00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Gilles Boutin du Figaro, avec Adrien Matou de Marianne,
00:08nous sommes avec Sébastien Martin, ministre délégué à l'industrie.
00:13Comment est-ce que l'industrie se porte ou prend en plein fouet justement ces émeutes et cette image de
00:20la France ?
00:21L'industrie française, en ce moment, j'ai regardé, ça peut paraître assez surprenant.
00:27Les derniers chiffres qu'a publié l'INSEE sur l'indice de production industrielle, en août.
00:32Moi je m'attendais à une baisse.
00:34Oui mais j'ai pas les chiffres d'hier, monsieur de Villeneuve.
00:39Oui mais les statistiques, je vous donne les dernières statistiques.
00:43Dernières statistiques, on était sur une augmentation de la production manufacturière en France.
00:48L'impact des événements que l'on vit là, moi j'ai pas eu une usine qui a été impactée
00:54directement.
00:56Toute la question est, forcément si on repart sur un mouvement qui dure, qui traîne,
01:02comme on a connu à une époque avec les gilets jaunes,
01:05c'est pas forcément quelque chose qui va dans le sens des affaires et de l'économie.
01:09Donc une fois encore, la question du rétablissement de l'ordre est indispensable,
01:14et même un préconçu de toute activité économique.
01:19Gilles Goutin, en parlant d'ordre, il n'y en a pas beaucoup non plus à l'Assemblée nationale,
01:23où les députés votent tout et n'importe quoi,
01:25ils font dévisser l'objectif de réduction du déficit,
01:29et même LR, dont vous venez, et Horizon, ont voté contre certains efforts,
01:34notamment demandés aux retraités.
01:36À quoi attribuez-vous ce qui ressemble à un déni total sur la situation économique et financière,
01:43enfin surtout au niveau de nos finances publiques, de notre pays ?
01:46Moi je regrette un peu que finalement chacun joue un peu sa partition,
01:51chacun dans son coin, en disant
01:53je vais pouvoir, grâce à tel ou tel amendement que je fais voter,
01:58dire on a défendu telle catégorie ou telle chose.
02:01On a besoin d'avoir une vision d'ensemble du budget,
02:03et quand on ressort avec plus 8 milliards, au final,
02:07ça veut dire que c'est parti dans tous les sens,
02:10et que malheureusement, cette première lecture,
02:13espérons que cette première lecture est un peu un espèce de tour de chauve,
02:17où chacun se fait un peu plaisir.
02:20Un tour de chauve avant 49-3 ?
02:22Après, il y a quand même la deuxième lecture aussi,
02:25d'abord parce que c'est la première lecture,
02:26ensuite ça part au Sénat, ensuite ça revient.
02:28Donc espérons que l'esprit de responsabilité chez chacun,
02:33nous on l'a toujours dit, on a construit.
02:35Ça existe encore l'esprit de responsabilité ?
02:36Bien sûr que ça existe quand même,
02:37parce que je veux dire, moi je ne vais pas tomber
02:40dans une espèce de forme d'anti-parlementarisme.
02:42Non, non, mais je regarde un peu les questions au gouvernement,
02:44et j'avoue que de temps en temps, je me demande si ça existe encore,
02:47l'esprit de responsabilité chez les députés.
02:48Si, ça existe encore, et d'ailleurs, l'an dernier,
02:51on a quand même bien réussi à faire passer un budget.
02:54Bon, donc cette année...
02:56Oui, au forceps, mais il est quand même passé.
02:58Il est quand même passé.
02:59Donc cette année, notre souhait, c'est bien évidemment,
03:03et je crois que c'est nécessaire, c'est qu'on ait un budget
03:05avec un objectif ambitieux qui est d'un déficit à 5%.
03:08On a dit à tout le monde, écoutez, très bien,
03:10si vous êtes capable de faire la même chose avec d'autres propositions,
03:13on prend.
03:14Bon, sauf que malheureusement, on voit à la fin plus 8 milliards.
03:19J'ai toujours remarqué, vous savez, que le principe de faire des économies
03:22était beaucoup plus facile, en général, dans les discours
03:26que d'arriver à les chiffrer très, très clairement.
03:29Très, très clairement.
03:30La vérité, tout le monde le sait,
03:32c'est que si on veut arriver à faire des économies d'ordre structurel,
03:37ça en passera par une réforme en profondeur
03:39de notre système de protection sociale
03:40qui représente 50% de la dépense publique
03:43et du fait d'une démographie vieillissante
03:45va nous impacter forcément
03:47parce que c'est et la santé et les retraites.
03:51Donc, voilà, en attendant que l'élection présidentielle
03:55permette de trancher ce débat
03:57sur qu'est-ce qu'on veut de notre système de protection sociale,
04:00nous, on construit un budget
04:01en tirant le maximum d'économies que l'on arrive à faire.
04:05Chaque ministère, je peux vous dire, est serré au possible
04:09pour essayer de faire en sorte que le reste puisse suivre
04:11et qu'on ait un déficit à 5%
04:14qui mette un peu les choses sur de bons rails.
04:16Sébastien Martin, ministre délégué à l'Industrie
04:19et l'invité d'Europe 1 sur la question d'Adrien Matou.
04:21Oui, pour revenir justement à votre portefeuille,
04:25vous ne pouvez pas dévaluer la monnaie,
04:27vous ne pouvez pas créer de doigt de douane,
04:29vous ne pouvez pas subventionner des entreprises françaises,
04:31vous ne pouvez pas réserver des marchés publics
04:33à des entreprises françaises.
04:35C'est comment d'être ministre de l'industrie
04:36d'un pays qui n'a pas de souveraineté ?
04:38Faux.
04:40D'abord, un, si vous dites qu'on ne peut pas réserver des marchés,
04:43je vous rappelle que par exemple dans la défense,
04:46on n'est pas dans le code...
04:47C'est le seul domaine, oui.
04:48Ouais, enfin, on a remis combien ?
04:50On achète pour combien encore cette année ?
04:52Plus de 40 milliards ?
04:53Bon, premier élément.
04:55Et donc c'est quand même un des éléments en ce moment
04:57qui tire fortement notre industrie.
04:59Je le dis parce que la France est un des rares pays d'ailleurs en Europe
05:02qui, lui, achète à 95% son armement en France.
05:06Quant au niveau européen, 65% de l'armement est hors européen.
05:10Et américain.
05:11Et étranger, pas forcément américain,
05:12mais souvent américain.
05:14Oui, il y a Corée maintenant, il y a des nouveaux marchés.
05:17Deux, on ne peut pas subventionner les entreprises.
05:19Qu'est-ce qu'on a fait ?
05:20Qu'est-ce qu'on fait encore avec France 2030
05:22qui nous permet d'avoir des dispositifs de soutien
05:25à la création d'usines, à l'innovation, à des formations ?
05:29Par rapport à ce que font les Chinois ou les Américains,
05:31c'est absolument...
05:32Non, mais la vérité, trois et troisièmement,
05:37le troisième point que vous souleviez,
05:38je l'ai oublié et ça va me revenir.
05:39Il y avait les droits de douane ?
05:40La question des droits de douane.
05:41Si, si, question des droits de douane,
05:43on a fait un choix qui s'appelle le marché commun.
05:46Et n'oublions pas que c'est notre force.
05:47On peut se raconter tout ce qu'on veut à 68 millions,
05:50on n'y arrivera pas.
05:50Parce qu'en face de nous, c'est la Chine et les Etats-Unis.
05:52Donc 450 millions.
05:54C'est toute notre faiblesse.
05:55Sauf que les choses sont en train de changer à vitesse grand V.
05:58Vous avez peut-être vu,
05:58et je sais que Pierre Devineau est un fan d'automobiles,
06:00comme moi,
06:01vous avez vu quand même
06:03qu'à partir du 1er décembre,
06:05on a une mesure de blocage
06:07des imports des véhicules hybrides,
06:09parce qu'on avait eu un long débat
06:10sur les véhicules électriques.
06:11Et j'avais dit d'ailleurs,
06:12lors de ce débat,
06:13que le vrai danger,
06:14le vrai problème aujourd'hui,
06:15c'était beaucoup plus les véhicules hybrides
06:16qui sont beaucoup plus vendus
06:18que les véhicules électriques.
06:19Parce que sur les véhicules électriques,
06:20on a quoi ?
06:20Des droits de douane.
06:21Ce que vous disiez qu'on ne pouvait pas faire.
06:23Donc, on peut avoir des mesures de protection.
06:25Vous en avez à l'échelle européenne.
06:26Oui, mais c'est normal.
06:27Quand on sait que la deux-chevaux,
06:28par exemple,
06:29va largement être construite
06:30en Europe,
06:31certes,
06:31mais en dehors de France.
06:32Est-ce que c'est...
06:33Non, non, non.
06:34Parce que, deuxième élément,
06:35deuxième élément,
06:37vous avez vu que la France...
06:38Il a décidé de vous dire non aujourd'hui.
06:40Mais c'est tombé.
06:41Des fois, j'ai certains de mes collaborateurs
06:42qui disent,
06:43vous dites pas assez.
06:43Oui, non.
06:44Là, je vous dis non, clairement.
06:46Deuxième élément,
06:48l'accord franco-allemand
06:50qui a été passé la semaine dernière
06:52sur l'automobile,
06:53il dit quoi ?
06:53Qu'un véhicule européen,
06:54c'est un véhicule
06:55qui a au moins 70% de sa valeur
06:57qui est made in Europe.
06:59Ça veut dire que...
07:00Oui, mais c'est ce que je vous dis.
07:00Si c'est fait en Slovaquie,
07:02par exemple,
07:02et pas en France,
07:03j'ai envie de vous dire,
07:04ça nous fait une belle jambe.
07:05Oui, je sais bien.
07:06Mais aujourd'hui, mon problème,
07:08aujourd'hui, mon vrai problème,
07:10c'est pas la Slovaquie.
07:12Mon vrai problème,
07:14c'est plutôt l'Asie et la Chine.
07:16Parce que mon vrai problème,
07:18c'est une économie et une industrie
07:19qui est subventionnée
07:20huit fois plus
07:21que la moyenne des pays de l'OCDE.
07:22Ce qui me fait d'ailleurs,
07:23des fois, un peu rire,
07:24parce que quand on a le débat
07:26sur les aides aux entreprises
07:27et qu'on voit qu'en face de nous,
07:29on a la Chine
07:29qui subventionne
07:30huit fois plus que nous
07:31et que j'ai des députés,
07:33des sénateurs
07:34qui cherchent par tout moyen
07:35à se dire
07:36mais on fait trop d'aides
07:37aux entreprises.
07:38Mais je ne sais pas
07:39si on fait trop d'aides
07:40ou s'il faut en faire plus.
07:41Enfin, en tout cas,
07:41ce que je vois,
07:42c'est qu'il y en a
07:43qui font du dumping
07:44en subventionnant massivement
07:46leurs investissements.
07:46C'est du dumping
07:46ou c'est du colbertisme ?
07:48Non, c'est du dumping.
07:49C'est du dumping
07:50et c'est une politique
07:51qui est pensée d'ailleurs
07:53en tant que telle
07:54depuis le début.
07:55Est-ce qu'on ne marche pas
07:57sur des oeufs
07:57avec les Chinois ?
07:58Parce que d'un côté,
07:59il y a certains qui disent
08:00« Oh là là,
08:01il faut interdire
08:01toutes les voitures chinoises
08:02qui arrivent en France. »
08:04Et puis après,
08:04vous avez aussi
08:05une autre branche
08:07de la filière automobile
08:08qui sont les équipementiers.
08:09Et on est très fort,
08:10il faut dire,
08:11on peut citer Valeo par exemple.
08:13Et Valeo,
08:14Christophe Perillat,
08:14il dit
08:15« Non mais attendez,
08:15il faut collaborer
08:16avec les Chinois
08:16parce que nous,
08:17on arrive encore
08:19à leur mettre
08:20tout l'équipement
08:21qui représente aujourd'hui,
08:23aujourd'hui,
08:23il y a beaucoup de software
08:24dans une voiture,
08:25donc il y a 60-70% parfois.
08:27Et donc,
08:27si on coupe Valeo par exemple,
08:30après,
08:31on aura le naufrage
08:32des équipementiers français.
08:35Et en tout cas,
08:35ils le craignent.
08:36Mais c'est pour ça
08:37que l'accord franco-allemand
08:38de la semaine dernière,
08:39il est hyper important.
08:40Parce que,
08:41moi,
08:42ce que je ne veux pas,
08:43c'est qu'on ait
08:44des voitures
08:46avec le logo
08:47Renault,
08:48Peugeot
08:48ou Citroën
08:49avec à l'intérieur
08:50des pièces chinoises
08:52et des usines en France
08:53qui ne font que de l'assemblage.
08:54C'est déjà beaucoup le cas.
08:55Qui ne font que de l'assemblage.
08:56L'accord qui a été passé
08:57la semaine dernière,
08:58qui fixe clairement
08:59ce contenu
09:01à l'intérieur
09:02des véhicules
09:02de 70%
09:04de la valeur,
09:05c'est la garantie
09:07de la préservation
09:08de notre réseau
09:09des équipementiers.
09:10Vous avez cité
09:10Valeo à l'instant,
09:12mais de toutes ces usines
09:14partout en France
09:15ou partout en Europe
09:16qui produisent
09:17pour les constructeurs
09:20automobiles.
09:20Et donc,
09:21c'est hyper important
09:22ce qui a été acté
09:23la semaine dernière.
09:23Maintenant,
09:23à nous de le faire passer
09:24au niveau européen.
09:25Mais quand il y a
09:26un accord franco-allemand,
09:27ça aide quand même
09:28ensuite à avoir
09:28une position commune.
09:30Et on va pouvoir
09:31avancer comme ça
09:32et sur le véhicule électrique.
09:34Vous avez vu,
09:34il y a aussi eu
09:35des assouplissements
09:35sur le véhicule hybride
09:37en préservant
09:38notre outil industriel européen.
09:39Et les équipementiers
09:40sont ravis
09:41de l'accord
09:41qui a été passé
09:42la semaine dernière
09:43entre la France
09:44et l'Allemagne.
09:44Et les constructeurs aussi
09:46parce qu'il y a un moment,
09:47effectivement,
09:48on doit changer un peu
09:49le logiciel en Europe.
09:50Le made in Europe,
09:50ce n'est pas un gros mot
09:51et on va le faire.