00:015h, 7h, Europe 1 bonjour.
00:03Europe 1 il est 5h42, c'est votre invité, Jacques Soury à présent, Marc Sanchez, secrétaire général du syndicat des
00:09indépendants et des TPE.
00:11Bonjour Marc Sanchez.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous en direct ce matin sur Europe 1.
00:16Alors, au moins 3000 commerces ont été touchés par les violences du week-end, ce sont les tout derniers chiffres.
00:223000 commerces, des vistrines détruites, des magasins pillés, des stocks emportés.
00:26Quand vous parlez aux commerçants depuis deux jours, qu'est-ce qu'ils vous disent ?
00:32Ils expriment quoi ? De la colère ? De la peur ? Le sondiment d'avoir été abandonné ?
00:38Écoutez, imaginez le réveil d'un commerçant lundi matin ou dimanche matin.
00:42Il arrive devant sa boutique, qu'est-ce qu'il voit ?
00:44Il voit un rideau arraché, il voit des vitrines qui sont en miettes, des rayons vidés.
00:49Parfois, certains ont eu des agressions physiques.
00:53Donc, en quelques heures, en fait, c'est des années de travail qui se sont effondrées.
00:58C'est vrai qu'on peut défendre pleinement le droit de manifester,
01:01mais refuser tout aussi fermement aussi qu'un commerçant serve de défouloir,
01:07parce que c'est vraiment ce qui s'est passé.
01:10Ces femmes et ces hommes n'ont provoqué aucune de ces violences,
01:14et pourtant, ils paient la facture.
01:16Ils l'ont payé dans leur intégrité physique, parfois, et aujourd'hui, avec leur denier.
01:21Donc, il y a une vraie colère, aujourd'hui, qui tient peut-être en quelques mots
01:25dans ce qu'on a pu constater au niveau de nos remontées de terrain
01:28dans nos délégations sur l'ensemble du territoire.
01:30C'est, monsieur le président, puisqu'on lui répond,
01:34aujourd'hui, les commerçants, ils veulent que ça cesse,
01:37ils veulent des protections qui soient effectives,
01:39et non plus d'allocutions ou de déclarations.
01:42Donc, oui, il y a un vrai sentiment de ras-le-bol et de colère.
01:46Le gouvernement a annoncé, ces dernières heures, un fonds de soutien.
01:50Le chômage partiel pris en charge à 100%, des aides de trésorerie,
01:54des indemnisations accélérées, est-ce que c'est suffisant ?
01:59Là encore, on est sur le déclaratif.
02:01Je dirais que la seule mesure effective qui est applicable dès aujourd'hui
02:05pour les entreprises commerciales qui ont des salariés,
02:08ça va être le chômage partiel à 100%.
02:11Pour le reste, on n'a pas eu de précision lors des réunions
02:15qui ont pu avoir lieu hier à Bercy.
02:17Le fonds de solidarité, c'est très bien, mais on ne sait pas
02:19quand il va être mis en place, à quel niveau d'indemnisation.
02:24Il y a une autre mesure qui a été annoncée, qui ne nous satisfait pas du tout,
02:27c'est le report des charges fiscales et sociales.
02:31Il faut bien considérer qu'en fait, quand le rideau est baissé,
02:35que le chiffre d'affaires qui est perdu ne va pas se rattraper.
02:38Or là, on va nous proposer de décaler ce qui devrait normalement être payé
02:43en cotisation sociale et fiscale, alors même qu'on n'a pas pu exercer.
02:47Donc de ce point de vue-là, ce que nous nous demandons,
02:51ce n'est non pas un report, mais c'est une suppression,
02:54une annulation, au moins pour les périodes où les entreprises ont été fermées.
02:59Donc on est encore assez long du compte.
03:01Et par ailleurs aussi, il y a un autre élément qui n'a absolument pas été évoqué,
03:05que le SDI met sur la table, c'est la possibilité en fait de rendre accessible
03:09l'article L211-10 du Code de la Sécurité Intérieure,
03:13qui prévoit alors sous certaines conditions,
03:15mais une responsabilité sans faute de l'État
03:18pour les dommages qui ont été commis dans des attroupements.
03:22Il est bien évident, et je pense que ça a été reconnu,
03:25que l'État a failli dans la protection de nos entreprises
03:31et bien évidemment de l'intégrité de nos entrepreneurs.
03:35et il est nécessaire et essentiel effectivement
03:37que cette disposition légale puisse se jouer.
03:40Ça c'est des choses concrètes qu'on n'a pas vues encore à ce stade
03:43et qu'on souhaite effectivement, en tout cas au niveau du SDI,
03:46mettre en avant de manière à ce qu'elles soient débloquées très rapidement.
03:49Est-ce que vous avez aussi des commerçants qui vous expliquent
03:53qu'ils en ont ras-le-bol et qu'ils abandonnent,
03:55qu'ils en ont assez de payer des charges sans cesse
03:59et d'avoir en face un État qui ne les protège pas,
04:01de devoir payer la facture de ces casseurs
04:03et qui vous disent « c'est bon, j'arrête tout, j'abandonne ».
04:07On est encore sous le choc aujourd'hui,
04:09mais vraisemblablement, il faut savoir d'ailleurs
04:11dans ces activités de commerce de proximité
04:13que la situation est déjà très compliquée.
04:16Les baromètres du SDI l'ont déjà évoqué à plusieurs reprises,
04:20j'ai même fait d'ailleurs différents comptes rendus
04:23sur vos antennes sur le sujet.
04:24Les commerces de proximité, notamment en centre-ville,
04:27tout secteur d'activité confondu, vivent des situations difficiles.
04:31On a des trésoreries qui sont exangles,
04:33on a effectivement aussi la consommation qui baisse,
04:36les chiffres d'affaires qui baissent.
04:38Donc quelque part, pour certaines entreprises
04:40qui ont vécu effectivement ces pillages le week-end dernier,
04:45ça va être effectivement la goutte de trop
04:47qui les amènera malheureusement à déposer le bilan
04:50et à rentrer dans des procédures collectives.
04:52Alors, ils n'en sont pas encore dans un élément concret vis-à-vis de ça,
04:57mais beaucoup se posent la question, oui, tout à fait.
05:00Alors, il y a un nouvel acte 2 qui est déjà annoncé pour samedi.
05:05Qu'est-ce que vous attendez de l'État ?
05:08Est-ce qu'il faut, par exemple, déployer des forces armées
05:12dans les centres-villes ?
05:13Il faut en arriver là, aujourd'hui ?
05:17Si je me fie et je regarde ce qui s'est passé le week-end dernier,
05:21je vous dirais qu'il y a eu un débordement complet et total des forces de l'ordre.
05:28Alors, est-ce que c'est la faute des policiers ?
05:29Bien évidemment, non.
05:31Je pense que, et le ministre de l'Intérieur l'a reconnu,
05:35il y a eu une appréciation de la situation,
05:37que ce soit au niveau du renseignement,
05:38au niveau des zones à protéger,
05:41des moyens qui ont été mis en place,
05:43qui n'étaient certainement pas à la hauteur.
05:45Donc ce qu'on demande, en fait, aujourd'hui,
05:48parce que c'est des choses qui peuvent être gérées, je pense,
05:50et anticiper,
05:52c'est que pour, effectivement,
05:54la prochaine manifestation qui est prévue,
05:57à savoir samedi 24 et la prochaine, le 5 novembre,
06:00on ne rentre pas, effectivement,
06:02dans le catastrophisme qu'on a pu connaître le week-end dernier,
06:08et que tous les moyens et les anticipations
06:12soient mis en place,
06:13notamment dans les artères commerçantes,
06:16dans nos centres-villes,
06:17que ce soit, d'ailleurs, dans des villes moyennes, petites ou grandes,
06:20ce qui n'a absolument pas été le cas,
06:23et qu'il va falloir qu'on corrige de manière très précise,
06:26parce que ça peut déborder.
06:28On a eu beaucoup de chance, le week-end dernier,
06:31qu'on n'ait pas eu, effectivement,
06:32des personnes qui soient blessées,
06:35voire même des personnes qui auraient pu décéder
06:36par rapport à des attaques
06:40qui étaient quand même tout à fait disproportionnées.
06:42Ce qui peut se passer aussi,
06:44c'est que certains commerçants,
06:46et on l'entendait il y a quelques minutes dans un reportage
06:47dans le journal de 5h30,
06:49des commerçants qui souhaitent désormais s'armer,
06:51tout simplement, pour se défendre ?
06:55Le problème, c'est qu'effectivement,
06:56c'est une réaction de protection.
06:58Elle n'est pas condamnable en soi,
07:01mais par contre, effectivement,
07:02elle est répréhensible d'un point de vue juridique,
07:04donc c'est très difficile, effectivement,
07:07de rentrer dans cet engrenage-là.
07:09Et deuxièmement, comment vous voulez lutter
07:13quand vous avez les hordes de casseurs
07:17qui rentrent dans vos entreprises
07:18à 20, 30 ou 40 personnes ?
07:20Donc, il y a à la fois, effectivement,
07:22une problématique juridique,
07:24et puis il y a aussi une problématique d'intégrité.
07:26Donc, au niveau du SIE,
07:27on est très, très loin de conseiller
07:30ce genre d'attitude, réflexe, on va dire,
07:33mais elle est compréhensible, oui.
07:36Gérald Darmanin, le ministre de la Justice,
07:38annonçait hier soir,
07:402 513 gardes à vue,
07:4267 personnes incarcérées.
07:45Quand on voit les images de ce week-end,
07:47est-ce qu'on dit qu'il y en a seulement 67
07:48qui ont été incarcérées ?
07:51Vous dites quoi ?
07:54On constate,
07:55ne serait-ce qu'à l'évocation des chiffres,
07:57une disproportion totale.
08:00Alors, l'expliquer,
08:02il faudrait demander au ministre de la Justice
08:05comment, effectivement,
08:06on peut avoir autant de déchets, finalement,
08:10non pas dans les interpellations,
08:12puisque je pense que là-dessus,
08:13la police fait quand même correctement son travail,
08:15mais sur le fait, effectivement,
08:16de considérer qu'au final,
08:18il y a beaucoup d'élus,
08:19et puis il y a peu de sanctions,
08:20ou peu de personnes condamnées.
08:22Donc, c'est une vraie question.
08:24La justice, aujourd'hui,
08:26abandonne les commerçants ?
08:27C'est ce que vous diriez ?
08:30Je n'irais pas jusque-là.
08:31Je pense qu'elle fait son travail
08:33dans un cadre légal qui est fixé,
08:35mais qui n'est certainement pas,
08:37à mon sens,
08:37et au sens d'ailleurs de beaucoup d'entrepreneurs,
08:41suffisamment répréhensible
08:42par rapport à ce type d'action
08:43qu'on peut constater
08:45et qu'on peut subir
08:47depuis déjà un certain nombre d'années,
08:50parce que ce n'est pas une nouveauté,
08:51ce qui s'est passé le week-end dernier.
08:53On a malheureusement déjà eu,
08:55effectivement,
08:56l'occasion de le constater,
08:57et les premières entreprises
09:00qui sont en ligne,
09:01c'est nos entreprises.
09:03Et quelque part,
09:04rien n'a changé.
09:05Marc Sanchez,
09:06pour conclure,
09:07si vous aviez un mot
09:08à adresser ce matin
09:09sur l'antenne d'Europe 1
09:10au chef de l'État,
09:11au Premier ministre,
09:12quel serait-il ?
09:14Écoutez,
09:14notre faille de route,
09:15vous avez dit,
09:16elle est très simple aujourd'hui.
09:17D'abord,
09:17nous souhaitons avoir des commerces
09:19qui soient protégés en amont
09:20avec des policiers
09:21qui soient soutenus
09:22et des moyens adaptés.
09:24Ensuite,
09:25nous voulons avoir
09:25des avances
09:26qui soient faites
09:27sans attendre,
09:28en réponse notamment
09:29aux pertes d'exploitation
09:30qui n'ont pas pu être assurées,
09:32notamment par les assurances.
09:36Et enfin,
09:37nous attendrons aussi
09:38du gouvernement,
09:38non pas un report
09:40des charges fiscales et sociales
09:41qui correspondent effectivement
09:43aux périodes d'inactivité,
09:45mais nous souhaitons
09:46à ce qu'elles soient annulées.
09:48Voilà.
09:48Après,
09:48la mise en place d'un fonds,
09:50c'est très bien.
09:51La question,
09:51c'est de savoir,
09:52comme je le précisais précédemment,
09:54quand il va être mis en place,
09:55etc.
09:55On a besoin aujourd'hui
09:57de mesures d'urgence
09:58et de mesures concrètes.
09:59Si ce n'est pas ça
10:00qui est mis en place,
10:01ça ne servira à rien.
10:02Donc,
10:03effectivement,
10:03il y a une certaine mobilisation
10:05après la guerre,
10:06on va dire,
10:06de la part du gouvernement.
10:08Maintenant,
10:08on souhaite
10:09qu'elle soit efficace
10:10et qu'elle soit concrète
10:11dans nos entreprises.
10:12Marc Sanchez,
10:14merci d'avoir été en direct
10:15ce matin avec nous
10:16sur Europe 1.
10:17Je rappelle que vous êtes
10:17le secrétaire général
10:18du syndicat des indépendants
10:19et des TPE.
10:21Très bonne journée à vous
10:22et bon courage ce matin
10:23à tous les commerçants.