00:00Alors nous sommes actuellement avec Émilien Urbach, journaliste de l'Humanité,
00:03qui poursuit son voyage humanitaire à bord du Mia Mia, l'un des 45 bateaux de la flottille pour Gaza.
00:10Émilien, vous êtes à peu près à 170 000 des côtes palestiniennes.
00:15Est-ce que tu peux nous faire un petit point sur la situation de la flottille ?
00:20Écoute, ça fait 3-4 jours qu'on navigue chaud et nuit,
00:26depuis qu'on a quitté la Crète, de façon plutôt calme.
00:33Il y a encore des drones qui nous survolent de temps en temps,
00:35mais le fait d'avoir été accompagné par les frégates espagnoles, italiennes, turques, grecques,
00:43ça a beaucoup tranquillisé en tout cas les nuits.
00:48Et puis la météo est plutôt bonne, donc on avance tranquillement.
00:51On s'attendait à une interception qui pouvait avoir lieu cette nuit.
00:54Pour l'instant, tout est calme, mais on est en plein dans la zone
00:59où les flottilles précédentes ont été interceptées.
01:04Est-ce que tu as des informations venant de la direction de la flottille
01:09qui pourraient vous laisser penser à quand est-ce que vous pourriez être intercepté ?
01:12Franchement, c'est compliqué à dire.
01:15Il y a des bruits qui circulent que ça pourrait être demain matin dans la journée,
01:21ce qui est plutôt, si c'est le cas, plutôt rassurant.
01:24Là, je suis tombé sur un article de la presse israélienne
01:28qui parle plus de la nuit de mercredi à jeudi.
01:33Il faut savoir que c'est Yom Kippour en ce moment en Israël.
01:38C'est une semaine de fête, donc il ralentit aussi les procédures judiciaires, etc.
01:44Ce qu'il prévoit, visiblement, c'est une interception en mer
01:48d'amener les militants ensuite dans une prison en Israël
01:53et puis d'expulser tout le monde.
01:56En même temps, on ne sait pas trop comment va se conduire la frégate espagnole.
02:00On sait déjà que la frégate italienne a quitté,
02:04est en train de s'éloigner de nous.
02:06D'ailleurs, dans des intentions qui ne sont pas très claires
02:09puisqu'un des membres de l'État-major aurait indiqué
02:15qu'il voulait s'adresser à tous les participants
02:17via les radios VHF qui sont à part des bateaux
02:21en leur demandant de ne pas essayer d'aller jusqu'à Gaza finalement.
02:26Ce que la direction de la flottille prend un peu comme une provocation,
02:30une collaboration avec l'État israélien.
02:35J'avoue que moi, je me méfiais un peu de cette participation de l'Italie,
02:37je la comprenais mal.
02:39Comment Mélanie envoie, enfin, gouvernement d'extrême droite
02:41envoie des bateaux à l'aide de militants pacifistes,
02:46une grande majorité de gauche, des syndicalistes, etc.
02:49C'était un peu étrange.
02:52On pouvait penser aussi que c'était sous la pression populaire ?
02:56Tout à fait, donc ça a dû jouer.
02:58Je pense qu'il y a un nombre d'autres choses,
03:00mais là, le masque tombe.
03:04Par contre, les Espagnols sont toujours là.
03:06Ils n'indiquent pas encore qu'ils vont s'arrêter.
03:11C'est un État qui a reconnu l'État de Palestine,
03:13donc ils considèrent que les eaux qui sont au large de Gaza
03:16sont des eaux territoriales palestiniennes.
03:20Donc on ne sait pas jusqu'à quel point ils vont accompagner la flottille.
03:24Parce que le comité de direction de la flottille considère
03:29qu'il faut non seulement, d'un côté, se préparer à une interception imminente,
03:33mais que l'idée d'arriver à casser le blocus
03:36et d'ouvrir un corridor humanitaire,
03:39être au moins provisoirement avec ce qui est transporté par les bateaux,
03:43reste une option envisageable.
03:46Donc on fait autant des trainings sur les interceptions
03:49que sur le fait d'arriver au large des Côtes-Gazawie.
03:52Comment vous vous préparez à cette interception ?
03:56Quel est le sentiment d'équipage de tous les camarades qui sont autour de toi ?
04:02Dans quel état d'esprit vous êtes à quelques heures d'une interception possible ?
04:08Écoute, après les attaques qui ont eu lieu,
04:11avant qu'on arrive au large de la Crète,
04:15avec les bombardements qui ont eu lieu,
04:16on est arrivé dans un état d'anxiété assez grand en Grèce.
04:20Et puis le redépart, on est resté deux ou trois jours au mouillage au large de la Crète.
04:28Et le redépart a été compliqué.
04:30Enfin, en tout cas, beaucoup de personnes étaient inquiètes.
04:33Et bien sûr, le comité de direction de la flottille
04:37ne pouvait pas assurer que rien de nouveau ne se passerait.
04:41Les menaces israéliennes continuaient de pleuvoir.
04:44Enfin, en tout cas, des rumeurs.
04:45Il y avait des gouvernements, notamment allemands, luxembourgeois, belges,
04:51qui appelaient les cellules qui étaient à bord en leur disant
04:53« faites gaffe, les informations qu'on a des renseignements,
04:56c'est qu'Israël va taper plus fort, etc. »
04:58Donc, à la fois, avec les trois nuits qu'on vient de passer de calme
05:02et le fait qu'on soit entouré par des marines nationales d'États européens,
05:07c'est rassurant, ce comment communique Israël est différent, par exemple,
05:14de ce qui s'est passé sur les précédentes flottilles,
05:15où dans la communication, il y avait une envie de dire
05:17« écoutez, on nous traite de méchants, mais regardez, on leur donne à manger,
05:20on se souvient de ces images de la distribution des sandwiches
05:24aux participants des précédentes. »
05:26Là, la communication, c'est une autre, c'est la flottille du Hamas,
05:29c'est des collaborateurs, des terroristes,
05:31« on va t'en débarrasser violemment, etc. »
05:34Donc, on est, voilà, en tout cas, on se prépare,
05:37on se prépare à une interception qui peut être violente,
05:40qui est forcément différente des autres,
05:42puisque on est près de 50 bateaux et que ça va faire du monde à gérer.
05:49Voilà, on se prépare à plusieurs éventualités, en fait,
05:52est-ce que des bateaux pourraient être attaqués
05:55avant que les forces israéliennes interviennent ?
05:58Est-ce qu'ils vont utiliser différentes méthodes selon les bateaux,
06:02qu'ils soient gros ou petits ?
06:04Donc là, c'est que des incertitudes,
06:05il n'y a pas de communication directe avec les forces israéliennes
06:10de la part du côté de la direction de la flottille.
06:11Donc, c'est que des hypothèses et on se prépare aux différentes hypothèses.
06:15Et est-ce que la délégation française a eu un contact récent
06:18avec le ministère des Affaires étrangères à Paris ?
06:25Non.
06:26Ok.
06:26Il faut noter, c'est qu'il y a 4-5 jours,
06:32la délégation française a lancé un appel à appeler à ce que la population appelle
06:39le ministère et puis l'Élysée et puis le matignon
06:43pour que la France se positionne comme l'Espagne, par exemple.
06:46En tout cas, s'engage à réellement protéger ses ressortissants.
06:50Moi-même, le soir du bombardement de la flottille en haute mer,
06:56j'ai appelé le Quai d'Orsay qui avait l'air un peu désemparé face à cette annonce.
07:01J'ai tenté de les joindre encore il y a deux jours.
07:05Ils ont quand même remis en cause le fait que ce soit possible
07:07qu'un journaliste de l'humanité soit à bord de la flottille,
07:12les appels, que personne n'avait demandé de protection,
07:15enfin, un enfumage complet.
07:16Donc là, je sais que la direction du journal a repris contact avec eux
07:19et que quelque part, ils m'ont expliqué que peut-être que la communication,
07:22en effet, avait été coupée, mais qu'ils seraient là, bien sûr,
07:25pour donner une assistance consulaire aux ressortissants français.
07:30Mais en tout cas, on est bien loin d'États qui s'engagent à protéger
07:36les ressortissants français à bord de la flottille.
07:38Est-ce que tu auras un dernier message à nous adresser
07:42avant qu'on te laisse et qu'on te rejoigne peut-être au petit matin
07:47ou très tard cette nuit ?
07:48Ce qui donne du courage à toutes les personnes qui sont là.
07:51Il n'y a personne… Ici, c'est des syndicalistes, c'est des élus,
07:54c'est des militants de 44 pays, donc avec des cultures militantes
07:58et des cultures différentes.
08:00Ce qui donne du courage à tout ce monde-là, c'est la mobilisation à terre.
08:04C'est très clair.
08:05Là, je suis avec les copains tunisiens qui viennent d'apprendre
08:09qu'on a des caméras embarquées sur les bateaux,
08:12que les images prises par ces caméras sont en ce moment diffusées
08:16devant le Théâtre National de Tunis et que des centaines de personnes
08:19se rassemblent et que ça crée un élan populaire.
08:22Tous ces moments de rassemblement, où qu'il soit, c'est quelque chose
08:26qui donne du courage, qui fait que les gouvernements ne peuvent pas
08:29faire semblant que ça n'existe pas, qui rendent un peu plus possible
08:34l'idée qu'on puisse y arriver ou qu'en tout cas, cette fois-ci,
08:38ça ne se fera pas en catimini de la part d'Israël,
08:40que le monde est témoin du comportement d'Israël face aux humanitaires.
08:44Écoute, merci Émilien d'avoir pris le temps de nous répondre,
08:49de nous avoir apporté des informations.
08:51Sache surtout que tout le journal, l'humanité, bien évidemment,
08:55t'apporte son soutien.
08:58On ne te lâchera pas.
09:00Il y aura sûrement une soirée de solidarité qui sera organisée
09:06par le journal dès demain.
09:07Il y a des démarches qui seront faites par le journal
09:10pour que tu reviennes le plus vite possible
09:12et que vous reveniez le plus vite possible,
09:14puisque ça ne concerne pas que toi,
09:16c'est tous les militants pacifistes qui sont partis là-bas,
09:20sur la flottille.
09:21Je pense que le journal fera tout ce qu'il peut
09:24pour que le gouvernement agisse, enfin.
09:27Et je te dis à très bientôt et courage, Émilien.
09:31Merci à tous.
09:33À plus tard, à bientôt.
09:34À bientôt, salut, Émilien.
09:36Ciao auteur.