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  • il y a 3 heures
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00Bon, j'ai dit qu'il y avait quand même des violents du 17 octobre, 217 personnes incarcérées parmi les
00:052700 placées en garde à vue, c'est 10%,
00:09et puis 20 000 à 30 000 opposants de toute la France attendu samedi, c'est source le préfet à
00:13Orléans.
00:14Nous sommes avec Anna, bonjour Anna, vous êtes commerçante à Paris.
00:19Bonjour.
00:19Bonjour Monsieur Pro, effectivement.
00:21Bonjour, bonjour à votre équipe, bonjour aux autres.
00:23Vous êtes dans quel quartier ?
00:26Ah, je ne vais pas vous le dire Monsieur Pro, vous comprendrez.
00:29Bah je comprends. Vous avez été attaqué ce week-end ?
00:32Alors nous non, au niveau, pas du tout, ça ne s'est pas comparable avec ce qui s'est passé,
00:38notre rue n'a pas été touchée, par contre des rues avoisinantes, oui,
00:43et puis, excusez-moi, j'ai une émotion à parler sur votre antenne, je suis très triste.
00:50Bah je vous comprends.
00:52Voilà, je suis profondément triste parce que, en fait, si vous voulez, c'est comme si on n'avait pas
00:57d'espoir.
00:58Alors, c'est une crise de plus qui s'ajoute pour le commerce.
01:01Depuis 2015, les attentats, les différentes crises de Covid, etc., c'est encore un coup d'arrêt.
01:08La mairie de Paris renvoie la faute sur l'État, l'État nous dit de nous protéger nous-mêmes avec
01:13des vigiles privées, mais déjà, on n'a plus que...
01:15Alors évidemment, il y a les boutiques qui ont été ravagées et pillées, d'ailleurs, je voudrais d'abord leur
01:20envoyer tout mon soutien, toute ma compassion et toute mon empathie,
01:24et leur dire à quel point je suis révoltée, excusez-moi.
01:29Et puis, il y a tous les autres commerces de France qui n'ont pas été pillés, saccagés, mais qui
01:34subissent aussi les conséquences du fait que la fréquentation s'est effondrée,
01:39que les gens quittent Paris, que d'autres ne viendront pas.
01:43Et on n'a pas de visibilité.
01:46Noël, c'est demain, nos boutiques sont pleines de marchandises, les échéances vont tomber, les charges.
01:52Comment on fait ?
01:56Bon, Anna, d'abord, voilà, il ne faut pas garder le moral, si j'ose dire.
02:02On va marquer quand même une pause, mais ce qui me frappe, parce que, évidemment, souvent, moi, quand je me
02:08balade dans Paris, il y a beaucoup de gens qui te reconnaissent, c'est comme ça.
02:11Le niveau de colère des gens qui viennent spontanément vers moi pour exprimer leur colère et me dire, parlez-en,
02:17parlez-en, parlez-en.
02:17Hier, je suis rentré dans un pressing, par exemple, mais la dame, elle était dans un état de colère, non
02:25pas contre moi, bien sûr.
02:28Mais elle disait, mais elle me prenait pour un messager.
02:32Elle me disait, mais parlez-en, parlez-en, parlez-en, ça suffit, on n'en peut plus, on n'en
02:36peut plus.
02:38Et ça, je suis frappé de ce niveau-là, je ne l'ai jamais rencontré à ce niveau-là.
02:42Mais oui, on n'en peut plus, parce que, comme je vous disais, c'est une crise ultime, et ça
02:45s'ajoute, si vous voulez, c'est un effet de saturation.
02:47Je sais, mais il faut que les Français, il faut que la majorité des silencieuses se fassent entendre.
02:51Et attention, je ne remets pas en cause le droit de manifester, etc., bien évidemment, ce n'est pas le
02:56sujet.
02:56Mais sans prendre à des commerçants qui n'y sont pour rien, du pouvoir d'achat, de la hausse du
03:00prix de l'essence,
03:01et de tout ce qu'on peut revendiquer, etc.,
03:04enfin, les commerçants mettent toute leur vie dans leur commerce.
03:06Je veux dire, ils font vivre leur famille.
03:08Il y a des salariés dans certains commerces, moi, je n'en ai pas.
03:11Mais il y a des gens, à la fin du mois, dans mon entourage, qui ne pourront pas payer leurs
03:14salariés.
03:15Comment ils vont faire ?
03:16Les commerces qui sont du commerce du périssable,
03:19alors, ils jettent la marchandise ?
03:20Comment on fait ?
03:21Les commerces qui ont été...
03:23Est-ce qu'on se rend compte du niveau ?
03:25Et là, le préfet nous demande, depuis ce matin,
03:27de nous protéger nous-mêmes avec des...
03:31Comment on appelle ça ? Excusez-moi, je ne trouve plus les mots.
03:32Des vigiles privés.
03:33Oui, bien sûr.
03:34Mais on les paye comment ?
03:35Non, mais bien sûr.
03:36Alors, non seulement on n'a plus de clients,
03:38mais c'est à nous de faire le boulot de l'État.
03:41Mais où était la police ?
03:43Où étaient les policiers, samedi et dimanche ?
03:47Non, mais c'est consternant.
03:50C'est consternant.
03:51Alors, ils nous font leurs tweets, leurs trucs, leurs machins,
03:53leurs communications Instagram.
03:55Oui, on soutient les commerces de proximité.
03:57Bah, ok, les gars.
03:58Ok.
03:59Vous le soutenez.
04:00Bah, prouvez-le.
04:02Excusez-moi, monsieur Pro, mais je suis hors de moi.
04:04Je suis hors de moi, en fait.
04:06Je n'ai plus de mots.
04:07Je n'ai plus de mots.
04:08Donc, je vous remercie vraiment beaucoup d'avoir pris mon appel.
04:11Mais non, non, restez avec nous.
04:12On marque une pause, vous allez rester avec nous.
04:13Restez, restez, restez.
04:14A tout de suite.
04:15Merci, monsieur Pro.
04:16A tout de suite.
04:16Et vous aussi, vous pouvez réagir et témoigner au standard d'Europe 1.
04:20Vous appelez Pascal Pro, 01-80-20-39-21.
04:24Et vous réagissez aussi sur WhatsApp, 01-80-20-39-21.
04:28A tout de suite avec Pascal Pro sur Europe 1.
04:32Pascal Pro et vous.
04:34Témoignage très puissant d'Anna.
04:36Il y a beaucoup de commentaires, d'ailleurs, qui arrivent à l'instant.
04:40Anna qui est commerçante à Paris et qui est au bout d'un cycle.
04:45Pourquoi pas ?
04:46En tout cas, d'une très grande tristesse.
04:49Est-ce que vous envisagez parfois d'arrêter précisément ?
04:53Et peut-être cette question est-elle trop dure ?
04:56Et pardonnez-moi peut-être de la poser aussi rudement.
05:04Non, je n'envisage pas d'arrêter parce que je suis une passionnée.
05:08Comme la plupart de mes confrères et de mes consœurs commerçants et commerçantes.
05:13Nous, on met toute notre vie, on y met tout notre cœur.
05:15On est dans le relationnel, dans l'humain, dans le conseil, dans le service.
05:19Et moi, c'est mon bébé.
05:20C'est mon grand bébé qui va bientôt avoir 25 ans.
05:23Donc non, je n'envisage pas d'arrêter.
05:25Je veux dire, ce n'est pas possible.
05:27Je suis une passionnée.
05:28Vous voyez ce que je veux dire ?
05:29J'aime mon métier.
05:30J'aime les gens.
05:32Donc non, on a tissé des liens.
05:34Je me suis fait des amis.
05:37Des gens, je sais qu'ils m'écoutent là actuellement.
05:39Et d'ailleurs, je leur fais un gros bisou.
05:40Elles se reconnaîtront.
05:42Mes amis, et voilà, on est une grande famille.
05:45Et excusez-moi, des fois, je passe du rire aux larmes.
05:48En fait, c'est l'émotion.
05:49Et puis la possibilité de pouvoir m'exprimer comme ça auprès de vous aujourd'hui et sur une grande antenne.
05:55Mais voilà, on a une espèce de désespoir.
05:58Je vais vous donner un exemple.
06:00La communication de la mairie de Paris, ça ne va pas du tout.
06:03Et on leur a dit comment on peut dire, comment on peut rejeter la faute sur les autres et ne
06:09pas prendre la mesure des choses.
06:10Et comment on peut appeler les parisiens à nettoyer les rues alors que les gens le fassent spontanément, de façon
06:18bénévole, avec tout leur amour.
06:20Mais merci.
06:20Mais la première chose qu'on fait quand on est maire de Paris, soit on se retrousse les manches, soit
06:25on appelle des casseurs à venir ramasser.
06:29Je veux dire, moi, quand mes enfants foutaient le bordel à la maison, je n'allais pas appeler mes voisins
06:32pour qu'ils viennent nettoyer.
06:33Vous voyez ce que je veux dire ?
06:34Ça fait 25 ans que vous êtes dans la même secteur d'activité.
06:41Vous n'avez pas voulu nous dire dans quel quartier vous étiez ? Est-ce qu'on peut savoir simplement
06:45dans quel domaine d'activité vous êtes ?
06:48Oui, je suis dans le prêt-à-porter, la mode en général, femme, donc j'ai une clientèle très variée.
06:56J'entends ce que vous avez dit, par exemple le mot que vous avez dit, l'expression que vous avez
06:59dit, c'est toute notre vie.
07:02Je l'entends depuis samedi dernier, c'est toute notre vie, on a mis toute notre vie.
07:07C'est des choses que ne diraient pas forcément les salariés, d'ailleurs, de la même manière.
07:11Ils ne diraient pas ça comme ça.
07:13Les libéraux, les patrons, les chefs d'entreprise disent les choses différemment.
07:18C'est-à-dire qu'il y a quelque chose de l'ordre de l'appartenance qui est plus fort
07:23que pour un salarié lambda.
07:26Même si c'est notre vie, bien sûr, de travailler.
07:28Mais on ne dirait pas, vous ne diriez pas sans doute Géraldine, que c'est votre bébé.
07:35C'est des expressions qui appartiennent au monde des commerçants.
07:39C'est comme Odélia qui nous dit la même chose sur sa part-partie.
07:41Exactement, c'est mon bébé, elle disait ça.
07:43C'est très intéressant d'ailleurs, la comparaison qui est faite, c'est mon bébé.
07:50D'où l'émotion d'ailleurs, et je la comprends votre émotion, parce qu'elle est évidemment très forte.
07:55Si je peux me permettre d'ajouter des compléments d'informations, je vous en remercie, Pascal, et toute votre équipe,
08:01que je sens bien à l'écoute, comme tous vos auditeurs,
08:04souvent je lis dans les commentaires et ça nous déchire le cœur.
08:07De toute façon, il y aura les assurances.
08:09Mais les assurances ne sont pas des puissances.
08:11Les assurances sont financées par les citoyens.
08:14Donc il faut quand même bien prendre conscience que tous les citoyens vont avoir les primes qui vont augmenter.
08:19Je veux dire, on ne peut pas réagir comme ça en disant qu'on s'en fout, il y a
08:23les assurances.
08:24Et puis, voir son magasin détruit, pillé, ravagé, brûlé, vous imaginez le choc, le traumatisme.
08:30C'est une horreur.
08:32C'est une horreur.
08:33On n'a rien demandé.
08:34On ouvre et hop, ça y est, on se fait détruire.
08:35Non mais attendez, ça ne va pas du tout.
08:38Ce n'est pas juste un petit fait.
08:40Et encore une fois, ça s'ajoute à toutes les crises qu'on a déjà eues.
08:43Donc il y a ce qu'on appelle les phénomènes de saturation.
08:45D'ailleurs, le psychanalyste Bruno Bettelheim en parlait très bien des phénomènes de saturation.
08:50C'est tout simplement l'histoire aussi de la goutte d'eau, de la chose qui déborde, vous voyez.
08:53Donc là, c'est vrai qu'on n'en peut plus.
08:55Et on attend des réponses fermes.
08:57On n'attend pas qu'on nous dise, prenez des vigiles vous-même.
08:59Non mais, on enche sur la tête.
09:00Non mais, Jean-Jambia, et puis ce qui est assez désagréable, c'est toujours pareil.
09:04Lorsqu'on n'est pas touché directement par un sujet, les autres disent, mais non, ce n'est pas très
09:09grave, tu as les assurances, etc.
09:12Je suis toujours frappé de ça.
09:12Comme pendant le communisme, les choses.
09:14Voilà, je suis toujours frappé de ça.
09:15Le manque d'empathie des uns et des autres pour les problèmes qu'a une personne qui n'est pas
09:21soi est toujours étonnant.
09:23Tu as envie de leur dire, mais je voudrais bien vous voir à la place de ces commerçants.
09:27Je ne sais pas comment réagir.
09:28C'est quand pendant le Covid, monsieur Pro.
09:29Pendant le Covid, tous les gens qui appelaient au deuxième et troisième confinement étaient salariés.
09:34Nous, on pleurait.
09:35Parce que l'être fermé du jour au lendemain, c'était une violence infinie.
09:41Moi, par exemple, je vais vous dire, pour le Covid, j'ai eu des aides, oui, et puis il y
09:44en a que je n'ai jamais eues.
09:45Parce que mon code NAF ne rentrait pas dans la bonne case du ministre de l'époque.
09:49J'ai dû me battre et me battre.
09:51Vous voyez ce que je veux dire ?
09:52Il y a des fois, on est complètement abandonné.
09:55Et c'est ce qu'il faut comprendre.
09:56Et on n'est pas salarié.
09:58Comme j'ai dit à un élu encore récemment, nous ne sommes pas salariés.
10:01C'est vrai, c'est des psychologies très différentes.
10:04Nous n'avons pas le droit au chômage.
10:05Et nous n'avons pas le droit au chômage, qui était pourtant une promesse de monsieur Macron.
10:08Je ne sais plus si c'est pour sa première ou deuxième mandature.
10:11C'était de permettre aux commerçants de toucher le chômage s'il se retrouvait sans rien.
10:17Et puis finalement, c'est une mesure qu'il a abandonné.
10:19Oui, mais vous ne cotisez pas.
10:21Bien sûr que si.
10:22Mais vous ne cotisez pas pour le chômage.
10:25Mais on cotise pour plein de caisse, monsieur Macron.
10:27Oui, mais pas pour le chômage.
10:28Si vous cotisez pour le chômage et que vous n'avez pas le droit au chômage, il y a quelque
10:30chose qui ne va pas.
10:31Mais vous ne cotisez pas pour l'assurance chômage, qui n'est plus une assurance d'ailleurs, soit dit en
10:36passant.
10:37Oui, mais le commerçant qui n'est pas salarié n'a pas le droit au chômage.
10:41Oui, mais je vous le répète.
10:42Il n'y a pas d'assurance chômage.
10:44D'abord, il n'y en a pas, c'est entendu, mais vous ne cotisez pas non plus.
10:47Après, rien ne vous empêche, si vous souhaitez prendre une assurance privée et cotiser vous-même pour une perte d
10:57'exploitation, si vous avez un jour un souci.
10:59C'est ce qu'on fait, mais bien sûr, c'est ce qu'on fait certains, mais après, il faut
11:03rentrer dans la bonne case.
11:04Je ne vais pas vous raconter, vous connaissez les contrats d'assurance, il faut rentrer dans la bonne case.
11:08Et souvent, l'indemnisation pour la perte d'exploitation est au bout d'une carence d'un certain nombre de
11:14jours, etc.
11:17Par exemple, on a eu un commerçant de Lyon, il avait une carence de trois jours, et après, il avait
11:23l'exploitation.
11:26Il m'a dit, moi je suis super assuré, mais ça lui coûtait, je crois, 6 ou 7000 euros par
11:30an, il me semble, de mémoire.
11:32Vous imaginez ?
11:34Après, oui, mais là, c'est comme nous.
11:38Moi, je suis salarié, j'ai une assurance chômage, j'en ai peu bénéficié dans ma vie,
11:44mais j'ai plus donné que je n'ai reçu.
11:47Mais c'est la vie.
11:49Je vous crois, monsieur.
11:51Et je dirais tant mieux.
11:53Et je dirais tant mieux pour vous.
11:55Moi, c'est pareil, de mon côté, je peux vous rassurer.
11:57J'ai été salarié à une époque, ceci dit, j'ai fait un autre métier, j'ai eu une première
12:03carrière avant d'être commerçante.
12:05Mais voilà, donc on aimerait bien ne pas se sentir abandonné.
12:09C'est un garçon qui pense à autre chose quand on parle d'assurance.
12:12Bon, merci en tout cas, Anna, on a souri, vous voyez.
12:16On a souri.

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