00:00Charline, vous, vous nous racontez les Ardennes, vous nous racontez Revin dans la région Grand Est,
00:06une ville touchée par la désindustrialisation au cœur d'un immense écrin de verdure.
00:12Les habitants ne disent pas Revin, ils disent Revin.
00:15C'est Revin mais c'est beau, ça marche vraiment à chaque fois.
00:18On est à 20 km de Charleville-Mézières et à peine 15 km de la frontière belge qui traverse la
00:25forêt.
00:26Quand vous commencez à compter sept ans de sapins, c'est que vous êtes arrivé en Belgique.
00:30Et là je vous présente une habitante très active dans la vie locale, Mijo, voici comment elle décrit sa ville.
00:36Revin, c'est une cuvette entourée de collines, toute verte.
00:41En cinq minutes, de où qu'on habite, on est tout de suite dans la forêt.
00:45Et ça c'est une qualité de vie et c'est extraordinaire.
00:48Oh ça va, à Paris aussi. N'importe quel endroit de la capitale,
00:52t'es toujours à cinq minutes d'un sapin parfumé qui pend un rétroviseur.
00:55C'est vrai que c'est joli Revin parce que la ville est levée dans les méandres de la Meuse
00:59qui fait deux boucles pour traverser la commune.
01:02Forêt, collines, qualité de vie.
01:05Je vois que tout le monde me regarde bizarrement en régie.
01:07Je vois bien que vous comprenez rien à ce que je raconte mais je continue.
01:10Je vais laisser Karim vous compléter le portrait de la ville.
01:13Ils ne sont pas complètement idiots.
01:15Lui aussi est très impliqué dans la vie locale.
01:17C'est aussi une ville qui a pris beaucoup de coups mais qui est toujours combative,
01:23qui cherche tant bien que mal à se tourner vers l'avenir en essayant de mettre un peu de dynamisme.
01:30Voilà, les coups c'est la désindustrialisation, la relève c'est le potentiel touristique.
01:34Alors toute une forêt c'est un petit peu moins évident à déraciner qu'une usine
01:37mais je rappelle que cet été une partie de la forêt des Ardennes a brûlé.
01:40Alors la fierté de la ville c'est son passé industriel.
01:43L'électroménager Arthur Martin Electrolux, les baignoires et la robinetterie Porcher.
01:48Deux entreprises qui cumulaient à elles seules 5000 emplois sur 12000 habitants.
01:53Il y avait 70 bistrots toujours bondés, magasins de luxe, épiceries, grands hôtels.
01:58Paris sans les parisiens, ça fait rêver.
02:00Année 80, c'est le début des délocalisations, les maisons à vendre,
02:04le prix de l'immobilier qui s'effondre et les jeunes qui partent chercher du travail ailleurs.
02:08Alors revint 6000 habitants.
02:10Depuis la plupart des bistrots ont disparu, beaucoup se sont vidés et ça,
02:14sans l'aide de Gabriel Attal.
02:16De ce passé glorieux, les gens gardent une identité ouvrière très forte.
02:20L'usine c'était une deuxième famille et cette solidarité dissoute,
02:24les Revinois cherchaient à la reconstruire par tous les moyens.
02:27Et la preuve c'est la ville qui est devenue l'un des principaux fiefs des Gilets jaunes.
02:31Beaucoup vivent encore dans la nostalgie de cette époque,
02:34quand d'autres se tournent vers l'avenir, la forêt, le tourisme.
02:37Ils veulent passer du travail à la chaîne, au travail sous le chêne.
02:41Mais il y a encore un autre aspect qui fait la fierté du lieu et Migeau nous l'explique.
02:45La culture est essentielle à Revin et maintient les gens la tête hors de l'eau et qui les tire
02:53vers le haut.
02:54On a eu cette magnifique salle Jean Villard que les Parisiens pourraient nous envier.
02:58Une salle de 400 places dans une ville de 6000 habitants, avec des spectacles trois fois moins chers qu'à
03:03Paris.
03:03Grâce à la volonté des mairies successives, c'est un luxe.
03:06Mais une chose qui chagrine les habitants, c'est le reflet de leur département dans les médias.
03:10Celui d'une zone sinistrée, je laisse Karim expliquer.
03:13Les industries partent les unes derrière les autres et à chaque fois qu'on vient nous voir,
03:16c'est juste parce qu'il y a un départ.
03:18C'est comme si dans une famille, on se rencontrait uniquement quand il y a un divorce ou quand il
03:23y a un décès.
03:23Une région vue comme sinistre aussi, il a suffi que Michel Fourniret soit surnommé l'ogre des Ardennes
03:28pour jeter un voile sombre sur tout le département.
03:31Heureusement aujourd'hui, il y a la voie verte, une usine de vélo électrique, trois sites de maroquinerie Hermès.
03:36Et puis pour Karim, il y a une ressource essentielle, héritée du passé ouvrier.
03:39Cette solidarité-là, si on n'appuie pas maintenant, surtout vu du contexte national,
03:46de ce que les médias relaient comme information et comme idéologie,
03:50alors que nous, au local, on est vraiment très loin des préoccupations qu'on nous présente
03:54et qu'on nous fait tourner en boucle au niveau national,
03:57si on n'agit pas concrètement et de manière très forte pour rassembler les gens
04:02et reconstruire et recréer de l'ensemble, on n'aura pas un bel avenir.
04:07Et là, forcément, nous, on ne veut que du positif pour notre ville
04:11et Romain, un peuple de combattants.
04:13Et oui, on sent que tout ce passé consacré à la métallurgie a forgé un mental d'acier aux habitants
04:18de Romain.
04:19Un mental d'acier, ça, c'était la petite blague.
04:23Voilà, je l'ai comprise.
04:24Charline, votre prochaine étape, c'est Marseillette, près de Carcassonne,
04:28à ne pas confondre avec Marseille, Marseillette.
04:31Vous donnez rendez-vous aux habitants jeudi à midi au café La Terrasse avec Olivia Ruiz.
04:36Ça va être super de passer une semaine avec Olivia Ruiz.
04:38Merci.
04:38Merci.
04:38C'est bon.