00:00Mathieu Bocoté, c'est un sondage dont on parle beaucoup depuis hier, 46% des musulmans envisageraient de quitter la
00:08France si jamais Marine Le Pen l'emporte à l'élection présidentielle en 2027.
00:14Que nous dit-il de la France ? Que nous dit-il du rapport entre l'islam et la France
00:20?
00:20Alors, on voit ça circuler depuis hier, plusieurs disent, sur le mode de la mauvaise blague évidemment, ce sondage est
00:27probablement la meilleure arme au service de Marine Le Pen pour la présidentielle.
00:30On s'en désole bien évidemment, c'est une blague à ne pas faire. Mais quoi qu'il en soit,
00:34elle circule, cette France-là, que ça témoigne d'un malaise par rapport à l'islam dans le pays, et
00:39surtout un malaise de l'islam lui-même à l'intérieur du pays.
00:43Premier élément à retenir, je crois, c'est que le vivre ensemble dont on nous gave depuis des années est
00:49une illusion technocratique et idéologique qui craque devant le réel.
00:53Et on est devant des millions de personnes théoriquement qui disent, si la France vote mal, nous la quittons. Si
01:00la France vote mal, nous ne l'aimerons plus.
01:02Si la France se permet de voter pour elle, nous la priverons de notre richesse que nous lui apportons. Premier
01:08élément.
01:09Deuxième élément, on se révèle aussi ce que j'appelle le principe de l'appartenance conditionnelle.
01:13Je suis de ce pays à condition que ce pays soit comme je l'entends, comme je le souhaite, sinon
01:19je m'en désaffilie.
01:20Et plus encore, j'ai un pays de rechange où je me réfugier. Dans le pays dont je suis venu,
01:25je peux y retourner, prenez garde.
01:27Si vous votez mal, je retourne chez moi. Je devine que les Français sont effectivement très inquiets devant cela.
01:33C'est 46 %, mais ça va encore plus loin. 20 % pour qu'il l'envisage. 20 % affirment
01:38qu'il le ferait certainement. Certainement.
01:40Donc 1 sur 5 dit, on dégage assurément si Marine Le Pen est élue.
01:45Qu'est-ce que ça veut dire? C'est que du point de vue de cet électorat, l'élection de
01:49Marine Le Pen, si elle advenait,
01:50ce serait moins la candidate du pouvoir d'achat que la candidate du c'est assez migratoire.
01:55C'est-à-dire que pour cet électorat-là, manifestement, tout le discours social, économique de Marine Le Pen est
02:01plutôt secondaire.
02:02Il voit dans cela une manifestation d'hostilité envers eux, peut-être, ou envers ce que la France est devenue
02:09sous leur présence.
02:10Donc il y a un choc des cultures qui s'opèrent sur le territoire national.
02:14On pourrait peut-être dire, à la hauteur de l'histoire, que la greffe n'a peut-être jamais pris.
02:20Et là, je vais citer le général de Gaulle dans un instant.
02:22Mais ceux qui croyaient au mythe de l'interchangeabilité des populations.
02:25Qui croyaient que des millions de personnes pouvaient s'installer dans un pays en l'espace de quelques années, de
02:29quelques décennies.
02:30Et que tout allait très bien se passer.
02:32Ces personnes avaient peut-être une vision un peu illusoire de la nature humaine.
02:37Et ce qu'on pourrait dire, il n'y a pas d'immigration massive heureuse.
02:40Et des décennies plus tard, malgré tout le récit enchanté de la diversité heureuse,
02:45il ne se peut que ça nous explose au visage.
02:47Et je vais citer une phrase du général de Gaulle.
02:49Un petit passage, on cite souvent les conversations avec Pierre Fitte, mais il y a une conversation qu'on cite
02:53un peu moins.
02:54Je vais citer ce passage-là de 1964.
02:56Mais de Gaulle peut-être voit loin ou peut-être se trompe-t-il.
02:58Ça reste à voir.
02:59Je cite.
03:24Toujours de Gaulle.
03:25« Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans,
03:29qui demain seront 20 millions, et après-demain, 40 ?
03:32Si nous faisons de l'intégration, si tous les arabes et berbères d'Algérie étaient considérés comme français,
03:38comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole,
03:41alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ?
03:43Mon visage ne s'appellerait plus « Colombais les deux églises », mais « Colombais les deux mosquées ».
03:47Fin de la citation.
03:48De général de Gaulle.
03:49De général de Gaulle, qu'on peut difficilement soupçonner d'anti-républicanisme.
03:53Donc, comment intégrer cette vision, ce propos, dans la logique de ce qu'on appelle le républicanisme aujourd'hui ?
03:58On peut se poser une question.
03:59Pour ceux qui sont venus, mais qui repartiraient,
04:02on pourrait se demander ce qu'ils sont venus faire en France.
04:03Qu'est-ce qui les a attirés en France ?
04:05Est-ce que c'était le peuple français, sa culture, les paysages travaillés par l'histoire, la mémoire du pays,
04:10les mœurs, la liberté à la française, le charme des rapports entre les sexes,
04:13le plaisir, la gastronomie française, excellente raison.
04:16Ou est-ce que c'était peut-être l'État social ?
04:18Est-ce que c'était peut-être la possibilité de s'y installer sans faire un travail d'assimilation ?
04:22C'était peut-être aussi la possibilité de s'y installer et de retourner régulièrement chez soi,
04:27géographier et dents, sans avoir vraiment à s'intégrer pleinement,
04:29tout en ayant les papiers qui permettent de se dire d'ici.
04:32Peut-être, pas pour tous, évidemment.
04:33On ne parle que d'un peu moins de la moitié.
04:36Donc, quoi qu'il en soit, cette immigration massive n'a pas été voulue par les Français.
04:40Nous le savons, c'est une forme de coup de force démographique qu'on leur a imposé.
04:42Le véritable extrémisme depuis 40 ans, ce n'est pas ce qu'ils appellent l'extrême droite.
04:47L'extrémisme, c'est avoir changé la population d'un pays avec une forme de coup d'État démographique.
04:52Et le fait est que ça n'a jamais si bien fonctionné que ça.
04:54Donc, la réaction du peuple historique français, c'était quoi ?
04:57Sur le plan politique, c'était voter quelquefois pour des populistes infréquentables.
05:01La classe politique, d'ailleurs, envoyait un message en disant
05:03« On tient compte de votre malheur ».
05:05Ensuite, on n'en tenait pas compte quand on était le temps de gouverner.
05:07Il y a aussi l'exil intérieur.
05:09La constitution de la France périphérique, c'est la possibilité, quelquefois, d'aller vivre dans un endroit
05:13où, finalement, on se retrouvait sous le signe de la culture française.
05:16Et parler aux agents immobiliers.
05:17Ça, c'est toujours d'aller en agence immobilière.
05:19Quand on vous présente un quartier, il y a tout un vocabulaire codé
05:22qui vous permet de savoir si le quartier est islamisé ou non.
05:26Alors, on en pense ce qu'on veut.
05:27On peut regretter que le fait que de telles questions se posent, mais elles se posent.
05:30Quoi qu'il en soit, une chose est toute simple.
05:32Plus la France devenait un pays hospitalier pour des populations nouvelles,
05:35plus les Français historiques se sentaient quelquefois de trop dans leur propre pays.
05:39Et on en arrive à cette conclusion, peut-être,
05:41qu'autant il y avait de la place, évidemment, pour des Français musulmans individuellement,
05:44ça va de soi qui dirait le contraire, autant que certains se disaient
05:47une France musulmane ne serait plus française.
05:49À tout le moins, c'est ce que je crois comprendre de certains éléments de ce sondage.
05:53On nous disait, pourtant, que les musulmans de France étaient des Français comme les autres.
05:58Alors, comment comprendre ce désir d'exil ?
06:00Et si je puis me permettre, peut-être, une autre question sous la question,
06:04est-ce que vous ne mettez pas dans la balance aussi, peut-être,
06:06ceux qui disent, si LFI passe au pouvoir, on quitte la France ?
06:10Ah ben, c'est deux choses.
06:11Vous avez tout à fait raison de poser la question.
06:12C'est-à-dire, il y a d'un côté la crainte de la persécution politique,
06:15c'est-à-dire pour les gens de LFI,
06:17et dans une forme d'exil version sojournistine.
06:19Et de l'autre côté, il y a cette idée, exil, le pays tel que nous y sommes.
06:23C'est transformé sous notre présence,
06:25une forme de remonter à la surface de la France profonde que nous ne voulons pas,
06:29dont nous ne voulons pas,
06:30et nous assimilons cette remontée à la surface de la France profonde
06:33comme un geste discriminatoire.
06:35Alors, on pourrait dire, justement, que c'est ce qui se passe depuis tant d'années.
06:39C'est la France profonde, la France refoulée, la France étouffée,
06:42la France extrême-droitisée, la France diabolisée,
06:45n'accepte plus vraiment sa mise à l'écart.
06:47Donc, elle dit, nous allons revenir dans l'espace public.
06:50Nous voulons reprendre notre pays.
06:52C'est pour ça que le thème de la Reconquista était populaire pendant un temps.
06:55Les gens disaient, nous voulons reprendre notre pays.
06:57Nous en avons été dépossédés, nous n'en avons pas d'autres.
06:59Nous, on ne peut pas partir.
07:00On peut peut-être se réfugier, mais on ne peut pas partir.
07:02On n'a pas un pays de réserve.
07:03Alors, c'est encore une fois qu'on doit dire, à l'échelle de l'histoire,
07:06formule que j'affectionne,
07:08eh bien, que vivons-nous depuis 40 ans environ?
07:10Ce n'est pas simplement de l'immigration.
07:12C'est quelque chose, pour reprendre une formule,
07:14une forme de contre-conquête, une conquête contre-coloniale,
07:18disons ça comme ça, avec toutes les nuances du monde.
07:20Et ça ne remet pas en question la valeur des individus un par un.
07:22Mais quand une civilisation s'installe chez une autre très rapidement,
07:26en n'en respectant pas les règles globalement,
07:28en imposant ses codes globalement,
07:30à l'échelle de l'histoire, on pourrait dire,
07:32certains diraient que c'est l'équivalent de ce qu'ont fait peut-être
07:33les Français au Maghreb autrefois.
07:35On pourrait dire qu'aujourd'hui, ce n'est pas souhaité
07:37ou désiré par la population française qui dit
07:39« Mais nous sommes chez nous, pourquoi devrions-nous désormais
07:41vivre en étranger dans notre propre pays? »
07:43Quoi qu'il en soit, ce qu'on voit en ce moment,
07:45et ça, ça me frappe, c'est la question de la remigration.
07:48Tout le monde dit que la remigration est impossible.
07:50Mais que nous disent ces 46 %?
07:52C'est une forme de remigration volontaire
07:54en cas de choix politique indésiré.
07:57Donc, on nous explique que la remigration est possible,
07:58mais à leurs conditions, sur une base individuelle massive.
08:01Je note, soit dit en passant, qu'il y a des choses semblables
08:02qui sont déjà arrivées. Je me permets cet exemple québécois.
08:05Vous savez, il y a une communauté anglaise
08:07issue de la conquête anglaise qui est installée au Québec
08:08depuis depuis longtemps. En 1976,
08:11les indépendantistes prennent le pouvoir au Québec.
08:12Puis ils disent « On va imposer la langue française,
08:15la langue française va être toute langue commune,
08:16les Québécois francophones ne se laisseront plus piétiner. »
08:18On appelle ça la loi 101.
08:20Puis il y a une autoroute qui permet de se rendre en Ontario.
08:22C'est son cas dans l'anglais, c'est la 401.
08:24Eh bien, il y a un slogan qui a été utilisé souvent,
08:25c'est 101 ou 401.
08:27Et cela dit, avec l'élection du Parti québécois
08:29à cette époque-là, il y avait 800 000 anglophones au Québec,
08:32150 000 sont partis volontairement
08:34parce qu'ils ne voulaient pas vivre dans ce pays
08:35qui reprenait conscience de son identité.
08:38Donc des équivalents historiques existent.
08:41Pourtant, Marine Le Pen se tient loin
08:43de la thèse de la remigration.
08:46Le Rassemblement national n'a-t-il pas cherché
08:48à tendre la main à tous les Français,
08:50quelle que soit leur religion,
08:52quelle que soit leur origine?
08:54Et vous avez raison de le dire.
08:55Parce que Marine Le Pen, là-dessus,
08:57pourquoi on en pense,
08:58a tendu la main régulièrement en disant
08:59« Moi, je combats l'islamisme, pas l'islam.
09:02Je combats l'islamisme, mais pas l'islam.
09:03Je tends la main aux musulmans,
09:05mais je ne tends pas la main aux islamistes. »
09:07Alors ce qu'on doit peut-être comprendre,
09:08c'est que beaucoup dans la communauté musulmane
09:10n'opèrent pas cette distinction
09:12entre islam et islamisme.
09:13Ce serait étonnant,
09:14mais on doit prendre au sérieux cette hypothèse
09:16vu les résultats de ce sondage.
09:17Quoi qu'il en soit,
09:18il y a un autre élément qui s'ajoute à cela.
09:20Longtemps, le RN, d'autres disaient
09:21« Ceux qui sont ici ne partiront pas. »
09:23C'est réglé, ils ne partiront pas,
09:24ils sont installés, il faut faire avec.
09:25Je pense que c'est une forme de réalisme
09:26qui s'imposait à tous.
09:28Apparemment, cette thèse est moins juste
09:30qu'il n'y paraissait.
09:31Certains pensent véritablement
09:32à se déraciner du pays qu'ils disaient embrasser.
09:35Quoi qu'il en soit, je note une chose
09:36et je terminerai avec cela,
09:37que trop souvent, en ce pays,
09:39l'affirmation de la culture française en France
09:41est passée pour une agression.
09:43Quand les Français disaient
09:44« Nous voulons être en France
09:45et nous sommes accueillants,
09:46mais nous sommes accueillants
09:47selon nos termes et dans notre pays,
09:48dans notre culture,
09:49eh bien, ça passait pour une agression. »
09:52Rappelez-vous, il y a quelques semaines encore,
09:53on nous expliquait que le fait
09:54de manger du porc braisé
09:55dans le cadre du canon français
09:56est un acte islamophobe.
09:58Peut-être que les choses
09:59allaient à cette lumière.
10:00On peut comprendre ce conflit.
10:01Sous-titrage Société Radio-Canada
10:04Sous-titrage Société Radio-Canada