00:00RMC, consultation gratuite.
00:03On va parler, docteur Aurel Gage, des street medics.
00:06Ce sont ces militants formés pour porter secours pendant les manifestations.
00:10Ils sont particulièrement en lumière après les images d'un homme frappé par des CRS à Paris le 17 octobre.
00:17Alors docteur Gage, on le sait, on le dit, vous êtes médecin urgentiste.
00:20C'est quoi votre regard sur ces street medics ?
00:23C'est une pratique qui peut être dangereuse, vraiment ?
00:26Oui, je le dis, je l'assume, les street medics peuvent être dangereux car on a pu le voir sur
00:31les réseaux sociaux.
00:32En fait, ils ne se limitent pas à leur simple domaine de compétence qui est le fait d'aider.
00:36Ils font du diagnostic médical.
00:39Alors diagnostic médical, en faire, pourquoi c'est grave ?
00:41Ce n'est pas juste de l'exercice illégal de la médecine.
00:43Ça, vous allez me dire, c'est l'aspect juridique.
00:45Limite, j'ai envie de vous dire.
00:45Mais ils ne sont pas médecins ?
00:46Mais non, ils ne sont pas médecins, justement.
00:49Ils ne sont pas médecins.
00:50Pour certains, ils ne sont même pas secouristes.
00:52C'est ça ce qu'il y a de grave.
00:52Et le diagnostic médical, en quoi c'est dangereux d'en faire ?
00:55Je ne parle même pas de l'aspect illégal.
00:57Je vous ai dit, ce n'est pas ça qui m'importe.
00:58La chose qui m'importe, c'est la vie des autres.
01:01C'est que, par exemple, quand vous dites à quelqu'un,
01:02vous avez une blouse blanche, déjà pour beaucoup de gens,
01:04ça veut dire que vous êtes médecin.
01:06Et vous allez faire, vous allez examiner la personne après un traumatisme crânien.
01:08Par exemple, elle tombe pendant la manif et vous faites,
01:10non, c'est bon, ne vous inquiétez pas, vous pouvez rentrer chez vous.
01:12Cette personne, il va lui arriver quoi ?
01:14Elle va revenir trois jours après en se disant,
01:16tout va bien, j'ai un peu mal à la tête,
01:18mais il m'a dit que je pouvais rentrer chez moi.
01:19Il revient avec un saignement intracrânien,
01:20il se retrouve aux urgences, perte de chance,
01:22potentiellement il peut mourir.
01:23C'est des vraies choses qui arrivent, ça le fait justement,
01:25qu'on se retrouve réassurés par des gens
01:27qui n'ont pas de compétences diagnostiques,
01:29qui n'ont pas de diplôme et qui ne devraient pas faire ça.
01:32Alors, il faudrait quoi ?
01:33Il faudrait que ces street medics se limitent au secourisme ?
01:36Alors oui, ce serait bien qu'ils se limitent au secourisme,
01:39mais en soi, c'est important de le rappeler
01:41que même pour le secourisme,
01:42il y en a qui ne sont pas faits pour.
01:45Je suis désolé, je le redis,
01:48en plus d'être une équipe, ça je pourrais vous expliquer ça
01:50en long, en large, de par mon expérience SMUR,
01:52mais il faudrait deux choses.
01:54Il faut d'abord des diplômes
01:56et il faut ensuite de l'expérience.
01:58Ces deux choses-là, vous avez des street medics,
02:00vous pouvez les voir sur les réseaux.
02:01Ils n'ont ni l'un ni l'autre.
02:03Ils se croient dans un roleplay Call of Duty
02:06à se prendre pour un soigneur.
02:07Un jeu vidéo.
02:08Exactement, où l'objectif c'est de réaliser un fantasme,
02:10de se dire je peux être un super-héros,
02:12mais déjà vous pouvez être un super-héros dans le quotidien.
02:14Vous n'avez pas à faire ça,
02:15puisque en plus, ce qu'il y a de dangereux,
02:17c'est que quand vous êtes secouriste,
02:19vous êtes dans une organisation
02:22qui est professionnalisée.
02:23Pourquoi c'est important ?
02:24C'est que moi, au SAMU,
02:25vous croyez que je ne travaille que tout seul ?
02:27Je travaille avec les hôpitaux pour la régulation médicale.
02:29Qu'est-ce que c'est que la régulation médicale ?
02:30C'est qu'on a un traumatisé crânien
02:32et on pense qu'il y a derrière un saignement,
02:33il faut l'emmener à un endroit où il y a de la neurochirurgie.
02:35La seconde chose, on travaille avec les pompiers,
02:37on travaille avec la police.
02:38C'est des choses où il faut justement arriver
02:39à travailler de façon en bonne cohésion,
02:43parce que sinon vous désorganisez les services
02:45et vous pouvez même être délétère.
02:45Oui, mais c'est un soutien, Aurèle, les street médics.
02:48C'est un soutien aux vrais soignants.
02:50Mais non, au contraire, il faut arrêter.
02:52La seule chose qu'on leur demande,
02:53c'est de faire exactement ce que tout citoyen doit faire,
02:56c'est-à-dire aider son prochain,
02:58potentiellement avoir du sérum fi,
02:59décompresse et évacuer le malade
03:01lorsqu'il ne va pas bien l'évacuer de la zone.
03:03Mais en soi, ça donne un faux sentiment de sécurité.
03:06C'est là où c'est dangereux.
03:07Et ils vont se retrouver dans la situation
03:09où certains, ça les fait fantasmer.
03:10Et moi, je vais vous dire,
03:11quand ce genre de choses m'arrivent,
03:13j'aide les gens,
03:14mais je n'utilise pas forcément le fait
03:15que je sois médecin.
03:16C'est dès qu'il y a un souci,
03:17on voit des mecs en blanc,
03:18on leur donne le patient.
03:19Alors qu'ils ne sont pas forcément formés pour
03:21et que normalement, l'objectif,
03:22c'est de responsabiliser tout le monde
03:23à faire attention aux autres.
03:25Et vous avez entendu le coup de gueule
03:26du docteur ce matin.
03:28Tiens, il y a peut-être certains street médics
03:30ou en tout cas qui le font
03:31pendant les manifestations,
03:32qui nous écoutent.
03:33Venez répondre au docteur.
03:34Appelez-nous au 3216.
03:35On en débat ensemble.
03:36Vous pouvez réagir aussi
03:37sur le WhatsApp RMC
03:38au 0612 424 424.