00:00Oui, le président de la République était donc à Marseille.
00:02Sur le thème de l'autorité, il a commencé à livrer une analyse
00:05des raisons pour lesquelles notre pays a connu des violences.
00:08Écoutez-le.
00:09Est-ce que les réseaux sociaux jouent un rôle dans cette affaire ?
00:12À coup sûr.
00:13À coup sûr.
00:14Mais les réseaux sociaux abîment nos démocraties.
00:18Parce qu'ils polarisent,
00:19parce qu'ils créent une espèce de sidération devant les scènes de violences,
00:23parce qu'ils sont pour certains des instruments de mobilisation du pire.
00:27Alors, personne ne peut nier que TikTok et Snapchat
00:30peuvent avoir un rôle dans le climat de violence.
00:32Il s'y joue une course au buzz entre adolescents
00:34à qui obtiendra la meilleure séquence pour la poster en ligne.
00:37Est-ce que Twitter polarise le débat ?
00:40Oui, sûrement.
00:40Les bulles algorithmiques nous enferment chacun
00:42dans le confort d'une réalité atrophiée.
00:45On ne voit que ce que l'algorithme a envie de nous montrer
00:47pour nous maintenir dans notre perception du monde.
00:50Alors, il ne faut pas non plus ignorer les manœuvres de nos ennemis
00:53qui appuient de manière artificielle et de manière numérique
00:55sur certains sujets.
00:57Mais faire reposer sur les réseaux sociaux
00:59seuls les violences que connaît notre pays,
01:01c'est un peu court.
01:02En 2005, par exemple,
01:04la France a été frappée par des émeutes urbaines
01:06à une époque où le smartphone n'existait pas.
01:08Ils vont commencer seulement à s'échanger des SMS.
01:10Le problème ne peut donc pas être résumé
01:12à sa matérialité numérique.
01:13Les scènes de violences que l'on a connues
01:15sont avant tout la concrétisation d'un malaise profond
01:17qui est en train de gagner une partie de la jeunesse.
01:20Thomas Bonnet, pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron
01:21cible autant les réseaux sociaux, selon vous ?
01:24Parce que c'est l'endroit qui lui échappe par principe,
01:27là où le récit lui échappe.
01:28Un espace où la parole n'obéit à aucune injonction éditoriale
01:31ou des sujets, perce le mur du son médiatique.
01:34Je n'ai pas besoin de vous rappeler ici
01:35tous les sujets dont nous avons eu connaissance,
01:37nous, médias, par le biais des réseaux sociaux.
01:40Emmanuel Macron a senti petit à petit le numérique lui échapper.
01:43Il est ainsi passé du président de la Startup Nation
01:45qui utilisait régulièrement les réseaux sociaux
01:48pour faire campagne et se montrer en président moderne.
01:51Il est passé de ça à ce statut de père fouettard,
01:54dix ans plus tard, qui souhaite interdire les réseaux sociaux
01:56aux mineurs avec une identification généralisée.
02:00Et tout ça alors qu'il continuait à faire appel
02:01à des influenceurs.
02:02Au moment où Emmanuel Macron disait ça hier à Marseille,
02:05des influenceuses étaient reçues à Matignon
02:07pour parler de la colère des lycéens.
02:09C'est vous dire un peu le paradoxe et l'hypocrisie de ce sujet.
02:12En fait, accuser les réseaux sociaux, c'est assez commode
02:14parce que ça permet d'éviter d'aller sur le fond.
02:17Il est plus facile de dénoncer TikTok
02:18que d'analyser les raisons profondes
02:21qui poussent certains jeunes à casser,
02:23à s'attaquer aux policiers
02:24et à faire part de leur détestation de notre pays.