00:04On vient de parler de la sécurité des sous-mains et des moyens de prévenir les risques à l'hôpital.
00:09Parmi ces risques, il y a aussi ceux liés à l'administration des médicaments.
00:13En réanimation notamment, un même patient peut recevoir plusieurs traitements par perfusion,
00:18mais certains médicaments ne doivent pas être mélangés et les incompatibilités ne sont pas toujours visibles.
00:24C'est précisément le problème auquel s'attaque Drogue Optimal avec son logiciel IRVIS.
00:29Pour en parler, j'accueille Lugane Flaché.
00:31Bonjour, bienvenue. Vous êtes directeur médical de Drogue Optimal.
00:34Bienvenue dans Santé Futur.
00:36Lugane, Drogue Optimal travaille sur un risque assez méconnu, celui des incompatibilités entre médicaments injectables.
00:43Que peut-il se passer lorsque deux médicaments passent dans le même tuyau de perfusion ?
00:47Deux choses peuvent se passer.
00:48Il peut y avoir une perte d'efficacité des médicaments parce qu'ils vont en partie disparaître
00:52et une toxicité puisque cette disparition n'est pas totale.
00:56elle peut se transformer en molécule solide qui rentre dans le sang du patient
00:59et qui cause tout un tas de dégâts sur la santé du patient malheureusement.
01:03Et est-ce que vous saviez, j'imagine, en lançant Drogue Optimal, ce que ça représentait en termes d'erreur
01:08?
01:08Je ne m'imaginais pas à ce point.
01:10Je ne m'imaginais pas à ce point puisque je pensais que la base de connaissances était suffisante
01:16et on s'est rendu compte que dans la pratique, dans plus de 50% des situations,
01:19on n'arrive pas à savoir si les mélanges de médicaments sont compatibles.
01:22Donc c'est vraiment un gros problème et c'est ça qui nous a fait lancer un laboratoire de recherche
01:26pour arriver à comprendre le phénomène et à anticiper ces risques.
01:29Et alors comment fonctionne IRVIS ?
01:31Comment fonctionne le logiciel ? C'est très simple.
01:33On va détecter les médicaments de l'ordonnance, leurs incompatibilités
01:37et on va expliquer aux soignants comment ils peuvent réaliser les administrations
01:41de sorte à éviter de mettre en contact des médicaments qui ne doivent pas se toucher.
01:44Et alors justement, à quel moment est-ce qu'il intervient dans le travail des équipes soignantes ?
01:48Alors généralement, c'est quand l'infirmière se pose une question,
01:52avant d'administrer les médicaments, elle se pose la question,
01:54elle va vérifier sur notre logiciel et on lui donne un plan d'organisation de perfusion.
01:59C'est ce moment-là généralement.
02:00Vous expliquez que la littérature scientifique ne documente qu'une petite partie des mélanges rencontrés à l'hôpital.
02:07C'est pour ça que vous avez créé votre propre laboratoire.
02:11Comment est-ce que vous enrichissez vos données pour identifier des incompatibilités qui ne sont pas encore documentées ?
02:19Oui, alors on suit les recommandations de la pharmacopée et on a développé un laboratoire,
02:24une plateforme de haut débit qui nous permet de faire des tests à grande échelle.
02:27Aujourd'hui, on teste un petit peu plus de 5000 échantillons par jour
02:29qui viennent alimenter notre base de connaissances en compatibilité chimique et physique,
02:34puisque c'est tout le sujet.
02:35Votre logiciel a été évalué dans plusieurs établissements.
02:38Qu'est-ce que cet outil change véritablement dans le quotidien des infirmiers ?
02:42Qu'est-ce que vous avez eu comme retour ?
02:44Alors, bien entendu, il y a la sécurité du patient,
02:46mais quand on pense à l'infirmier, on le sécurise énormément.
02:49C'est le premier soignant à utiliser ?
02:52C'est le premier soignant, tout à fait, puisque c'est lui qui réalise les administrations.
02:55Et en fait, faire une administration intraveineuse, ce n'est pas anodin,
02:59administrer quelque chose dans le sang d'un patient.
03:00Et donc, c'est une source de stress pour les infirmiers.
03:02Et ce que le logiciel a démontré dans plusieurs établissements,
03:05c'est notamment une baisse de cette charge mentale.
03:07Comment est-ce que vous mesurez son impact sur la sécurité des patients ?
03:12Alors, on a réalisé une étude multicentrique,
03:15et un comité d'experts a tranché en observant les incompatibilités qui ont été interceptées
03:19et les conséquences sur le patient pour mesurer des risques.
03:23Et justement, ils ont repéré que 68% des incompatibilités avaient des conséquences graves aujourd'hui.
03:28Mais dans combien d'établissements ? Comment est-ce que ça s'est fait ?
03:30Ça s'est réalisé sur 5 établissements, des centres hospitaliers, des centres hospitaliers universitaires.
03:34L'objectif, c'était d'être le plus représentatif possible du marché.
03:38Quelles sont les prochaines étapes en termes de déploiement maintenant ?
03:42Alors là, on a une grosse étape notamment,
03:44puisque les APHP, donc les CHU de Paris, ont réalisé une étude sur nous qui s'est bien passée.
03:50Suite à ça, ils ont déployé dans 3 établissements.
03:52Et aujourd'hui, ils lancent un projet pour équiper les 38 établissements.
03:55Donc, ça va nous demander de structurer notre activité également.
03:59Vous êtes combien aujourd'hui ?
04:00Aujourd'hui, on est 8 et on a 5 infirmiers qui nous appuient pour les formations.
04:05Et est-ce que les patients peuvent aussi s'approprier l'outil ?
04:08Est-ce que ce serait une étape envisageable ?
04:10Ça pourrait être une étape envisageable,
04:12mais aujourd'hui, c'est un outil destiné aux professionnels de santé.
04:15Il a une complexité quand même qui n'est pas anodine.
04:18Donc, on s'adresse majoritairement aux professionnels de santé aujourd'hui.
04:21L'extension du pharmacien dans le service.
04:23Je dis ça parce qu'on en a parlé avant dans l'émission de l'importance d'impliquer les patients,
04:26que le patient ne soit pas juste dans une forme de subition ou de passivité,
04:31mais qu'il soit un peu acteur aussi des soins qu'on l'utilise.
04:33Bien sûr, et tout à fait.
04:34Et c'est la trajectoire.
04:35Et on travaille avec des associations de patients.
04:37L'objectif, c'est que les professionnels de santé s'approprient l'outil.
04:41Et puis ensuite, on pourra bien entendu étendre au grand public.
04:44Merci beaucoup.
04:45Merci Lugane Flaché, directeur médical de Drogue Optimal.
04:48Merci à Rodolphe, Dommard, Raoult.
04:51À la production, à bientôt sur Bismarck for Change.
04:57Sous-titrage Société Radio-Canada