- il y a 10 heures
La victoire parlementaire des lepénistes sur la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, avec le concours de LR et d’Horizons, témoigne d’une convergence idéologique et parlementaire désormais très concrète entre l’extrême droite, la droite et une partie du « bloc central ».
Rosa Moussaoui, rédactrice en cheffe à l’Humanité, reçoit Kamel Brahmi, secrétaire de la CGT 93, pour parler de cette offensive contre ces accords et leur portée historique.
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NewsTranscription
00:00Jeudi 30 octobre, avec le concours de LR et d'Horizon,
00:04l'extrême droite, pour la première fois, a réussi à faire adopter l'un de ces textes par l'Assemblée
00:08nationale.
00:09Il s'agit d'une résolution qui dénonce l'accord franco-algérien de 68,
00:16qui est fallacieusement présenté par l'extrême droite comme une pompe à immigration.
00:21Ce vote fait sauter les rares et dernières fragiles digues
00:27qui pouvaient encore séparer la droite de l'extrême droite.
00:33Pour parler de cet accord, comprendre sa portée historique, son contenu,
00:40qui régit les conditions de séjour, de travail et de circulation des travailleurs algériens en France,
00:47on reçoit Kamel Brahmi. Kamel, bienvenue.
00:50Bonjour.
00:50Tu es responsable CGT en Seine-Saint-Denis, dirigeant confédéral aussi.
00:59On en a parlé ce matin dans l'Humain.
01:01Je vous montre la une d'aujourd'hui, ascenseur pour les fachos,
01:07avec un dossier qui décrypte à la fois ce vote et les enjeux de cette remise en cause de l
01:15'accord de 68,
01:16qui est instrumentalisé évidemment par l'extrême droite et par la droite.
01:21Kamel, peut-être, on peut revenir sur ce que sont ces accords bilatéraux.
01:27Ils ont été signés le 27 septembre 68.
01:30Ils accordent aux ressortissants algériens un statut spécifique en matière de séjour, d'emploi, de circulation en France.
01:38Ils ont été pensés, ces accords, dans un contexte post-indépendance de l'Algérie.
01:42Oui, est-ce que tu peux nous en dire davantage sur ce contexte-là,
01:49à une époque où la France avait besoin de travailleurs immigrés et les faisait venir en France ?
01:56Tu as quasiment tout résumé.
01:58Effectivement, cet accord intervient à un moment où la France a besoin, comme tu l'as dit, de main d
02:03'œuvre pour le BTP, pour l'industrie principalement.
02:06Et en fait, on peut passer ça comme un accord qui privilégiait, je ne sais quoi, pour les ressortissants algériens.
02:13Alors qu'en fait, c'est un accord de restriction, parce qu'avant, les Algériens avaient la libre circulation.
02:17Ils pouvaient venir en France, retourner au pays comme ça, sans aucune autre forme d'élément bureaucratif d'entrave.
02:25Et donc, cet accord souhaitait fixer, entre guillemets, davantage les ressortissants algériens pour en faire avant tout des travailleurs, des
02:34salariés, des ouvriers, des prolétaires.
02:36C'est vraiment ça, le fondement de cet accord.
02:39C'est encore une fois, à un moment donné, où il y a un besoin criant de main d'œuvre
02:43et où donc la France crée des conditions pour fixer les ressortissants algériens sur le territoire français.
02:50Alors c'est intéressant ce que tu dis, parce qu'en gros, faute de cadres juridiques alternatifs à ces accords,
02:57s'ils devaient tomber, ce qui pourrait s'appliquer, ce serait les accords déviants, justement, qui prévoient la libre circulation
03:02entre les deux pays.
03:04Mais bon, ça, c'est une question juridique.
03:07Je pense qu'ils ont prévu le coup, à mon avis, ce n'est pas ça qui va à l
03:11'intérieur.
03:11Mais peut-être pour donner un peu quelques chiffres qui montrent qu'on n'est pas du tout dans une
03:18situation de submersion migratoire, comme le dit l'extrême droite et comme l'a repris Bayrou.
03:24En 1962, il y avait 350 000 travailleurs algériens en France.
03:29En 1968, environ 500 000.
03:32Et aujourd'hui, disons 650 000, ce qui est loin des fantasmes entretenus par l'extrême droite.
03:41Ces accords, ils ont aussi beaucoup évolué au fil du temps.
03:46Il y a eu des avenants, ils ont été renégociés, ils ont été modifiés par trois fois, en 1985, en
03:531994 et en 2001.
03:57Au fond, est-ce que ces avenants maintiennent le régime dérogatoire des travailleurs algériens ?
04:04Il reste quelques éléments, mais c'est vraiment à la marge.
04:07Je crois que c'est pour la régularisation.
04:09Il faut démontrer qu'on est sur le territoire français pendant un an, qu'on soit rentré de façon légale
04:14ou plus alternative.
04:17Ce qui n'est pas le cas pour d'autres migrants, d'autres provenances ?
04:20C'est plus compliqué, oui.
04:22C'est à peu près la même chose qui est demandée, mais les algériens, ça leur ouvre le droit à
04:28une carte de séjour de 10 ans, ce qui n'est pas le cas pour le « kidam ».
04:32Il y a deux, trois choses comme ça qui sont, entre guillemets, un peu plus favorables.
04:37Mais il faut savoir aussi que cette législation vis-à-vis de l'accueil des migrants a évolué, qu'il
04:44y a eu le Cézéda, qu'il y a eu un certain nombre de directives, dont la dernière valse.
04:47Et les algériens ne sont pas éligibles à ces nouveaux textes.
04:51Je prends juste un exemple, une espèce de titre de séjour talent qui a été pondu il y a quelque
04:56temps.
04:56Les algériens ne sont pas éligibles à ce titre de séjour.
04:59Et il y a un certain nombre de choses qu'on peut égrener.
05:02Si on regarde les choses en détail avec les vases communicants,
05:06on ne peut pas dire qu'il y ait énormément de choses qui soient particulièrement à l'avantage des ressortissants
05:12algériens.
05:12Tout en sachant que la France signe aussi des accords bilatéraux avec d'autres États,
05:16qui peuvent aussi donner quelques particularités pour tel ou tel ressortissant s'ils souhaitent s'installer en France.
05:21On est vraiment là sur de l'instrumentalisation politique pure et dure.
05:24On va revenir sur l'instrumentalisation politique.
05:27Il y a même des points qui sont défavorables aux Algériens par rapport aux droits communs.
05:31Je pense notamment aux jobs étudiants, puisque les étudiants algériens ont le droit à moins d'heures de travail
05:37que d'autres étudiants venus d'autres pays que ceux de l'Union européenne.
05:44Mais justement, cette instrumentalisation, on voit que c'est une obsession du RN
05:50qui a réussi à contaminer d'autres secteurs du champ politique,
05:55en particulier l'ancien Premier ministre Édouard Philippe,
05:58qui dès 2023 avait appelé à la dénonciation de ces accords.
06:03Comment t'explique l'obsession algérienne finalement du RN ?
06:08Pourquoi cette ex-colonie en particulier ?
06:12Il faudrait du temps. Je ne suis pas un spécialiste.
06:15Je pense qu'il y a des intellectuels qui ont bien creusé le sujet, Benjamin Stora et d'autres.
06:21Déjà, ce qu'il faut remarquer, c'est que les descendants de l'OAS et des gaullistes
06:25ont signé le même texte pour stigmatiser un accord avec l'Algérie.
06:28Ce qui est quand même, je pense qu'un certain nombre de responsables politiques
06:32doivent se retourner dans leur tombe.
06:36L'obsession, elle vient d'abord du contexte qui est une obsession sur la question migratoire,
06:42migrer, c'est avant tout cela, me semble-t-il, la question.
06:47Je pense que la question de fond aussi, c'est que clairement, le récit libéral,
06:52l'adhésion aux politiques libérales, ça ne fonctionne plus.
06:54Ça ne fonctionne plus.
06:56Le dernier refrain en date, c'était celui du ruissellement.
07:00Les gens se sont bien rendus compte, les salariés plus particulièrement,
07:03que c'était juste une chimère et c'était même le contraire,
07:06qu'on avait un ruissellement vers les plus riches.
07:09Donc, on est face à une stratégie un peu classique de diviser,
07:13de trouver un bouc émissaire pour essayer de resserrer les rangs vers des partis politiques
07:19et un discours politique qui a du mal à trouver une adhésion populaire.
07:24Et donc, c'est excessivement dangereux.
07:26Ça, je pense que c'est la principale raison.
07:29Après, dans les franges les plus radicales du personnel politique,
07:37oui, il y a cette histoire de revanche vis-à-vis de la guerre coloniale en Algérie,
07:44de la décolonisation.
07:45Enfin, il y a quelque chose qui n'est pas passé.
07:47Il y a un passé qui n'est pas passé.
07:48Une espèce, comme tu le dis, de revanche qui est toujours dans l'actualité de certains.
07:54Alors, ça l'est dans le parti des héritiers de Le Pen.
07:57Ça l'est aussi, on le voit chez le groupuscule de Ciotti.
08:01Je ne me rappelle plus comment il s'appelle, mais on voit qu'il est aussi très sous l'emprise
08:06de discours d'extes d'Algérie, d'extrême droite.
08:12Parce que c'est vrai que dans le sud-est de la France, on sent que c'est toujours très
08:16prégnant.
08:18Je sais que toi, Rosa, tu as dû en faire l'effraie quand tu as fait un papier sur une
08:22stèle à la gloire de l'OAS.
08:24Ce n'était peut-être pas dans le sud-est, c'était peut-être dans le sud-est.
08:29On voit que sur la symbolique et dans les discours, ce passé-là continue d'irriguer des idées, des pratiques,
08:38des discours,
08:39et qui sont des discours d'exclusion.
08:42Et derrière, on a un espèce de roman national d'une France rêvée, grande parce que coloniale, puissante, blablabla, je
08:51veux dire ça comme ça,
08:52ce qui ne correspond à rien de vrai et qui est clairement enterré.
08:58Et voilà, on joue avec ces symboles, ces éléments d'histoire.
09:02Et ça participe aussi à un mouvement un peu plus global de pousser quand même des idées, des discours et
09:09des forces d'extrême droite.
09:10Alors vous, sur le plan syndical, comment vous le percevez ?
09:14On a vu, en regardant la ventilation des votes par profession, par proximité syndicale, etc.,
09:23que ces idées d'extrême droite, de division entre travailleurs, Français et immigrés,
09:29elles contaminent une bonne partie du salariat aujourd'hui, y compris du salariat organisé sur le plan syndical.
09:37Comment vous traitez ça syndicalement à la CGT ?
09:42Alors effectivement, la CGT, comme les autres organisations syndicales, ce n'est pas des orgas éthérés, hors du réel.
09:48Et voilà, on a des sympathisants. Les sondages sont faits sur les sympathisants, pas les adhérents.
09:56Mais effectivement, ça progresse. Ça progresse aussi au niveau de la CGT, moins que d'autres organisations syndicales.
10:02Mais on ne va pas non plus se draper, se cacher derrière ça.
10:05Ça progresse aussi trop fortement chez les sympathisants de la CGT.
10:08On fait de l'éducation populaire, entre guillemets. On organise des formations.
10:14On a trois modules de formation de lutte contre les idées d'extrême droite.
10:18On est en train d'en créer une avec la FSU.
10:20C'est aussi des choses qu'on travaille de façon intersyndicale, plutôt de façon resserrée.
10:25C'est très récent avec la FSU, mais de façon politique au sens large du terme,
10:30avec d'autres organisations syndicales, dont la CFDT, Solidaires, la CFE-CGC aussi.
10:36Et la FSU, bien évidemment. D'autres sont un peu plus frileuses sur la question politique.
10:44Donc, des formations. On fait aussi un travail au niveau de nos directions.
10:50C'est-à-dire qu'il est hors de question qu'un camarade qui est en responsabilité puisse avoir quelques
10:57acquaintances
10:58avec le Rassemblement national ou toute la galaxie d'extrême droite.
11:02Donc, ça nous est arrivé d'exclure. Des fois, il n'y a pas d'autre choix.
11:07Ça fait partie de nos règles de vie, des principes de la CGT, de nos valeurs.
11:11On ne peut pas porter la voix des travailleurs au nom de la CGT et avoir une association avec l
11:18'extrême droite.
11:19Et puis, on est aussi sur une bataille, entre guillemets, de plus court, moyen et long terme.
11:24Il faut des avancées sociales, en fait. Il faut des avancées sociales.
11:28C'est en améliorant les conditions de vie des travailleurs et des travailleuses qu'on fera reculer l'extrême droite.
11:36Il y a un autre versant, un autre champ qu'on va peut-être travailler.
11:41En tout cas, on n'est pour l'instant qu'au niveau, entre guillemets, de l'analyse et de l
11:44'étude.
11:45Si on regarde en quoi l'organisation du travail dans les entreprises peut avoir des incidences sur les réflexes électoraux.
11:52C'est-à-dire ?
11:53C'est-à-dire qu'on se base sur des travaux de sociologues qui disent la chose suivante.
12:02Quand les salariés sont dans un mode d'organisation du travail beaucoup trop autoritaire, sans autonomie,
12:11ça travaille soit l'abstention, soit les votes pour des organisations plutôt autoritaires.
12:15C'est intéressant. Et alors, qui a mis au jour ces données-là ?
12:18Alors, il y a Thomas Coutreau, je vous invite à lire sa note qui s'appelle « Le bras long
12:23du travail ».
12:24Thomas Coutreau, qui est un sociologue du travail, qui a beaucoup réfléchi sur plein de choses autour du travail,
12:31et notamment sur les comportements électoraux des travailleurs.
12:38Et voilà, il a regardé la carte électorale, il a regardé le tissu des entreprises,
12:43et il voit quelle est l'organisation du travail dans ces entreprises.
12:49Il fait des conclusions, alors qu'ils sont pour l'instant discutés aussi par des collègues à lui.
12:55C'est pas... Voilà, il y a encore un débat.
12:58Mais on sent quand même que des conditions de travail, encore une fois, qui isolent,
13:03où il n'y a pas d'autonomie, où c'est trop autoritaire, ça tombe d'en haut,
13:07et bien ça ne crée pas les conditions d'un vote plutôt pour les forces progressistes.
13:11Autre chose, dans les conditions de travail, il y a aussi l'isolement.
13:14Quelqu'un qui est toute la journée, tout seul, dans son camion, à faire des livraisons,
13:17qui n'est pas en contact avec un collectif, qui n'est pas en contact avec aussi des responsables,
13:21des délégués syndicaux, ça peut travailler, et qui a des conditions de travail dures,
13:25et des salaires qui ne lui permettent pas de vivre dignement,
13:30et bien ça crée du ressentiment, et le ressentiment, c'est des fois des colères
13:35qui s'orientent de très mauvaise façon.
13:38On pense qu'il y a une responsabilité aussi des acteurs économiques
13:41dans ce qu'on appelle la crise démocratique qu'on vit actuellement.
13:45Donc ça, ça serait un projet de regarder ce qu'il est possible d'améliorer dans les entreprises
13:53et de continuer, en fait, ce qu'on appelle au niveau de la CGT la démarche et la double besogne.
13:57Alors, pour ce qui s'appelle la double besogne au sein de la CGT,
14:00c'est qu'on s'occupe, on le résume comme ça, et du carreau cassé et de la transformation de
14:04la société.
14:04Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on répond en premier lieu aux préoccupations immédiates,
14:10quotidiennes des travailleurs, donc les salaires, les conditions de travail,
14:13voilà tout ce qui peut se poser sur les lieux de travail,
14:16mais qu'au niveau de la CGT, on répond à cela,
14:18mais qu'on a toujours la visée de transformer le modèle économique,
14:22un modèle économique plus juste, plus égalitaire,
14:25et qui soit aussi plus soutenable au niveau environnemental.
14:28Et juste pour finir là-dessus, demain, si on arrive à construire une argumentation,
14:34des outils pour intervenir dans l'entreprise sur les questions d'organisation du travail,
14:37ce sera pareil.
14:38L'idée, c'est d'améliorer les conditions de travail,
14:40mais aussi, derrière, d'avoir une espèce d'intervention civique
14:44pour essayer de juguler le vote d'extrême droite.
14:47Et alors, sur ce point-là, plus classiquement,
14:49la CGT évalue, je crois, publie une nouvelle carte des plans de licenciement,
14:55et elle évalue à 400, je crois, le nombre de plans de licenciement en cours.
15:00Est-ce que ça, avec la passivité de l'État aussi devant ces plans de licenciement,
15:04ça contribue aussi à alimenter le terreau de l'extrême droite ?
15:08– C'est des hypothèses, Rosa.
15:11Oui, bien évidemment.
15:12On estime, nous, que la crise sociale, le manque de perspective,
15:15la précarité, les précarités, tout ça nourrit, encore une fois,
15:20le ressentiment, une colère qui ne trouve pas de débouchés progressistes,
15:24et, in fine, le vote d'extrême droite.
15:27Il y a aussi des stratégies patronales qui ont cassé les grands collectifs ouvriers,
15:31une chose, mais aussi qui mènent une chasse féroce dans les entreprises aux syndicatistes,
15:38singulièrement, le syndicalisme de combat, dont celui de la CGT.
15:42Et on sait très bien qu'encore une fois, quand il n'y a pas de présence syndicale dans les
15:46entreprises,
15:46il n'y a pas cette espèce de médiation pour essayer de corriger, de lutter,
15:52de défendre la dignité des travailleurs.
15:55– Et de tisser aussi des solidarités entre travailleurs,
15:58quel que soit l'horizon dont ils proviennent, ça, c'est quelque chose aussi qui s'est perdu,
16:01quelque chose d'important qui pourrait contribuer à faire reculer les divisions,
16:05les haines et le discours de l'extrême droite.
16:08– Exactement, voilà, c'est très bien résumé.
16:10Exactement, travailler les solidarités ouvrières, ouvrir des perspectives,
16:16bien cibler qui est notre ennemi de classe,
16:19et arrêter de tomber dans le piège de la division du monde du travail.
16:23– On a parlé plutôt au début de cet entretien des travailleurs algériens.
16:29Toi, tu es aussi très engagé avec tes camarades en Seine-Saint-Denis
16:33et au-delà pour la solidarité avec les travailleurs sans papier.
16:37On a assisté toutes ces dernières années à une série de grèves de ces travailleurs
16:43pour leur régularisation.
16:45Est-ce que tu peux nous dire un mot de ces luttes, de leur utilité,
16:49de ce sur quoi elles débouchent ?
16:51– Alors, pareil, je vais te dire que ça correspond à la démarche de la CGT,
16:57entre guillemets, de la double besogne.
16:59On lutte pour l'égalité des droits,
17:02et insupportable d'avoir dans le pays des salariés qui sont surexploités.
17:07Et à travers cela, on lutte aussi pour faire en sorte
17:12qu'il n'y ait pas de dumping social sur notre territoire,
17:16que ce soit dans le bâtiment, dans la restauration,
17:18dans un certain nombre de secteurs, ce sont des métiers qui ne sont pas délocalisables.
17:23Mais du coup, le patronat, le capital a trouvé une façon
17:27de créer des conditions de salariés délocalisés, mais de façon locale.
17:33C'est très joli, mais c'est un état de fait.
17:38Donc, la régularisation, c'est bon pour les travailleurs
17:41qui accèdent à l'égalité des droits,
17:43mais c'est bon aussi pour l'ensemble du salariat
17:44parce que ça permet de contrer une stratégie patronale de dumping social.
17:52Au-delà de ça, c'est aussi un travail politique en champ plus large.
17:57C'est de démontrer que le migrant est un prolétaire comme les autres,
18:02en fait, et casser le discours du migrant qui vient ici en France
18:07se nourrir à la mamelle de l'état social.
18:10Ça n'existe pas.
18:11Il faut savoir qu'un traversant papier n'a quasiment aucun droit.
18:14Il a l'AME et même ça, on souhaite le remettre en cause.
18:20Et puis l'AME, on ne l'a pas tout de suite.
18:21Il faut un petit parcours administratif.
18:24Et on a tous intérêt à avoir en France des gens qui puissent être soignés
18:29s'ils ont un gros pépin.
18:31Mais voilà, il n'y a pas de migrant qui coûte à l'état social.
18:35Au contraire, ils travaillent, parfois même ils cotisent sans en avoir de retour.
18:40Donc c'était aussi une contribution de la CGT contre les discours d'extrême droite,
18:44de stigmatisation, de division et des discours démagos.
18:48On a démontré, encore une fois, que c'était des prolétaires comme les autres.
18:53Et on a démontré autre chose, que ces salariés-là ne prennent le travail de personne,
18:57mais ils prennent les jobs, les boulots, les emplois dont personne ne veut.
19:01C'est souvent les boulots les plus durs, les moins bien payés.
19:05Dans le BTP, dans la restauration, dans tous ces secteurs.
19:08L'aide à la personne, voilà.
19:09C'est des boulots où on n'est pas très bien payé.
19:13On a souvent des horaires atypiques, où on a des conditions de travail difficiles,
19:17où il y a encore du travail très physique, comme dans le BTP.
19:20Il suffit de se balader un peu sur les chantiers ou dans les arrières-cuisines des restaurants.
19:25Et puis on se rend très bien compte que c'est très racisé
19:29et que les conditions de travail ne doivent pas être très simples.
19:32Donc il y a un pan de l'économie française qui repose sur cette surexploitation de travailleurs sans papier.
19:39Et donc on est pleinement dans notre rôle à agir, à organiser des luttes,
19:44encore une fois, pour l'égalité des droits, pour les droits de tous,
19:48pour éviter qu'il y ait cette concurrence qui se joue, ce dumping social en France qui se joue.
19:51Et au-delà de ça, pour essayer de contrer les arguments et les idées de l'extrême droite.
19:56Et alors justement, dans ces luttes de travailleurs sans papier,
20:00dans lesquelles vous les aidez à créer un rapport de force par la grève, etc.,
20:05ça se traduit ensuite par des négociations avec les employeurs, avec les préfectures.
20:10Est-ce que tu as senti ces dernières années, ces derniers mois,
20:13peut-être singulièrement depuis les dernières élections législatives anticipées,
20:17est-ce que tu as senti un durcissement de la part des préfectures, des pouvoirs publics ?
20:21Est-ce que c'est devenu plus difficile de gagner la régularisation de ces travailleurs sans papier ?
20:27Alors oui, clairement, oui.
20:28Alors là, pour le coup, c'est moins difficile du côté patronal que du côté de l'État.
20:34On reviendra après sur l'attitude des patrons.
20:37Alors oui, du côté de l'État, parce que c'est juste un élément de pédagogie,
20:40pour qu'un travailleur puisse gagner sa régularisation,
20:43parce que c'est avant tout les travailleurs qui se mettent en lutte,
20:46il faut deux choses, un document du patron,
20:49et après, une validation de l'autorité administrative, donc de l'État.
20:54Et là, c'est à ce niveau-là que ça bloque le plus,
20:56et depuis les années, enfin, c'est même pas les années,
20:59heureusement, depuis l'époque Retailleau.
21:01Il a clairement donné des directives de restriction,
21:05et on se retrouve avec un double problème maintenant,
21:08c'est la difficulté de régulariser des travailleurs sans papier.
21:11Maintenant, l'autre problème, c'est que même des travailleurs étrangers
21:14qui étaient couverts par des titres de séjour ont du mal à obtenir les renouvellements de titres de séjour.
21:20Pour bien comprendre, ça veut dire que des travailleurs immigrés
21:22qui sont légalement sur le sol français,
21:25qui disposent d'un titre de séjour,
21:27du jour au lendemain au moment du renouvellement de leur titre de séjour,
21:31se voient refuser ce renouvellement,
21:33alors qu'ils sont en situation régulière,
21:35qu'ils ont un contrat et qu'ils sont parfaitement légalement en France.
21:38Alors, c'est plus vicieux.
21:41Dans les faits, oui, ils se voient refuser,
21:42mais en fait, on ne va pas leur dire qu'on leur refuse le renouvellement,
21:44parce qu'il n'y a pas d'éléments juridiques pour leur refuser le renouvellement.
21:48Non, on ne leur donne pas de rendez-vous.
21:49Ou on leur donne un rendez-vous...
21:51Après échéance de leur titre de séjour.
21:54Clairement, après échéance.
21:56Pourtant, ils s'y prennent.
21:57On dit que c'est des travailleurs quand même
21:59qui ont intégré le process administratif,
22:01et ils savent qu'il faut y prendre à l'avance,
22:05donner tel et tel document,
22:06donc ils cochent toutes les cases.
22:08Mais ils sont face à une administration qui ne donne pas de rendez-vous,
22:11et du coup, le titre de séjour arrive à échéance,
22:14et ils se retrouvent dans une espèce de nasse
22:17où ils ne sont pas expulsables,
22:19mais ils ne sont pas couverts par les titres de séjour.
22:23Et donc, ils peuvent perdre leur emploi,
22:25ils peuvent avoir moult tracasseries administratives.
22:28On est dans un truc assez vicieux.
22:30C'est clairement Rotaillot qui ne fait plus la chasse aux travailleurs sans-papiers,
22:34qui fait la chasse aux travailleurs étrangers.
22:37Donc ça, c'est une circulaire ?
22:39Ce n'est pas vraiment une circulaire, Rosa.
22:41Ce n'est pas vraiment une circulaire,
22:44parce qu'il ne peut pas écrire noir sur blanc,
22:46vous ne renouvellerez pas les titres de séjour des travailleurs étrangers.
22:49Alors c'est quoi ? C'est des consignes aux préfectures ?
22:52C'est des manques de moyens, mais en tout cas, il faut toujours être prudent.
22:57Je ne sais pas s'il y a à Twitch, il y a quelqu'un de ministère de l'Intérieur
22:59qui écoute,
22:59qui peut me mettre un français sur les côtes, j'en ai déjà assez comme ça.
23:03On en reparlera.
23:04Mais ce que je peux te dire, c'est les retours de terrain,
23:08c'est que des salariés étrangers viennent avoir la CGTI
23:12parce qu'ils n'ont pas de rendez-vous pour renouveler leur titre de séjour.
23:15Et comme par hasard, depuis que Rotaillot a fait des discours enflammés devant ses préfets
23:20sur l'immigration, ceci, les dangers, la France, cela...
23:23Peut-être qu'on peut, juste pour ceux qui n'ont pas suivi ça à l'époque,
23:27lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot réunissait régulièrement les préfets,
23:32comme le fait toujours le ministre de l'Intérieur.
23:33Et lors d'une réunion avec ses préfets, tout vendéen qu'il est,
23:38il a expliqué que la France était menacée par trois cercles de feu,
23:41l'immigration, l'islam et le terrorisme.
23:44Voilà, ça veut dire les arabes.
23:45Dans un mode un peu mystique.
23:49Grosso modo, c'est un peu, comme tu le dis, le vendéen, mais un peu le croisé.
23:56Dès qu'on parle terrorisme, islam, immigration, on voit un peu le sarrasin, je sais pas, c'est certain.
24:01Oui, je suis désolé de cette digression, mais on est à ce niveau de caricature.
24:05On peut dire que c'est vraiment à ce niveau de caricature.
24:08Et depuis, exactement, ces discours enflammés, ça coince.
24:12Ça coince. Il faut savoir que je crois qu'à part un soldat, il n'y a pas plus respectueux
24:19de la discipline qu'un préfet.
24:21Un préfet fait vraiment son but.
24:23La première qualité d'un préfet, c'est d'obéir à son ministère de tutelle.
24:28Et donc là, quand ça coince dans les préfectures, c'est pas le préfet qu'il faut stigmatiser.
24:33C'est vraiment que ça vient de plus haut.
24:35Et donc, c'est clairement la directive redonde.
24:37Donc au final, ça veut dire que l'État fabrique des sans-papiers, transforme en sans-papiers des travailleurs immigrés
24:43qui avaient des boulots dans des secteurs en tension,
24:47qui payaient des impôts, qui étaient là parfaitement légalement.
24:50C'est une fabrique étatique de sans-papiers.
24:52Oui, ça peut être aussi le daron robeux qu'elle a depuis 20, 30, 40 ans et qui doit faire
25:00renouveler son titre de séjour.
25:02Ce n'est pas que celui qui est arrivé il y a 10, 15 ans.
25:06Ça peut toucher l'immigration historique qui est installée depuis des Trente Glorieuses dans le pays.
25:14C'est de la tracasserie.
25:15C'est-à-dire qu'on a des exemples où au bout de 8 mois, 10 mois, on arrive à
25:19avoir le rendez-vous.
25:20Enfin bon, dans quel pays on est pour laisser quelqu'un pendant 10 mois dans l'angoisse ?
25:24Parce qu'il peut très bien se faire contrôler.
25:26On peut dire, attendez, monsieur, vous n'avez pas vos documents administratifs.
25:29Dans l'impossibilité aussi de rentrer au pays pour la retraité, pour les autres aussi d'ailleurs.
25:33Dans la vie quotidienne, il peut se passer moult choses angoissantes et stressantes.
25:39Et c'est juste insupportable.
25:40C'est scandaleux dans un État droit de précariser de façon administrative comme ça toute une partie de la population
25:46du pays.
25:47Donc on est dans une offensive pour décourager.
25:54Mais on ne découragera pas quelqu'un qui a toute sa vie ici.
25:56Il n'a pas le choix en fait.
25:58Mais c'est un signal peut-être qui est envoyé.
26:02Ou c'est des gages qu'on donne à une frange de l'électorat du pays.
26:08Tu évoquais tout à l'heure aussi la position des patrons qui, dans certains secteurs, je pense en particulier à
26:15l'hôtellerie, restauration, galèrent à recruter du personnel.
26:20Ces patrons-là, c'est quoi leur attitude quand vous êtes confronté à des situations de travailleurs sans papier dans
26:27une entreprise ?
26:28Comment la plupart d'entre eux fonctionnent par rapport à ça ?
26:32Il y a différents profits.
26:33Il y en a à peu près trois.
26:36Certains acquis, entre guillemets, ont tord le bras grâce au rapport de force.
26:39Donc ils n'ont pas le choix.
26:40Ils donnent les documents.
26:41Les documents ?
26:43Alors ces documents, c'est des serfins en fait.
26:44Pour le dire vite, la première étape, il faut que l'employeur signe un document qui est une sorte de
26:51promesse d'embauche.
26:51Qui l'indique, qui reconnaît que ce salarié travaille dans son entreprise et qui lui signe une promesse d'embauche.
26:57Et avec ce document-là, on va en préfecture.
27:00On dit voilà, tel salarié a un patron qui souhaite l'embaucher.
27:03Il a travaillé depuis X temps.
27:05Il est en France depuis minimum trois ans.
27:06Et donc, on souhaite voir son dossier être traité pour être régularisé.
27:12Donc il y a des patrons qui, face au rapport de force, plient.
27:16Il y en a d'autres qui ont une attitude un peu pragmatique.
27:18Voilà, ils me disent ok, moi j'ai besoin de ce salarié.
27:22Il a des compétences, j'ai besoin des contradictions du capital.
27:26De toute façon, très utilitariste.
27:27Il ne réfléchit pas à savoir s'il vient d'ici ou d'ailleurs.
27:31Il a besoin de ce salarié pour faire tourner sa boîte.
27:33Donc des fois, on accompagne même des patrons qui sont un peu perdus dans cette espèce de maquille administratif.
27:42Donc on fait le boulot pour qu'ils signent des documents qui aillent bien.
27:45Et puis après, des fois, on a des patrons qui sont complètement fermés.
27:48Alors soit parce qu'ils sont fermés, parce qu'ils ont peur de représailles.
27:51Et il faut le dire que tout a été construit pour que les patrons n'aient pas de soucis derrière
27:56avec ni l'URSSAF ni la justice.
27:58C'est quand même plutôt fluide pour eux.
28:00Je le dis, ça nous arrange sur l'histoire de régularisation de travailleurs sans papiers.
28:06Enfin bon, c'est pas rare qu'on arrange quand même le patronat quand il fait un pas un peu
28:12hors des sentiers battus.
28:14Bon, c'est une parenthèse.
28:17Et oui, il y a certains patrons qui ne souhaitent pas régulariser parce qu'ils souhaitent continuer à embaucher des
28:24travailleurs sans papiers.
28:24Donc ils vont dire non, non, moi je ne connais pas ce salarié, foutez-moi la paix.
28:27Et puis quand ils ont l'impression qu'on va les laisser tranquilles et puis qu'ils vont continuer à
28:30faire leur petit marché.
28:31Avec d'autres travailleurs sans papiers.
28:33Parce qu'ils ont une solution sur un modèle économique où ils ont besoin de surexploiter pour faire leur marge,
28:39etc.
28:39Mais ça, généralement, ces patrons-là, quand ils tombent sur la CGT, ça ne se passe pas comme ils l
28:44'ont prévu.
28:45Et donc en même temps, ces luttes de travailleurs sans papiers, elles permettent justement de créer des situations
28:51où ces travailleurs sans papiers ne sont plus utilisés pour tirer les salaires vers le bas.
28:55Puisque du coup, une fois régularisés, ils sont sur les grilles syndicales et les patrons sont obligés d'appliquer le
29:03droit commun en ce qui nous concerne.
29:05Donc c'est un bénéfice aussi pour l'ensemble des travailleurs ?
29:08Exactement, c'est exactement ça.
29:09Nous, c'est ce que le discours contient, c'est l'égalité des droits.
29:14Et derrière ça, c'est lutte contre le dumping social.
29:16Et donc ça tire tous les droits de l'ensemble du salarié vers le haut.
29:20Et derrière, on a aussi, entre guillemets, un intérêt syndical.
29:24On forme aussi des cadres syndicaux, des porte-voix qui vont après mener la bataille dans leur entreprise pour élever
29:32les droits des travailleurs.
29:33Parce qu'on est dans des secteurs où il y a quand même beaucoup à faire, que ce soit dans
29:36le nettoyage, le BTP, les services d'aide à la personne.
29:42On est vraiment des fois dans des salaires très bas ou dans des conditions de travail très dures.
29:47Donc il y a quand même beaucoup de choses en termes de droits à gagner.
29:51Et voilà, comme par hasard, c'est là où il y a le moins de présence syndicale que les conditions
29:55de travail et les niveaux des salaires sont les plus bas.
29:58Singulièrement dans le nettoyage.
30:00Sur tous ces sujets, il me semble que vous prévoyez bientôt une action syndicale d'ampleur ?
30:05On espère d'ampleur ?
30:07Oui, merci d'en rappeler Rosa.
30:09Le 25 novembre, on relance le rapport de force et on organise une manifestation qui normalement devrait partir d'un
30:17point du 93 pour atterrir dans le 20e devant des locaux du ministère de l'Intérieur.
30:27Tu dois connaître cette adresse ?
30:29Du côté de Nation ?
30:30Oui, c'est ça.
30:30Entre Nation et la Porte de Vincennes ?
30:32Exactement.
30:33Ce n'est pas le boulevard d'Avroux.
30:36Ce n'est pas loin du cours de Vincennes ?
30:37Ce n'est pas loin du cours de Vincennes.
30:38C'est un bâtiment tout rouge, qui est un bâtiment du ministère de l'Intérieur, où des fois on a
30:42des réunions là-bas sur des sujets liés aux travailleurs sans papier.
30:46Et donc voilà, on relance une manifestation pour redonner de la visibilité.
30:48Alors c'est dans le cadre de la journée internationale pour les droits des migrants.
30:51C'est le 25 novembre.
30:53Et on fait ça, la CGT, mais pas que eux.
30:55On travaille et on est associé avec beaucoup de collectifs qui s'occupent des droits des migrants.
31:02Je ne pourrais pas tous les citer, il y en a un certain nombre.
31:05Ça va de l'association nationale à l'association plus locale, qui fait du travail concret, de terrain très utile.
31:12Et voilà, tout ce réseau se rassemble pour tenir une manif le 25 novembre.
31:20Donc normalement, qui partiraient du 93 jusqu'aux locaux du ministère de l'Intérieur.
31:25L'idée, c'est de remettre aussi le sujet sur le plan de travail, parce que les années Rotaillot ont
31:30été très, très dures.
31:32Vraiment très, très dures.
31:33À une autre échelle, à l'échelle démographique, est-ce qu'il n'y a pas une forme d'hypocrisie
31:37à appeler à la chasse aux migrants,
31:40comme le fait aujourd'hui l'extrême droite, alors qu'on sait que démographiquement, l'Europe aura besoin de l
31:46'arrivée de migrants dans l'avenir ?
31:49Même l'extrême droite au pouvoir est obligée d'en tenir compte, puisque Mélanie, par exemple, elle-même, la première
31:55ministre italienne d'extrême droite,
31:56a dû, sous la pression du patronat entre autres, fixer des quotas d'entrée de travailleurs migrants en Italie.
32:03Est-ce qu'au fond, la démographie ne fait pas que c'est inéluctable, cette ouverture des frontières aux travailleurs
32:11migrants ?
32:12C'est des choix politiques.
32:14Oui, tu as raison.
32:16En théorie, les projections disent ce que tu viens de résumer.
32:20Après, je pense qu'il y a un sujet politique, entre guillemets, plus profond.
32:24Parce que ça peut arriver, on a eu des débats où on nous reproche une vision un peu trop utilitariste
32:30de l'immigration.
32:31Dire, vous les défendez parce que c'est de la chair à patrons.
32:35Bon, son réponse, nous, on est...
32:39Enfin, c'est écrit dessus, c'est la CGT, c'est un syndicat.
32:42Donc, on s'occupe des travailleurs, des salariés.
32:44Donc, on défend les droits.
32:45Qu'ils aient ou non des papiers.
32:46Qu'ils aient ou non des papiers, exactement.
32:48On s'occupe des salariés.
32:50Donc, quand on traite la question des migrants travailleurs,
32:53ben oui, on rentre par la porte-travail.
32:57Mais au-delà de ça, je pense qu'il y a un discours politique à construire
33:01sur la question de l'immigration, des migrants, de l'accueil, de la France, de ce qu'elle est, de
33:07ce qu'elle va devenir.
33:09Voilà.
33:10Et d'avoir que des discours qui traitent de l'immigration de façon sécuritaire, anxiogène.
33:15Mais c'est même un problème au-delà de devenir propre des migrants.
33:20C'est un problème pour le pays.
33:21Si on va créer des conditions de fracture, d'angoisse, de division.
33:27Donc, tu le dis sur le versant économique, il y a un intérêt pour les grandes économies
33:31que sont les économies européennes de continuer à accueillir des migrants.
33:35Parce que c'est des compétences.
33:36Dans certains secteurs, on a grandement besoin, notamment l'hôpital.
33:40L'hôpital public ne tiendrait pas, sans parler des Algériens, je crois que c'est les premiers médecins
33:45qu'il y a dans les hôpitaux publics, c'est les médecins algériens.
33:47S'il n'y a plus des médecins algériens, l'hôpital public s'effondre.
33:49Donc, il faut aussi avoir ça en tête.
33:52Mais au-delà de ça, je pense qu'il y a un vrai discours à construire,
33:56qui donne une perspective, qui enthousiasme un petit peu plus le pays et la nation
34:04sur ce qu'est la France avec les apports de l'immigration
34:09et d'arrêter avec ces discours, encore une fois,
34:13qui ne font qu'alimenter un mauvais vent.
34:18Salut à tous.
34:19Sur le tchat, on a un commentaire de Farid Demusay qui nous dit
34:22« Mélanie, c'est l'exemple de l'hypocrisie nationale libérale. »
34:28Oui, je suis assez d'accord avec ça.
34:31C'est-à-dire que, oui, parce que si on tient ce discours sur « on a besoin d'immigration
34:36»,
34:37certains régularisent et on les applaudit, on applaudit Mélanie.
34:42Enfin, non.
34:44Non, non.
34:45Le roman national, le projet politique de Mélanie, ce n'est pas le nôtre.
34:50Et elle n'est que sur l'idée de surexploiter des migrants
34:53à qui elle va accorder des documents parce que son patronne l'a réclamé.
34:57Mais derrière, non, ça ne suffit pas.
34:59Nous, on fait notre job, on est syndicaliste.
35:02Je pense qu'il y a un job politique qui doit aussi se faire.
35:05Porter sur le projet de société qui serait nécessaire
35:10pour sortir de ces obsessions imposées par l'extrême droite.
35:15Kamel, il ne nous reste plus beaucoup de temps.
35:17Je voudrais quand même qu'on aborde ta situation propre de syndicaliste.
35:22Tu comparais le 17 novembre prochain en justice
35:25en raison d'une action syndicale à Livry-Gargan il y a quelques mois.
35:31Est-ce que tu peux nous dire de quoi il s'agit en fait ?
35:33Pourquoi est-ce que tu es repris de justice comme ça ?
35:36Je ne suis pas vraiment repris de justice.
35:37Je suis toujours pas génial, mais on va en dire deux, trois mots.
35:43Oui, c'est dans le cadre d'une action syndicale.
35:45On luttait contre la fermeture d'une clinique, une clinique privée,
35:48mais qui avait une utilité sociale réelle avec des délégations de services publics
35:53où il y avait une maternité.
35:55Et là, on observe qu'en peu de temps, on vient de fermer la maternité des Lilas,
36:01qui est très connue et à juste titre.
36:03Mais bon, il y a d'autres petites maternités qui sont moins connues
36:06et qui ferment et qui rendaient aussi d'excellents services.
36:09Et celle-là, elle était à Livry-Gargan.
36:11Et on se retrouve maintenant sur un territoire où on a moins de maternité,
36:14mais on a toujours aussi autant de jeunes et quasiment autant de naissances,
36:19même si ça baisse partout dans le pays, mais en Seine-Saint-Denis, moins qu'ailleurs.
36:22Donc voilà, on était sur un rassemblement sur ce sujet-là.
36:28Un rassemblement qui était un peu le point d'orgue d'un boulot qui avait été fait
36:31par les équipes syndicales du territoire, où ces équipes avaient construit un projet alternatif,
36:35où ils avaient contacté l'hôpital du coin pour avoir un espèce de partenariat
36:40entre clinique et l'hôpital du coin.
36:41La directrice de l'hôpital était très OK avec ce projet pour avoir comme ça
36:49une articulation pour les naissances compliquées à l'hôpital,
36:53les naissances sans trop de pro...
36:55Parce qu'une naissance, de toute façon, ce n'est pas une maladie,
36:57mais sans souci qui pouvait continuer à se faire dans la maternité.
37:03Et on fait un rassemblement où il y a plein d'acteurs,
37:06parce qu'il y avait plein d'acteurs, État, Ville, Département et l'opérateur privé
37:12qui voulaient reprendre cette clinique.
37:13Et la CGT, on n'invite pas.
37:15Et on apprend que l'opérateur privé qu'on invite, c'est Orpéa,
37:18qui ne s'appelle plus Orpéa.
37:20On connaît Orpéa avec ses histoires d'EHPAD atroces, horribles.
37:24Et c'est cet opérateur qu'on met dans la boucle pour racheter la clinique
37:27et pour en faire, nous dit-on, un centre de psychiatrie.
37:31Alors la psychiatrie a besoin aussi d'infrastructures, de structures.
37:35Mais en fait, ce n'est pas Orpéa, s'il veut investir,
37:38ce n'est pas pour s'occuper de ce type de sujet.
37:41C'était pour construire une sorte de maison de repos.
37:45Il y en a besoin, des maisons de repos.
37:47Mais enfin bon, c'est un secteur plutôt lucratif
37:49où on va se reposer à 300 ou 500 euros la journée.
37:53Donc voilà, on perd une clinique avec chirurgie, avec maternité,
37:57et tout ça pour le filer à un opérateur qui est là juste pour faire du fric.
38:01Donc on était plutôt colère.
38:03Et comme on n'a pas voulu nous inviter à la table ronde
38:05alors qu'on avait construit un projet alternatif
38:07et qu'on avait vu tous les intervenants de cette table ronde,
38:11on a décidé de rentrer dans le hall de la mairie.
38:15Chose qu'on fait souvent.
38:16Et rentrer dans le hall de la mairie en tapant des mains
38:18et en disant qu'on souhaitait se faire entendre.
38:21Et voilà, c'est parce qu'on est rentré dans le hall de la mairie
38:24qu'on m'a chopé et qu'on m'a mis en garde à vue.
38:26Pas très longtemps, mais c'est quand même trop longtemps
38:28par rapport au contenu de notre action.
38:32Et suite à cela, je passe le 17 devant un juge.
38:36Est-ce que vous sentez à la CGT le poids d'une répression antisyndicale
38:42grandissante, disons, depuis la loi travail,
38:44la contestation de la réforme des retraites ?
38:46Est-ce que ce sont comme ça des démarches visant les syndicalistes
38:51qui se sont multipliées ?
38:53Clairement.
38:54Mais je reviens, on en revient, c'est peut-être la conclusion.
38:56Je leur ai dit, le récit libéral ne fonctionne plus.
39:00Donc, on tape sur ceux qui sont les porte-voix des salariés
39:05et même des gens sur les territoires qui souhaitent autre chose,
39:09qui refusent la fermeture des maternités,
39:11qui refusent la fermeture de services publics,
39:14qui luttent pour l'emploi.
39:15Et on est clairement ciblés.
39:17Là, cette semaine, moi, je vais passer le 17.
39:20Tu as un camarade de Solidaire, de Sud-Cheminot,
39:23qui passe, je crois, aujourd'hui, le 4,
39:28au TG de Paris.
39:30On a notre camarade de l'Union départementale du Nord.
39:35Lui, pour un tract sur le conflit israélo-palestinien,
39:38il a mangé une garde à vue d'une procédure terroriste, etc.
39:42Et donc, il a été condamné en première instance
39:45et il passe en appel, et c'est en décembre.
39:48Mon camarade de l'Uté du Nord, il va me taper sur les doigts,
39:51il m'écoute, je ne me rappelle plus de son nom,
39:53mais ça va me revenir.
39:54Ça va me revenir.
39:55Voilà, il passe en décembre en procès.
39:57Et puis, derrière ça, il y a Sophie Binet,
39:59qui est victime d'une procédure,
40:05d'une structure patronale parce qu'elle a dit
40:07« les rats quittent le navire ».
40:09Voilà, dans le cadre du débat sur la fiscalité des entreprises,
40:14je veux dire, Sophie Binet a dit « les rats quittent le navire ».
40:16C'est la liberté d'expression.
40:18On a connu quand même des raisons impolitiques
40:20qui avaient le verbe un peu haut et fort,
40:22et même des responsables syndicaux.
40:24C'est quoi l'idée d'envoyer Sophie Binet dans les tribunaux
40:27parce qu'elle a dit « les rats quittent le navire ».
40:30Donc, je pense qu'il y a une partie du patronat
40:32et de la droite et de la droite dure
40:33qui est complètement désinhibée.
40:35Et puis, il y a une partie de l'appareil répressif en France
40:40qui a des idées qui sont sûrement très éloignées des nôtres.
40:44Et je pense qu'on leur a un peu donné comme feuille de route
40:49d'être un peu féroce avec les responsables syndicales.
40:52Il y a trop d'exemples.
40:53J'ai mon camarade aussi de l'allié
40:55qui a été harcelé par les procédures judiciaires
40:58et qui additionne comme ça des convocations.
41:01On en a pléthore.
41:04Oui, il y a aussi...
41:06Bon, pour intérêt quand même, je veux dire
41:08que tout cela ne nous fait pas baisser la tête.
41:13Il n'y a pas plus de problèmes que ça en interne,
41:17qu'on est très mobilisés.
41:19Et voilà, ça fait partie malheureusement du futur.
41:20On espère en tout cas que ça va se conclure par un non-lieu,
41:25cette procédure injuste.
41:27Je vous remets juste la une de l'Huma.
41:30Et si j'y arrive, le dossier aussi qu'on consacre
41:35à cette affaire des accords de 68
41:37que vous pouvez retrouver sur l'humanité.fr.
41:41Et on va...
41:42Merci beaucoup, Kamel.
41:44Tu reviens quand tu veux.
41:46Merci, Luma.
41:47Merci à tous.