- il y a 35 minutes
- #franceinter
- #radiofrance
- #podcast
- #actualite
François Villeroy de Galhau, ancien gouverneur de la Banque de France, auteur de "Croire en la France résolument" (éditions Odile Jacob), alerte sur "l'étranglement de la dette" qui pèse sur les épaules de la jeune génération. Il appelle à sortir de "l'illusion d'un endettement sans limite".
France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.
📻 Écoutez France Inter en direct et en podcast sur l'application Radio France : https://radiofrance.onelink.me/kg7D/7awrzmhf
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer de nos vidéos : https://www.youtube.com/@FranceInter
#FranceInter #RadioFrance #Podcast #Actualité
France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.
📻 Écoutez France Inter en direct et en podcast sur l'application Radio France : https://radiofrance.onelink.me/kg7D/7awrzmhf
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer de nos vidéos : https://www.youtube.com/@FranceInter
#FranceInter #RadioFrance #Podcast #Actualité
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Il a tenu le gouvernail de la Banque de France pendant dix ans, dans une période où la mer était
00:04du genre agitée.
00:06Brexit, gilet jaune, Covid et quoi qu'il en coûte, sans oublier l'Ukraine, Trump, la guerre en Iran et
00:11finalement,
00:12cette crise de l'énergie et des carburants. Autant d'événements qui ont percuté nos vies, pesés lourds sur l
00:18'économie
00:18et sans doute sur les colères qui s'expriment ces derniers jours du mouvement lycéen à ce nouveau samedi de
00:24mobilisation contre la vie chère.
00:26Cette jeunesse, cette France, inquiète pour son avenir. Notre invité l'observe avec attention l'autre œil fixé sur les
00:33comptes
00:33et cette dette qui flambe, un État qui emprunte très cher et des débats très tendus sur le budget entre
00:40parlementaires.
00:41Alors faut-il choisir entre l'avenir et le redressement des comptes ? Sacrifier la jeunesse pour les errements du
00:47passé ou du présent ?
00:48On va poser ces questions à François Villeroy de Gallo qui est avec nous ce matin. Bonjour.
00:52Bonjour Nicolas Thayer.
00:54Ancien gouverneur de la Banque de France. Désormais président de la Fondation Apprenti d'Auteuil.
00:59Vous publiez « Croire en la France » résolument.
01:02Ça sort ce mercredi chez Odile Jacob.
01:05On attend d'ailleurs les questions, les réflexions de nos auditeurs au standard Inter 0145 24 7000
01:11ou sur l'appli Radio France.
01:14La Banque de France que vous avez quitté sur cette lettre au président de la République.
01:18Vous lui disiez, vous dénonciez dans cette lettre les choix gérontocratiques du pays.
01:24Est-ce que vous entendez une jeunesse sacrifiée par là et donc vous comprenez cette mobilisation dans la rue ?
01:31Alors qu'est-ce que j'ai voulu dire en parlant de choix gérontocratiques ?
01:34C'est que si on regarde sur la longue période, ces dernières années, et soyons honnêtes, ces dernières décennies,
01:40nous avons fait un certain nombre de choix qui étaient plutôt en faveur des générations avancées dont je suis.
01:46Au passage, je suis moi-même un senior avec 67 ans donc j'ai rien contre les seniors, mais qui
01:52joue contre la jeunesse.
01:53Nous leur léguons de fait la facture climatique, ça fait partie de leur anxiété,
01:58et puis nous leur léguons la facture financière, la dette dont vous parliez,
02:02et qui est en train de nous rattraper très rudement.
02:05Parce qu'une des difficultés pour répondre au mouvement lycéen,
02:09je crois qu'il y a un certain nombre de revendications légitimes,
02:12mais c'est qu'il n'y a plus de moyens budgétaires disponibles.
02:14Il n'y a pas d'argent supplémentaire dans les caisses.
02:16Donc il va falloir être créatif sur les solutions.
02:19Alors il y a un certain nombre de solutions que j'essaye de mettre en avant dans le livre.
02:23Justement, pourquoi à votre avis les seniors sont-ils à ce point préférés à la jeunesse ?
02:28Est-ce que c'est pour des raisons électorales ?
02:30On sait que les seniors votent plus aux élections que les plus jeunes, les 18-25 ans.
02:36Alors je crois que ça peut jouer un rôle, mais je crois qu'il y a une raison de base,
02:39il faut reconnaître, c'est nos contradictions à nous tous, les citoyens.
02:43C'est-à-dire, nous tous, nous aimons bien la dépense publique,
02:46et bénéficier des services publics, des retraites, de la santé,
02:50mais nous n'aimons pas payer l'impôt qui les finance.
02:53Et donc la façon de résoudre cette contradiction, au moins à court terme, c'est les déficits.
02:57Ça fait 45 ans que la France est en déficit chaque année.
03:01Et la dette, c'est simplement l'accumulation, le total des déficits année après année.
03:07Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ça ne marche plus.
03:09C'est-à-dire que les prêteurs internationaux ou nationaux disent,
03:14la France a trop de dettes, donc je vous prête de plus en plus cher,
03:17et la France est en train d'être étouffée par les intérêts de la dette.
03:21Est-ce que votre message sur les retraites, c'est de dire aux retraités, ce matin,
03:24à votre tour, il faut se sacrifier si vous ne voulez pas que ça soit la jeunesse qu'il soit
03:28?
03:29Ce n'est pas le dire seulement aux retraités, je crois simplement qu'il faut que nous rompions
03:33avec cette habitude de passer la facture aux générations suivantes.
03:38Donc si on regarde un peu plus d'où vient ce problème français,
03:42parce que nous avons aujourd'hui, il ne faut pas sous-estimer l'alerte financière,
03:47les choses se sont beaucoup dégradées ces dernières semaines.
03:50Il faut rappeler les chiffres, Nicolas Teilhard, la France empruntait à 10 ans,
03:54au début de l'année, à 3,5%, à peu près.
03:57Vendredi soir, on était à plus de 5%.
03:59Donc on a augmenté en 10 mois de 1,5%.
04:03Et aujourd'hui, c'est la France qui emprunte la plus chère parmi tous les pays européens.
04:07On emprunte même plus cher que l'Italie, ce qui est très nouveau, 0,5% de plus.
04:12On emprunte plus cher que l'Allemagne, 1,7%.
04:15Et donc, quand on regarde l'explication de cette exception française,
04:20c'est que nous avons au total beaucoup plus de dépenses publiques que nos voisins.
04:25Nous avons à peu près le même modèle social européen,
04:28avec de la protection sociale, des services publics forts.
04:31Moi, je crois profondément à ce modèle social européen.
04:34Mais il nous coûte beaucoup plus cher que nos voisins.
04:37Cette mauvaise nouvelle est en même temps un espoir.
04:39Parce qu'il y a un écart d'efficacité.
04:41Il faut qu'on aille regarder politique par politique, y compris sur les retraites,
04:45comment est-ce qu'on peut enfin stabiliser les dépenses.
04:48Vous parlez justement des dépenses publiques.
04:49Quand on entend, par exemple, les revendications des syndicats lycéens et étudiants,
04:54ils demandent 10 milliards d'euros tout de suite.
04:56Est-ce que vous dites qu'on ne peut pas se le permettre dans l'état actuel des choses ?
05:01Je crois que c'est une des grandes difficultés pour répondre à la colère sociale actuelle.
05:05Celle des lycéens et puis celle sur la vie chère, dont on parlera peut-être aussi.
05:08C'est qu'il faut y répondre sans moyens budgétaires disponibles.
05:12Je l'ai dit, c'est ça la vérité.
05:13Il faut qu'on sorte des illusions.
05:15Ça fait des années et des années qu'on vend des illusions, malheureusement à l'opinion.
05:21Ça se paye cher, d'ailleurs, dans la déception vis-à-vis du politique.
05:25Nous ne pouvons plus...
05:26La première illusion, c'est l'illusion d'un endettement sans limite.
05:29Ça ne peut pas continuer comme ça.
05:31Parce que ces intérêts de la dette, ils mangent toutes nos marges de manœuvre.
05:35Vous citiez ce chiffre de 10 milliards.
05:37Chaque année, les intérêts de la dette nous coûtent plus que 10 milliards de plus que l'année précédente.
05:42Donc on perd, avant même d'avoir fait quelques dépenses, on a perdu plus de 10 milliards chaque année à
05:49cause de cet étranglement par la dette.
05:51Un point de trop, c'est 40 milliards de plus.
05:53C'est là, pardon, que je reviens sur les pays étrangers.
05:56Il faut qu'on cherche non plus la quantité de la dépense publique.
06:00Parce que ça fait des années qu'on dépense plus que nos voisins pour des résultats qui sont plutôt moins
06:04bons.
06:04Il y a quelque chose qui ne va pas dans la qualité, l'efficacité de la dépense publique en France.
06:09Au passage, le grand échec des gouvernements successifs, à mon avis, c'est ça.
06:12C'est ce qu'on pourrait appeler la réforme publique.
06:15Parce que les lycéens, ils vont vous dire, mais ce n'est pas nous qui avons creusé cette dette.
06:19Pourquoi ce serait à nous de la payer aujourd'hui d'une certaine manière, n'étant pas entendu ?
06:23Je crois que ce qui est extrêmement important pour les lycéens, il faut des mesures de court terme.
06:28Ça, c'est au gouvernement de décider.
06:29Je crois qu'il y a un certain nombre de demandes des lycéens qui sont plutôt de l'ordre de
06:33la qualité de l'amélioration sans dépense supplémentaire.
06:36Quand ils parlent des profs remplaçants qui sont disponibles, peut-être l'amélioration du bâti.
06:41Est-ce qu'on peut ajuster Parcoursup sans faire toujours de suspension ou de régression ?
06:46Mais je crois qu'il y a des pistes pour faire mieux de la qualité.
06:50Mais le premier intérêt de la jeunesse, j'insiste beaucoup là-dessus, c'est qu'on arrête de leur transférer
06:56la dette.
06:56Creuser encore les déficits, si on faisait 10 milliards de plus de déficits, ça joue contre la jeunesse.
07:02Ça serait un but contre son camp.
07:04Donc on fasse extrêmement attention à ça.
07:06Il peut y avoir un soulagement instantané, mais ensuite, ça se paye.
07:10Et ça veut dire que cette génération-là, je crois que ça fait partie de son anxiété.
07:14Cette génération-là part dans la vie sans marge de manœuvre.
07:17Je vais prendre une image très simple, Nicolas Théa.
07:20Quand moi j'avais 20 ans, c'était il y a très très longtemps, on était en 1980.
07:24Je partais dans la vie avec un sac à dos qui pesait, la dette publique, 20% du PIB.
07:30Aujourd'hui, les lycéens ou les étudiants qui ont 20 ans, ils partent dans la vie avec un sac à
07:35dos qui pèse presque 120% du PIB.
07:38Six fois plus lourd.
07:39Il faut absolument qu'on arrête avec ça, qu'on allège progressivement le sac à dos.
07:43Alors depuis juin, vous présidez la Fondation des Apprentis d'Auteuil qui accueille et accompagne des décrocheurs, des enfants de
07:50la SE, des mineurs non accompagnés.
07:51Qu'avez-vous découvert de cette jeunesse-là au fond, qu'on ne voit pas depuis les bureaux de la
07:56Banque de France ?
07:57Alors depuis les bureaux de la Banque de France, j'essayais d'aller beaucoup sur le terrain, parce que la
08:01Banque de France est présente partout.
08:04Mais je raconte dans ce livre effectivement un certain nombre de rencontres que j'ai faites avec des jeunes, avec
08:10des directeurs et directrices d'établissements d'Auteuil.
08:14C'est la protection de l'enfance, c'est des collèges et des lycées qui au passage accueillent les jeunes
08:18dont les autres établissements scolaires ne veulent pas,
08:21donc une pédagogie innovante.
08:23Moi, ce qu'ils m'ont appris, c'est qu'ils ne s'arrêtent jamais d'y croire.
08:27Vous savez, il y a une devise à Auteuil que j'ai découverte, j'aime beaucoup, qui est « La
08:30confiance peut sauver l'avenir ».
08:32Ils le disent pour chaque enfant, c'est la confiance qu'on place dans chaque enfant.
08:35Mais j'aimerais que ça vaille aussi pour notre pays.
08:38Moi, c'est pour ça que j'ai pris ce titre « Croire en la France résolument ».
08:41Nous avons des atouts.
08:43La confiance peut sauver notre avenir.
08:45Moi, j'ai la chance chaque semaine de pouvoir faire le plein de confiance et le plein d'espérance
08:50avec les responsables d'Auteuil et avec des enfants que je vois.
08:52J'étais à Colmar la semaine dernière, je peux vous dire, c'était formidable.
08:55Et elles sont là, les difficultés qui sont décrites dans les cortèges depuis des semaines.
09:00Vous les constatez, c'est quoi qui bloque ?
09:03Alors, encore une fois, je ne vais pas dire qu'il y a des solutions faciles,
09:06parce que nous n'avons plus de moyens budgétaires.
09:09C'est ça qui est très compliqué aujourd'hui.
09:11C'est que traditionnellement, on fait des dépenses supplémentaires face à des revendications.
09:16Aujourd'hui, il s'agit de dépenser mieux, pas de dépenser plus.
09:19Mais heureusement, on a de la marge de manœuvre là-dessus.
09:22Moi, j'ai parlé de ce grand échec qu'est la réforme publique.
09:25Et je le regrette beaucoup comme passionné du service public.
09:29Alors, je crois que les solutions, elles passent vraiment par un effort de qualité
09:33et pas de quantité qu'on ait les dépenses les plus efficaces.
09:35Si vous permettez, Nicolas Teilhard, un effort de créativité,
09:39qu'on aille regarder ce que font nos voisins, politique par politique.
09:42Vous savez qu'avec une production de services publics, un modèle à peu près équivalent,
09:46nos voisins, ils dépensent 270 milliards d'euros de moins.
09:49C'est un sacré gisement d'efficacité.
09:51Parce que pour finir sur ce sujet des dépenses publiques,
09:53il y a un besoin de services publics qui s'expriment dans les défilés ces dernières semaines,
09:57mais qui s'expriment aussi dans toutes les études à destination des candidats.
10:00Comment on fait pour répondre à ce besoin, un service public qui s'éloigne ?
10:04C'est ça qui est la qualité.
10:08Reprenons l'éducation, qui est au cœur des revendications.
10:12Nous avons fait des comparaisons, et je les cite dans le livre.
10:15Il y a bon nombre de pays européens qui dépensent à peu près la même chose que nous,
10:18mais qui ont des bien meilleurs résultats.
10:20Qu'on aille regarder.
10:21C'est le cas du Royaume-Uni, dans les Tespisa.
10:24C'est le cas de beaucoup de pays nordiques.
10:25Est-ce que vous entendez, dans notre débat public, certains candidats,
10:29certains responsables politiques, nous dire qu'il y a telle solution pratique
10:32qui existe en Finlande ou au Royaume-Uni, et que je propose d'appliquer en France ?
10:38Jamais.
10:38Jamais.
10:39C'est là, notre gisement.
10:41Faisons un effort de qualité, de créativité, et puis de ténacité.
10:46C'est-à-dire que toutes ces réformes prennent du temps.
10:49Je citais l'exemple du Royaume-Uni, ils ont commencé en 2010.
10:52Mais, il faut le temps long, c'est aussi à ça que j'essaye d'inviter dans mon livre,
10:58c'est de prendre un tout petit peu de recul ou de hauteur par rapport à l'actualité immédiate.
11:03Mais est-ce que vous avez le sentiment que les Français mesurent la réalité économique du pays ?
11:07Quand vous entendez dans les cortèges que, par exemple,
11:09le budget que prépare le gouvernement serait un budget austéritaire,
11:13est-ce que vous avez la sensation que les Français prennent la mesure de la situation dans laquelle on se
11:17trouve ?
11:18Alors, je ne veux pas parler pour tous les Français,
11:20mais quand on regarde les enquêtes d'opinion, je crois qu'il y a deux choses en réponse à votre
11:24question.
11:24C'est que les Français, aujourd'hui, sont inquiets, objectivement, sur la dette et les déficits.
11:29Et ils ont raison de l'être.
11:30Là, il y a une prise de conscience.
11:31Ce thème n'existait pratiquement pas dans leurs préoccupations.
11:34Aujourd'hui, il est monté très haut.
11:36Maintenant, sur les solutions, sur la thérapie de cette maladie,
11:41je crois que nous tous, nous avons nos contradictions, je disais tout à l'heure.
11:44C'est-à-dire qu'on espère toujours que c'est les autres qui vont payer.
11:46Tout le monde a des idées d'économie, je ne sais pas si vous avez remarqué,
11:48mais toujours chez les autres.
11:50Les entreprises, ce n'est pas chez les entreprises, etc.
11:53Ou de faire payer l'impôt par les autres.
11:55La vérité, c'est qu'il faut un effort partagé par tous.
11:59À ces conditions-là, on peut s'en sortir.
12:02Moi, c'est ça que je veux dire avec beaucoup de force.
12:03Le problème du redressement, il est soluble,
12:06mais il faut arriver à stabiliser en volume,
12:10c'est-à-dire après inflation, l'ensemble des dépenses.
12:12L'État, les collectivités locales et les dépenses sociales.
12:15Il y a Frédéric qui est au standard de France Inter et qui a une question pour vous.
12:18Allez-y, Frédéric.
12:19Bonjour Inter, M. Villeroa de Belleau, bonjour.
12:22Bonjour.
12:23L'État, pour se financer, disons schématiquement, a deux moyens.
12:27L'emprunt avec des mandats d'intérêts ou l'impôt sans payer d'intérêts.
12:32Depuis une dizaine d'années, les impôts ont été drastiquement diminués
12:35avec le résultat que vous avez souligné, c'est-à-dire un mauvais résultat.
12:40N'est-il pas temps de réhabiliter l'impôt ?
12:44Alors, je suis très attaché à l'impôt, je suis sensible à votre question.
12:47Il se trouve qu'il y a très longtemps, j'ai été directeur général des impôts.
12:52Alors, si on regarde sur la longue période par rapport à votre question,
12:55en gros, le poids des impôts, ce qu'on appelle les prélèvements obligatoires,
12:58y compris les cotisations sociales, est à peu près stable en proportion de notre économie.
13:02Au passage, il est élevé.
13:04On a beaucoup plus de dépenses que dans les autres pays.
13:07Mais avec beaucoup de protection.
13:07Et on a aussi plus d'impôts, dont la protection sociale.
13:13Alors, moi je me méfie beaucoup de ce que j'appelle des comptes de fées
13:18qui sont vendus dans le discours politique.
13:20Et vous allez voir, ils sont chacun d'un bord de l'échiquier politique, vous allez les reconnaître.
13:23Il y a un premier compte de fées quand c'est-à-dire qu'il faut baisser les impôts.
13:26Alors ça, c'est toujours très populaire.
13:28Et puis ça va s'auto-financer parce que ça va générer de la croissance supplémentaire, etc.
13:32Ça, ça ne marche pas.
13:33Donc moi, ça fait très longtemps que je dis, nous n'avons pas les moyens d'avoir de baisse d
13:37'impôts.
13:37Et puis de l'autre côté, vous avez l'espoir d'un prélèvement un peu providentiel
13:41qui sans aucun dommage économique comblerait le trou.
13:44Ça, ça n'existe pas non plus.
13:46Donc, comme on n'a pas le moyen de baisser les impôts
13:49et qu'on n'a pas beaucoup de marge pour les augmenter parce qu'ils sont élevés,
13:52est-ce qu'on pourrait faire une chose très nouvelle en France
13:55qui est la stabilité fiscale, la prévisibilité.
13:58Et de dire aux entrepreneurs et aux contribuables, voilà, ça va rester comme ça.
14:01Ça n'empêche pas, si vous me permettez d'ajouter, Marie Mollet,
14:04un effort ciblé de justice fiscale sur certaines mesures.
14:07Je pense au welding patrimonial ou à certaines niches.
14:10Et taxer les ultra-riches.
14:22Il faut corriger peut-être certaines inégalités fiscales.
14:24Vous dites que ce n'est pas la solution à tout.
14:25Mais il faut être dans les chiffres.
14:26Ça n'est pas la solution miracle.
14:28De toute façon, contre les illusions, moi je plaide le devoir de vérité.
14:34La vérité, c'est que nous n'avons pas de solution miracle.
14:38Il y a un effort juste et partagé, mais il faut que ça porte sur toutes les dépenses.
14:42Et si je privilégie les dépenses, ce n'est pas du tout pour des raisons idéologiques ou politiques.
14:46C'est pour des raisons très pratiques.
14:48C'est ça, notre écart d'efficacité par rapport aux pays.
14:50Intérençons-nous à la qualité de la dépense.
14:52François Villeroy de Gallo, vous en avez parlé.
14:55La semaine dernière, le taux d'emprunt de la France à 10 ans a dépassé le seuil des 5%.
14:58C'est une première depuis 2002.
15:00De votre expérience, est-ce qu'à votre avis, les taux vont continuer d'augmenter ?
15:05Ça, je ne sais pas dire.
15:06Marie Mollet, c'est fixé par les marchés financiers qui peuvent être très volatiles.
15:10Ce qu'on peut dire, c'est que ce qui se passe est une situation très sérieuse.
15:14C'est d'autant plus sérieux que ça coûte cher pour les contribuables et le budget de l'État.
15:18La charge de la dette.
15:19La charge de la dette.
15:20La charge de la dette, elle devient effectivement le premier poste, vous avez raison, de dépense de l'État,
15:27plus important que l'éducation nationale.
15:29Par rapport à ce qu'on disait sur le mouvement des lycéens,
15:32l'éducation nationale, c'est la dépense d'avenir par excellence.
15:35On dépense plus pour quelque chose qui est hérité du passé parce qu'on l'a mal géré.
15:38Est-ce que ce symbole-là va servir de déclic ?
15:41Je l'espère.
15:41Parce que la dette, ça fait plusieurs campagnes présidentielles qu'il en est question les premières semaines.
15:46Mais le point sur lequel j'insiste, c'est qu'il faut qu'on sorte de cette logique consiste à
15:50dire
15:51c'est toujours plus de dépenses qui va nous donner plus de services publics ou plus de justice.
15:56Non, c'est la qualité des dépenses qui comptent et allons regarder ce qui se passe dans les autres pays.
16:00Pour finir de répondre à votre question, c'est grave aussi parce que ça peut avoir des effets de contagion
16:06non seulement sur ce que paye l'État, mais sur ce que vont payer hélas les Français sur leurs emprunts
16:11immobiliers
16:11ou les entreprises pour financer leurs investissements.
16:14Donc il faut absolument corriger ça, regagner la confiance de ceux qui nous prêtent.
16:18Alors justement, est-ce qu'on sait dire, parce que effectivement le taux d'emprunt est à 5%,
16:22est-ce qu'on sait dire à partir de quand on risque l'asphyxie ?
16:25Est-ce que c'est 6%, 7%, 8% ?
16:28Est-ce qu'il y a un taux à partir duquel on bascule dans une crise de la dette ?
16:31Je crois qu'il n'y a pas de taux, mais ce que je dis c'est que 5%, c
16:35'est déjà beaucoup trop haut.
16:37C'est déjà beaucoup trop haut. Nous ne devrions pas être à ce point éloignés des autres pays européens.
16:41J'ai cité tout à l'heure l'Allemagne et l'Italie.
16:44Ici joue aussi autre chose, si vous me permettez d'insister, c'est notre crédibilité, notre influence en Europe.
16:49Dans ce monde qui est très dangereux, qui est très difficile, la France ne va évidemment pas s'en sortir
16:55tout seul.
16:55Je pense que personne n'imagine ça.
16:58À côté de l'illusion de l'endettement sans limite, l'autre illusion, c'est l'isolement sans l'Europe.
17:03Mais l'influence française, ça je peux vous dire, je l'ai vécue,
17:06elle est diminuée par le fait que nous avons les plus mauvaises finances publiques d'Europe.
17:10Est-ce qu'il faut une règle d'or sur cette question de la dette, du déficit public ?
17:14On commence à l'entendre...
17:15Oui, mais la règle d'or peut aider, vous mettez ça.
17:18Ça veut dire graver dans le marbre qu'on n'a pas le droit de dépasser.
17:20Mais la question c'est comment vous faites après ?
17:23C'est pour ça que je propose un certain nombre de choses dans ce livre,
17:25sur la stabilisation globale des dépenses.
17:28Ça veut dire, en gros, deux grandes pistes.
17:31La première, c'est traiter le problème des retraites, dont vous avez parlé.
17:34Je pense d'ailleurs au passage qu'il faut un complément d'épargne-retraite privée.
17:38Mais il faudra quand même régler le problème des retraites.
17:40Et l'autre chose, c'est améliorer le fonctionnement des services publics.
17:45Il faut un peu faire confiance aux fonctionnaires et avoir des contrats de bonne gestion.
17:51Il y a des exemples qui marchent, pas seulement à l'étranger.
17:54Il y en a en France.
17:55Prenez la Direction Générale des Finances Publiques.
17:57Les Français sont très contents de leur déclaration d'impôt.
18:00En tout cas, c'est un service public qui est soutenu, alors même que les effectifs ont diminué.
18:05Pourquoi ? Parce qu'il y a eu de la qualité.
18:06On va se tourner vers la présidentielle avec la question de Gabriel au standard.
18:10Oui, bonjour.
18:11Allez-y.
18:11Merci beaucoup de m'accueillir.
18:13Et donc, ma question, c'est justement, suite aux deux contre-budgets présentés par le RN et le PIP,
18:19selon vous, lequel est le plus fiable ?
18:22Le PIP, le PIP, lequel est le plus fiable ?
18:24J'ai l'habitude de ne pas commenter les propos de tel ou tel parti politique ou de tel ou
18:30tel responsable politique.
18:31Quand vous étiez gouverneur de la Banque de France.
18:33Non, mais je l'ai fait tout autant quand j'étais gouverneur.
18:35Aujourd'hui, je suis un homme libre, un citoyen passionné du débat public, préoccupé par notre pays,
18:41mais je ne vais pas changer d'habitude.
18:44Je crois qu'il faut qu'on fasse allusion, et je ne cible pas tel ou tel parti,
18:47mais vraiment attention à l'illusion de l'endettement sans limite.
18:51Je ne vois pas aujourd'hui sur la table de propositions suffisamment convaincantes
18:56pour améliorer la qualité, l'efficacité de la dépense publique,
19:00et du coup arriver à le stabiliser.
19:03En tout cas, l'annulation de la dette, en tout cas la part de la dette qui est détenue par
19:07la BCE,
19:08ça c'est la proposition de Jean-Luc Mélenchon, 16% environ de notre dette est détenue par la BCE.
19:13Est-ce que ça, ça peut être un remède ?
19:14Non, c'est séduisant, je comprends bien.
19:17Au passage, cette dette, elle est détenue pas par la BCE, mais par la Banque de France,
19:20directement, qui appartient à tous les Français.
19:24Et en annulant, on a l'impression qu'on s'allège la charge,
19:27mais dans le même temps, vous creusez un trou équivalent dans le bilan de la Banque de France.
19:31Donc, ce que vous avez apparemment gagné d'une main, vous avez perdu de l'autre.
19:35Et par ailleurs, c'est incompatible, totalement incompatible avec les règles de l'euro.
19:40Les Français sont attachés à 80% à garder l'euro.
19:43Et bien, si on est dans l'euro, on en respecte les règles du jeu du club.
19:47Alors, on parle de plus en plus souvent d'une intervention de la BCE
19:50pour venir sauver la France et éviter une contagion dans le reste de la zone euro.
19:54Qu'est-ce qui pourrait la décider à intervenir ?
19:57Je vous pose la question parce que vous, vous avez siégé au Conseil des Gouverneurs,
20:00qui est le principal organe de décision de la BCE.
20:02Donc, comment ça marche, la décision de la BCE d'intervenir ?
20:06Ça, je ne vais pas me prononcer pour Christine Lagarde et pour la BCE.
20:08Ce que je vais dire, c'est une chose de bon sens.
20:10Ce problème, il est d'abord français et budgétaire.
20:12Et donc, la solution, elle est d'abord française.
20:15Au passage, il est encore temps pour nous.
20:18J'ai dit, je développe dans ce livre, qu'il y a des solutions possibles.
20:21Mais 2027, c'est un peu notre dernière fenêtre d'action.
20:24Parce que si nous, nous ne solutionnons pas le problème...
20:28Pourquoi ça serait trop tard après ?
20:30Pardon ?
20:31Pourquoi ça serait trop tard après ?
20:32Parce qu'après, et c'est malheureusement ce qu'on a vécu sur la Grèce, en Europe,
20:36l'ajustement, il nous est imposé par l'extérieur.
20:39C'est-à-dire qu'on ne veut plus nous prêter ou à des cours prohibitifs.
20:42Et toute l'expérience prouve, ça vraiment, c'est très documenté.
20:45Il y a une note de Terra Nova là-dessus,
20:47que quand l'ajustement est imposé par l'extérieur,
20:49il est beaucoup plus brutal et beaucoup plus injuste.
20:51Donc, c'est la fenêtre de tir que nous avons pour choisir nous-mêmes notre redressement.
20:56Il y a d'autres voies de solution dont on n'a pas parlé en dehors du budgétaire,
21:00mais sur lesquelles j'insiste, parce que, notamment face à la question du pouvoir d'achat,
21:03c'est de muscler notre croissance et de faire que le travail paye plus.
21:08C'est aussi des solutions que j'évoque dans le livre,
21:11et muscler notre croissance, notamment grâce à l'Europe,
21:14sur l'intelligence artificielle, sur le passage à l'énergie propre,
21:17qu'on n'oublie pas cet aspect de l'action.
21:19Ça fait partie des solutions.
21:21Très rapidement pour terminer, l'Europe et l'euro nous protègent aujourd'hui ?
21:24Oui, oui, je crois heureusement qu'il y a l'euro,
21:28auquel les Français sont massivement attachés,
21:31et puis on est dans un monde très dangereux.
21:34Regardez M. Poutine, Xi Jinping, et malheureusement Donald Trump.
21:37Face à ça, personne ne peut imaginer que la France s'en sorte toute seule.
21:42Il faut que l'Europe s'affirme plus,
21:44il faut qu'elle ait ses projets mobilisateurs sur l'intelligence artificielle ou l'énergie propre,
21:48mais prenons un peu l'exemple canadien.
21:51Moi, j'ai beaucoup, je raconte, voilà, un certain nombre de rencontres
21:54avec des hommes de courage et de vision qui ont changé les choses.
21:57Mario Draghi ou Marc Carnet, qui est aujourd'hui Premier ministre du Canada.
22:01Eh bien, c'est ça, il faut qu'on prenne notre destin en main,
22:04il faut qu'on arrête de raser les murs.
22:06Moi, je préfère la fierté française, et il est temps,
22:10regardons tous nos atouts,
22:12plutôt que ce qu'on pourrait appeler la tétanie,
22:14c'est-à-dire qu'on encaisse les buts comme ça et on n'y croit plus,
22:16ou bien la zizanie d'Astérix.
22:18Vous connaissez Astérix et la zizanie de Nicolas Thaïa ?
22:20Ça, c'est un vrai danger, j'essaye de lutter contre ça dans mon livre.
22:24Il faut croire en la France résolument,
22:26ça sort mercredi aux éditions Odile Jacob.
22:29Merci François Villeroy de Gallo d'avoir été l'invité du Grand Entretien.
22:33Sous-titrage Société Radio-Canada