00:01Europe 1, il est 18h48, toujours avec mes débatteurs Gilles Boutin, journaliste en politique économique au Figaro, et Michel Fayet,
00:09analyste politique et géopolitique.
00:11Nous accueillons en studio avec nous Tony Pitaro, journaliste présent sur le terrain. Bonsoir Tony.
00:15Bonsoir Hélène.
00:16Alors vous vous êtes rendu sur le terrain toute la journée. Qu'avez-vous vu ? A qui avez-vous
00:21parlé ? Dans quel quartier vous êtes-vous rendu ?
00:23Écoutez, je suis allé ce matin, place de la République, à 6h du matin à la première heure.
00:27Écoutez, c'était une scène de guerre. Vous aviez tous les pavés de cette place de la République qui avaient
00:33été retournés dans tous les sens.
00:34Alors depuis 2h du matin, il y a les agents de la ville de Paris qui étaient en train de
00:37nettoyer tout ça, mais malheureusement, ils n'avaient pas eu le temps de tout nettoyer.
00:41Tout était explosé, les kiosques brûlés, etc. C'était vraiment une scène de guerre.
00:44Ensuite, j'ai remonté tout le boulevard et là, j'ai vu des vélos dans tous les sens brûlés, du
00:51mobilier de la ville de Paris brûlé, brûlé, tout le long, tout le long, tout le long.
00:53Je suis allé jusqu'à la rue de Rivoli, tous les commerces pillés, tous les commerces pillés.
00:58Et alors, quand les commerces, c'est les restaurateurs, les peuples, les supermarchés, les pieds, on a entendu Alexandre Bompard
01:03aussi, qui déplorait justement des dizaines et des dizaines de carcours en France.
01:06Mais là, avant de commencer votre émission, il y a une dame qui m'a dit, écoutez, Tony, vous êtes
01:09allé ce matin filmer dans le tabac de mon mari qui a tout perdu.
01:13Elle lance justement une cagnotte, donc j'ai relayé sa cagnotte.
01:16Et en fait, c'est des gens qui bossent, ils ont vraiment volé, enfin, ils ont volé des bars chocolatés
01:20dans des tarifs, vous n'allez pas me dire que ça se revend, c'est vraiment le plaisir de tout
01:22casser, de tout voler.
01:23Là, on a tous les commerçants, aussi il y a une commerçante à République qui a beaucoup témoigné, qu'on
01:28a vu en train de pleurer, parce que c'est des gens, c'est toute leur vie.
01:31Alors effectivement, quand c'est des grosses boutiques, j'ai fait aussi l'avenue Montaigne, alors bien sûr, quand c
01:34'est des boutiques de luxe, c'est terrible aussi, mais on le sait, il y aura des assurances et des
01:38vitrines et tout, c'est pas embêtant.
01:39Mais quand c'est des petits tabacs, quand c'est des petits commerces, mais c'est horrible de faire ça,
01:43mais c'est des gens, c'est toute leur vie, c'est toute leur vie.
01:45Et donc voilà, j'ai vu ça toute la matinée, ce matin, et j'aurais pu encore continuer longtemps dans
01:49Paris, j'ai tout fait à pied.
01:51Est-ce que dans les témoignages que vous avez pu recueillir, vous avez des gens qui vous font une certaine
01:55sociologie des casseurs ? Qui c'était ? Est-ce que c'est juste des grands jeunes qui arrivent, qui
01:59sont complètement cagoulés, qui sont complètement habillés, tout en noir, qui sont là pour tout détruire ?
02:03Mais c'est des gens que tous les Français ont vu sur les images, sur les chaînes info, c'est
02:06des gens qui sont très bien organisés, qui viennent pour casser, c'est absolument pas des lycéens qui ont des
02:10revendications.
02:11Ils viennent, ils prennent des bars avec des échafaudages dans les rues, et ils cassent, ils cassent, ils cassent, et
02:16puis il y a aussi des gens qui sont là que pour casser, il y a des gens aussi qui
02:18sont là que pour voler.
02:19Ensuite, il y a une deuxième catégorie de personnes qui sont venues tout au cours de la nuit, et même
02:22au petit matin, moi j'étais dans un magasin de sport, il y en avait encore au petit matin qui
02:26était en train de voler et de piller, et voilà, ça c'est des gens qui vont ensuite revendre.
02:29Il y a une célèbre boutique de parfums, j'étais rue du Faubourg-Saint-Honoré, ils ont volé des parfums,
02:35etc., des téléphones, et tout va être revendu, ou tout est déjà revendu.
02:39C'est peut-être même des gens qui ont organisé ça et qui savaient déjà à qui les revendre.
02:42Tony, je voulais également vous faire réagir à ce tweet d'Emmanuel Grégoire.
02:46Ah oui, c'est pas un ami à moi.
02:47Il a appelé. Il n'aime pas que vous parcouriez sa ville toutes les 30 secondes à 6h du matin.
02:51Il n'aime pas qu'on montre la réalité, Emmanuel Grégoire.
02:53Alors, il a appelé à un élan de solidarité pour réparer Paris. Il a dit j'invite chacun à venir
02:58nous aider.
02:59Et alors, comment réagissez-vous ? C'est-à-dire qu'en fait, c'est quoi cette réaction ?
03:03Donc en fait, vous avez Paris qui est complètement pillé, vous avez des commerçants qui ont absolument tout perdu,
03:07et c'est aux Parisiens de se lever le dimanche matin pour aller tout nettoyer.
03:10Et à Place de la République, ça a commencé avec des Parisiens, des bobos de la Place de la République
03:13qui sont allés, eux, essayer de nettoyer, etc.
03:16Mais je pense qu'il faut laisser faire les professionnels, il faut laisser faire les agents de la ville de
03:19Paris.
03:19On ne va pas aller se mettre en plein milieu comme ça.
03:21Et c'est surtout des scènes. On ne doit pas s'habituer à voir ces scènes.
03:24Mais je pense que maintenant, malheureusement, on va s'habituer à chaque fois qu'il y aura un événement comme
03:27ça.
03:27Alors, ça avait commencé avec les émeutes du PSG, etc.
03:30Et puis maintenant, ça va aller crescendo, sauf si le gouvernement décide d'envoyer un message fort.
03:35Parce que les policiers, on le voit, les policiers sont là, ils sont extrêmement patients.
03:39Moi, quand je suis sur le terrain, je vois les policiers, ils sont là avec leur bouclier, ils attendent.
03:41Donc, voilà, ils ont des consignes.
03:43Ils préfèrent attendre que tout soit cassé plutôt qu'il y ait un dérapage.
03:46Donc, c'est toujours moins grave, en fait, qu'il y ait plein de boutiques payées
03:49plutôt qu'il y ait une bavure policière, comme on dit.
03:52Je vous propose d'écouter Alexandre Bompard.
03:54Au lendemain des violences survenues, on va rester sur cette angle, justement, des commerçants.
03:57Alors, petits ou parfois gros, comme on l'a dit avec Tony, avec des grosses enseignes.
04:00Des grandes enseignes aussi de luxe.
04:02Au lendemain des violences survenues en marge des manifestations,
04:04donc Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour,
04:06il a dressé sur LCI le bilan des dégradations commises dans son enseigne.
04:10Il faut imaginer ce que c'est quand vous êtes dans un magasin,
04:15assiégé pendant de longues minutes, avec vos équipes, beaucoup de peur.
04:20Elles avaient pourtant préparé en amont cette journée, sachant qu'elles seraient très sensibles.
04:26On a eu plus de 50 magasins qui ont été touchés,
04:31certains par des fermetures très précoces,
04:34d'autres, et notamment les magasins de proximité,
04:37notamment dans les centres-villes,
04:39avec des magasins, aujourd'hui, totalement saccagés,
04:43qui ont été pillés une partie de l'après-midi d'hier.
04:46Donc, une cinquantaine de magasins au total,
04:48une vingtaine de magasins pillés et saccagés.
04:51On a été volés, évidemment, toute l'après-midi,
04:53et puis l'outil travail est touché.
04:55Ça se chiffrera en dizaines de millions d'euros.
04:58Et pour tout le commerce français,
05:01ça se chiffrera en centaines de millions d'euros.
05:04Gilles Boutin, est-ce que vous imaginez ces chiffres ?
05:07Il y a un moment donné, quand on met tout bout à bout,
05:08avec déjà les 30 millions dont parlait l'exécutif,
05:11avec les blocus des lycéens,
05:12maintenant le nombre de vies de Français
05:14qui sont touchés soit de près, soit de loin.
05:16Il y a des gens qui ont tout perdu,
05:17il y a des gens aussi qui vont souffrir physiquement,
05:20je pense notamment en force de l'ordre.
05:21Les chiffres, en fait, donnent absolument le tournis.
05:23Et là, les casseurs, on se rend compte,
05:24ils s'en sont pris à tout.
05:26C'est-à-dire aux petits commerçants,
05:27aux carrefours, aux grandes chaînes,
05:29pour absolument aucune raison.
05:30C'est-à-dire qu'en fait,
05:31ils agressent sans discrimination
05:32et ils cassent sans discrimination
05:34tout ce qu'ils trouvent sur leur chemin.
05:36Qui va payer pour tout ça ?
05:38C'est les entreprises en elles-mêmes.
05:39Alors oui, on dit toujours que les assurances peuvent couvrir,
05:41mais les assurances ne couvrent pas tout.
05:43Et puis, au niveau gouvernemental,
05:45on sortait déjà d'un été compliqué
05:46où il fallait trouver de l'argent là où on n'en a plus
05:49pour soutenir des entreprises qui, elles,
05:51ont subi les flammes.
05:52Bon, désormais, ce sont des entreprises
05:53qui subissent ce qu'on pourrait appeler
05:56des massacres de sauterelles.
05:58Parce qu'il n'y a pas d'autre logique.
05:59C'est des gens qui arrivent,
06:00qui tèlent un nuage de sauterelles,
06:02prennent tout et après, il n'y a plus rien.
06:04Et puis, on laisse faire.
06:05On laisse faire.
06:05Les images, elles sont horribles.
06:07Moi, j'ai regardé les images très tard,
06:08toute la nuit, etc.
06:09Mais vous voyez ça,
06:10mais vous avez limite envie d'y aller,
06:11d'intervenir vous-même.
06:13D'ailleurs, il y a des commerçants qui l'en font.
06:14Oui, bien sûr.
06:15Et alors là-dessus, effectivement,
06:17il y a la question de l'organisation.
06:19Le président de l'Union des professions de l'hôtellerie
06:24a indiqué que beaucoup de ses collègues
06:25voulaient créer des milices.
06:27C'est le terme qui a été employé.
06:29Des services d'ordre privés, tout simplement.
06:31Bien sûr.
06:32Déjà, il faut réussir à organiser ça.
06:34Mais il est à craindre, effectivement,
06:35qu'on ait tellement plus confiance
06:37dans la puissance publique
06:39qu'on doive s'organiser,
06:41que les commerçants doivent s'organiser
06:42pour créer des milices de quartier.
06:46mais comme celles qu'on a pu voir en Nouvelle-Calédonie
06:49à certains moments.
06:51Donc, c'est profondément effrayant
06:52de s'imaginer que dans les rues de Paris ou de Marseille,
06:55on en vienne à imaginer que des rues,
06:58des quartiers entiers vont être quadrillés
06:59avec des forces armées
07:02d'une manière non conventionnelle.
07:05On se dirige vers ça
07:07et il n'y a pas de réponse financière.
07:09Monsieur Fayad ?
07:10Moi, je suis complètement d'accord
07:12avec ce qui vient d'être dit
07:13parce que même au Liban,
07:14si on veut faire la comparaison,
07:15parce que ça s'est produit à peu près pareil,
07:18lorsqu'en fait l'armée libanaise
07:20elle a été paralysée
07:21parce que l'État lui-même
07:22ne voulait pas que l'armée libanaise
07:23soit utilisée pour réprimer
07:25ce qui devait être réprimé,
07:26les gens ont formé des milices.
07:28C'est comme ça que les milices sont nées.
07:29Donc, de la même manière aujourd'hui,
07:31des milices peuvent naître en France
07:32si l'armée, si la police,
07:33si la gendarmerie
07:35sont paralysées par l'État.
07:37Parce qu'encore une fois,
07:38que ce soit dans le cas libanais
07:39ou dans le cas français,
07:40les forces armées ont la capacité.
07:42Mais si l'État ne donne pas l'impulsion,
07:45alors l'État n'y va pas.
07:47Et les forces armées n'y vont pas.
07:48Mais il y a aussi un élément
07:49qui est très important,
07:50ce que disent les renseignements,
07:52c'est que désormais,
07:53il y a des armes
07:54qui circulent de l'autre côté.
07:56Donc, hier,
07:57lorsqu'il y a eu des arrestations,
07:58on a découvert des armes de guerre
08:00dans les mains
08:02de certaines personnes.
08:04On a trouvé des dépôts,
08:06on a trouvé des endroits
08:06où ils en avaient.
08:07Ce que je dis,
08:08c'est les renseignements
08:09qui me l'ont dit.
08:09Donc, c'est vérifiable.
08:10Vous êtes journaliste,
08:11vous pouvez vérifier
08:11auprès des renseignements.
08:13C'est extrêmement grave.
08:14Aujourd'hui,
08:14il y a des armes de guerre
08:15de l'autre côté.
08:16Un grand merci,
08:17Michel Fayad.
08:18Un grand merci,
08:18Gilles Boutin.
08:19Et merci,
08:19Tony Pitaro,
08:20dévenu dans Europe 1 soir
08:21pour nous rapporter
08:22votre témoignage.
08:23Merci, Gilles Boutin
08:24et Michel Fayad
08:25de m'avoir accompagné
08:25dans cette première partie.
08:26J'en profite pour vous rappeler
08:27que tous les matins
08:28à 8h,
08:29moins le quart
08:29et 9h, moins le quart
08:30dans Europe 1 matin,
08:31Olivier Delagarde analyse
08:32et commande
08:33ce qui nous informe,
08:34nous fait réfléchir
08:35ou nous indigne
08:35à la une de la presse.
08:36La revue de presse
08:37Olivier Delagarde
08:38tous les matins
08:38à 8h, moins le quart
08:39et 9h, moins le quart
08:40sur Europe 1.
08:40Et quand vous voulez,
08:41en replay sur le site
08:42et l'application Europe 1.
08:44Nous continuons
08:45cette édition spéciale
08:46jusqu'à 21h.
08:47Restez bien avec nous.
08:48Dans la prochaine heure,
08:49nous recevrons
08:49avec Jules Torres
08:50et Sébastien Ligny
08:51Rodolphe Karte,
08:52journaliste spécialiste
08:53de la France insoumise.
08:54On se mettra vraiment
08:55sur l'angle
08:55de la France insoumise,
08:56comprendre la genèse,
08:57le rôle,
08:58la responsabilité.
08:59Et autour de 19h45,
09:00nous recevrons également
09:01Éric Ciotti,
09:02le maire UDR de Nice.
09:04A tout de suite
09:04sur Europe 1.
09:05Ne bougez pas.