- il y a 9 heures
Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, a qualifié LFI de parti « anti-France », un terme utilisé par l’extrême droite antisémite aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Après une semaine d’appels du pied de plusieurs macronistes à l’extrême droite en reprenant des expressions vichystes, elle a appelé « la gauche » à rompre « de manière définitive » avec LFI « au risque de perdre des villes » aux élections municipales, et le RN à retirer ses candidats pour empêcher la victoire d’un candidat soutenu par la France insoumise. Décryptage avec Florent Le Du et Bruno Rieth.
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NewsTranscription
00:00Est-ce qu'on est en train d'assister à un renversement des valeurs, un monde médiatique dans lequel le
00:05fascisme serait normalisé et l'antifascisme diabolisé ?
00:09On a un peu le sentiment d'assister à ça depuis dix jours. LFI est particulièrement ciblée.
00:15On a même la ministre Aurore Berger qui, hier, sur l'antenne de CNews, l'a qualifié d'anti-France,
00:22des mots qui se réfèrent au pétinisme.
00:24Dans le même temps, les néofascismes sont présentés le plus souvent comme de simples militants nationalistes.
00:31Donc on va en parler avec toi, Bruno. Montrer peut-être quelques images pour l'ambiance du moment, notamment en
00:40ce qui concerne la LFI.
00:43Ne soyons pas dupes non plus. Les attaques contre la LFI sont aussi des attaques contre l'antifascisme en général
00:50et contre même la gauche en général.
00:52D'ailleurs, Aurore Berger ne s'en cache pas dans son interview où elle parle de partis d'anti-France.
01:00Alors elle mélange un peu tout. Elle reproche aussi les critiques faites à Israël, évidemment.
01:09Et elle met un petit peu tout le monde. Elle dit que la France insoumise, en fait, est passée des
01:15isées aux actes.
01:17Que comme ils font du bruit à l'Assemblée nationale, c'est normal qu'à la fin, on se retrouve
01:20avec des affrontements violents comme ceux qu'on a vus à Lyon.
01:25Et il dit, d'ailleurs, tout le NFP, la jeune garde avait soutenu toutes les listes du NFP, y compris
01:32du Parti Socialiste.
01:33Donc voilà, allez hop. On met tout le monde dans le même sac.
01:36Mais évidemment, la France insoumise, la première visée, on peut voir cette une de Marianne de la semaine dernière qui
01:44épouse cette rhétorique selon laquelle
01:47les antifascistes, c'est eux les vrais fascistes parce qu'ils ne laissent pas parler les gens et regarder.
01:52En plus, ils tapent. L'Express qui titre LFI, danger public.
01:58On a presque un petit peu l'habitude de ces une cette dernière semaine.
02:03Mais là, on a un cran supplémentaire qui est franchi.
02:07Évidemment, il ne parle pas de nulle part.
02:12On va rappeler quand même qu'il y a un assistant parlementaire, donc Jacqui Favreau,
02:19l'assistant parlementaire de Raphaël Arnaud, qui devait être député de la France insoumise.
02:25Donc cet assistant parlementaire a été mis en examen pour le pour le meurtre de Quentin Deranque.
02:31Voilà une fois qu'on a dit ça et qu'on parle aussi des liens entre la jeune garde et
02:37la France insoumise,
02:39on a l'impression dans certains médias que automatiquement la France insoumise appelle à la violence,
02:44appelle à ce genre d'affrontement, ce qui n'est absolument pas le cas.
02:47Jean-Luc Mélenchon lui-même a redit plusieurs fois son opposition, y compris idéologique, à la violence politique.
02:58D'un côté, on peut dire qu'il n'y a pas forcément d'examen de conscience qui est fait
03:03de la part de la France insoumise.
03:05Et de l'autre côté, une diabolisation qui est assez abjecte. Est-ce que tu as un mot à dire
03:12là-dessus ?
03:13Plusieurs mots. Déjà, sur ce terme d'anti-France qui est utilisé, c'est Charles Maurras qui l'utilisait.
03:19Donc lui, il l'utilisait pour parler des protestants, des francs-maçons, ce qu'il appelait les métèques, donc les
03:26étrangers et les juifs.
03:27Donc c'est toujours un peu étonnant de voir ce genre de vocabulaire repris, repris.
03:32D'autant qu'en fait, ce n'est pas la première fois puisque Prisca Thévenot, en 2024, avait déjà utilisé
03:37ce terme.
03:38Elle avait décerné à LFI la médaille d'or de l'anti-France.
03:41Donc on voit bien qu'il y a une forme de trouble sur l'utilisation des mots.
03:46On a aussi là récemment Martine Vassal qui nous a ressorti la devise de la Révolution nationale du maréchal Pétain
03:53en disant que c'était aussi sa devise, en gros, travail, famille, patrie.
03:58Oui, et puis peu importe qu'on lui rappelle que c'est la devise de Pétain ou que c'est
04:01la mienne.
04:02Alors reste à savoir, est-ce que c'est par ignorance ou alors par un calcul politique vraiment, comment dire,
04:10pas obscur ?
04:11Parce que l'idée, ça serait de pouvoir récupérer les votes dans un second tour dans les municipales à Marseille
04:18des électeurs du RN.
04:20Je ne sais pas.
04:20Sans faire de procès d'intention, c'est en tout cas saisissant de voir qu'on peut balancer des slogans
04:28pétainistes comme ça.
04:29Et c'est là où, en tant que journaliste, je pense qu'on peut faire le même constat.
04:32C'est qu'on a un moment vraiment particulier où, en fait, on a l'impression que tout se dérègle.
04:38Et effectivement, les mots n'ont plus vraiment de valeur.
04:41Et moi, par exemple, il y a un truc qui m'a frappé.
04:43Je pense qu'aujourd'hui, là, si certains médias sont partis comme ça en roue libre sur les nouveaux fascistes
04:49ou le danger,
04:50c'est aussi parce que je pense que vous en avez peut-être parlé au début avec Thomas,
04:53mais c'est qu'en fait, au début de cette affaire de Quentin Deranc, pendant trois jours, on va avoir
04:58un seul récit médiatique
05:00qui va être, en gros, qui part du Figaro, mais qui après va être repris par les médias Bolloré.
05:05Et ensuite, les autres médias vont reprendre ce récit-là et en fait, on va être saturé par ça.
05:11Et ce récit médiatique sur les circonstances de la mort de Quentin Deranc n'est alimenté.
05:17Et c'est frappant que par une seule source.
05:20C'est-à-dire qu'à chaque fois, il y a la source policière, une source policière qui confirme qu
05:24'il s'est passé quelque chose,
05:25sans en dire plus dans tous les papiers.
05:26Mais c'est ça qui ne donne pas de détail.
05:27Après, sur le détail de l'agression, de ce qui se passe, c'est en fait le collectif Némésis.
05:33Et que des journalistes ne se posent pas une seule fois la question de savoir est-ce que c'est
05:36une source fiable,
05:38est-ce que j'ai réussi à recouper ces informations.
05:42Ce n'est pas le cas là pendant les trois jours.
05:45Et on se retrouve avec un seul récit médiatique qui est Quentin Deranc, élinché par une vingtaine d'individus.
05:53Au début, les premiers, c'était 40 individus. Après, c'est descendu à 20.
05:57Et lynché, voilà.
05:59Et avec l'idée d'un guet-apens...
06:02D'un guet-apens, c'est-à-dire que lui n'était là que pour protéger...
06:14Alors début, 40 contre 1. Après, c'est 20 contre 1, etc.
06:16Et il faut qu'il y ait les vidéos sorties par le carrége enchaîné le mardi, puis de BFMTV,
06:25qui montrent qu'en fait, avant cette scène qui a été filmée, où effectivement on voit Quentin et deux autres
06:30de ses camarades au sol tabasser au sol,
06:33en fait, il y a cette vidéo sortie par le carrége enchaîné de BFMTV qui montre en fait les minutes
06:38d'avant.
06:38Et on voit en fait qu'il y a un conflit, il y a un affrontement ouvert.
06:42Et d'ailleurs, on se pose toujours la question de savoir qui le déclenche.
06:45Entre d'un côté, le groupe formé avec les militants d'extrême droite, dont Quentin Déranque.
06:52De l'autre, des militants, dont des gens qui sont issus de la Jeune Garde, qui s'affrontent.
06:58C'est-à-dire que c'est vraiment un affrontement. On le voit bien sur les vidéos. Ça dure longtemps.
07:02On voit que d'ailleurs, les militants autour de Quentin Déranque, certains sont armés de parapluie.
07:07Ils sont tous cagoulés, tous habillés en noir. Alors que dans le récit médiatique d'avant, c'était les gens
07:11de gauche...
07:12Enfin, ces militants antifascistes qui étaient habillés en noir. En fait, on se rend compte que c'est pas eux.
07:16Et du côté du groupuscule de ce groupe d'extrême droite, il y a même quelqu'un qui utilise une
07:22gazeuse.
07:23Donc on voit bien qu'en fait, entre le début et maintenant, il y a une évolution.
07:28Et c'est normal, en fait. C'est le principe d'une enquête. C'est-à-dire qu'on commence
07:31à en savoir plus.
07:32Sauf qu'on dirait que tout le monde est un peu resté sur les trois premiers jours du récit médiatique.
07:36Donc on continue à rester sur cette idée qu'il y a en gros des nervis d'extrême gauche
07:43qui ont voulu tuer un militant non parce qu'il était nationaliste.
07:49Et que ce militant nationaliste était un simple catholique, pacifiste, etc.
07:53Or, on voit bien que les faits ne démontrent pas ça. Au contraire.
07:58On voit bien qu'aujourd'hui, on a participé à des enquêtes, nous, mais les autres médias l'ont fait.
08:03On voit bien que Quentin Derranc évoluait dans un milieu ultra-radical,
08:07que Quentin Derranc était proche de néo-nazis, etc.
08:11Et qu'avant qu'il se fasse lyncher, il y a bien un affrontement entre deux bandes,
08:16un affrontement violent, où il n'y a pas une bande qui essaie de faire un guet-apens sur l
08:21'autre.
08:21Mais voilà, ce récit médiatique a été un peu...
08:24Voilà, c'est ce récit médiatique qui a un peu dicté tout le reste.
08:29Et après, tout le monde s'est mis à la page par rapport à ce récit médiatique du début.
08:33Notamment un récit médiatique du Figaro, qui, comme tu disais, relaie pratiquement exclusivement les infos de Némésis.
08:41C'est ça. Alors, préciser quand même que c'est très compliqué sur les deux, trois premiers jours d'avoir
08:46des informations,
08:48que ce soit de la police, que ce soit du côté antifasciste, où on n'a pas de réponse à
08:53ce moment-là.
08:55Mais même s'il y a peu de sources, la rigueur journalistique impose, à minima, une prise de distance avec
09:04ces sources.
09:05J'allais dire en particulier quand c'est un collectif comme Némésis.
09:09Mais bon, ça n'a pas l'air de trop gêner le Figaro.
09:13Quand on voit la teneur de certains autres articles, on pense, notamment, vous l'avez sûrement vu aussi,
09:21cet article sur le parcours de Quentin Deran, qui, il me semble, c'est le bastion social qui est qualifié
09:28de groupe qui fait des œuvres humanitaires.
09:32En gros, voilà.
09:35On rappelle un groupe néofasciste.
09:39Néofasciste, on a l'impression, c'est un terme qui est utilisé par des chercheurs qui suivent l'extrême droite
09:46radicale.
09:48Voilà, ça montre bien une idéologie.
09:50Mais on a l'impression qu'on n'a plus le droit de dire.
09:52On a aussi notre collègue, notre chef même de service politique, Aurélien Souchère,
09:59qui, sur France Info, la semaine dernière, a parlé de nazions, c'est-à-dire de petits nazis.
10:07Ce n'est pas forcément le terme le plus adapté, mais c'est en lien, en tout cas, à la
10:12mouvance à laquelle Quentin Deran appartenait.
10:14Il a eu plusieurs articles contre lui, beaucoup de messages aussi lui reprochant, c'est un euphémisme, d'avoir utilisé
10:24ce mot,
10:26y compris avec la vidéo du canard enchaîné pour restituer un petit peu les faits,
10:32ou l'article, l'enquête dont a parlé Thomas Le Mailleux aussi tout à l'heure,
10:36pour montrer les méthodes de Némésis, des groupuscules qui, eux, créent des guet-apens, des traquenards aux groupes antifascistes.
10:45On a l'impression qu'on n'a pas vraiment le droit de dire ça, de réaffirmer tout ça, parce
10:51qu'il y a eu un mort.
10:52Et effectivement, il y a eu un mort. C'est tragique.
10:53Mais il ne faut pas être dupe et être très vigilant.
10:57Et on sait que vous l'êtes, vous qui nous regardez, mais sur ce qui est en train de se
11:05passer,
11:05et le fait que l'extrême droite a très bien compris qu'ils étaient là dans une forme d'impunité,
11:09qui va peut-être prendre fin, notamment après la manifestation de samedi,
11:15qui n'a pas été si mal couverte médiatiquement.
11:17Je voyais des messages tout à l'heure dans le chat qui disaient que ça fait du bien quand même
11:21de voir que même BFMTV montrent les images de samedi nazis.
11:25C'est vrai qu'il y a eu ça.
11:26Alors, ce n'est pas tout. On va montrer quelques extraits avant.
11:30Mais voilà, il faut bien avoir conscience que l'extrême droite, là, sait qu'elle est dans une période d
11:35'impunité,
11:36qu'il y a eu un mort et qu'ils peuvent se permettre des choses qui ne pouvaient pas se
11:39permettre il y a encore deux semaines,
11:41et encore moins, évidemment, il y a cinq ans ou il y a dix ans.
11:44Et donc, il faut être extrêmement vigilant contre ça.
11:47Je vous invite à lire, d'ailleurs, cet article de Rachel Garaval-Karcel,
11:54« Pourquoi la lutte antifasciste est plus que jamais d'actualité ? »
12:00On a un long article dans lequel on revient sur l'histoire de l'antifascisme,
12:05mais aussi sur la nécessité de réaffirmer ce combat encore aujourd'hui, avec plusieurs voix qui nous en parlent.
12:14Je vous invite vraiment à le lire.
12:17Et pour continuer un petit peu sur cette ambiance médiatique,
12:24je vais vous montrer deux extraits qu'on va commenter avec Bruno.
12:30Deux extraits sur, justement, le traitement médiatique de cette manifestation de samedi à Lyon.
12:38Tu vas nous commenter ces commentaires aussi, Bruno.
12:43On a d'abord Éric Revelle, qui lui, alors, n'est pas du tout content, comme on le disait sur
12:48BFM TV, on ait vu des salis nazis.
12:52Éric Revelle, qui est ancien directeur général, si je ne me trompe pas, de LCI et de France Bleu.
12:56Donc, un ancien patron de médias.
13:00On va l'écouter.
13:02C'est rendre hommage à la mémoire de Quentin.
13:05Et d'ailleurs, aux grandes âmes de ces médias biaisés, il n'y a pas eu de dérapage colossaux.
13:10Vous avez vu un seul policier agressé ? Non.
13:13Vous avez vu une seule vitrine cassée ? Non.
13:16Vous avez entendu beaucoup de vociférations, de mouvements de foule ? Non.
13:21Bon, voilà.
13:22Moi, je suis terrifié, en tant qu'ancien patron de médias, du traitement qui a été réservé à cette manifestation.
13:31Et d'une certaine manière, je mets aussi à la place de la famille, des amis de Quentin.
13:36Comment peuvent-ils supporter un traitement médiatique aussi unilatéral ?
13:41Voilà.
13:42Donc, ça en dit long aussi sur notre époque, de voir qu'il n'y a pas eu, apparemment, de
13:48rapages colossaux.
13:50Donc, en fait, il parle aussi de vitrines cassées.
13:54C'est-à-dire que pour eux, une vitrine cassée ou des affrontements, comme il peut y avoir régulièrement avec
14:01des forces de l'ordre,
14:02sont infiniment plus graves que des salis nazis, que des insultes racistes, que des insultes homophobes.
14:09Et que de voir toute cette faune néofasciste, nazie, défiler en toute impunité dans la rue.
14:17Donc là, on est sur Europe 1, chaîne station du groupe Bolloré.
14:23On peut s'attendre quand même un petit peu à ce qu'il y ait ce son de cloche.
14:27On va montrer un extrait qui nous semble un petit peu plus grave, puisqu'il est cette fois sur le
14:32service public.
14:33Sur France Info, alors, vous pouvez aller retrouver, et puis beaucoup d'entre vous l'ont sûrement déjà vu,
14:40cet entretien absolument lunaire de Léa Balagel-Mariqui, qui est députée, porte-parole du groupe écologiste à l'Assemblée nationale,
14:49qui est interrogée sur cette manifestation.
14:51Je vous montre juste un petit extrait, une petite phrase qu'il en dit.
14:56On a le sentiment que quand il y a l'ultra droite qui défile, c'est calme.
15:00Quand il y a l'ultra gauche, il y a à la fin un mort.
15:05On s'en tient là, vous pouvez retrouver aussi toute l'interview qui commence par, c'était très calme, il
15:12n'y a pas eu de débordement, en fait, ça va.
15:17On a quand même une atmosphère qui fait peur.
15:22Joanne Chapoutot nous en parlera certainement mieux que nous dans quelques minutes,
15:26dans une petite dizaine de minutes, si je ne me trompe pas, un petit peu moins.
15:32On va les laisser bientôt s'installer.
15:35Mais là-dessus, on va venir là-dessus.
15:38Qu'est-ce que tu en penses, Bruno ?
15:40Est-ce qu'il y a un petit peu ce qu'on peut appeler un renversement des valeurs ?
15:45C'est-à-dire à la fois, là, on a une petite phrase qui dure cinq secondes,
15:48où on a l'extrême droite, qui, donc l'extrême droite, je le rappelle, fasciste, nazi,
15:55qui est présentée comme calme, limite comme responsable.
16:00Et de l'autre côté, la gauche, alors elle dit de l'ultra-gauche,
16:03on ne sait pas exactement ce qu'elle met derrière ce terme-là.
16:06Bref, l'ultra-gauche qui, quand elle manifeste, ce qui n'était pas le cas,
16:15le soir de la mort de Quentin de Branc, à la fin, il y a un mort.
16:19Donc sous-entendu, la gauche est violente, l'extrême droite est gentille,
16:23ou en tout cas responsable.
16:25Après, moi, je ne suis pas le meilleur commentateur de ce qui se passe dans les médias.
16:28Mon travail, c'est plutôt le reportage.
16:30Mais il y a quand même... Je peux livrer un peu mon sentiment.
16:34Déjà, je pense qu'il y a dix ans, effectivement, on n'aurait jamais eu quelqu'un sur une grande
16:38antenne
16:39dire que dans une manifestation où il y a des gens qui font des salut nazis
16:42et qui lâchent des insultes homophobes, des insultes racistes
16:49et qui sont ouvertement, en fait, dans les mouvements néo-nazis,
16:52dire que finalement, ce n'est pas très grave parce qu'il n'y a pas eu de vitrine cassée.
16:55Je pense qu'il y a dix ans, il n'y aurait pas eu cette réaction-là.
16:59Et ça montre, effectivement, ce renversement un peu des valeurs,
17:02c'est-à-dire de se dire qu'effectivement, le désordre urbain, c'est plus important
17:09que finalement la question du néo-nazisme, la question du racisme, la question de l'homophobie, etc.,
17:14que la question idéologique.
17:15Même républicaine.
17:17Et c'est là où je me dis qu'on est peut-être dans une période où, en tout cas,
17:20c'est la volonté d'un Vincent Bolloré, quand il a des médias comme ça,
17:23et de créer un empire qui permet de faire des opérations vraiment bulldozers sur tel ou tel fait.
17:30On voit bien, c'est Europe 1, c'est News, etc.
17:31C'est vraiment pour essayer de réhabiliter l'idée que l'ordre, c'est plus important que tout.
17:35Que peu importe l'idéologie, ce qui va compter, c'est l'ordre.
17:39Donc effectivement, dans cette manif samedi, il n'y a pas eu de débordement,
17:43non pas parce que ces gens-là n'étaient pas prêts à faire des débordements,
17:46il n'y a pas eu de débordement parce que, déjà, il y avait un dispositif policier énorme,
17:51et deux, que ces personnes-là savaient très bien qu'ils jouaient quelque chose en termes d'image
17:56et qu'ils refusaient à tout prix qu'il y ait des débordements.
17:59On en a failli, encore une fois, on en a parlé tous les deux,
18:02mais à un moment donné, il y a un contre-manifestant qui a deux doigts de se faire passer à
18:06tabac par 15-20 personnes.
18:09Donc ça, c'est le premier élément.
18:10Il y a 10 ans, je pense qu'on n'aurait pas eu ça.
18:13Et l'autre, effectivement, c'est la question de l'utilisation des mots,
18:15où on est dans un moment un peu très...
18:17Enfin voilà, c'est devenu une tarte à la crème de le dire,
18:19mais orwellien, c'est-à-dire que les mots n'ont plus aucun sens.
18:22Et effectivement, c'est marrant parce qu'on a eu une période il y a 7 ans, 8 ans,
18:29où la presse était vraiment dans le fact-checking,
18:33c'est-à-dire qu'on a vu l'essor des vérificateurs, etc.
18:35Et peut-être qu'en contre-réaction, on est dans quelque chose d'autre aujourd'hui,
18:39où les mots n'ont plus aucun sens,
18:40et peu importe, et on les utilise comme bon nous semble,
18:44peu importe la véracité des faits, quoi.
18:48Et quand cette journaliste dit,
18:49ben voilà, quand il y a une manifestation d'ultra-gauche, il y a un mort,
18:52elle est dans un truc complètement dément,
18:54puisque ce n'était pas une manifestation,
18:57c'est un affrontement qui conduit à un mort.
18:59Enfin voilà, elle tord totalement la vérité.
19:03Derrière, est-ce que c'est pour faire réagir son invité qui est LFI,
19:07ou alors c'est parce que derrière, effectivement,
19:09elle pense qu'effectivement, dès qu'il y a une manifestation d'ultra-gauche,
19:12ou d'extrême-gauche, il y a un mort.
19:14Je n'arrive pas à savoir, mais c'est vrai qu'on est dans une période quand même...
19:17Alors moi, je ne suis pas flippant, je dirais,
19:20mais en tant que journaliste, c'est étonnant,
19:22c'est que des fois, en fait, les faits n'ont plus de prise.
19:24On est dans un moment où les faits n'ont plus de prise.
19:26Et sur la question des mots,
19:29vous pouvez aussi voir un article de France Info
19:31qui explique pourquoi il ne parle pas de néo-fasciste,
19:35ou de ce genre, ou même d'ultra-nationaliste,
19:37pour Quentin de Ranck et ses amis.
19:40Et donc ils ont tout un article qui explique pourquoi il parle d'identitaire,
19:44alors même qu'il n'a jamais fait partie de groupes identitaires,
19:47mais de groupes nationalistes révolutionnaires, donc néo-fascistes.
19:51Mais ça ne leur passe pas de problème.
19:53Et parmi les sources, il y a une petite dizaine de sources,
19:56parmi lesquelles Valeurs Actuelles.
19:57Le service public se repose notamment sur Valeurs Actuelles
20:02pour décider de quels mots il doit utiliser ou non,
20:05et pas sur les chercheurs, des gens qui travaillent sur la question.
20:09Merci.