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  • il y a 9 heures
L’ancien Premier ministre Lionel Jospin est décédé à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille ce lundi 23 mars. Il restera comme la dernière personnalité à avoir essayé de gouverner à gauche, sans pour autant remettre en cause la mondialisation néolibérale. Retour sur sa carrière politique avec Emilio Meslet et Cyprien Caddeo, journalistes au service politique de l'Humanité.

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Transcription
00:01Donc Lunel Jospin est mort, on l'a appris ce matin à l'âge de 88 ans, donc après avoir
00:07été premier ministre, rappelons-le, de cohabitation de Jacques Chirac, entre 1997 et 2002.
00:15Il a été également deux fois candidat à l'élection présidentielle en 1995 et en 2002 qui a signé la
00:22fin de sa carrière politique.
00:25C'est ce que j'ai crié, si vous l'avez en entier, c'est qu'il a symbolisé quelque
00:33chose dans le basculement du Parti Socialiste, Lionel Jospin.
00:36Lui qui vient de l'extrême gauche, il était au départ avec les trotskistes, il a rejoint comme bon nombre
00:41d'ailleurs de trotskistes à l'époque, le Parti Socialiste,
00:44dans une stratégie d'entrisme parce qu'ils avaient identifié l'EPS comme le meilleur véhicule pour arriver au pouvoir
00:51et assurer la transformation du pays.
00:55C'est là aussi un bon nombre de trotskistes se sont perdus ensuite au Parti Socialiste pour devenir des sociodémocrates
01:01bontins.
01:01Ça a pu être le cas de Lionel Jospin.
01:03Il a incarné à la fois, donc c'est ce que je disais, ces tiraillements entre les socialistes au pouvoir,
01:08la recherche du progrès social avec la redistribution des fruits de la croissance.
01:10C'était le cas singulièrement sous le cas de François Mitterrand, où avant d'être ministre de l'éducation nationale,
01:19Lionel Jospin a été premier secrétaire du Parti Socialiste.
01:22C'est à lui que François Mitterrand transmet le parti à la rose lorsqu'il devient président de la République,
01:29mais aussi l'accompagnement du néolibéralisme justifié beaucoup par la construction européenne par l'EPS.
01:37Et donc ce qui a fait aussi monter une forme de mécontentement parmi les classes,
01:42enfin pas une forme, un mécontentement dans les classes populaires,
01:45à une époque singulière à la fin des années 90 de désindustrialisation,
01:50où il y a eu la gauche au pouvoir.
01:52Effectivement, on retient de lui beaucoup les 35 heures,
01:55qui était en réalité la première fracture avec les classes populaires.
01:58Elle n'a pas été comprise par les classes populaires qui n'en voulaient pas forcément de ces 35 heures,
02:05parce qu'ils se demandaient comment c'était possible de réaliser ça.
02:12Ensuite, ça a été détricoté.
02:15Et de l'autre, des vagues de licenciements assez marquantes.
02:22Mettons-les.
02:24C'était notamment le cas, pardon, je l'ai écrit il y a quelques temps,
02:27cette nécrologie, donc je n'ai plus tout exactement en tête.
02:31C'est l'occasion d'ailleurs de vous faire un petit point sur des coulisses.
02:34Une nécro, normalement, on essaye, alors on ne peut pas toutes les écrire,
02:37mais on essaie de les écrire en avance.
02:38Toutes les nécros que vous voyez publiées quelques secondes avant ou après l'annonce de la mort de quelqu'un,
02:43c'est qu'elles ont été écrites en avance, évidemment.
02:45Parce qu'on anticipe.
02:45On anticipe ceux qui sont à des âges où ça peut arriver.
02:52Après, ce n'est pas toujours le cas.
02:53On n'est toujours pas toujours prêts, mais là, on était prêts.
02:55Il se trouve que Lionel Jospin, il a été hospitalisé il y a quelques semaines.
02:59Et donc, on a décidé, on savait que la fin de sa vie était proche.
03:05Donc, on a accéléré le tempo.
03:07Et donc, j'en reviens à ce que je voulais vous dire sur, notamment, les licenciements chez Michelin,
03:12qui était un point de bascule en 1999 du gouvernement de la gauche plurielle.
03:16Parce qu'il arrive au pouvoir pas tout seul.
03:17Lionel Jospin, il arrive avec les écologistes.
03:18Et il arrive aussi avec les communistes.
03:21On a une ministre écolo qui est Dominique Voinet.
03:23On a trois ministres communistes à l'époque.
03:25Marie-Georges Buffet à la jeunesse et au sport.
03:26Jean-Claude Guesso au transport et au logement.
03:29Et Michel Demessine au tourisme.
03:31Donc, c'est ce qui, à l'époque, était qualifié de la Dream Team, qui a été 60% d
03:35'opinion, jusqu'à 60% d'opinion positive.
03:36Ce qui est énorme.
03:38Ce dont rêverait n'importe quel gouvernement aujourd'hui.
03:41Mais il y a un sentiment de trahison.
03:43Parce que Lionel Jospin, lorsque survient Michelin, il dit qu'il ne faut pas tout attendre de l'État.
03:48Et donc, c'est aperçu comme un abandon des travailleurs de chez Michelin qui vont être licenciés.
03:57Et puis, c'est aussi un nombre de privatisations record.
04:01C'est le Premier ministre aujourd'hui à avoir le plus privatisé.
04:04Alors, c'était des privatisations, la plupart du temps, partielles.
04:07Mais n'empêche que, voilà, pour la gauche, ça pouvait être extrêmement compliqué.
04:13Et tout ça a débouché, à la fin, sur une division de la gauche en 2002.
04:19Une gauche plus morcelée que jamais.
04:20Parce que Lionel Jospin n'a pas réussi à la rassembler par sa politique.
04:24Ce n'est pas simplement des gens qui voulaient juste leur ronde-serviette au gouvernement et qui espéraient peser.
04:29Ne serait-ce que le bloc, disons, social-démocrate était divisé.
04:32Donc, on avait Lionel Jospin, on avait Jean-Pierre Chevènement qui lui avait quitté le gouvernement.
04:36Et Christiane Taubira.
04:37On avait Robert Rue pour les communistes.
04:40On avait deux candidatures écologistes, me semble-t-il.
04:45Notamment celle de Noël Mamère, qui, à l'époque, a réalisé le meilleur score qui tient encore des écologistes.
04:50Le seul à avoir dépassé les 5%.
04:52Donc, tout ça a fait que Lionel Jospin a terminé derrière Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac.
04:59Et justement, c'est intéressant parce que, en fait, la question de la mémoire de Lionel Jospin, finalement,
05:04qui nous en reste maintenant, j'ai l'impression que c'est très ambivalent.
05:06Parce que, donc, il y a tout ce que tu racontes, c'est l'homme d'une victoire, c'est
05:09-à-dire celle de 47, celle de la gauche plurielle,
05:11et qui gouverne quand même 5 ans de pays en cohabitation avec Chirac.
05:14C'est 5 ans de gouvernance de gauche.
05:16C'est l'équivalent en temps du quinquennat Hollande, en fait.
05:20Et, par ailleurs, c'est l'homme de la défaite, évidemment, de 2002.
05:23Et on a tous en tête, peut-être, même la marionnette des guignols qui crient « pays de merde ».
05:27Et, évidemment, je me retire de la vie politique.
05:30Et l'exil sur l'Illoré.
05:32Exactement.
05:32Donc, il y a cette image-là.
05:34Et en même temps, il y a effectivement l'homme de la victoire.
05:37Et même, il y a peut-être une nostalgie un peu du quinquennat Jospin, j'ai envie de dire,
05:42mais c'est pas un quinquennat en soi, mais des 5 ans de Jospin par rapport aux 5 ans d
05:46'Hollande.
05:46Parce qu'en fait, quand on est à gauche, on essaie de se dire,
05:48bon, c'est quand la dernière fois qu'on a gouverné ce pays ?
05:50François Hollande, on a du mal à se référer à son mandat,
05:52sauf si on est François Hollande lui-même.
05:55Et, du coup, on se réfère souvent, quand même, aux 5 ans de Jospin,
05:59en disant que c'était pas si mal.
06:00Bon, il y a eu les 35 heures, par exemple.
06:01C'est la dernière fois que la gauche a fait reculer le temps de travail.
06:04Ce qui n'est pas rien.
06:05Elle a littéralement revu le partage entre le capital et le travail.
06:08Voilà. Ce qui n'est quand même pas un petit sujet.
06:09Et quand même, tu as dit, effectivement, ça a pu être mal entendu,
06:11mal compris par les classes populaires à l'époque.
06:13Mais ce n'est quand même pas un petit sujet.
06:16Puisque François Hollande a pu se repousser le temps de travail.
06:20Et donc, voilà, est-ce que...
06:22Comment on peut analyser cette espèce de nostalgie contrariée de Lionel Jospin ?
06:26En fait, Lionel Jospin, c'est l'homme de 2 21 avril.
06:28C'est l'homme du 21 avril 97,
06:30qui est le jour de la dissolution de l'Assemblée nationale,
06:32qui permet l'arrivée au pouvoir de la gauche plurielle,
06:34et de mettre en place, parce que c'est vrai que j'ai cité les réformes sociales,
06:38en tout cas, l'abandon social de Lionel Jospin,
06:42d'une partie de l'industrie.
06:45Mais c'est aussi des victoires,
06:48et pas simplement celles de 98 à la Coupe du Monde.
06:50C'est les avancées sociales, comme la génération...
06:53Enfin, sociale et sociétale,
06:55la généralisation de la police de proximité,
06:58la couverture maladie universelle, le PACS,
07:01l'aide médicale d'État,
07:02le congé paternité,
07:03la loi sur la parité femmes-hommes en politique,
07:06et tu l'as dit,
07:07donc le passage de 39h à 35h.
07:10Oui, donc, il y a un bilan de gauche,
07:12je trouve même, il y a ce que tu as raconté.
07:14Je pense que je le résumerais comme ça.
07:16C'est la dernière fois que la gauche
07:18a essayé de gouverner le pays à gauche.
07:21En tout cas, a essayé de gouverner un peu à gauche.
07:23Tout en faisant des concessions au marché.
07:25Exactement.
07:27Donc, il y a ça, et effectivement,
07:28tu le dis, c'est que même comme ça que je termine,
07:31vous le lirez,
07:32l'article,
07:34c'est qu'il est resté une figure tutélaire
07:36pour la gauche
07:38social-démocrate,
07:40écologiste un petit peu,
07:42en comparaison
07:43avec le bilan Hollande.
07:45Parce qu'en réalité,
07:46même les socialistes
07:47rejettent majoritairement
07:49ce que fut
07:50le gouvernement
07:51Hollande.
07:51Et donc, pour se référer
07:52à une autre figure
07:53qui est celle
07:54de Lionel Jospin.
07:59Et donc, voilà,
08:00c'est lui qui avait soutenu,
08:01rappelons-le quand même,
08:02l'union de la gauche
08:05avec la NUPES.
08:09Tout en, à la fin de sa vie,
08:11reprenant sa distance
08:12avec la figure de Jean-Luc Mélenchon
08:13qui fut son ministre.
08:15Son ministre délégué
08:16à l'enseignement professionnel.
08:18Tout à fait.
08:20Donc, oui.
08:21Donc, voilà,
08:21c'est cette figure,
08:22Lionel Jospin,
08:23qui aujourd'hui,
08:24vous le regarderez,
08:25les réactions,
08:26voilà,
08:26on peut les mettre.
08:28Olivier Faure,
08:29je crois,
08:29a tweeté
08:30depuis,
08:31sur la mort
08:34de Lionel Jospin.
08:35C'est dit
08:44dans l'exercice du pouvoir.
08:45Donc, ça,
08:45c'est une formulation
08:46en général
08:47que les socialistes
08:47usent pour justifier
08:48aussi des renoncements
08:50faits au capital.
08:51C'est la gauche réaliste.
08:52C'est la gauche
08:53qui dit que dans l'exercice
08:53du pouvoir,
08:54on est quasiment obligé
08:54de se renier.
08:56Et voilà,
08:57c'est ce que je vous disais
08:57au tout début.
08:58C'est ce qu'a incarné
08:59de fait Lionel Jospin.
09:02On peut se mettre
09:02la réaction de Jean-Luc Mélenchon
09:03parce que je sais
09:03qu'il a réagi aussi
09:04et c'est intéressant
09:06puisque précisément,
09:06c'est un ancien camarade
09:08de route
09:09de Lionel Jospin.
09:11Pardon.
09:15Mais on voit
09:15que c'est une figure
09:16en tout cas
09:17qui fait une limitée
09:18à gauche
09:21aujourd'hui.
09:22Voilà,
09:23donc un modèle
09:24d'exigence à travail.
09:25Il restera l'homme
09:26des 35 heures,
09:27se souvient Jean-Luc Mélenchon
09:28de l'alliance rouge-rose-vert
09:30du refus de toucher
09:30à l'âge de départ
09:31à la retraite.
09:32Voilà,
09:32c'est un wink-wink
09:33envers le PS
09:34des années Hollande.
09:36Voilà,
09:37il rappelle
09:37qu'il était donc ministre
09:40de Jospin.
09:41Donc,
09:41voilà,
09:41chacun y voit son...
09:43Il voit son...
09:44Il voit ce qu'il veut y voir.
09:45Évidemment,
09:46là encore,
09:46j'ai presque envie de dire
09:47le soplaque des récits
09:49qui ont des arrières-pensées
09:50vis-à-vis de la présidentielle.
09:51Il y a ça
09:51et il incarne,
09:53en fait,
09:53Lionel Jospin,
09:55en réalité,
09:56la bascule de la gauche.
09:58On peut...
09:59C'est compliqué
10:00de faire un
10:01et si il avait gagné.
10:02Mais en tout cas,
10:04on voit
10:04que quand il a perdu
10:06dès le premier tour,
10:07c'est la première fois
10:07que la gauche
10:08était absente
10:08du second tour
10:09de l'élection présidentielle.
10:12et ça a donné
10:14ensuite
10:16trois présidentielles
10:17où la gauche
10:17a été absente.
10:18c'est trois
10:18en comptant en 2002,
10:20en attendant celle de 2027
10:21où on espère
10:22que la gauche
10:22ne sera pas...
10:24En tout cas,
10:24voilà,
10:25ça défaite
10:26parce qu'il n'a pas fait
10:27une campagne à gauche.
10:28Il avait répété en 2002
10:29mon projet n'est pas socialiste.
10:31Voilà,
10:31il a accente...
10:32Enfin,
10:32disons qu'il n'a pas...
10:33Il n'a rien fait non plus
10:34pour que l'union
10:35se fasse autour de lui.
10:35Il a fait une campagne
10:36qui précisément
10:37a servi à ses adversaires
10:38de gauche
10:38et a servi
10:39à l'éparpillement des voix.
10:40Voilà,
10:40où l'extrême gauche
10:41dépassait les 10%
10:42à l'époque.
10:43Tout à fait,
10:44NPA plus LO
10:45et à une époque aussi
10:47où il était inconcevable
10:48que le second tour
10:49ne soit pas un second tour
10:49entre la gauche
10:51et la droite.
10:51C'est-à-dire que
10:52c'est ça qui a changé
10:53en 2002 aussi,
10:53c'est qu'à ce moment-là
10:54les électeurs
10:55pensent que de toute façon
10:56la gauche fera au second tour
10:58et que du coup
10:59on peut se permettre
10:59au premier tour
11:00de voter pour un peu
11:01ce qu'on veut
11:02et de toute façon
11:03on va trajouer ce point
11:03au second.
11:04Et en fait,
11:04ça n'arrive pas
11:05et maintenant
11:05les électeurs de gauche
11:06ont appris que ça ne marche plus
11:07comme ça.
11:07Mais c'est aussi
11:08parce qu'il a amorcé
11:09en réalité aussi
11:10une partie du virage
11:12social-libéral
11:12qui était préfiguré.
11:13C'est Tony Blair,
11:15c'est ce qu'on appelait
11:15la troisième voix
11:16qui a été ensuite
11:17celle de Rajoy
11:20et d'autres socialistes
11:22européens.
11:23l'USP d'Allemagne
11:24et Schröder,
11:25j'ai cherché
11:25Gare Schröder.
11:27Et donc lui
11:28à l'époque
11:28il n'a pas les deux pieds
11:29là-dedans,
11:30il a un pied
11:30dans le socialisme français
11:31et un autre
11:33dans la social-démocratie
11:34européenne
11:35et donc il incarne
11:36aussi cette bascule,
11:38ce vertige
11:39qui fait que l'extrême droite
11:40arrive au second tour
11:41et de la défaite
11:43de la gauche
11:43d'une campagne
11:44de 2002
11:44qui, rappelons-le,
11:45s'est jouée aussi
11:46sur les questions
11:47de sécurité
11:48très fort à l'époque
11:50parce que Chirac
11:52pour battre Jospin
11:53qui était le favori
11:54en réalité
11:54avait beaucoup accentué
11:56sa campagne dessus.
11:57C'était une campagne
11:59assez difficile
12:00pour la gauche.
12:01de la gauche.
12:01de la gauche.
12:01de la gauche.
12:01de la gauche.

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