doute
23:28sur sa culpabilité.
23:30Il est tout de suite présenté comme un menteur,
23:32un affabulateur.
23:34Légeret répète qu'il n'est pas venu
23:36le 24 décembre 2005
23:37dans la maison familiale de Vevey.
23:39Il n'a tué personne !
23:40Au deuxième jour d'audience,
23:42la boulangère témoigne
23:44dans un silence de cathédrale.
23:46Son témoignage peut tout changer.
23:48Elle certifie avoir servi
23:50Ruth Légeret et sa fille Marie-Josée
23:52à 17h.
23:54Elles étaient bien vivantes,
23:56j'en suis sûr,
23:56à 200%,
23:57affirme la boulangère.
23:59Le procureur général réplique,
24:01madame,
24:01vous avez pu vous tromper.
24:03Vous faites confusion
24:04pour le tribunal.
24:06La boulangère n'est pas de mauvaise foi,
24:08mais elle aurait fait erreur
24:10dans les dates.
24:11On ne peut pas dire comment cela s'est passé,
24:13mais cela ne change rien
24:14à la conviction que l'accusé
24:16a ôté la vie à ses femmes,
24:18indiquent les juges.
24:19François Légeret est à nouveau
24:22condamné à la perpétuité.
24:24Il ne bronche pas
24:24et il continue à prendre
24:26tranquillement des notes
24:28dans son carnet.
24:32L'un de nos invités,
24:33Richard Verly,
24:34est avec nous,
24:34journaliste
24:35pour le quotidien suisse
24:37Blic.
24:37Vous connaissez bien cette affaire,
24:38Richard Verly,
24:39et vous êtes suisse
24:40et vous connaissez bien
24:41cette histoire.
24:42Alors effectivement,
24:43un mot là-dessus,
24:44le témoignage de la boulangère,
24:46il est spectaculaire
24:48parce qu'en Suisse,
24:49tout le monde ne parle que de ça.
24:50On s'est trompé
24:51sur l'heure du crime.
24:53Ces femmes,
24:53elles étaient vivantes.
24:54On a dit qu'elles étaient mortes
24:55autour de midi,
24:55mais pas du tout.
24:56Elles étaient vivantes à 17h.
24:57Ça change tout.
24:57Il est d'autant plus spectaculaire
24:59qu'elles n'ont pas parlé au début
25:01et qu'elles n'ont pas été entendues.
25:03Or,
25:04Madame Légeret,
25:06la mère qui a été tuée,
25:08ainsi que sa fille,
25:09celle qui a disparu,
25:11sont connues à Vevey,
25:12tout de même.
25:12Elles sont connues,
25:14notamment des commerçants.
25:16Et donc,
25:16ce ne sont pas des personnes,
25:18je dirais,
25:19anonymes.
25:20Et cette boulangère,
25:21alors pourquoi n'a-t-elle pas parlé plus tôt ?
25:23Première question.
25:24Pourquoi n'a-t-elle pas été entendue
25:27dans une forme d'enquête
25:28de voisinage élargi ?
25:29Et surtout,
25:30les circonstances.
25:31Alors,
25:31elle est décédée aujourd'hui,
25:32Jacqueline Albanese,
25:33elle est décédée en 2015.
25:35Mais quand elle s'exprime,
25:36tout tient sur la date.
25:38Est-ce qu'elle les a bien vues
25:39le 24 décembre ?
25:40Avec tout de suite cette question,
25:41elle est que le 24 décembre,
25:42la veille de Noël,
25:43vous vous souvenez de tous vos clients,
25:45précisément,
25:45sachant que c'est une journée
25:46de grande affluence.
25:48Vous l'imaginez.
25:49Et donc,
25:49il va être,
25:50le tribunal va estimer
25:51qu'il y a un risque de confusion
25:53et qu'on ne peut pas
25:54se baser sur le témoignage,
25:55alors que le fils
25:56de la boulangère,
25:57après son décès,
25:58ira même dans un livre
25:59jusqu'à confirmer
26:01que sa mère avait bien vu
26:02les deux victimes.
26:03Je suis d'accord avec vous,
26:04mais ce jour-là,
26:05ce 24 décembre,
26:05c'est un jour particulier
26:06à la boulangerie,
26:07puisqu'on ferme à 17h.
26:08Et on se souvient que,
26:10parce qu'Albanésie,
26:11la boulangère,
26:12elle va dire,
26:13moi,
26:13quand j'ai su toute cette affaire,
26:15je me suis souvenu
26:16qu'elles étaient passées
26:17à 17h.
26:17Et après,
26:17elle a appris,
26:18effectivement,
26:18qu'on avait dit
26:19qu'elle était morte à midi,
26:20elle avait dit
26:21que ce n'était pas possible.
26:21Mais c'est vrai
26:22que son témoignage est tardif,
26:23c'est le moins qu'on puisse dire,
26:24je vous l'accorde.
26:26Éric Cotier,
26:27procureur général
26:28du canton de Vaud,
26:29ancien procureur général
26:30à l'époque,
26:31évidemment,
26:31c'est vous,
26:32à nouveau,
26:32qui tamponnez l'accusation,
26:33c'est vous qui renvoyez
26:35cet homme,
26:37François Légeret,
26:38en prison.
26:39Je vous repose
26:40la même question
26:41qu'à Richard Verli
26:42en l'instant,
26:43l'apparition du témoignage
26:45de la boulangère,
26:45c'est un coup de théâtre ?
26:47Alors,
26:48cette boulangère
26:49va indiquer
26:50que ce qu'elle a lu
26:52dans les journaux
26:53à propos du jugement
26:54Légeret,
26:55soit le fait
26:56qu'il aurait agi
26:57le 24 décembre
26:58au milieu de la journée,
26:59ça n'est pas possible
27:01parce qu'elle se souvient
27:02d'avoir vu
27:03Marie-Josée Légeret
27:05en fin d'après-midi
27:06dans la boulangerie
27:07dans laquelle elle travaillait.
27:08Et du coup,
27:09elle va prendre contact
27:11avec l'avocat de Légeret
27:13et ensuite,
27:14elle va se tourner
27:14vers les médias,
27:15plus particulièrement
27:17la télévision
27:17pour expliquer
27:18qu'elle sait quelque chose
27:20d'absolument essentiel
27:21dans l'affaire Légeret.
27:22C'est cette guillemette
27:22survie de Marie-Josée
27:24à un moment
27:24où, au fond,
27:25selon le jugement,
27:26elle est décédée.
27:27Alors,
27:28absolument d'accord
27:29sur le récit,
27:30évidemment que vous faites
27:31Éric Cotier,
27:31vous avez été surpris
27:32par ce témoignage tardif,
27:34mais pourquoi,
27:34selon vous,
27:35et vous l'avez dit
27:36lors du procès,
27:37pourquoi le témoignage
27:37de la boulangère
27:38ne tient pas ?
27:39Le tribunal a estimé,
27:41je partage l'opinion du tribunal,
27:43que ce témoignage,
27:45survenu presque trois ans
27:47après les faits,
27:47ne paraissait pas compatible.
27:49On n'a jamais affirmé
27:50que ce témoin mentait,
27:52mais le tribunal a retenu
27:53qu'il se trompait
27:54parce que sa version
27:56n'était pas compatible
27:57non seulement avec un,
27:59deux, trois ou cinq éléments
28:01figurant déjà dans le dossier,
28:02mais par rapport
28:03à de beaucoup plus nombreux éléments,
28:05en particulier concernant la chronologie.
28:07Alors oui,
28:07ça c'est intéressant,
28:08Eric Cotier,
28:09effectivement on le voit
28:09ça en matière criminelle
28:11de temps en temps,
28:12les souvenirs,
28:13ça se modifie,
28:14les souvenirs ça évolue,
28:15on s'adapte,
28:16parfois on croit avoir vu quelque chose
28:18et on ne l'a pas vu,
28:18ça c'est très compliqué
28:19le témoignage humain.
28:22Cette modification des souvenirs,
28:23c'est vrai que ça arrive parfois
28:24monsieur le procureur ?
28:25Ça arrive,
28:26l'hypothèse a été envisagée
28:28qu'elle se soit trompée de soir,
28:30parce qu'il est très possible
28:31que le jour précédent
28:32Marie-Josée soit passée
28:33à la boulangerie,
28:34mais enfin on sait que des membres,
28:35enfin Ruth,
28:36Marie-Josée et peut-être Marina
28:37se trouvaient dans le quartier
28:39où se trouve cette boulangerie
28:40le soir précédent
28:41aux alentours de 17h,
28:42qui est l'heure à laquelle
28:43le témoin a dit avoir vu
28:45Marie-Josée,
28:45sauf qu'elle situe ça
28:46le 24 décembre.
28:47Une erreur
28:49qui ne commet pas
28:50surtout à trois ans d'intervalle.
28:53Voilà,
28:53donc effectivement
28:54vous repoussez
28:55ce témoignage.
28:56J'ai encore une question
28:56parce que ça c'est étonnant,
28:59on a le sentiment
29:01que lors de cette enquête
29:02et puis lors de ces procès,
29:04il a réponse à tout,
29:05François Légeret.
29:07Réponse à tout,
29:08même quand on le confronte
29:10à des éléments matériels,
29:12parfois ce n'est pas facile
29:13d'avoir une répartie,
29:14mais là il répond à tout.
29:16Lorsqu'on découvre son ADN
29:17sur le col de la chemise
29:19de Ruth Légeret,
29:21il dit que cet ADN
29:22résulte d'une visite
29:23quelques semaines plus tôt
29:24au cours de laquelle
29:25il l'aurait embrassé,
29:27laissant ainsi son ADN
29:28sur le vêtement.
29:29Quand on lui parle plus tard
29:30de son ADN sur la pointe
29:32de la paire des ciseaux
29:33retrouvés sous le cadavre
29:35de sa mère,
29:36il affirme qu'il a pu utiliser
29:37ses ciseaux lors d'un passage
29:39dans la maison
29:39quelques mois
29:40ou quelques semaines plus tôt.
29:42Au fur et à mesure
29:43qu'on lui dit
29:43mais M. Légeret,
29:44on a trouvé ça,
29:45alors il fournit une explication.
29:46M. Légeret,
29:47il y a aussi ceci,
29:48alors il fournit une explication
29:49qui pourrait intégrer
29:50ces éléments techniques
29:51qui lui sont présentés.
29:53Oui, c'est ça,
29:53on s'adapte et effectivement
29:54on répond,
29:55en tout cas il a réponse à tout.
29:56Richard Verly,
29:58les journaux,
29:58je les ai lus,
29:59ces journaux de l'époque
29:59et notamment l'Illustré
30:00qui a très très bien travaillé,
30:02c'est un très bon journal
30:02qui a très bien travaillé
30:03sur cette affaire.
30:04Tout le monde déplore
30:05sa froideur,
30:07son manque d'empathie
30:08à cet homme,
30:08il le paye aussi
30:09lors de ses procès.
30:10Sa distance
30:11et comme je le disais
30:12peut-être aussi ses origines,
30:14peut-être le fait
30:15qu'il n'avait jamais réussi
30:16et ça a été évoqué
30:17par certains psychologues
30:18à s'intégrer
30:19dans cette société suisse
30:21à cet endroit précis
30:22et dans cette famille
30:23et ça a sans doute
30:24joué un rôle.
30:25Moi, je me souviens à l'époque,
30:26alors j'étais basé à Bruxelles
30:27pour le journal
30:28qui m'employait à ce moment-là
30:29le temps,
30:30une chose qui m'avait frappé
30:31c'est l'absence d'exploitation
30:33de la vidéosurveillance.
30:35Vous savez,
30:35Vevey,
30:36vu le nombre de gens
30:38disons assez riches
30:40qui y vivent,
30:40il y a beaucoup de caméras
30:41et on n'a pas vérifié
30:43ou on a dit plus exactement
30:45qu'il n'y avait pas de caméras
30:46à cet endroit en ville
30:47alors que c'est assez central.
30:48Ça, à titre personnel,
30:50ça m'a toujours perturbé
30:51mais la police a répondu
30:52qu'il n'y avait pas
30:53les caméras adaptées
30:54pour localiser
30:54les deux femmes
30:55qui pénètrent dans la boulangerie.
30:56Vous avez le sentiment
30:57qu'on s'est un petit peu arrêté
30:58un peu trop tôt ?
30:59Vous savez,
31:00c'est facile
31:01quand vous ne suivez pas
31:02une affaire dans le détail.
31:03Maintenant,
31:03je me suis replongé
31:04dans le dossier
31:05mais je crois effectivement
31:06que ce criminel
31:08puisqu'il est considéré
31:09comme tel par la justice
31:10et qu'il est emprisonné
31:12il a sans doute payé
31:13son attitude
31:15aussi
31:15et le fait que
31:17au fond,
31:17l'image qu'il donnait
31:18de lui-même
31:19n'était pas une bonne image
31:20dans une société suisse
31:21qui juge quand même
31:22très facilement.
31:23Quelques années plus tard,
31:25un ultime témoignage
31:26à décharge.
31:28François Légeret,
31:29les trois mortes
31:30du 24 décembre.
31:31Je veux soulager
31:32ma conscience.
31:33Je ne supporte pas
31:34l'idée qu'il y a peut-être
31:36un innocent en prison.
31:37L'enquête de l'ordre du crime.
31:38On se retrouve
31:39dans un instant
31:39sur RTL.
31:44Bonne journée
31:45sur RTL.
31:48Là !
31:4914h-15h
31:50C'est l'heure du crime
31:52sur RTL.
31:53Jean-Alphonse Richard.
31:56Retour dans l'heure du crime.
31:57Sur l'affaire François Légeret,
31:58cet homme grandit
31:59dans une riche famille suisse,
32:01a été condamné deux fois
32:02à la perpétuité
32:03pour avoir tué trois femmes,
32:04dont sa mère et sa sœur,
32:06à la Noël 2005.
32:07Il a toujours nié les fées,
32:0812 ans après.
32:10Un nouveau témoignage !
32:13Mercredi 23 août 2017,
32:15une femme écrite
32:16au procureur général
32:17du canton de Vaud.
32:19Gisèle Aigli,
32:2092 ans,
32:21veuve de banquier,
32:23explique que le 24 décembre 2005,
32:25au soir,
32:26elle a croisé,
32:27vers 17h15,
32:29au centre-ville de Vevey,
32:30Routelégeret
32:31et une autre femme
32:32qu'elle n'a pas reconnue.
32:33Elle est certaine
32:34de ce qu'elle avance,
32:34elle venait tout juste
32:35de quitter sa fille
32:36qui fermait sa boutique
32:38de vêtements.
32:38Gisèle Aigli
32:39dit avoir salué
32:41Routelégeret,
32:42laquelle lui a répondu
32:43« Elle a vu les deux femmes
32:44se diriger vers le parking
32:46du panorama,
32:47comme celui de la boulangère. »
32:50Ce nouveau témoignage
32:50accrédite que les victimes
32:52n'ont pas pu être tuées.
32:53En fin de matinée,
32:54elles étaient encore vivantes,
32:56en fin d'après-midi.
32:57« Quand j'ai appris la mort
32:58de Mme Légeret,
32:59j'ai tout de suite dit
33:00autour de moi
33:01que je l'avais croisée
33:02le 24 décembre,
33:03au soir,
33:03mais mes enfants
33:05ne voulaient pas que je parle,
33:06ils ne voulaient pas
33:06que j'aie des ennuis,
33:08dit-elle. »
33:08Au journal illustré,
33:10Gisèle Aigli confie
33:11« J'ai 92 ans,
33:12je veux soulager ma conscience,
33:14je ne supporte pas l'idée
33:15qu'il y a peut-être
33:16un innocent en prison. »
33:18La justice écarte.
33:19Pourtant,
33:20ce témoignage,
33:21il n'y aura pas
33:21de deuxième révision
33:22du procès Légeret.
33:24Jeudi 4 mars 2021,
33:26le tribunal fédéral suisse
33:27se statue sur la demande
33:28de François Légeret
33:29de récuser son accusateur,
33:32le procureur général
33:33Éric Cotier.
33:34Le détenu,
33:35emprisonné depuis
33:36une quinzaine d'années
33:37et dont la libération
33:37anticipée a été refusée,
33:39dénonce les procédés
33:41inéquitables du magistrat.
33:43Monsieur le procureur,
33:44ce devait d'être
33:45irréprochable,
33:46mais il a failli
33:46à son devoir,
33:47écrit-il.
33:48Le tribunal estime
33:49que Légeret
33:49ne se fonde que
33:50sur des impressions.
33:52La demande de récusation
33:54est refusée.
33:57Richard Verly est avec nous
33:58dans cette heure du crime,
33:59journaliste pour
33:59le quotidien suisse
34:01Blic.
34:02Richard Verly,
34:03évidemment,
34:04vous êtes avec nous
34:05depuis le début
34:05de cette émission
34:06pour aider à mieux
34:07la comprendre.
34:07On voit qu'il y a
34:08des rebondissements,
34:09des surprises.
34:10Alors là,
34:10il y a à nouveau,
34:11j'ai envie de dire,
34:12une surprise,
34:13c'est celle,
34:13c'est Gisèle Aigli
34:14qui vient témoigner.
34:16La boulangère avait déjà
34:17dit que ce n'était pas possible,
34:18elle avait vu les femmes
34:19vivantes à 17h
34:20alors qu'elles auraient
34:21été tuées à midi,
34:22donc impossible.
34:23Gisèle Aigli,
34:23elle dit exactement
34:24la même chose.
34:25Et Gisèle Aigli,
34:26excusez-moi,
34:27mais comme la boulangère,
34:28elle est digne de foi,
34:29c'est une bourgeoise
34:31qui habite Vevey,
34:33son mari était banquier,
34:35etc.,
34:36c'est une femme respectable,
34:37elle connaît bien,
34:38évidemment,
34:39cette famille Légeret.
34:41Pourquoi elle dirait ça
34:42d'un seul coup ?
34:43Vous avez raison,
34:44vous savez,
34:45Vevey,
34:45il faut visualiser,
34:46c'est une rue
34:48commerçante principale,
34:49une rue commerçante,
34:50avec des boutiques
34:51d'ailleurs assez jolies
34:52et une place historique,
34:55sur laquelle
34:55tous les 6 ou 7 ans
34:57se déroule la fameuse
34:58fête des vignerons,
34:59je le cite,
34:59parce que tout le monde
35:00en Suisse connaît Vevey
35:00pour ça.
35:02Eh bien,
35:02ces gens,
35:03effectivement,
35:03ils connaissent les Légeret,
35:05ils connaissent les deux femmes
35:06en question.
35:07Et la question qu'on peut se poser,
35:08et je suis sûr que vous
35:09vous l'êtes posée,
35:10Jean-Alphonse,
35:10et si la police scientifique suisse,
35:12celle qui avait daté le crime,
35:14qui avait trouvé la trace
35:15sur des ADN,
35:17est-ce qu'elle aurait fait
35:18une erreur d'emblée,
35:20de départ ?
35:20Mais attendez,
35:21Richard,
35:23excusez-moi,
35:23vous connaissez aussi
35:24très bien la chose criminelle,
35:25vous savez qu'on se trompe,
35:27non pas fréquemment,
35:28mais ça arrive,
35:29qu'on se trompe
35:29sur des heures de crime.
35:31L'heure de crime,
35:31c'est capital,
35:32c'est à partir de là
35:33que tout s'organise
35:34et que tout s'articule
35:35dans une enquête.
35:36Donc si on rate le coche
35:37à ce moment-là,
35:38tout est décalé,
35:39en avant ou en arrière.
35:40Donc effectivement,
35:41ça arrive que des légistes
35:42se trompent,
35:42que des policiers,
35:43des gendarmes se trompent.
35:44Voilà,
35:45donc il y a ce témoignage,
35:46il est balayé ce témoignage ?
35:48Oui,
35:49il est balayé très vite
35:50pour des motifs
35:51qui peuvent étonner tout de même.
35:54Par contre,
35:55il y a une chose
35:55qu'on ne peut pas balayer,
35:57c'est qu'à aucun moment
35:58de cette affaire,
36:00le coupable désigné
36:01par la justice
36:03n'a apporté d'éléments nouveaux,
36:04n'a apporté d'éléments
36:05qui auraient pu
36:06réviser son procès.
36:07Et au fond,
36:07c'est ça,
36:08c'est qu'il est
36:09il est un coupable
36:10que désignent les indices,
36:12il est un coupable
36:12que désigne son comportement,
36:14les relations
36:14qui étaient devenues mauvaises
36:16avec sa mère
36:16pour des raisons financières.
36:17Il y a trop d'éléments
36:19qui la câblent
36:20et rien
36:21qui l'exonère.
36:23Éric Cotier,
36:25ancien procureur général
36:26du canton de Vaud,
36:27alors évidemment,
36:28vous êtes devenu
36:29un petit peu
36:29la bête noire
36:30de François Légeret
36:31parce que c'est vous
36:32qui l'a envoyé en prison,
36:33en tout cas,
36:34c'est vous qui portez l'accusation
36:35parce que vous le pensez coupable.
36:38Revenons sur un point.
36:40Depuis la mort
36:41de son père,
36:43de Charles Légeret,
36:45ce fils,
36:47François,
36:47a accumulé
36:48les tensions
36:49avec notamment
36:50sa sœur
36:51Marie-Josée
36:51parce qu'il faut reparler
36:52un peu de Marie-Josée,
36:53elle a disparu,
36:54on ne sait pas où elle est,
36:55elle est peut-être
36:55enterrée dans un coin
36:57et les tensions
36:57se sont accumulées
36:59au fil des années
36:59entre François
37:00et sa sœur.
37:02Lors du procès,
37:02j'avais utilisé
37:03l'image du Monopoly.
37:05Au Monopoly,
37:05au départ,
37:06il y a quatre ou cinq
37:07ou six protagonistes
37:08et puis à un moment donné,
37:09il y en a un ou deux
37:09qui disparaissent
37:10parce qu'ils n'ont plus d'argent
37:12et ils sortent du jeu.
37:14Eh bien,
37:14dans le cadre
37:15de la succession
37:15de Charles Légeret,
37:16c'est un peu la même chose
37:17et tout à la fin,
37:18il n'y a plus que deux personnes
37:20face à face,
37:21c'est Marie-Josée
37:22et François
37:23et à ce moment-là,
37:24les tensions
37:25entre eux deux
37:26vont commencer,
37:26vont devenir
37:27de plus en plus fortes,
37:28toujours sur fond
37:29de questions financières.
37:31Effectivement,
37:31oui,
37:31ça a cessé
37:32de monter
37:33ces tensions.
37:35Quitte parenthèse,
37:36Éric Cotier,
37:37évidemment,
37:38je vous dis encore une fois,
37:39vous avez porté l'accusation,
37:40il vous désigne
37:41comme son accusateur,
37:43comme l'homme
37:43qu'il a envoyé en prison,
37:44comme l'homme
37:45qui veut sa peau,
37:46François Légeret.
37:47Il a tenté
37:48de vous faire récuser,
37:49c'est-à-dire qu'il a tenté
37:50de dire que vous n'étiez
37:51pas à la hauteur,
37:52c'est ça ?
37:52Oui,
37:53François Légeret
37:54à plusieurs reprises
37:55a demandé la récusation
37:57du procureur général
37:58que j'étais,
37:59il m'a même dénoncé
38:02à l'autorité
38:03en me reprochant
38:04d'avoir abusé
38:05des pouvoirs
38:06de ma charge.
38:08Il a fait une fixation
38:10sur moi,
38:10en quelque sorte,
38:11comme s'il perdait de vue
38:12ou comme s'il avait perdu de vue
38:14que ce sont les tribunaux
38:15de première instance
38:16puis de deuxième instance
38:17qui l'ont condamné
38:18et qui ont confirmé
38:19ses condamnations
38:20puis rejeté
38:20ses demandes de révision.
38:22En quelque sorte,
38:23il fait une affaire
38:23personnelle par rapport à moi
38:25comme si je faisais moi
38:26de son cas
38:27une affaire personnelle
38:27alors que pour moi
38:28c'est un dossier
38:29que je suivais
38:29dans toute sa trajectoire,
38:31dans toutes ses trajectoires
38:33judiciaires.
38:3525 ans après le triple meurtre,
38:37le condamné
38:37est toujours en prison.
38:40François Légeret,
38:41les trois mortes
38:41du 24 décembre,
38:42il a toujours éprouvé
38:44le besoin
38:44de tout contrôler
38:45en permanence.
38:46L'enquête de l'heure du crime,
38:47je vous retrouve tout de suite
38:48sur RTL.
38:49Merci d'écouter RTL.
38:58RTL
38:58Votre radio
39:02L'heure du crime
39:04Jusqu'à 15h
39:05sur RTL
39:07Dans l'heure du crime,
39:08aujourd'hui,
39:08l'affaire François Légeret,
39:10jugé coupable
39:11de la mort de sa mère,
39:12de sa sœur
39:13et d'une troisième femme
39:14à la Noël 2005
39:15en Suisse,
39:16condamnée à la prison à vie.
39:18Il a toujours nié
39:19en détention
39:20depuis 24 ans.
39:23François Légeret,
39:2461 ans,
39:25purge toujours sa peine
39:26dans la prison de Bellevue,
39:28un établissement
39:29de haute sécurité
39:30proche de Neuchâtel.
39:31En 2023,
39:33le tribunal fédéral
39:34a rejeté
39:35sa cinquième demande
39:36de révision
39:37de son procès.
39:40La famille Légeret,
39:41malgré deux procès
39:42et des années d'enquête,
39:44n'a jamais su
39:44comment Ruth Légeret,
39:46sa fille Marie-Josée
39:47et l'amie proche,
39:49Marina Studer,
39:49ont été tués
39:50dans la villa
39:51de Vevey.
39:52François Légeret
39:53est un garçon
39:54qui a toujours éprouvé
39:55le besoin
39:56de tout contrôler
39:57en permanence,
39:59mais seul lui
40:00détient la vérité,
40:02avait dit un témoin
40:03lors du procès.
40:05Quand j'ai dit
40:06que je n'ai aucune application
40:07chez l'ençon,
40:08il ne me croit pas,
40:09il me raconte autre chose.
40:10Quand j'ai dit
40:11des propos à décharge,
40:12il ne me croit pas non plus.
40:14Dès le début,
40:15on m'a accusé
40:15de certaines choses
40:16et je sentais
40:17que j'étais comme
40:18tétanisé
40:19au niveau des émotions.
40:22Et cette voix,
40:22vous l'avez reconnue
40:23sans doute,
40:24c'est la voix
40:24de François Légeret,
40:25tout simplement.
40:26François Légeret
40:27qui témoignait
40:28dans l'émission,
40:29excellente émission d'ailleurs,
40:31dans l'émission
40:31Zone d'Ombre,
40:32diffusée par la radio
40:34de télévision suisse,
40:35la RTS.
40:37Richard Verly,
40:38vous êtes avec nous
40:39dans cette heure du crime
40:40et vous,
40:41encore une fois,
40:41vous nous accompagnez
40:43pour mieux comprendre
40:44cette histoire
40:45qui est quand même
40:45très étonnante
40:46et incroyable.
40:47Alors François Légeret,
40:48il est toujours en prison,
40:49pénitencier suisse.
40:52Cinquième demande
40:53de révision refusée,
40:55je pense qu'il a envie
40:56évidemment d'en reformuler
40:57une quatrième
40:58et peut-être encore plus.
40:59C'est étonnant.
41:00On n'a pas l'impression
41:01d'un acharnement,
41:02mais enfin bon,
41:02en tout cas,
41:03on ne l'écoute pas beaucoup
41:03François Légeret.
41:04Le crime est affreux.
41:06La manière dont il a été
41:08perpétré est affreuse
41:09et le motif,
41:10et j'allais dire
41:11peut-être l'un des pires,
41:13c'est-à-dire l'avidité.
41:14Voilà ce que la justice
41:16regarde
41:17et voilà ce que la justice
41:18ne refuse pas aujourd'hui
41:19de remettre en cause.
41:21Après,
41:22il y a cette attitude
41:23de François Légeret,
41:25mais il y a surtout
41:26le fait,
41:26et je le répète,
41:27c'est important
41:28que rien,
41:28et on peut faire
41:29quand même confiance
41:30à la justice
41:31pour avoir instruit
41:32à charge et à décharge,
41:34rien n'est venu contredire,
41:36à l'exception des témoignages
41:37de la boulangère
41:38et de cette dame
41:39que l'on citait,
41:40rien n'est venu
41:41contredire l'accusation.
41:43Au fond,
41:43c'est cela fondamentalement
41:45qui manque,
41:45c'est quelque chose
41:46qui aurait mis en difficulté
41:48le procureur,
41:50le procureur qui est avec nous,
41:51et ça n'a pas été le cas.
41:53Oui, mais alors,
41:53je connais moins bien
41:55le droit suisse que vous,
41:56mais ce n'est quand même pas
41:56à l'accusé
41:57d'apporter des preuves,
41:59non ?
41:59Non, je dis simplement
42:00que dans le cours
42:02de l'enquête
42:02et de l'instruction
42:03et ensuite,
42:04lors du procès
42:05en révision,
42:06rien n'est venu troubler
42:07la certitude
42:08des magistrats.
42:09Voilà,
42:10c'est ce que je voulais dire.
42:11Rien n'est venu troubler
42:12et lorsqu'il a pris la parole,
42:14à chaque fois,
42:14François Légeret l'a fait
42:15pour dire son innocence,
42:16mais à aucun moment
42:17il n'a apporté
42:18quoi que ce soit
42:18qui puisse installer le doute.
42:20Oui, c'est ça.
42:21Donc, il n'y a pas...
42:21Le doute n'est pas
42:22du bon côté pour lui,
42:24en tout cas.
42:24Donc, voilà.
42:25Donc, il a beau dire
42:25c'est pas moi,
42:26c'est pas moi,
42:26mais il n'apporte pas
42:28d'explications.
42:29Et puis, il y a son emploi
42:30du temps aussi.
42:31Il a menti là-dessus.
42:32Il s'est absenté plusieurs fois.
42:33Il était avec sa compagne
42:34chez ses beaux-parents.
42:36Il a menti.
42:37Ça, ça pèse aussi.
42:38Oui, et puis,
42:38n'oublions pas un élément
42:39que les auditeurs français
42:41ont peut-être du mal
42:42à intégrer,
42:43mais c'est qu'en Suisse,
42:44les procureurs sont élus.
42:50Les procureurs sont aussi
42:51des politiciens.
42:52Ils ont une carrière politique.
42:54Comme aux Etats-Unis.
42:55Absolument.
42:56Ils ont des électeurs
42:57à séduire,
42:58que ce soit le peuple
42:59dans le canton de Genève
43:00ou le Grand Conseil
43:00dans le canton de Vaud.
43:02Donc, ce n'est pas...
43:03Je dirais,
43:04un procureur qui a
43:05ce lien électoral
43:06ne se comporte peut-être pas,
43:07on le voit aux Etats-Unis souvent,
43:09de la même manière
43:09que les procureurs en France.
43:11Ça peut fausser,
43:12effectivement,
43:12les angles de vue
43:14et puis on aime avoir
43:15des coupables,
43:16on aime des condamnations,
43:17donc on va peut-être
43:18parfois un peu trop vite.
43:19Éric Cotier,
43:20vous êtes l'ancien
43:21procureur général
43:22du canton de Vaud.
43:24On le dit,
43:24depuis le début de l'émission,
43:26c'est vous qui avez porté
43:26l'accusation contre cet homme,
43:28contre François Légeret.
43:30Alors, il y a la grande absente,
43:31c'est Marie-Josée Légeret.
43:33Alors, elle, évidemment,
43:35Richard Verly nous disait tout à l'heure
43:36que la Suisse,
43:37ce n'est pas un Etat américain,
43:39c'est encore moins les Etats-Unis.
43:41Elle est sûrement quelque part,
43:43cette sœur,
43:44mais on ne l'a jamais retrouvée,
43:45Éric Cotier.
43:47Non, on ne l'a jamais retrouvée.
43:48C'est désagréable
43:49pour un esprit cartésien,
43:51parce qu'on aime bien
43:53pouvoir toucher la réalité.
43:56Cela dit,
43:57nombreuses personnes
43:58disparaissent chaque année
43:59sans qu'on retrouve leur corps.
44:00Alors, bon,
44:00là, c'est très particulier,
44:01mais au fond,
44:03elle n'est pas la seule personne décédée
44:04dont on n'a pas retrouvé le corps.
44:07Bien sûr que ça étonne,
44:09ça intrigue,
44:10ça contrarie les enquêteurs
44:12et les gens qui doivent
44:13s'occuper du dossier,
44:14mais ça ne signifie pas
44:16pour autant
44:16que malheureusement
44:17Marie-Josée ne soit pas
44:18devenue un cadavre
44:19et qu'elle n'ait pas été tuée.
44:22Alors, effectivement,
44:23on peut se poser cette question.
44:25Alors, dans l'hypothèse
44:26où elle aurait été tuée,
44:29quels sont les différents scénarios ?
44:30Vous pouvez le dire aujourd'hui,
44:31il y a eu deux procès, etc.
44:33L'affaire est close.
44:34Quels sont les différents scénarios
44:36que vous avez pu envisager ?
44:38Il y en a eu plusieurs
44:39qui ont été envisagées.
44:40Soit de l'avoir immergée
44:42dans un lac suffisamment bien
44:44chargé de poids
44:45pour qu'elle ne remonte pas.
44:47Il y a eu d'autres hypothèses
44:48qui ont été envisagées
44:49comme de l'emporter
44:50dans une station
44:51de traitement d'ordure
44:52et puis qu'elle ait fini
44:53dans un grand fourneau.
44:54Bref,
44:55auquel elle a été enterrée,
44:55bien sûr aussi,
44:56ça a été envisagé.
44:57Des fouilles ont été effectuées,
44:58bien sûr.
44:59On ne sait pas.
45:00Mais le fait de ne pas savoir
45:01ne doit pas être une entrave
45:02à juger.
45:04Le mobile que l'on retient,
45:06Éric Cotier,
45:06je pense que vous allez le confirmer,
45:08le mobile que l'on retient,
45:09c'est de la part de cet homme,
45:11de François Légeret,
45:13du fils adoptif.
45:14C'est une frustration financière.
45:16Il n'avait pas ce qu'il voulait.
45:17C'est ça ?
45:17C'est la frustration ?
45:19C'est ça.
45:19C'est la frustration.
45:21Et une énorme frustration
45:22parce qu'au fond,
45:23Ruth Légeret,
45:23dans la famille Légeret,
45:24c'est à peu près la seule
45:26qui a été constamment gentille
45:30et qui n'était pas entrée
45:32en conflit avec lui.
45:34Et au fond,
45:35cette dernière personne
45:36avec laquelle il n'avait pas eu de conflit,
45:39tout à coup,
45:40elle est en conflit aussi avec lui.
45:42Est-ce qu'on saura un jour
45:43ce qui s'est passé,
45:44monsieur le procureur,
45:45là-dessus,
45:46dans cette histoire ?
45:48Pour les criminaux
45:49qui l'ont condamné,
45:49comme pour moi,
45:50François Légeret a tué trois personnes.
45:52Il y a beaucoup de choses
45:53qu'on ne peut pas définitivement exclure.
45:54Qu'un jour,
45:55on découvre par incroyable
45:57le cadavre de Marie-Josée.
45:59Est-ce que ça renseignera plus
46:01sur le déroulement des faits ?
46:02Peut-être, peut-être pas.
46:04Et puis,
46:05un regard objectif
46:06sur l'affaire,
46:07sur les milliers de pages
46:09de dossiers,
46:10sur tous les éléments,
46:11ne laisse plus de place
46:12au mystère.
46:13Donc,
46:13à partir de l'annonce,
46:14je pense qu'on ne saura jamais
46:15exactement dans les détails,
46:16sous réserve que François Légeret
46:17décide de dire,
46:19finalement,
46:20comment ça s'est exactement passé.
46:21Mais là aussi,
46:23cette hypothèse
46:23me paraît extrêmement peu probable.
46:25Je vous remercie
46:25pour votre franchise,
46:26Éric Cotier,
46:27parce qu'effectivement,
46:27là,
46:28vous parlez très clairement
46:29qu'on ne saura sans doute pas
46:30vraiment ce qui s'est passé
46:31dans cette maison de Vevey
46:33et que cet homme,
46:34sauf si un jour,
46:35il décide de donner un scénario,
46:38évidemment,
46:38il garde le silence
46:39pour l'instant.
46:40Richard Verli,
46:41est-ce qu'il a été condamné
46:43deux fois à la perpétuité,
46:44la prison à vie,
46:45comme vous dites souvent en Suisse,
46:47est-ce qu'il peut sortir
46:48au regard de la loi suisse ?
46:50Oui.
46:51Oui,
46:51il est effectivement libérable.
46:54Donc,
46:54il a été condamné
46:55une première fois,
46:57puis une seconde.
46:58Et on peut penser
47:00que dans les années à venir,
47:02assez proches,
47:04le tribunal devrait concéder
47:06son élargissement.
47:07Après,
47:08bien évidemment,
47:09la question qui se pose,
47:10c'est qu'est-ce qui pourrait
47:12intervenir d'ici là ?
47:13Et la découverte,
47:15soit du cadavre,
47:15soit de la sœur
47:17encore vivante,
47:19après tout,
47:19on ne sait pas
47:21François Légeret.
47:22Vous savez,
47:23c'est peu probable,
47:23mais moi,
47:24il y a un livre
47:26qui a été écrit,
47:27Un assassin imaginaire,
47:29l'affaire Légeret,
47:29d'un auteur local
47:30qui s'appelle Jacques Secrétan.
47:32Et ce livre,
47:34moi,
47:35m'a mis quand même,
47:36m'a fait douter
47:37de tout ce qui s'est passé.
47:39C'est une société
47:40où j'ai du mal à penser,
47:42moi qui connais assez bien
47:44ces parages,
47:44qu'on puisse disparaître
47:46complètement.
47:46Donc là,
47:47le procureur
47:48que nous venons d'entendre,
47:49qui est avec nous,
47:50dit,
47:51ça peut arriver.
47:53Moi,
47:53vous m'auriez posé la question,
47:54j'aurais dit,
47:55c'est très difficile
47:56et je pense que ça ne peut pas arriver.
47:57Donc vous voyez,
47:59c'est assez...
48:00Oui,
48:00il y a effectivement
48:00ce point d'interrogation
48:02qui plane toujours
48:03au-dessus de l'affaire.
48:05Il avait publié un livre,
48:06je crois,
48:06François Légeret.
48:07Oui,
48:07tout à fait.
48:08Également.
48:09Et lui,
48:09alors,
48:10il a été tenté
48:10d'être assez prolixe
48:11et il voulait raconter
48:12sa version des faits.
48:14Et après,
48:14il se pose la question,
48:15est-ce que peut-être
48:16ça ne l'a pas aussi enfoncé,
48:18en quelque sorte,
48:18de vouloir à tout prix parler
48:20au lieu d'accepter sa peine ?
48:21Oui.
48:22Alors,
48:23évidemment,
48:23vous n'allez pas me contredire,
48:25c'est un des faits divers,
48:26sans doute,
48:26les plus étonnants,
48:28les plus mystérieux,
48:29les plus palpitants aussi
48:30de la chronique judiciaire suisse,
48:32Richard Verli.
48:33Oui,
48:33avec une petite nuance près,
48:36c'est que ça se passe,
48:36vous l'avez très bien dit
48:38et expliqué,
48:39dans un milieu assez fermé,
48:41de gens très riches,
48:42qui cachaient un peu
48:43leur richesse.
48:44Autrement dit,
48:45il n'y a pas eu énormément
48:46de sympathie pour les victimes.
48:48Ça aussi,
48:49ça m'avait frappé,
48:50même si vous lisez
48:51la presse de l'époque.
48:52On n'est pas dans un...
48:53Vous vous souvenez
48:54d'autres affaires,
48:55notamment de cette petite fille
48:56dans le Valais
48:56qui a disparu.
48:58Sarah Auberson.
48:59Exactement.
49:00Là,
49:00il y avait un élan populaire.
49:01Il n'y a pas eu
49:02d'élan populaire
49:03autour de l'affaire Légeret,
49:05à la fois parce que
49:05les victimes étaient
49:07relativement recluses
49:08et parce que le coupable,
49:09désigné par la justice,
49:11enfant adoptif,
49:12originaire d'Inde,
49:13etc.,
49:13n'a pas suscité
49:14de sympathie populaire.
49:15Il n'a pas suscité
49:16de sympathie,
49:16puis il n'a eu aucun mot
49:18aussi pour les victimes
49:20à ses procès.
49:21Là-dessus,
49:22il ne revient pas là-dessus.
49:23C'est comme si c'était normal,
49:24etc.
49:24Il parle d'autre chose.
49:25Évidemment,
49:26il n'est pas sympathique.
49:27Tant pis pour lui,
49:28François Légeret.
49:29Éric Cotier,
49:30je termine cette émission
49:31avec vous aussi.
49:33Vous vous êtes intéressé
49:34beaucoup à cette histoire.
49:35Elle vous a rattrapé
49:35même dans votre métier.
49:36C'est une affaire
49:37qui a marqué votre carrière.
49:39Écoutez,
49:40heureusement,
49:41les affaires dans lesquelles
49:42il y a trois morts,
49:43comme ça,
49:44d'un coup,
49:44elles sont rares.
49:46Elles sont notamment rares
49:47en Suisse,
49:47mais enfin,
49:48dans d'autres pays aussi.
49:50Donc,
49:50c'est déjà un élément
49:51tout à fait particulier.
49:52Et celle-ci a pris
49:53une dimension
49:54et sur une durée
49:55qui en font
49:56quelque chose
49:57de totalement extraordinaire.
49:59maintenant,
50:00certains vont considérer
50:01qu'il y a encore
50:02une place pour le mystère.
50:03Ce n'est pas mon cas.
50:04Surtout,
50:05c'est quand même
50:06une tragédie
50:06qui a fait trois morts,
50:07qui a bouleversé,
50:08marqué toute une famille,
50:10avec un homme
50:11qui avait 40 ans
50:12au moment des faits,
50:13qui en a 60 maintenant,
50:14qui vient de passer
50:15deux décennies
50:16de sa vie en prison,
50:17qui pourrait y rester encore
50:19durant de longues années.
50:21Et ces aspects humains
50:22sont évidemment
50:23essentiels et prépondérants.
50:25Merci beaucoup
50:26Éric Cotier
50:27et Richard Verly
50:28d'avoir été aujourd'hui
50:29les invités
50:30de l'heure du crime.
50:30Merci à l'équipe de l'émission,
50:31rédactrice en chef
50:32Justine Vignot,
50:33préparation Lisa Canales,
50:34Pauline Dessillon,
50:36réalisation en direct.
50:36Justine Vignot,