00:00L'assassinat à caractère terroriste d'Ishem Mirawi à Puget sur Argent,
00:05l'assassinat islamophobe d'Abou Bakar Sissé dans la mosquée de la Grand Combe
00:10et il y a quelques mois, le meurtre raciste,
00:13même si la justice ne veut pas à ce stade le reconnaître comme tel,
00:17mais le meurtre raciste dont a été victime Jamel Ben Jabala à côté de Dunkerque.
00:24Ce que l'on constate, c'est que les actes contre les Noirs, les Arabes, les musulmans
00:29sont des actes qui sont en hausse, très clairement, ces dernières années.
00:34On le voit à travers les chiffres recensés par le ministère de l'Intérieur
00:38et à travers toute une série d'autres indications,
00:41parce que les chiffres recensés sont des chiffres qui ne correspondent pas à la totalité des actes de haine
00:47puisqu'il faut que ce soit des actes qui aient été déclarés,
00:51qui aient fait l'objet d'une plainte ou d'une procédure judiciaire.
00:54Donc on sait qu'il y a une très forte sous-déclaration,
00:56mais nous, ce que l'on constate par exemple dans nos permanences juridiques,
01:01c'est qu'il y a une augmentation très forte du nombre d'appels que nous recevons,
01:06plus 60, plus 70%.
01:08Et surtout, ce qui est plus inquiétant encore d'une certaine façon,
01:12c'est qu'il y a des capes qui ont été franchis.
01:14Et ce que l'on voit, c'est que les actes les plus violents,
01:17eh bien, à nouveau, se multiplient.
01:20On a eu toute une série de crimes racistes, de crimes de sang,
01:23et donc on voit bien qu'au-delà du nombre d'actes,
01:27ce qui est sans doute symptomatique,
01:29c'est qu'on est entré à nouveau dans une phase de crimes racistes
01:33et de crimes au sens de crimes de sang.
01:38Je pense que la hausse du nombre d'actes de racisme
01:43est une hausse qui s'explique par une très très forte dégradation du débat public.
01:47On voit bien comment ces dernières années,
01:49il y a eu, et singulièrement ces derniers mois,
01:51la structuration médiatique d'un discours quasiment faisant la promotion de la haine,
01:56on peut voir à travers toute une série de médias,
01:58on peut penser évidemment aux médias du groupe Bolloré,
02:00sans aucun doute, de façon tout à fait certaine,
02:03mais ça va bien au-delà.
02:04On voit bien qu'il y a une forme de malveillance dans la presse conservatrice,
02:08dans la presse de droite de façon générale,
02:11où tout est prétexte à expliquer qu'il y a un problème avec les Noirs,
02:13les Arabes, les Musulmans et les étrangers,
02:15et qu'on serait quasiment dans une forme de danger civilisationnel,
02:20même si des titres de presse vont prendre plus de pincettes que les autres.
02:25Le deuxième élément, c'est que la parole politique est une parole
02:29qu'il a aussi jusqu'au plus haut niveau de l'État.
02:31On peut le voir avec des personnes comme M. Retailleau,
02:34sont des paroles qui vont être des paroles de malveillance,
02:37des paroles très agressives.
02:38On se souvient de ce « abat le voile » de M. Retailleau,
02:43ou de ses multiples sorties consistant à venir exciter les Français
02:49autour de la figure des étrangers, des sans-papiers, des gens sous OQTF.
02:53Et donc, il y a une dégradation du débat public
02:55qui est beaucoup liée aussi à la force, aujourd'hui électorale,
03:01et donc de la présence médiatique de l'extrême droite avec le RN,
03:05avec Zemmour, etc., et d'un suivisme des différentes forces politiques,
03:09et notamment évidemment de droite, qui aujourd'hui, par exemple,
03:12en matière migratoire, sont quasiment totalement alignées
03:17sur le programme historique du Rassemblement national
03:20qui est orienté autour, construit autour de la préférence nationale.
03:30Et on peut très bien avoir, par exemple, l'assassinat
03:33dont a été victime Aboubakar Sissé à la mosquée de la Grande Combe,
03:38avoir pendant quelques jours toute une série de débats
03:40sur l'excitation anti-musulmane de ces derniers temps,
03:44de ces derniers mois, de ces dernières années.
03:46Ça va durer quelques jours, et un mois après,
03:49on a un rapport sur les frères musulmans
03:52qui va de nouveau exciter l'opinion publique
03:56contre les musulmans, avec des choses totalement ahurissantes
04:00dans l'exploitation de ce rapport,
04:03sans que l'on fasse de relation entre cette excitation-là
04:08et les crimes dont on avait dit pourtant quelques semaines plus tôt,
04:12qu'ils étaient peut-être dus à des paroles
04:14qui étaient des paroles de stigmatisation.
04:16Et on voit bien, par exemple, à Puget sur Argent,
04:18il y a une fenêtre médiatique qui s'est ouverte.
04:22Aujourd'hui, elle est à peu près totalement refermée.
04:25Et donc, il y a une forme de gestion ponctuelle de l'émotion
04:29qui ne vient jamais interroger, plus généralement, structurellement,
04:33la façon dont le débat public est organisé.
04:36Et il faut dire qu'en cela, c'est aidé par l'absence de hauteur
04:41de toute une série de responsables politiques,
04:44d'intellectuels dans le pays,
04:46mais aussi du fonctionnement médiatique.
04:48Et c'est pour cela qu'au-delà de la réaction des institutions,
04:50il y a la nécessité pour les citoyens de réagir,
04:54de s'engager, d'interpeller et de construire des rapports de force
04:57qui viennent un peu obliger les politiques à dire
04:59effectivement, on ne peut pas laisser passer
05:02et on est obligé d'agir parce que les citoyens,
05:05dans une certaine mesure, nous le demandent.
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