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Comment devient-on collectionneur ? Et comment cette passion évolue-t-elle à l’heure du numérique ? Alors que le dernier rapport Art Basel–UBS révèle de nouvelles habitudes chez les collectionneurs, notamment parmi les jeunes générations, certains explorent déjà d’autres façons d’acquérir et de partager l’art. C’est le cas de Sylvain Lévy, qui a fondé avec son épouse Dominique la DSLCollection, une collection consacrée à l’art contemporain chinois, devenue pionnière dans l’utilisation des nouvelles technologies.
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00:03Comment devient-on collectionneur et comment faire vivre une collection à l'heure du numérique ?
00:09En 2005, un voyage en Chine marque un tournant pour Sylvain Lévy et Dominique Lévy
00:14qui décident de consacrer leur collection à l'art contemporain chinois.
00:1720 ans plus tard, ce que le couple a appelé la DSL Collection rassemble plusieurs centaines d'oeuvres
00:23et explore les nouvelles façons de les partager avec le public, notamment grâce aux technologies numériques.
00:28Alors que le rapport Art Basel-UBS sur les manières de collectionner vient d'être publié, je reçois Sylvain Lévy,
00:34collectionneur.
00:35Bonjour Sylvain.
00:35Bonjour.
00:36Merci beaucoup d'être avec nous dans Art et Marché.
00:38Alors vous avez commencé à collectionner l'art contemporain, puis du design, avant de vous passionner pour la scène artistique
00:45chinoise.
00:46Qu'est-ce qui a provoqué ce déclic, cette passion, donc en 2005 ?
00:51Qu'est-ce qui a provoqué cette passion ?
00:53D'abord, collectionner est une passion, est une addiction.
00:58C'est une addiction.
01:00C'est beaucoup de choses.
01:02D'ailleurs, je vous fais une parenthèse, parce que je suis fasciné, j'ai un petit fils qui a 5
01:05ans, qui collectionne les Pokémon.
01:07Déjà, il a la collectionnite.
01:09Il a déjà la collectionnite.
01:10Et c'est intéressant, parce qu'il n'y a pas du tout de notion de marché.
01:13Et il collectionne, il échange avec ses amis.
01:17Donc, collectionner peut commencer très tôt.
01:20Sans forcément d'aspect financier derrière.
01:21C'est juste le fait de ramasser, d'amasser.
01:23D'amasser et de se créer une histoire.
01:27Parce qu'il se crée une histoire avec sa collection.
01:28Alors, on va peut-être dire quelques mots de notre histoire.
01:31Alors, notre histoire a commencé il y a 40 ans.
01:33Il y a 40 ans, on est un jour...
01:35On n'est pas de famille de collectionneurs.
01:37Oui.
01:39Mais le hasard de la vie a fait que ma belle-sœur était mariée avec un monsieur qui était très
01:45collectionneur.
01:46Il nous a fait découvrir les galeries, il nous a fait découvrir la collection.
01:49On a commencé par ce qui avait de facile, si je puis dire.
01:53Facile ne veut pas dire pas intéressant.
01:56Facile, on a commencé par Dupuis Godot, qui est un peintre de Pont-Aven.
02:01Et puis, au fur et à mesure que vous avancez dans une collection,
02:06d'une certaine façon...
02:08Enfin, je parle pour nous.
02:10Vous devenez un peu plus exilisant et vous voulez vous challenger un peu plus.
02:16Donc, vous passez de l'impressionnisme au contemporain,
02:22au contemporain plus dur, plus complexe, plus conceptuel.
02:26Puis après, à un moment, on voulait changer complètement.
02:31On considère aussi un parcours de collectionneur, c'est aussi...
02:34J'ai des chapitres différents.
02:36Et on est partis sur le design.
02:37On est partis sur le design il y a 30 ans, quand personne ne connaissait des designs.
02:41Et c'était extraordinaire, parce que globalement, on était très peu de collectionneurs.
02:45Il y avait quelques galeries seulement.
02:46En fait, ce qui vous guidait à chaque fois, c'était de découvrir un nouveau monde.
02:50Ce qui nous guidait, c'est les rencontres avec des rencontres,
02:53avec des objets, des idées, des nouveaux personnages.
02:56D'accord.
02:56Et puis, ces rencontres, à un moment, elles s'épuisent,
02:59où on a l'impression de tourner un peu en rond,
03:01et là, on part sur autre chose.
03:03Oui.
03:03Et le virage sur la Chine, c'est vrai que ça a été un virage à 180 degrés.
03:09C'est un virage parce qu'en 2005, on est partis en Chine.
03:12Alors, quand vous arrivez d'une ville comme Paris,
03:14qui est une belle endormie,
03:15il y a une Shanghai, une ville qui est Red Bull City.
03:20Il y a toujours un temps d'avance.
03:22Et puis, surtout, il y a une énergie à l'époque qui était absolument incroyable.
03:26Mon épouse et moi, on s'est dit,
03:29l'art est un des mémoires d'une société.
03:31La Chine est dans une transformation absolument incroyable de sa société.
03:37Essayons de découvrir à travers les yeux des artistes
03:40comment cette société, puisque l'art est un mémoire d'une société,
03:42c'est comment cette société se métamorphose
03:46et s'est aussi émiroitée dans l'art.
03:50Et puis, ça a été le début d'un parcours qui nous a amenés.
03:53C'est intéressant parce que ça a amené d'abord mes enfants à partir en Chine.
03:57Et pas à cause de ça.
03:58Ma fille est partie en Chine à cause de l'art
04:01parce qu'elle a été très, très rapidement dans l'art.
04:04Dans le secteur.
04:05Et mon fils est parti en Chine parce qu'après ses études,
04:08il a voulu vivre en Chine.
04:09Mon fils parle quoi, mon chinois ?
04:11Il avait appris à l'école sassienne et ma fille aussi.
04:14Et donc, mes enfants partent en Chine.
04:16Ils ont vécu trois ans en Chine chacun.
04:18Donc, ça nous a amenés en plus à...
04:21Encore développés...
04:23Mais on avait quand même l'impression d'être Tintin au pied du milieu.
04:26C'est-à-dire que quand vous désirez faire une collection
04:29qui concerne une culture qui n'est pas la vôtre,
04:31qui est à 10 000 kilomètres de là,
04:32vous ne parlez pas la langue,
04:34le marché est à peu près, je dirais,
04:39inconnu ou irrégulé ou inexistant.
04:42Du moins en Europe.
04:43En Europe.
04:44Ça ouvre quand même...
04:46C'est un peu un challenge.
04:48Mais justement, à l'heure de vos yeux de collectionneur,
04:50vous avez une visibilité de 20 ans de développement
04:55de l'art chinois sur la scène internationale.
04:58Comment est-ce que vous avez vu cette progression par où elle est passée ?
05:02Et aujourd'hui, justement, si vous pouvez faire les avant-après ?
05:05C'est intéressant parce que...
05:08D'abord, quand on a commencé à collectionner l'art contemporain chinois,
05:11les gens nous ont dit, mais attendez, c'est quoi ?
05:13La Chine, c'est exotique.
05:16Pour eux, l'art contemporain chinois, c'était...
05:19On l'idée dans l'exotisme.
05:20En tout cas, c'est quelque chose qui ne se connaissait pas.
05:22Qui ne se connaissait pas.
05:24Et franchement, ils nous disaient, c'est un marché, c'est une niche, c'est quoi ?
05:28Vous savez, une niche, c'est un pays qui fait 1,5 milliard d'habitants,
05:30qui a 3 millions de cultures, ce n'est pas tout à fait une niche.
05:33C'est une grosse niche.
05:35Bon.
05:36Et puis, petit à petit, ça a été extrêmement intéressant.
05:39Il y a eu le marché, comme d'habitude,
05:42qui s'est emparé de l'art contemporain chinois à partir de 2008.
05:46Et on a vu arriver des ventes.
05:49Des ventes à New York, des ventes, puis après, des ventes à Hong Kong.
05:52Et on a vu se monter un marché très spéculatif sur l'art contemporain chinois.
06:00Comme il y a d'autres marchés qui sont montés sur l'ultra-contemporain à un moment.
06:05Enfin, on a eu cette impression que l'art contemporain devenait quelque chose qui attirait les foules,
06:10parce qu'il y avait un côté nouveau, un côté où on rêvait de ce qu'était la Chine.
06:17Et puis, très, très clairement, le soufflet est tombé.
06:20Le soufflet est tombé, pour deux raisons.
06:21D'abord, les relations entre, je dirais, l'Occident et la Chine, c'est « je t'aime, moi non
06:27plus ».
06:29Pas seulement au niveau culturel, c'est au niveau général.
06:32C'est « je t'aime, moi non plus ».
06:33La deuxième chose, c'est que, globalement aussi, les musées n'étaient pas prêts à, si je puis dire, rentrer
06:44dans une étude de l'histoire de l'art contemporain chinois.
06:48Déjà, ils ont du mal à prononcer les noms.
06:50Donc, c'était déjà une deuxième phrase.
06:53La troisième phrase, c'était aussi que la Chine bougeait,
06:58avec l'arrivée de Zensho-Ping, que la scène artistique chinoise était en train de changer,
07:04qu'elle était peut-être moins intéressante pour les Occidentes ranteux que ce qu'elle avait été.
07:08En tout cas, aujourd'hui, elle a quand même une place très importante.
07:12C'est quand même une place de marché fondamentale.
07:14Oui, mais vous savez, ce n'est pas une place de marché seulement.
07:16Ce qui est extraordinairement important, c'est là où il faut, je crois qu'il faut apprendre à discerner
07:24ce qui est la valeur culturelle de la valeur monétaire.
07:29Et de plus en plus, on est passé d'une période où c'était la valeur monétaire qui avait le
07:35devant de la scène.
07:36On est en train de changer nos modes de fonctionnement, nos modes de pensée,
07:42nos modes même de consommation vers des choses qui sont beaucoup moins liées au marché.
07:49C'est-à-dire, est-ce qu'il y aura de la valeur sur la scène, si ce n'est
07:52pas une valeur pécuniaire,
07:54ce serait une valeur émotionnelle, de sens ?
07:57Vous savez, pour moi, je vais être peut-être très direct et trop direct.
08:05Et je mets toujours deux phrases, mais ce que je dis, ça me concerne à moi.
08:10Collectionner, c'est une façon élégante de brûler une fortune,
08:14mais collectionner permet à une personne ordinaire d'avoir une vie extraordinaire.
08:20Alors, une fois que vous avez su ça, c'est-à-dire que le marché ne vous permet pas de
08:24vous enrichir,
08:25mais vous permet de vous enrichir en tant que vie,
08:29vous faites un choix dans une collection qui n'est pas uniquement liée à un choix monétaire.
08:35C'est là où la collection devient quelque chose d'important.
08:37Et justement, vous avez assez de choix, parce que votre collection, c'est à peu près 250-300 œuvres.
08:42Vous avez choisi d'apporter un petit renouvellement chaque année,
08:47justement pour la faire évoluer, mais de manière pas forcément grandiloquente.
08:53C'est toujours retravailler vraiment sur cette nouvelle œuvre qui va rentrer dans la collection.
08:58Vous savez, on est passé par la case design.
09:01Dans la case design, il y a une phrase qui est très importante, c'est « less is more ».
09:07Et vous savez, finalement, lorsque vous décidez de...
09:11Mais encore, c'est chacun de ses propres règles.
09:14On n'a pas inventé l'étape de la loi de la collectionnite.
09:17Mais on s'est dit que globalement, ce qui était intéressant,
09:21ce n'était pas d'obtenir une collection comme quelque chose qui grandisse,
09:25mais quelque chose qui a plutôt la forme d'un bonsaï.
09:29Où plus vous la taillez, plus vous lui donnez une forme forte, une forme cohérente.
09:36Et le plus important, c'est la taille.
09:40Et dans une collection, l'idée de faire rentrer des œuvres, faire sortir des œuvres,
09:43nous oblige à regarder la collection d'une façon totalement différente.
09:48Je parlais justement en introduction de la manière dont vous utilisez le numérique
09:54pour mettre en avant votre collection.
09:56Justement, quel a été ce choix de moderniser tout cet ensemble
10:00pour la présenter aussi aux autres, qu'elle soit accessible, en fait ?
10:05D'abord, comme vous dites, les jeunes générations veulent découvrir
10:08une nouvelle façon de partager.
10:10Vous savez, même les anciennes générations ont s'y été mis aussi un petit peu.
10:14Non, ce qui nous a poussés à nous mettre dans le numérique,
10:17ce n'est pas le numérique pour le numérique.
10:20Globalement, on s'est retrouvés devant un dilemme.
10:26On voulait que cette collection devienne publique,
10:29parce qu'on pensait que c'était intéressant de partager,
10:32surtout avec les Occidentaux, un petit peu ce qui se passait sur la Chine
10:36n'est pas seulement au niveau du marché, mais on ne voulait pas entrer
10:40dans le cycle du musée traditionnel.
10:44Parce que, d'abord, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui ouvrent des musées.
10:47Ça nécessite beaucoup d'engagement financier et personnel,
10:51et je pense qu'il faut absolument les remercier.
10:54Quand vous ouvrez des musées en Chine ou ailleurs, il faut vraiment les remercier.
10:58Mais ce n'était pas notre histoire.
11:01Et 2005, c'est le début de YouTube, et on s'est dit,
11:04pourquoi ne pas adopter une vision qui soit figitale ?
11:08Avec, au début, un site Internet, mais très très vite,
11:12on est passé du site Internet à Second Life,
11:15Second Life à l'iPad, l'iPad à la VR, la VR au Metaverse,
11:19Metaverse, c'est l'intelligence artificielle et aux jeux vidéo.
11:21Mais surtout, ce qu'on s'est dit, on va faire un partage physique
11:24en prêtant les œuvres, et on fera aussi un partage digital.
11:28Il ne nous reste que quelques secondes, justement,
11:31cette transmission, la vision que vous avez des jeunes
11:34qui collectionnent aujourd'hui.
11:35Vous remarquez quoi en 20 secondes ?
11:38En 20 secondes, on a la chance d'avoir des jeunes,
11:40qui aujourd'hui, puisque la collection appartient à mes enfants et à moi,
11:43je pense que c'est extrêmement important d'avoir cette nouvelle vision
11:49d'une génération qui n'est absolument pas modelée comme nous,
11:52et qui a une expérience dans l'art
11:56qui n'est pas forcément seulement l'expérience physique.
11:59Je pense qu'aujourd'hui, ce que l'art a besoin,
12:02c'est d'étendre ses champs, son audience,
12:08ses champs d'expérimentation,
12:09et tout cela va passer aussi par le numérique.
12:12Merci beaucoup, Sylvain Lévy.
12:14Je rappelle que vous êtes donc collectionneur,
12:16fondateur de DSL Collection,
12:18de vos initiales et de celles de votre épouse.
12:20Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:22C'était Arrémarché.
12:23Sous-titrage Société Radio-Canada
12:29Sous-titrage Société Radio-Canada