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  • il y a 9 heures
Le président des États-Unis a réuni samedi une douzaine de dirigeants latino-américains à Miami, pour un sommet baptisé « Bouclier des Amériques ». Lors du sommet, il a multiplié les déclarations offensives sur Cuba, qui « vivait ses derniers moments ». Décryptage avec Cathys Dos Santos.

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Transcription
00:00Donald Trump va-t-il mettre ses menaces contre Cuba à exécution ?
00:03Le président des États-Unis a réuni de 7 mars une douzaine de dirigeants latino-américains à Miami
00:08pour un sommet baptisé Bouclier des Amériques.
00:10Lors de ce sommet, il a encore multiplié les déclarations offensives sur Cuba
00:15qui, selon lui, vivaient ces derniers moments.
00:18Alors, je disais que Donald Trump a assuré que Cuba vivait ces dernières heures
00:22et qu'il allait s'en occuper, évidemment, je mets des guillemets.
00:25Cathy, est-ce qu'il faut prendre ces déclarations au sérieux ?
00:27J'ai l'impression que c'est la même question que je pose à chaque fois que Trump dit une
00:30dinguerie,
00:30mais là, c'est quand même des menaces, on a l'impression, de plus en plus agressives, concrètes.
00:35Comment faut-il comprendre, analyser ces déclarations de Donald Trump ?
00:40Je crois qu'il faut prendre très au sérieux les menaces de Donald Trump,
00:44même si c'est vrai que depuis son investiture, il y a désormais plus d'un an,
00:48on a assisté à des déclarations fracassantes, à l'emporte-pièce,
00:52parfois des coups de menton, à des élicubrations et parfois même des divagations.
00:56C'est très difficile quand on est journaliste de restituer,
00:59parce qu'on a l'impression d'une pensée qui n'est pas cohérente.
01:03Il n'empêche, il y a eu des passages à l'acte.
01:05On l'assiste là actuellement en Iran et de manière extrêmement grave.
01:10Il y a déjà eu des passages à l'acte en Amérique latine.
01:13Au Venezuela.
01:13Le 3 janvier, le président vénézuélien Nicolas Maduro a été enlevé.
01:19Il est depuis séquestré aux États-Unis.
01:21Sa première comparution, donc enlevé parce qu'une menace pour la région,
01:27parce qu'il serait à la tête du cartel de los Soles.
01:31Or, ce cartel n'existe pas de la vie même de la justice états-unienne.
01:36Donc passage à l'acte, il y a depuis un blocus énergétique a été imposé à Cuba
01:43qui vient considérablement renforcer le blocus économique, commercial et financier
01:49que subit Lille depuis 60 ans.
01:52Il ne faut pas perdre de vue que Donald Trump, c'est aussi l'homme
01:55qui est venu renforcer tout l'arsenal juridique des lois Helms-Burton et Torricelli
02:00en imposant 243 autres mesures.
02:02C'est lui qui a fait inscrire Cuba lors de son premier mandat sur la liste
02:06des États soutenant le terrorisme afin de dissuader des investisseurs potentiels sur Lille.
02:14Donc oui, les menaces sont à prendre extrêmement au sérieux.
02:17Tu rappelais le blocus économique que subit Cuba,
02:22le renforcement du blocus économique que subit Cuba depuis plusieurs semaines.
02:26On en avait longuement discuté avec Luis sur les conséquences que ça avait.
02:30Quelle est la situation aujourd'hui sur Lille ?
02:32Je me rappelle que quand Luis était venu nous en parler,
02:34c'était en fait il y a quelques heures d'électricité par jour,
02:37les réserves de pétrole sont quasiment éteintes.
02:40Aujourd'hui, comment vit Cuba ?
02:43Quelle est la situation sur Lille alors que le blocus économique est en place ?
02:50Malheureusement, la situation ne s'est pas améliorée.
02:52Elle s'est même considérablement aggravée.
02:55Ce qu'on appelle les appagones, c'est-à-dire ces coupures d'électricité
02:57durent parfois jusqu'à 48 heures.
03:01Les autorités ont été contraintes de prendre des mesures extraordinaires
03:06pour faire face à cette crise énergétique sans nom,
03:10avec des centres scolaires fermés,
03:14un rationnement bien évidemment du pétrole.
03:17Tout ça a un impact aussi sur la santé des Cubains,
03:20parce que forcément, il y a des machines qui ne fonctionnent plus.
03:23Un hôpital sans électricité, c'est compliqué.
03:25Exactement, exactement.
03:26C'est pourquoi les autorités cubaines, mais pas seulement,
03:29on parle d'actes génocidaires,
03:31parce qu'on est en train de tuer un peuple à petit feu.
03:36Ça fait 60 ans que ça dure.
03:38Les Cubains, de la vie même des Cubains,
03:39c'est que cette crise est encore plus considérable
03:42que celle de la période spéciale,
03:44lorsque l'URSS et les pays de l'Est s'étaient écroulés,
03:47avec lesquels Cuba a commercé beaucoup.
03:50Et du jour au lendemain, la Grande-Île s'est retrouvée
03:52avec une chute de son PIB de 35%,
03:54ce qui est considérable.
03:56Donc cette période spéciale avait impliqué énormément de difficultés.
04:01De la vie même des Cubains,
04:03la période est encore plus grave qu'à cette période-là.
04:06Je commençais à parler dans l'introduction
04:08de ce nouveau sommet de Donald Trump,
04:11le bouclier des Amériques.
04:12Donc c'est au cours de ce sommet qu'il a de nouveau prononcé
04:15ses menaces contre Cuba.
04:16Qu'est-ce que c'est que ce nouveau sommet ?
04:18– Je ne trouve pas que ça va dire une nom d'opération militaire,
04:21– Oui, bouclier des Amériques, c'est un peu étrange.
04:24– Oui, c'est un peu étrange.
04:25Bon, c'est la première fois que cette coalition se réunit.
04:31Elle se réunit sur des bases éminemment idéologiques.
04:33D'abord, elle s'est réunie dans une des résidences privées
04:37de Donald Trump en Floride.
04:40donc fief des Républicains et puis fief historique de l'anticastrisme,
04:45ce n'est pas pour rien, avec des représentants de gouvernement
04:48et des présidents criés sur le volet.
04:50Pourquoi je dis idéologiques ?
04:52Parce qu'il a réuni tout ce que l'Amérique latine compte d'extrême droite,
04:57de réaction, d'illibéralisme.
04:59Il y avait le président argentin Javier Millet,
05:02il y avait José Antonio Castro, le président chilien.
05:05– Qui a été investi hier d'ailleurs ou avant-hier, je ne sais plus.
05:07– Demain, il y avait Naïb Boukele qui lui-même se présente
05:12comme le dictateur le plus cool du monde,
05:16dont le pays vit un état de siège dingue
05:18et que Trump donne pour modèle de lutte contre le cartel.
05:23Bref, donc tout ce beau monde était réuni en mettant de côté
05:28tout un tas d'États qui sont pourtant éminemment importants dans la région.
05:32– Le Mexique.
05:33– Le Canada déjà, avec lequel Trump ne cesse d'avoir…
05:37des tensions autour des droits de douane.
05:39Le Mexique de Claudia Sheinbaum, gouvernement de gauche.
05:42– Progressiste.
05:43– Gustavo Petro de la Colombie et le pays continent,
05:47quel Brésil, présidé par Lula qui est aussi un président de gauche.
05:51Donc des bases éminemment idéologiques.
05:53Quand on regarde de plus près, selon la phraseologie du département d'État,
05:57c'était un sommet, une coalition historique
06:00qui a pour but de promouvoir la liberté, la démocratie, la prospérité.
06:05Bon, ça on va dire, c'est le jargon traditionnel.
06:07Là où c'est plus intéressant, d'abord la nature même des gouvernements
06:11représentés, à savoir l'extrême droite et la droite la plus réactionnaire
06:15d'Amérique latine, donne la tonalité des alliances qui se nouent.
06:21Là où c'est intéressant de regarder, c'est que ce sommet avait pour but également
06:27de freiner, selon le jargon des États-Unis, on s'entend bien,
06:32les ingérences étrangères, combattre le narcotrafic et l'immigration massive illégale.
06:41Bon, on a toutes les entières de l'extrême droite la réunies là-dessus.
06:45En fait, c'est d'une pierre, j'ai envie de dire, trois coups, à la fois, bon,
06:51fortifier une sorte d'alliance brune, c'est isoler les gouvernements de gauche,
06:59c'est faire main basse sur un certain nombre de pays, et notamment de ses richesses,
07:03et c'est vrai, Venezuela, Antenne, et aussi ne jamais perdre de vue,
07:09essayer de contrecarrer l'influence très importante de la Chine dans la région,
07:14qui s'est déjà traduit par toute une série de mesures.
07:17Trois responsables du gouvernement chilien ont vu leur visa américain révoqué
07:23parce qu'il était question d'un projet de câble de sous-marins à fibre optique
07:28reliant le Chili à Hong Kong.
07:30C'est vrai aussi au Pérou, où il y a déjà eu des menaces contre le gouvernement
07:34parce qu'il était question d'une cession d'un port très important construit par la Chine,
07:40et évidemment le canal de Panama qui a aussi subi des foudres de Donald Trump
07:44parce que la présence chinoise.
07:48Il y a une question d'un instant dans le chat.
07:51Y a-t-il des pays qui organisent une aide humanitaire à destination du peuple cubain ?
07:54Est-ce que la solidarité internationale commence à s'organiser autour de Cuba ?
07:59Parce que l'ONU dénonce le blocus de Cuba, c'est en termes de droit international,
08:05c'est contraire au droit international, le blocus de Cuba.
08:09Est-ce qu'il commence à y avoir une solidarité un petit peu concrète
08:13au-delà des condamnations, des paroles, etc. ?
08:16Est-ce qu'il y a une solidarité internationale qui commence à se mettre en place pour Cuba ?
08:19Oui, il est question même d'une flottille qui partent...
08:21C'était ça que vous l'utilise ?
08:22Il est question qu'une flottille parte là-bas pour essayer de casser l'isolement.
08:28Mais je crois que c'est très important dans le langage de faire attention.
08:33Ce n'est pas Cuba qui est isolé.
08:36C'est-à-dire Donald Trump, son administration, cherche effectivement à y isoler Cuba,
08:41à l'étouffer, à l'asphyxier, dans l'espoir que le peuple se soulève et renverse les autorités.
08:48Mais il faut savoir que depuis plus de 30 ans, une écrasante majorité des pays à l'ONU
08:56exigent la levée du blocus.
08:58Malheureusement, cette résolution qui est votée est non contraignante.
09:02Il y a des États qui essayent de contourner.
09:04C'est vrai de la Chine, c'est vrai du Vietnam, c'est vrai de l'URSS, c'est vrai
09:07aussi du Chili,
09:08c'est vrai aussi du Mexique, ce qui a valu des foudres terribles contre Claudia Schenbaum.
09:12Et puis il y a tout un tissu d'organisation solidaire avec Cuba
09:17qui, depuis des décennies, agissent et envoient de la solidarité, du matériel concret, matériel médical, etc.
09:25C'est vrai aussi de syndicats, je pense à la CGT, c'est vrai aussi du Parti communiste français
09:29qui, il y a encore trois semaines, organisait des rassemblements un peu partout en France.
09:33Donc il y a une tentative de briser ce blocus qui, je le rappelle, est d'abord terrible pour le
09:40peuple cubain,
09:41mais aussi terrible pour quiconque cherche à commercer avec Cuba.
09:46Il y a des banques françaises, je pense à BNP Paribas, qui s'est vu infliger une amende de 11
09:52milliards.
09:53Quand on parle d'un blocus illégal, c'est qu'en fait, il a un caractère extraterritorial
10:00qui est totalement contraire au droit international.
10:03Je vais te lire une réaction du président cubain Miguel Diaz-Canel
10:08en réponse à ce fameux sommet dont tu commençais à parler.
10:12Le petit sommet réactionnaire et néocolonial de Floride,
10:14convoqué par les États-Unis avec la participation de gouvernements de droite d'Amérique latine,
10:18engagent ceux-ci à accepter l'usage létal de la force militaire américaine
10:22pour résoudre des problèmes internes ainsi que pour assurer l'ordre et la tranquillité de leur pays.
10:27Je fais le lien avec ce que tu disais juste avant, tu parlais de guerre contre le narcotrafic.
10:31C'est vrai que la lutte contre la drogue, la lutte contre le narcotrafic
10:35est utilisée par les États-Unis pour justifier de leurs interventions militaires.
10:40Tu disais, c'est ce qui s'est passé au Venezuela, etc.
10:42Est-ce que là, ce nouveau sommet, c'est l'étape encore supplémentaire ?
10:46Est-ce qu'après ce nouveau sommet, les États-Unis vont se sentir encore plus libres
10:50d'intervenir militairement en disant, oui, c'est pour lutter contre le narcotrafic,
10:55c'est pour lutter contre ce cartel ?
10:56Est-ce que c'est une étape encore supplémentaire ?
10:58Alors malheureusement, les États-Unis se sont toujours sentis libres
11:02d'intervenir en Amérique latine au nom de la fameuse doctrine Monroe
11:06qui avait vu le jour à la moitié du XIXe siècle,
11:10qui était, dès lors que les États-Unis considéraient que leurs intérêts économiques
11:17étaient en danger, ils avaient donc la pleine et entière liberté d'intervenir.
11:22Ils ne se sont jamais privés de le faire depuis lors.
11:26On est en plein dans la stratégie, la nouvelle doctrine mise en place par Trump
11:33édité en décembre, de stratégie de sécurité nationale,
11:39avec un contexte régional qui lui est favorable,
11:42puisqu'on assiste à un cycle électoral qui est en train de porter au pouvoir
11:45un certain nombre de gouvernements d'extrême droite, de droite,
11:49très réactionnaires et affines, finalement, aux ambitions de Trump dans la région.
11:57Donc, on assiste au oui et non. C'est un prétexte.
12:01La lutte contre le narcoterrorisme ou le narcotrafic est un prétexte
12:07qui a été détaillé par les États-Unis depuis très nombreuses années,
12:10déjà dans son intervention au Panama pour faire main basse sur le canal.
12:17On le sait qu'ils ont financé grandement le gouvernement colombien d'Albaro Uribe,
12:22mais qui visait essentiellement à éradiquer les guerrières des Farc et de l'ELN.
12:30En fait, si on veut, si Trump souhaitait vraiment lutter contre le narcotrafic,
12:35qui est un vrai problème, attention, il ne faut surtout pas se méprendre sur mes propos,
12:40qui est un véritable fléau pour les pays qui le subissent,
12:46on s'attaquerait aux racines du mal.
12:48On parle du Venezuela, de l'enlèvement de Nicolas Maduro,
12:51mais le Venezuela n'est pas un pays producteur de drogue.
12:54À la limite, ça peut transiter par le Venezuela, mais en aucun cas non.
12:58On sait qui ils sont, c'est au Pérou, on sait que c'est aussi en Équateur,
13:03et c'est là où il faudrait intervenir à la source.
13:08Et puis surtout, régler aussi le problème aux États-Unis,
13:11parce que le premier marché de cette drogue, ça reste les États-Unis.
13:15Et pour cela, il faudrait développer des grandes politiques sanitaires publiques
13:20afin d'enrayer les niveaux d'addiction qui sont absolument dingues.
13:25Je rappelle aussi également qu'au même moment où on enlève Nicolas Maduro,
13:30au prétexte donc qu'il est chef d'un cartel qui n'existe pas,
13:35quand même sans rendre compte de la situation absolument effarante dans laquelle on est,
13:40Trump décide de gracier Juan Hernández,
13:44qui était l'ancien président du Honduras,
13:48qui a été inculpé et qui purgeait une peine de 45 ans de prison aux États-Unis
13:56pour trafic de drogue et l'a avéré.
13:59Et c'est Trump qui l'a gracié.
14:00Donc on est vraiment dans un vaste écran de fumée
14:04dans lequel il faut surtout lever le voile.
14:08Ce que je trouve plus dangereux,
14:09parce que je ne sais pas si on va rester encore un peu de temps ici.
14:14Tu as le mot de la fin, Cathy.
14:16J'ai le mot de la fin.
14:17Il y a la gravité des propos et des actions de Trump,
14:20mais ce que je trouve plus grave encore aujourd'hui,
14:23c'est la passivité d'un certain nombre de chancelleries.
14:26Passivité de chancelleries à commencer par le Quai d'Orsay en France,
14:30qui sont dans une sorte, soit dans le meilleur des cas,
14:33d'attentisme ou de suivisme, soit de vassalisation totale.
14:37Or, ce que fait Trump en Amérique latine,
14:41mais pas seulement, on le voit aussi en Iran,
14:43c'est une attaque frontale contre le droit international.
14:46C'est l'imposition de la loi du talion
14:48qui risque de précipiter le monde dans une guerre
14:52dont nous n'avons pas vu ni la fin,
14:55ni le commencement de conséquences absolument gravissimes.
15:00Merci beaucoup, Cathy, pour cet éclairage sur le Cuba,
15:04sur les déclarations de Trump et sur ce nouveau sommet.
15:07Cathy Dos Santos, rédactrice en chef de l'humanité.
15:10Tu as été spécialiste de Cuba et de l'Amérique latine.
15:12Maintenant, tu es un peu...
15:14Pendant 15 ans.
15:15Merci beaucoup, Cathy.
15:16Merci à toi, Théo.
15:17Bonne journée, bon travail.
15:18...

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