Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 8 heures
Après une course-poursuite avec la police, Jules, passager d’une voiture volée, est touché d’un tir policier au thorax, en janvier dernier à Carcassonne. L’adolescent de 16 ans survit par miracle. Trois mois plus tard, l’affaire est classée sans suite par le parquet au nom de la légitime défense. Une décision incompréhensible pour la famille, dont le père est lui-même policier municipal. Elle vient de déposer plainte avec constitution de partie civile pour tentative de meurtre. Auprès de l’Humanité, elle livre pour la première fois son témoignage au micro d'Alexandre Fache.

Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite

Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/

Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Merci d'avoir accepté de témoigner dans les colonnes de l'Humanité.
00:05Vous êtes les parents de Jules, un adolescent de 16 ans.
00:09On précise qu'on a choisi de changer les prénoms pour préserver son anonymat.
00:14Il est arrivé à Jules des faits très graves le 12 janvier dernier à Carcassonne.
00:20Je résume un peu l'affaire avant de vous donner la parole.
00:24Jules était dans un véhicule conduit par un ami quand celui-ci a été pris en chasse par la police,
00:30en l'occurrence par une équipe de la BAC qui avait repéré cette voiture pour sa conduite dangereuse.
00:36Un véhicule qui était par ailleurs signalé volé.
00:40Pour le stopper, un autre équipage d'un autre service, la brigade d'aide et d'assistance juridique, va être
00:47mobilisée.
00:48Elle va utiliser ce qu'on appelle un stop stick, c'est-à-dire une barre avec des pointes,
00:51mais aussi, et là c'est plus problématique, cet équipage va faire feu sur le véhicule
00:57et en l'occurrence sur le passager, Jules, votre fils, qui va être touché en plein thorax.
01:04D'abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer, Marie et Ludovic, vous êtes les parents de Jules,
01:10comment il va aujourd'hui ?
01:12D'après les médecins qui l'ont pris en charge, c'est un véritable miraculé.
01:18Oui, tout à fait, parce que la balle a tout simplement frôlé la horte et elle s'est arrêtée au
01:23contact de la trachée.
01:26C'est une balle qui aurait pu, à un millimètre près, le tuer.
01:31On n'aurait tout simplement peut-être pu jamais le revoir.
01:35Là, aujourd'hui, sur le plan physique, c'est des douleurs permanentes,
01:39des problèmes, du coup, d'insomnie récurrentes.
01:43Le matin, il faut aussi l'aider pour se lever, parce qu'il a eu une fracture du serment associée
01:49à tout ça,
01:50donc qui continue d'être douloureuse.
01:53Et sur le plan psychologique, aujourd'hui, il continue par rapport à sa scolarité,
02:00pour essayer de pouvoir continuer.
02:04Mais le problème, c'est qu'on ne peut pas reparler concrètement de l'affaire aujourd'hui
02:09sans que ça le touche profondément.
02:14Il est en quelle classe, Jules ?
02:17Il est en seconde, c'est ça.
02:20Et donc, il a, j'imagine, des traitements, de la rééducation,
02:25mais il a stoppé une partie de cette rééducation pour pouvoir essayer de ne pas perdre complètement son année, c
02:31'est ça ?
02:33C'est-à-dire que comme il passe un bac professionnel,
02:37le bac professionnel demande à réaliser 20 semaines de stage durant trois ans.
02:42Si ces 20 semaines ne sont pas réalisées, vous êtes d'office éliminé.
02:46Vous n'avez pas le droit de passer le bac.
02:48Il a été deux mois immobilisé sans pouvoir rien faire.
02:51Il a commencé une rééducation, donc il n'a pas pu se rendre au lycée pendant toute cette période.
02:58Et donc, il a été obligé de faire un stage de trois semaines
03:02qui était nécessaire à la validation pour son futur examen.
03:08Donc, derrière, bon, heureusement, le maître de stage était au courant.
03:11Le poste a été aménagé.
03:14Mais du coup, derrière, ça a eu des conséquences de devoir interrompre effectivement sa rééducation,
03:20mais qui a été reprise immédiatement dès la fin de son stage.
03:24Donc là, il a repris leur éducation avec le kinésithérapeute.
03:27Très bien.
03:28Alors, on va revenir sur ces faits et sur cette journée du 12 janvier.
03:33Comment est-ce que d'abord, vous avez appris ce qui était arrivé à votre fils ?
03:38Alors, moi, je reçois un appel téléphonique de mon ex-mari dans lequel j'entends
03:43que je viens d'avoir le médecin du SAMU, je suis en route pour Toulouse
03:48et Jules vient de prendre une balle en plein thorax et cours d'une rix.
03:58D'accord.
03:59C'est tout ce que vous savez.
04:02Voilà, c'est tout ce que je sais.
04:03De là, j'essaye de le joindre.
04:05Le téléphone ne répond pas.
04:09Je fais des pieds et des mains, j'appelle le SAMU.
04:11Le SAMU qui me dit qu'ils ne peuvent pas me donner d'informations,
04:14seulement me dire qu'ils sont au niveau de mon GISCA.
04:18Et me dire, bon, on ne peut pas vous dire.
04:20La seule chose que je peux vous dire, c'était qu'il était conscient en partant.
04:23Voilà.
04:24Alors là, je leur dis, oui, mais quand même, maintenant, ce n'est pas ce qui se passe.
04:27Vous ne voulez pas me donner d'informations.
04:28Elle me dit, non, non, ne vous inquiétez pas.
04:31Heureusement, la coordinatrice du SAMU a fait preuve d'énormément de bienveillance.
04:34Elle m'a dit, rappelé dans une heure, dès que l'équipe sera sur place,
04:38à ce moment-là, je leur demanderai de vous donner le numéro du service
04:40pour que vous puissiez directement avoir les médecins sur place.
04:45Ok.
04:46Et comment est-ce que vous apprenez les circonstances précises
04:49et le fait que c'était lors d'une courte poursuite avec la police
04:53et que c'est un policier qui a fait feu sur le véhicule
04:56et en l'occurrence sur votre fils ?
04:59Alors là aussi, j'essaye de joindre la police.
05:03C'est impossible de la joindre parce que c'est au cours d'une rixe.
05:06Moi, je commençais à m'inquiéter parce que nous avons une fille aussi.
05:10Je ne savais pas si elle était rentrée chez son père.
05:14Je n'avais aucune information.
05:15Je me demandais s'il y avait d'autres enfants blessés.
05:19Et là, j'essaye de la joindre.
05:21Elle me dit, je suis à la maison.
05:22Je ne lui en dis pas plus parce que je ne sais pas si elle est au courant non plus.
05:25Et donc, je continue de téléphoner.
05:28Et au bout d'un moment, c'est ma fille qui me rappelle et qui me dit,
05:33maman, je viens de regarder sur les réseaux sociaux.
05:36J'ai une copine qui vient de m'appeler.
05:39Et donc, lui, elle a été touchée par un tir de policier.
05:43D'accord, c'est votre fille qui vous apprend ce détail, qui n'en est pas tout à fait un.
05:50D'accord, sur les réseaux sociaux, c'était quoi un poste ?
05:55Oui, c'était déjà les journaux locaux qui commençaient déjà à faire des publications sur ce policier, bien entendu.
06:06Il créait la confusion en disant que finalement, ils avaient tiré sur le chauffeur.
06:12Alors, ma fille était en panique et disait, maman, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible.
06:17Je suis qu'il n'est pas capable de faire ça.
06:19Je ne comprends pas.
06:20Donc, en fait, derrière, ça met tout le monde en panique et personne ne comprend ce qui se passe.
06:24Et donc, vous avez porté plainte une première fois.
06:28Cette plainte a été classée sans suite, au motif que les policiers seraient en situation de légitime défense.
06:34Est-ce que vous comprenez cette décision ?
06:38Non, cette décision est totalement incompréhensible.
06:42Derrière, c'est une enquête, que ce soit du GPN ou des enquêteurs ou même du procureur qui a été
06:47totalement mené à charge.
06:50Il n'y a pas d'enquête balistique.
06:52Il y a tout un tas d'incohérences au dossier.
06:55Déjà, on a les positions des policiers eux-mêmes avec plusieurs versions.
06:59On a un témoin oculaire qui dit également aussi que ce n'est pas le policier qui s'est dénoncé
07:05qui a tiré.
07:06On entend deux détonations.
07:08Donc, on ne sait pas si effectivement deux policiers ont tiré ou seulement un.
07:12Le témoin oculaire doit un de policiers ramasser une douille.
07:18Derrière, les positions des policiers se contredisent.
07:22Derrière, je me dis avec autant d'ombre dans l'enquête et une enquête de l'IGPN est complètement bâclée,
07:28il faut le dire.
07:31On ne comprend pas du tout, du tout, du tout comment ça se fait que cette plainte soit classée sans
07:35suite.
07:36Parce que la plainte contre le policier est classée sans suite.
07:38Mais aussi, on a reçu un courrier moralisateur du procureur qui a classé quand même sans suite la plainte que
07:44nous avions déposée aussi à l'encontre du conducteur pour mise en danger de l'agent d'autrui.
07:49Il a estimé que conduire comme un fou et continuer de rouler avec notre fils qui avait une balle dans
07:56le thorax n'était pas une mise en danger.
07:59J'imagine que votre fils aujourd'hui regrette d'être monté dans cette voiture et effectivement, il y a plein
08:05de flou dans cette affaire sur les circonstances exactes du tir ou des tirs.
08:10On n'est pas totalement sûr qu'il n'y a eu qu'un seul tir.
08:12Ça, normalement, on devrait pouvoir le savoir.
08:16Là, pour l'instant, vu que notre plainte est classée sans suite et sur la partie accusation, on vient du
08:24coup de nous refuser clairement toute la demande d'acte, quasi toute la demande d'acte que nous avons demandé,
08:33dont le visionnage de l'ensemble des vidéos.
08:36Oui, parce qu'il y a une enquête qui se poursuit, c'est celle qui est menée contre les trois
08:42adolescents qui étaient présents dans ce véhicule, dont votre fils, avec des charges lourdes, recel de vol, complicité de refus
08:51d'obtempérer, tentative de meurtre sur fonctionnaire de police.
08:54Cette enquête-là se poursuit, mais vous n'y êtes pas intégrée. La justice ne vous entend pas.
09:00Oui, la justice ne nous entend pas et surtout ne répond pas à nos demandes d'acte.
09:06Tout simplement, quand on vous accuse de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique, quand même, que
09:14vous restez témoin d'insister, ça veut dire que même en tant que passager, vous n'êtes pas mis hors
09:17de cause.
09:18Donc, on fait des demandes d'acte, logiquement, pour pouvoir vous défendre.
09:22C'est-à-dire que ce qui va être au cœur de cette défense, c'est quand même de savoir
09:25où se trouvaient les policiers et de savoir si réellement le véhicule a foncé sur ce policier.
09:32Et là, on nous dit non, mais on vous refuse totalement de visionner les véhicules parce que nous ne sommes
09:39pas là pour juger du tir du policier.
09:44Alors, là, je tombe des nues parce que cet argumentaire, vous voyez aussi, on voit bien que tout est réfléchi
09:50à charge.
09:51Sauf qu'à un moment donné, normalement, dans la justice, une enquête doit être menée à charge et à décharge
09:57et doit nous donner les possibilités de défense.
10:00Et aujourd'hui, totalement absent.
10:02Et donc, face à ce refus là qui vous est fait, vous avez donc décidé avec votre avocate, je crois,
10:08de déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile.
10:11C'est ça ? C'est pour qu'il y ait aussi une enquête à décharge et que les circonstances
10:16soient éclaircies.
10:17C'est ça ? C'est pour avoir droit en fait aussi à la vérité, avoir accès au dossier, à
10:21pouvoir vous défendre.
10:24Oui, surtout sur la plainte à la constitution de partie civile, c'est surtout que les personnes, toutes les personnes,
10:32prennent leurs responsabilités.
10:33C'est-à-dire autant le policier, autant que le conducteur, parce que nous avons renouvelé aussi notre plainte à
10:39l'encontre du conducteur pour mise en danger.
10:43Derrière, c'est effectivement pour mettre en lumière la vérité.
10:48Aujourd'hui, on a besoin de connaître la vérité sur ce qui s'est passé.
10:50Et que chaque personne puisse prendre sa responsabilité.
10:55Très bien. Alors, il y a une particularité aussi dans ce dossier, c'est que, Ludovic, je vais vous interroger
11:04et vous donner la parole.
11:05Vous êtes, vous, policier municipal.
11:08On sait que, donc, policier municipal, mais aussi moniteur en maniement des armes.
11:15Donc, la question de l'usage des armes, vous la maîtrisez, vous la connaissez.
11:21Comment, en expert de cet usage des armes, est-ce que vous comprenez, vous, le fait que ce policier ait
11:29fait feu pour tenter d'arrêter cette voiture dans laquelle se trouvait Jules ?
11:34Non, pas du tout.
11:37Déjà, moi, j'ai passé au niveau militaire à l'instructeur tir, déjà au niveau de l'armée.
11:46J'ai deux moniteurs de tir au niveau des armes d'épaule, l'armes de poids.
11:51Et ensuite, l'instructeur PIB.
11:55C'est nous, les moniteurs, qui formons, donc, pour bien préciser mon point de vue technique, je dis tout ça.
12:05C'est nous, les moniteurs, qui, sur les jeunes recrues, nous effectuons une évaluation sur les tirs, sur les maniements,
12:13sur la mise en sécurité, sur les mises en situation, ainsi que sur le cadre légal.
12:17Donc, voilà, au niveau de ma spécialité.
12:22Donc, le tir, pour moi, n'était pas nécessaire.
12:26D'une part, j'ai été formé dans une école de gendarmerie, par rapport au moniteur.
12:33On nous a toujours inculqué qu'on n'arrêtait pas un véhicule en tirant dessus.
12:38Et là, qui plus est, on me fait sur un passager.
12:43Les policiers avaient un moyen de se soustraire au véhicule.
12:47Alors, ils avaient le véhicule à visuel pour une distance de plus de 200, entre 200 et 300 mètres.
12:55Donc, ils étaient protégés sur les côtés par des véhicules, ainsi que par des reprins sans grade, avec des jardinières.
13:05L'utilité de tirer sur les véhicules pour le stopper, aucune utilité du tout.
13:12C'est vraiment la légalité de ce tir et la légitimité de ce tir que vous remettez en cause.
13:21Voilà. Surtout qu'au niveau du tir, il n'y a aucun barrage physique qui est étendu.
13:28Il y a juste un stop-sic qui est jeté ou posé, parce que là aussi, les termes ne sont
13:34pas claires sur les rapports.
13:37Pour stopper le véhicule, c'est un dispositif qui sert spécialement à ça.
13:42Avoir une crevaison lente, pour que le véhicule puisse être toujours contrôlable par le conducteur et pouvoir s'arrêter.
13:51Et aucun barrage physique, aucun geste réglementaire par les agents en tenue à l'endroit du tir.
14:00Donc, il y a un sachant que le tireur prend un jour le véhicule.
14:08Un des trois, trois policiers qui sont sur le plan 7, prend un jour le véhicule depuis plus de 200
14:14mètres.
14:14Donc, un tir réflexe, c'est une volonté, pour moi, c'est une volonté de tirer.
14:21Ok.
14:24Vous êtes donc policier municipal.
14:26On sait que dans ce genre d'affaires, la parole de ceux qui mettent en cause la police est souvent
14:31mise en doute,
14:33que l'institution elle-même se mobilise pour protéger ses agents, parfois contre l'évidence.
14:41Dit plus simplement, dans la police, en gros, on se serre les coudes.
14:45Est-ce que vous n'avez pas peur d'éventuels représailles, après votre témoignage et les mises en cause que
14:51vous faites ?
14:53Non, pas du tout.
14:55Les représailles, les représentations, je vous espère qu'elles ne seront pas physiques, ni politiques, ni toute autre oppression.
15:05Par le biais de l'anonymat, justement, je reste dans mon devoir de réserve par rapport à ma profession.
15:14A savoir que depuis les événements qui se sont passés le 12 janvier,
15:21les contacts que j'avais au niveau professionnel, au niveau de la police nationale,
15:25ont été terminés de leur part.
15:30Aucun contact.
15:32Donc, leur choix a été fait de protéger leurs collègues,
15:37sans faire un distinguo par rapport à la situation.
15:43Donc, je ne représente aucun moteur de représailles et de quoi que ce soit.
15:50Ce sont les policiers qui sont mis en cause, qui sont intervenus ce jour-là ?
15:56Vous les connaissez ? Ce sont des fonctionnaires comme vous, vous les connaissez ?
16:02J'en connais certains.
16:05J'en connais certains.
16:05La patiente qui aurait tiré, je ne le connais pas du tout, ni de vue.
16:11J'en connais d'autres qui sont dans des programmes anti-criminalités.
16:15qui, eux, sur cette intervention, ont été très professionnels.
16:21Il n'y a rien à dire sur leur intervention.
16:29C'est vraiment simplement la légitimité de ce tir qui aurait pu tuer Jules.
16:38On en est bien conscient.
16:39On a publié des photos de ces blessures dans l'humanité.
16:44On voit qu'il a une cicatrice très impressionnante, là, au niveau du bas du cou, du thorax.
16:50Quand on voit cette cicatrice, vraiment, on comprend que c'est un miraculé,
16:53qu'il aurait pu perdre la vie du fait de ce tir.
16:57Donc, c'est vraiment la légitimité de ce tir.
17:00Pas de l'intervention policière face à un véhicule qui roule très vite, qui refuse de s'arrêter.
17:07Mais c'est l'utilisation de cette arme.
17:10C'est ça qui vous pose problème ?
17:12Complètement, oui.
17:14Dans la situation où a été effectué le tir,
17:21ça n'aurait de toute façon, même s'il y aurait eu un tir autre que ce qui s'est
17:30passé,
17:31ça n'aurait pas stoppé le véhicule.
17:33Et au contraire.
17:34Et après, ça reste quand même des professionnels.
17:38Ceux qui ont des séances de tir,
17:40qui doivent être conscients des situations,
17:43d'évaluer les situations,
17:45à savoir que derrière le véhicule, justement, il y avait déjà ses collègues,
17:51ainsi que des véhicules, on va dire des véhicules civils,
17:56qui étaient bloqués par un autre véhicule de police.
18:00Si le tir n'aurait pas raté le véhicule,
18:03il y a un dommage pro latéral,
18:05justement, qui fait partie de l'usage des armes qu'il faut prendre en considération.
18:11Il y a un système mémotechnique, très rapidement,
18:15que nous, on nous a appris à gendarmerie,
18:20puisque à l'école de formation,
18:23c'est le M, c'est le mémotechnique,
18:26pour la défense défense.
18:27Le A, c'est l'atteinte.
18:29Le M, c'est la menace.
18:30Le E, c'est l'environnement.
18:33Donc, on prend la considération également de l'environnement,
18:36avant de faire l'usage, l'usage violent.
18:40Voilà.
18:42C'est l'éterne qui parlez.
18:44D'accord. Très bien.
18:46Alors, je reviens à vous, Marie.
18:49On entend aujourd'hui, la justice est très largement mise en cause
18:52dans une toute autre affaire, l'affaire Liana.
18:55Vous avez évidemment entendu parler de ce scandale.
18:59Est-ce que vous faites confiance à la justice dans cette procédure,
19:04dans la procédure qui vous concerne et concerne votre fils,
19:08pour faire la lumière sur cette affaire ?
19:10Là, aujourd'hui, c'est-à-dire que notre avocate,
19:14jusqu'à vendredi, jusqu'à ce qu'on reçoive le courrier,
19:16nous disait d'avoir confiance à un juge d'instruction.
19:19Et là, aujourd'hui, sincèrement, au vu de tout ce qu'on vient de vivre,
19:25je peux dire qu'aujourd'hui, je n'ai absolument plus confiance.
19:28Et je parlerai même dans notre cas,
19:29et dans le cadre des violences policières,
19:32de violences institutionnelles.
19:35Parce que derrière, ça ne s'arrête pas là.
19:37C'est-à-dire que vous recevez des recommandés,
19:39vous êtes obligés d'amener votre fils à des expertises humiliantes,
19:44avec des médecins qui l'ont humilié en rapport avec son poids.
19:48Derrière, vous recevez des courriers moralisateurs
19:51pour vous expliquer qu'à un moment donné, on classe son suite
19:54parce que vous ne vous rendez pas compte de la gravité des faits.
19:59J'ai l'impression, à un moment donné, qu'aujourd'hui, c'est une justice à deux vitesses.
20:05D'un côté, la plainte déposée par les policiers avance à une rapidité impressionnante.
20:11Et nous, on est tout le temps, on est encore sur le banc d'en train d'attendre.
20:19Donc là, c'est la participation de partie civile.
20:21Aujourd'hui, on n'a pas encore de retour.
20:23Qu'est-ce qu'il a subi exactement, votre fils, dans ses examens médicaux ?
20:26J'imagine que c'était pour expertiser un peu sa situation, l'évolution de ses blessures, les conséquences de cette
20:33blessure.
20:34Et vous dites qu'on l'a attaqué sur son poids ?
20:38Non, derrière, effectivement, ce n'est pas du tout pour l'évolution de ses blessures.
20:41C'était dans la partie accusation.
20:44Donc, une expertise psychiatrique qui a été faite, dans laquelle il a passé 45 minutes à se faire humilier concernant
20:54son surpoids, concernant sa dyspraxie.
20:57Franchement, mon fils a gardé énormément son calme.
21:00Et je ne sais pas comment il l'a fait, parce que ça serait moi, sincèrement, je n'aurais pas
21:04pu voir.
21:06Vous étiez présente à ce moment-là ?
21:08Non, on n'a pas le droit de son expertise.
21:11C'était derrière la porte que j'ai tout entendu.
21:15D'accord.
21:16Donc, vous savez un peu quelle a été la nature des échanges.
21:20Très bien.
21:21Alors, on sait que dans ce type d'affaires, ce qu'on appelle des affaires relatives à des refus d
21:28'obtempérer,
21:28donc quand il y a un véhicule qui refuse de se stopper à la demande de policiers,
21:34il y a eu un basculement législatif avec la loi Cazeneuve de 2017 dans le traitement de ces dossiers par
21:42la police.
21:44De fait, ce texte, on le constate, ce sont des chiffres assez précis et a permis aux agents de faire
21:51feu si les occupants des véhicules sont susceptibles.
21:55C'est le terme utilisé susceptible de perpétrer des atteintes à l'intégrité physique.
21:59Ça a été interprété par certains comme une forme de permis de tuer, visiblement,
22:04puisque le nombre de personnes abattues dans ces circonstances a été multiplié par 5 avec 35 tués depuis 2017.
22:13Jules aurait, on l'a vu, aurait pu s'ajouter à cette liste.
22:17Qu'est-ce que ça vous inspire, ça, ce texte et cette forme de permis de tuer qui a été
22:22donnée à certains policiers ?
22:24Tout simplement, c'est une loi qui banalise l'usage de l'arme.
22:29Et effectivement, le nombre de morts ne risquent pas de s'arrêter.
22:33Alors oui, arrêter le véhicule, comme on l'a vu, un des policiers a quand même sorti le stop-stick.
22:39On savait très bien qu'avec une crevaison lente, quelques mètres plus loin, le véhicule aurait été arrêté.
22:43C'est d'ailleurs ce qui s'est passé.
22:45Et moi, ce qui m'énerve aussi, c'est qu'on amalgame l'ensemble des occupants du véhicule.
22:51À quel moment un passager a une action directe sur le véhicule ?
22:55C'est-à-dire que lui, il n'a fait que dire, lui demander de s'arrêter, de s'arrêter,
22:59de s'arrêter.
23:00Et derrière, ce qui se passe, c'est qu'il prend une balle, alors que lui n'était pas en
23:05accord avec ses refus d'autempérer.
23:09Et derrière, on trouve normal finalement qu'il ait pris une balle.
23:16Ils sont tous un peu mis dans le même sac, ces trois jeunes qui étaient dans ce véhicule.
23:22Écoutez, merci beaucoup d'avoir accepté de témoigner.
23:26Dans nos colonnes, l'article est en ligne sur notre site, dans le quotidien de ce mardi.
23:35Merci beaucoup d'avoir accepté de parler de tout ça.
23:38C'est une affaire douloureuse pour vous, on le sait, on l'imagine, douloureuse pour Jules.
23:43Mais on espère que la justice va vous entendre et faire la lumière sur tout ça.
23:46Et voilà, merci à vous.
23:48Merci à vous.
23:50Au revoir, merci.
23:56Sous-titrage Société Radio-Canada
23:59Merci à vous.

Recommandations