- il y a 10 heures
La direction générale des finances publiques (DGFiP), figure de proue de la « modernisation » de l’État, s’enorgueillit d’être le fer de lance de l’implantation de systèmes d’IA dans la fonction publique. Pour la direction comme pour ses ministres de tutelle, c’est même devenu un outil de communication. Résultat, il n’y a pas moins d’une dizaine d’intelligences artificielles qui moulinent à Bercy.
Pour détecter les fraudeurs, les entreprises ou les collectivités locales en difficulté, estimer la valeur vénale des biens immobiliers des propriétaires, repérer sur des images satellites les piscines et dépendances non déclarées, contrôler la commande publique… D’autres encore sont en cours d’expérimentation.
Benjamin Gandouin de Solidaires Finance Publiques nous explique pourquoi c'est un problème.
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Pour détecter les fraudeurs, les entreprises ou les collectivités locales en difficulté, estimer la valeur vénale des biens immobiliers des propriétaires, repérer sur des images satellites les piscines et dépendances non déclarées, contrôler la commande publique… D’autres encore sont en cours d’expérimentation.
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00:00:00Alors Benjamin Gandouin, tu es co-secrétaire national de Solidaires Finances Publiques et tu as co-écrit l'intelligence artificielle
00:00:09aux impôts aux éditions Sileps, c'est bien ça.
00:00:12Voilà.
00:00:13Pierre-Hig Marissal, tu es journaliste à la rubrique Capital Travail et tu es spécialiste notamment de la tech et
00:00:19des conséquences que ça a sur nos vies et je te laisse mener l'entretien.
00:00:24Moi, je vais surtout être là pour lire le chat si jamais je vois des trucs intéressants et puis je
00:00:28serai un petit peu aussi le naïf de l'histoire.
00:00:30Si il y a des trucs que je ne comprends pas, je vous interromperai pour dire « Attendez, ça veut
00:00:33dire quoi, ça ? »
00:00:35Non, mais très bien.
00:00:37Oui, lié aux impôts, c'est important parce que c'est un gros service public, ça touche tout le monde
00:00:44et c'est aussi un laboratoire.
00:00:46En fait, vous avez été quand même vachement un laboratoire de toute la modernisation des services publics.
00:00:55Vous avez subi la plateformisation, la start-upisation des services publics.
00:01:00Et là, du coup, plus ou moins récemment, d'ailleurs pas forcément si récemment que ça, l'intelligence artificielle.
00:01:06Et du coup, l'intelligence artificielle aux impôts, il y en a plein en fait, plein de services différents, plein
00:01:13d'outils différents.
00:01:15Est-ce que tu peux déjà nous donner quelques idées, quelques billes de ce que ça peut vouloir dire quoi
00:01:23? Quel type d'intérêt il y a aux impôts ?
00:01:26Ok, oui. Alors peut-être pour donner quelques éléments de contexte, effectivement, comme tu l'as rappelé, ça fait une
00:01:31dizaine d'années en fait que notre administration,
00:01:34donc la Direction Générale des Finances Publiques, la DGFIP, a investi dans les nouvelles technologies, on va dire.
00:01:40On parlait d'intelligence artificielle en 2010 avec des techniques de data mining.
00:01:45En 2024, on parle d'intelligence artificielle avec l'apprentissage automatique et notamment les IA génératives.
00:01:52Donc ça, c'est un panéorama des outils techniques, mais on a donc la volonté de notre administration, de la
00:01:59DGFIP, d'investir dans ces outils pour moderniser l'action publique.
00:02:03Voilà. Et aussi pour, avant tout, pour rationner, enfin supprimer des emplois.
00:02:10C'est ce qu'on va nous développer et revenir.
00:02:12Et donc, on a historiquement, on est une administration qui centralise un grand nombre de données, patrimoniales, fiscales, bancaires.
00:02:23On a des échanges aussi de données avec d'autres administrations.
00:02:27Et c'est un terrain de jeu, entre guillemets, pour, enfin ça se prête bien aux nouvelles technologies pour brasser
00:02:34de la data et tout ça.
00:02:34Et donc, un des premiers projets, c'est le, dans le contrôle fiscal, le projet CFVR, contrôle fiscal valorisation requête,
00:02:44qui consiste à croiser les données de manière industrielle et à détecter, élaborer des schémas de fraude.
00:02:52Essayer de sortir, de trouver des corrélations dans les données pour avoir un profil type de fraudeur.
00:02:57Donc ça, c'est le projet historique.
00:02:59Pour citer d'autres projets, donc emblématiques et matures chez nous, parce qu'il y en a beaucoup à l
00:03:04'état expérimental, comme tu l'as dit,
00:03:06on a le projet foncier innovant.
00:03:08Donc c'est celui qui a été hyper médiatisé.
00:03:11Ouais, on va voir une vidéo après.
00:03:12Voilà. Donc je ne fais pas plus long, mais en gros, pour vulgariser, c'est la détection des piscines par
00:03:18Google.
00:03:18Nous, on le dit comme ça.
00:03:19Mais en vrai, ce projet, il y a beaucoup plus de choses derrière.
00:03:22On le verra tout à l'heure. Donc je ne développe pas.
00:03:25Et un autre projet aussi, qui est mature, mais qui a été beaucoup moins médiatisé, parce que c'est plus
00:03:32un outil interne,
00:03:33parce qu'en fait, notre administration, donc on a plusieurs missions de service public.
00:03:36On a le contrôle de la fiscalité.
00:03:41On a l'encaissement, enfin les finances publiques, les dépenses et recettes de l'État, la mission domaniale, la mission
00:03:47foncière, cadastrale.
00:03:48Et donc là, sur la dépense de l'État, on a un outil qui permet de sélectionner automatiquement les factures
00:03:55qui seraient à risque.
00:03:57Et l'idée, c'est d'améliorer les délais de paiement derrière.
00:04:00Donc on a une IA qui, à partir de l'historique des factures à risque passé, on lui injecte ça,
00:04:07est capable, enfin en tout cas, donne des listes à traiter aux agents,
00:04:10avec les factures qui pourraient présenter un enjeu.
00:04:15Je ne développe pas, mais...
00:04:16Ok. Alors du coup, quand on est un usager des impôts, souvent on n'a que impôts.gouv face à
00:04:25nous.
00:04:25Est-ce que là, il y a de l'IA ? Parce qu'il y a aussi, c'est quoi,
00:04:28ces 12 millions de messages que les usagers envoient chaque année via impôts.gouv à vous ?
00:04:35Et du coup, qui répond ? Est-ce que c'est une IA ? Est-ce qu'il y a
00:04:39déjà de l'IA là ? Comment ça marche ?
00:04:41Alors toujours pareil, avec cette précaution sémantique, on va dire, parce que nous, en fait, ce qu'il faut bien
00:04:46voir, c'est que l'administration communique avec le terme
00:04:49« intelligence artificielle », puisqu'elle, en affichage à l'extérieur, ça modernise vraiment notre administration, qui est reconnue, voilà,
00:04:56pour le numérique et tout.
00:04:58Et du coup, pour répondre à ta question, il y a un projet concrètement en 2019 qui s'appelle e
00:05:04-Contact+, c'est un projet de chatbot.
00:05:08Donc le grand classique du chatbot, où toutes les administrations ont voulu le leur, ça a été la grande mode
00:05:13avant que ChatGPT arrive.
00:05:15On n'est pas sur les mêmes technologies actuelles de LLM, c'est plutôt des outils d'analyse sémantique, je
00:05:20ne rentre pas dans le détail.
00:05:21Mais en gros, pour revenir sur l'usager qui arrive sur impot.gouv, effectivement, il y a déjà un chatbot
00:05:27pour l'aider quand il veut communiquer avec l'administration,
00:05:30il utilise sa messagerie sécurisée. Et ce chatbot qui s'appelle AMI, donc là, nous, on aime bien, ils ont
00:05:37toujours l'art de trouver le bon, bel acronyme.
00:05:40Donc AMI, ça veut dire messagerie, alors je ne sais plus exactement.
00:05:44Assistant de messagerie impôt.
00:05:45Voilà. Donc est-ce que c'est le meilleur ami du contribuable ? En gros, il permet d'orienter, de
00:05:53répondre à des questions simples aux usagers.
00:05:56Par exemple, de quel formulaire j'ai besoin pour faire un don manuel, des trucs comme ça. Donc ça, il
00:06:02va les orienter, leur répondre automatiquement.
00:06:05Derrière, il y a aussi le projet de faciliter, enfin faciliter du coup, pas forcément, mais en tout cas de
00:06:12proposer des réponses pré-rédigées aux agents pour qu'ils puissent répondre
00:06:17plus rapidement aux mails des usagers et usagères. Tu l'as dit, 12 millions de mails par an, c'est
00:06:25aussi un des effets du tout numérique.
00:06:27C'est-à-dire que notre administration est allée vers, avec Cap 22, le programme Cap 22, je ne sais
00:06:33pas si vous en avez entendu parler,
00:06:34mais c'était l'objectif ambitieux que toutes les démarches administratives soient possibles d'être faites en ligne.
00:06:41Et c'est devenu un peu la norme, en fait, derrière. Et du coup, le moyen de contact de l
00:06:46'administration principal, c'est devenu le mail, enfin le numérique.
00:06:50On a peu à peu réduit les accueils physiques. C'est sur rendez-vous. Et donc maintenant, c'est vraiment
00:06:56le mail, le moyen privilégié pour les usagers, pour contacter.
00:06:59Donc ça, voilà, e-contact, c'est un projet chatbot IA, mais qui a coûté quand même 8 millions d
00:07:05'euros.
00:07:07Voilà, on pourra comparer avec le nouveau e-contact.
00:07:10Oui, ça, on fera après parce qu'il y a toutes les promesses de l'IA. C'est super intéressant
00:07:15avec votre exemple.
00:07:16Et puis le recul que vous avez de comparer les promesses, toutes les promesses qu'on nous fait et la
00:07:22réalité, que ce soit de l'efficacité.
00:07:25Mais déjà, est-ce que du coup, ce chatbot contact IA, il est efficace ? Est-ce qu'Ami, il
00:07:30se plante ou pas ?
00:07:31Alors, ben...
00:07:32Est-ce que vous avez un taux de réponse frauduleuse ou... ?
00:07:34En fait, là, ta question, en fait, je pourrais y répondre, en fait, si l'administration jouait vraiment le dialogue
00:07:41social avec nous.
00:07:42Il faut savoir que tous ces projets-là, d'intelligence artificielle ou de nouvelles technologies, donc l'introduction d'une
00:07:47nouvelle technologie dans le monde du travail,
00:07:49qui normalement doit être présentée dans nos instances de dialogue social, devrait faire l'objet d'attention pour les conditions
00:07:57de travail des agents, les études d'impact.
00:07:59On n'a absolument aucune information, aucun bilan. Donc ça commence toujours par des expérimentations.
00:08:04Les bilans sont fournis soit tardivement, mais ne nous sont jamais communiqués.
00:08:08On peut les avoir, mais par les journalistes, la plupart du temps. C'est-à-dire que, par exemple, c
00:08:12'est encore un autre projet, donc je ne vais pas le détailler tout de suite.
00:08:15Mais on a eu le bilan par Le Monde sur l'article 154 du contrôle fiscal. C'est la collecte
00:08:22automatique sur les réseaux sociaux de toutes les données.
00:08:25Donc ce qui était en expérimentation, donc l'idée d'aller sur Facebook, Instagram, le bon coin. Au final, c
00:08:34'est plutôt le bon coin qu'ils ont pris,
00:08:36parce qu'en fait, on ne pouvait pas récupérer les informations sans avoir de compte. On pouvait accéder aux informations
00:08:43publiques.
00:08:44Et du coup, l'efficacité derrière est assez mince. Et donc pour revenir, on n'a absolument aucune information. Et
00:08:53donc les chiffres que je vous donne, néanmoins, sont quand même sourcés et précis.
00:08:58On arrive à les avoir en cherchant sur Internet, donc en faisant un peu du renseignement ouvert. Et notamment grâce
00:09:05à la DINUM.
00:09:06C'est un acteur assez important dans tous ces projets-là. C'est la direction interministérielle du numérique. Donc elle
00:09:13ne pilote pas, mais elle anime et elle coordonne, on va dire.
00:09:16Et elle publie surtout les contrats qu'elle passe avec les administrations qui veulent bénéficier du financement pour les projets.
00:09:23Parce que tous ces projets-là bénéficient d'un financement public. On parle en millions d'euros. Donc là, j
00:09:29'ai dit 8 millions pour le chatbot.
00:09:30Il faut savoir que pour le foncier innovant, on en est à 33 millions d'euros, plus les 2 millions
00:09:35d'euros de maintenance par an.
00:09:38Ça, c'est intéressant.
00:09:39Voilà. Et donc toutes ces infos-là, on les a parce que la loi oblige... Enfin, en tout cas, pour
00:09:46les projets supérieurs à 9 millions d'euros, on est obligé de...
00:09:49Enfin l'administration est obligée de montrer qu'elle peut avoir des gains de productivité avec ces projets-là pour
00:09:56toucher le financement.
00:09:57Et ces gains de productivité sont fléchés, marqués noir sur blanc dans ces contrats. C'est, par exemple, pour le
00:10:02foncier innovant, 300 ETP, équivalent en temps plein, qui vont les supprimer.
00:10:06Donc ça, c'est la...
00:10:07Donc c'est 300 postes, quoi.
00:10:08Voilà. 300 postes. Alors ça peut être redéployé. Ce n'est pas des 300 suppressions sèches.
00:10:13Ces documents officiels qu'on va aller chercher montrent bien aussi le réel objectif du déploiement de ces projets.
00:10:19Nous, on n'est pas technophobe. Parce que là, dans notre discours, on va peut-être apparaître comme des gens
00:10:25opposés aux outils numériques au nouveau.
00:10:28Mais en vrai, nous, déjà, dès le départ, cette absence de transparence et d'opacité totale sur les projets, plus
00:10:34le fait de ne pas avoir les infos et que ça soit conditionné à des suppressions d'emplois, c'est
00:10:39juste pas possible.
00:10:40Oui, tout à fait. Est-ce qu'on peut regarder du coup peut-être la vidéo sur le foncier innovant
00:10:45?
00:10:45Tout à fait. J'espère que ça va marcher avec les problèmes de son qu'on a eus.
00:10:48Ça permettra de rentrer. Attends, je vais mettre le casque.
00:10:52Donc on en a 22 000.
00:10:53Moi, je ne l'ai pas dans mon casque. Mais si vous vous lavez, ça va.
00:10:56Derrière les fenêtres de ce bâtiment, une trentaine d'agents de l'administration fiscale...
00:11:01On la regarde maintenant, vous voulez ?
00:11:02Oui, oui, vas-y. Comme ça, après, on peut en discuter en rentrant dans le détail. Puisqu'il y a
00:11:08des promesses là-dedans.
00:11:09Derrière les fenêtres de ce bâtiment, une trentaine d'agents de l'administration fiscale, les yeux rivés sur les écrans,
00:11:16en pleine cyberchasse.
00:11:18Grâce à une intelligence artificielle, ils détectent en quelques minutes toutes les piscines des particuliers non déclarées.
00:11:24Ça, c'est vraiment ce que l'Institut national géographique et forestière nous envoie.
00:11:28Donc des images de 5 km sur 5 km. Donc on en a 22 000 parce que ça couvre tout
00:11:33le territoire national.
00:11:34On va déployer notre IA qui va analyser bloc par bloc cette image-là et détecter toutes les piscines.
00:11:40C'est-à-dire qu'on va pouvoir croiser ces points-là au plan du cadastre et aux déclarations des
00:11:44contribuables.
00:11:45Et donc grâce à ça, on est en mesure d'identifier l'ensemble des piscines sur le territoire national
00:11:49et pouvoir détecter s'il y a des anomalies déclaratives, c'est-à-dire si un particulier a bien déclaré
00:11:53sa piscine ou non.
00:11:54Une traque numérique qui a déjà permis de déceler 125 000 piscines illégales pour un montant de 40 millions d
00:12:01'euros.
00:12:01En moyenne, sur 100 piscines que l'algorithme détecte, il y en a une dizaine qui n'a pas fait
00:12:06l'objet d'une évaluation,
00:12:08d'une taxation aux impositions, à la taxe foncière notamment, ou à la taxe d'habitation sur les résidences secondaires.
00:12:13On avait déjà ce type d'outils auparavant, mais là vraiment, l'apport de l'intelligence artificielle,
00:12:19c'est vraiment d'industrialiser les processus de détection pour pouvoir aller plus vite.
00:12:25Un outil prometteur pour le fisc, car en matière d'équipement piscine, la France est au deuxième rang mondial derrière
00:12:31les Etats-Unis.
00:12:32Dans le viseur des autorités, les bassins de plus de 10 mètres carrés qui doivent être déclarés par les particuliers,
00:12:38en mairie puis aux impôts.
00:12:40On a la base du message. Ce qui est intéressant, c'est que là, il dit, le responsable du projet,
00:12:46que ça rapportait déjà 40 millions d'euros. Mais en fait, déjà, le truc a coûté 33 millions à développer,
00:12:53plus 2 millions de maintenance par an.
00:12:55C'est ça. Je ne sais pas si tu veux que je remondisse, mais c'est...
00:13:00C'est le prochain poil du micro. Avec 300 emplois en moins.
00:13:04Voilà. Et donc, ce sont des projets externalisés.
00:13:07Voilà. On va y venir. Oui, allons-y.
00:13:10Alors, on peut y aller maintenant, mais en fait, donc là, pareil, les infos,
00:13:13on les a eues par une demande CADA d'un journaliste sur les marchés publics.
00:13:19Et donc, c'est comme ça qu'on a eu le montant de ce projet.
00:13:21Une demande CADA, on rappelle, c'est...
00:13:22Ah oui, pardon.
00:13:22Non. Je n'ai plus l'acronyme en tête, mais...
00:13:25La commission d'accès aux documents administratifs.
00:13:27Voilà, c'est ça.
00:13:28Ouais. Donc, c'est... En fait, l'administration, tous les services publics produisent des données publiques.
00:13:34Et vous êtes, en tant que citoyen, vous pouvez demander, voilà, un certain nombre de données
00:13:39qui, normalement, l'administration, notamment avec la loi pour une République numérique de 2018,
00:13:46la loi Le Maire, doit publier ces données-là, notamment les marchés publics,
00:13:51a fortiori, quand ils ont été financés par de l'argent public.
00:13:55Et donc, ouais, tout ça pour dire que les 33...
00:13:59Donc, effectivement, c'est externalisé à une société...
00:14:03C'est un cabinet de conseil privé Capgemini,
00:14:07qui a pris la tâche de Google, parce qu'il faut bien voir qu'en fait,
00:14:10en matière de savoir-faire algorithmique, ce qui se fait de mieux,
00:14:14en tout cas, la maîtrise de ce savoir-faire,
00:14:16notamment pour la reconnaissance d'images, au cas particulier de ce projet-là,
00:14:21c'est dans la Silicon Valley qu'on maîtrise.
00:14:24Et donc, c'est Google, le prestataire, pour la partie reconnaissance d'images.
00:14:29Donc, pour un petit peu rentrer dans le...
00:14:31En fait, ils utilisent les orthophotos, donc, produites par l'hygiène.
00:14:37C'est-à-dire, ce sont des photos de vue aérienne,
00:14:39mais qui sont mises à jour tous les trois ans.
00:14:41Et à partir de là, les algos de reconnaissance de Google
00:14:48vont essayer de détecter les tâches bleues, en gros, pour schématiser.
00:14:53Et derrière, ces données-là, on va les croiser et voir si la piscine a été,
00:14:59avec nos données fiscales, sur notre cloud à nous, par contre,
00:15:02le cloud interne de l'administration,
00:15:04voir si elles ont été déclarées ou pas.
00:15:06Ce qui est intéressant dans le reportage aussi,
00:15:08c'est la manière dont ils perçoivent ça comme un outil magique,
00:15:13puisqu'en quelques secondes, on voit bien qu'ils sont dans cette dynamique
00:15:18de dire « ça va très vite » et qu'on industrialise les tâches.
00:15:22Il y a le mot.
00:15:23Oui, il y a le mot.
00:15:24Et donc, à partir du moment où on industrialise,
00:15:26il faut que les travailleurs se mettent en ordre de bataille.
00:15:29En tout cas, il y a des impacts sur les organisations de travail.
00:15:32Et du coup, là, ce qui s'est passé, concrètement,
00:15:34sur la détection des piscines,
00:15:35qui n'était pas forcément la priorité des géomètres.
00:15:42Là, c'est clairement une commande publique.
00:15:44On va essayer l'IA et on va faire ça sur la détection des piscines.
00:15:49Il n'y a personne qui est contre.
00:15:51On est plutôt pour que les gens qui détiennent les piscines déclarent.
00:15:56Et donc, je me suis un peu perdu, là.
00:15:59Et sur l'industrialisation.
00:16:01Oui, voilà, ça a des impacts.
00:16:02Donc là où le géomètre est plutôt une mission topographique,
00:16:07il va sur le terrain, il fait des levées de saisie sur le terrain
00:16:10avec toute la précision et le savoir-faire qu'ils ont.
00:16:15Ils ont une formation vraiment dédiée à ça.
00:16:17Et souvent, lorsqu'ils veulent être géomètre,
00:16:19c'est, je ne sais pas dire une passion, mais c'est un...
00:16:22Je ne sais plus comment on dit le mot, mais c'est ce qu'ils veulent faire dans la DGFIP.
00:16:27Du coup, là, on se retrouve avec des photos aériennes
00:16:30où il y a eu, dans un premier temps en tout cas,
00:16:32il y a eu pas mal d'erreurs, pas mal de faux positifs,
00:16:35avec le plus connu, c'est les bâches bleues qui étaient reconnues comme des piscines.
00:16:38Et ça, on peut peut-être revenir justement à l'origine de ça,
00:16:40parce que dans la chaîne de la sous-traitance, c'est quand même super intéressant.
00:16:43Donc on passe... Donc c'est de l'argent public
00:16:45qui sert à supprimer des fonctionnaires,
00:16:48enfin, techniquement, des postes de fonctionnaires.
00:16:49Donc ils passent commande à Capgemini,
00:16:52qui passent commande à Google,
00:16:53et qui, dans la chaîne de sous-traitance, au bout du bout,
00:16:56on arrive à Madagascar,
00:16:58où là, dans du travail plus ou moins informel,
00:17:02on a des personnes qui détourent des tâches bleues sur des photos satellites.
00:17:07Donc ça peut être effectivement...
00:17:09C'est là que se fait l'entraînement, en fait,
00:17:11ce qu'on appelle l'entraînement final de l'intelligence artificielle.
00:17:16Et donc la question, d'ailleurs, c'est...
00:17:19Est-ce qu'on sait à quel moment l'IA fonctionne à peu près toute seule,
00:17:25ou est-ce qu'il y a encore du travail de...
00:17:28De réentraînement.
00:17:29De réentraînement permanent, ou de correction ?
00:17:32Là, clairement...
00:17:34Alors c'est très intéressant ce que tu...
00:17:37Enfin, ce que tu soulignes, c'est-à-dire,
00:17:39on voit bien, je vais répondre à ta question,
00:17:41mais on voit bien qu'il n'y a pas de suppression d'emplois sèche.
00:17:44C'est-à-dire, on n'a pas enlevé 300 géomètres sur 5 ans,
00:17:47comme c'était fléché dans le document.
00:17:49Ce qui se passe, c'est qu'il y a un déplacement du travail.
00:17:51Donc on voit...
00:17:52C'est l'objet des travaux d'Antonio Casilli,
00:17:56un sociologue qui a travaillé dessus,
00:17:58de Maxime...
00:17:59Non, Clément Leludet, qui est Maxime Cornet,
00:18:01qui, eux, ont fait l'enquête sur le terrain et qui ont vu...
00:18:04Qui ont rencontré ces gens, mais qui ne sont pas forcément
00:18:07en contact direct avec Capgemini.
00:18:09Ils passent par des prestats intermédiaires,
00:18:11ce qui fait que toute la chaîne de sous-traitance
00:18:12est très difficile à identifier, effectivement, sur l'IA.
00:18:15Et tout ça pour dire que le travail d'annotation,
00:18:17de dire...
00:18:18Enfin, de redessiner la piscine, les contours,
00:18:21c'est du travail que pourrait faire un agent,
00:18:23même si c'est du travail précaire, pour le coup.
00:18:26Voilà, on voit bien qu'en fait, l'IA génère du travail humain,
00:18:29paradoxalement.
00:18:30Alors, du travail chronophage...
00:18:32Dégradé.
00:18:33Alors, dégradé, précaire,
00:18:35et qui ne valorise pas du tout,
00:18:36comme ils le disent dans le discours officiel,
00:18:38c'est-à-dire, on va vous enlever les tâches répétitives
00:18:41et vous mettre sur les tâches à valeur ajoutée.
00:18:43Là, concrètement, donc l'entraînement,
00:18:45et il y a réentraînement l'année d'après, bien sûr.
00:18:47Alors, a priori, depuis que ça a été médiatisé,
00:18:50ils auraient revu le truc à la baisse,
00:18:52et c'est réinternalisé, je crois, par une start-up.
00:18:55Je me retourne vers Damien,
00:18:56mais je crois que c'est une start-up française
00:18:57qui avait repris le bébé.
00:18:59C'est pour ça qu'eux, ils ne ré-externalisent pas derrière.
00:19:01Peut-être, on ne sait pas exactement.
00:19:04Mais du coup, les effets sur l'exercice d'émission
00:19:06des géomètres et leurs conditions de travail,
00:19:08c'est qu'ils ne vont plus sur le terrain
00:19:09pour la détection des piscines.
00:19:11Ils font ça depuis le bureau.
00:19:12Et ça se résume en quoi ?
00:19:13Ils ont des listes,
00:19:14est-ce que c'est une piscine, pas une piscine ?
00:19:16Ils cliquent, si c'est une piscine,
00:19:18est-ce qu'elle est taxable, pas taxable ?
00:19:19Parce qu'il y a toujours cette idée
00:19:21qu'il doit rester un humain dans la boucle.
00:19:22Pour des tas de raisons.
00:19:24Ils aiment bien le mettre en avant
00:19:25comme argument premier
00:19:26pour montrer que l'IA ne fait pas tout toute seule.
00:19:30Il reste toujours un humain dans la boucle.
00:19:32C'est aussi parce que l'ACNI l'exige,
00:19:34quand même, plus ou moins.
00:19:36Mais le travail reste quand même assez...
00:19:40Enfin, si, inintéressant sur cette partie-là,
00:19:44où ils vont moins sur le terrain
00:19:46et où on n'a aussi pas forcément la qualité
00:19:48qu'avait le travail du géomètre.
00:19:50C'est-à-dire, des images aériennes,
00:19:51il peut y avoir des problèmes
00:19:52pour les débords de toit, par exemple.
00:19:55Qu'est-ce qu'il y a ?
00:19:56Un toit qui...
00:19:57De par vue aérienne,
00:19:58qu'est-ce qu'il y a en dessous ?
00:19:59Les effets de parallaxe aussi.
00:20:01Les ombres.
00:20:02Je l'ai placé.
00:20:03Les ombres, voilà.
00:20:05Avec Damien, c'est un running gag là-dessus.
00:20:07Parce que finalement, en plus,
00:20:09cet outil,
00:20:10il a pour objectif
00:20:11à être étendu à l'ensemble du cadastre.
00:20:14Donc, il va...
00:20:16Alors, il y a plusieurs volets
00:20:17dans le foncé innovant.
00:20:19Tu fais bien de le dire.
00:20:20Donc, les piscines,
00:20:21ça marche plutôt bien maintenant.
00:20:22Je crois qu'on est de l'ordre
00:20:23de 4% de taux d'erreur.
00:20:25Parce qu'il reste encore quand même
00:20:26des trucs à apurer.
00:20:28Mais voilà, les tâches bleues,
00:20:29ça se détecte plutôt facilement.
00:20:31À force, on y est arrivé.
00:20:33Par contre, le deuxième volet,
00:20:35c'était le report au plan, en fait.
00:20:37Et là, pour le coup,
00:20:38il y avait une volonté
00:20:39qu'on puisse avoir un report automatique
00:20:41de ce qu'avait détecté l'IA
00:20:42dans le dessin, sur le plan cadastral.
00:20:45Ils sont sur la partie bâtiment isolé.
00:20:47C'est-à-dire les dépendances,
00:20:49les garages,
00:20:50la partie extension bâtimentaire
00:20:52type véranda.
00:20:53On oublie tout de suite,
00:20:54ça ne marche pas du tout.
00:20:55Et ce sera très, très compliqué,
00:20:56sans doute, pour la suite.
00:20:57Donc, ils ont recentré
00:20:58le gros des forces,
00:20:59enfin, voilà,
00:21:00sur la partie bâtiment isolé.
00:21:01Et là, ça marche plutôt très moyen.
00:21:04Alors, je n'ai plus les stats en tête.
00:21:06Mais c'est de l'ordre de 50%.
00:21:08Oui, 50% d'erreur.
00:21:10Voilà.
00:21:10Et donc, il y a cette idée de...
00:21:13Par contre, ils sont en train de le faire.
00:21:15Ils sont en train de généraliser ce procédé-là.
00:21:16Et on a clairement l'acceptation
00:21:19de la perte de la qualité du plan cadastral.
00:21:22Quitte à utiliser les outils technologiques,
00:21:24voilà, on aura un plan...
00:21:39Peut-être qu'on peut rappeler
00:21:40ce que c'est le plan cadastral.
00:21:41Peut-être qu'il y a des gens dans le chat
00:21:42qui ne visualisent pas très bien ce que c'est.
00:21:44Le plan cadastral,
00:21:45c'est l'ensemble des parcelles
00:21:47des propriétaires,
00:21:48voilà, sur un terrain,
00:21:50les délimitations.
00:21:51Et c'est ce qui permet
00:21:52de délimiter la propriété.
00:21:55Voilà.
00:21:55Donc oui, effectivement,
00:21:56on en parle comme ça,
00:21:57comme si c'était inné.
00:21:58Mais ça date de Napoléon.
00:22:01Et c'est aussi un vieux...
00:22:03Là, je parle des travaux
00:22:04avec qui on a bossé
00:22:05avec le Media Lab,
00:22:06aussi de Sciences Po,
00:22:07où, eux, ils avaient montré
00:22:08que c'était aussi un vieux rêve
00:22:11d'enlever ce truc-là
00:22:13de la fiscalité,
00:22:14de cadastre et fiscalité,
00:22:15de le décorréler.
00:22:16Mais bon, voilà.
00:22:17OK.
00:22:18Et du coup, voilà,
00:22:20ça, c'est les premiers témoignages
00:22:22que j'avais récupérés chez vous.
00:22:25C'est les géomètres, quoi,
00:22:27qui disaient,
00:22:27mais je n'ai pas fait
00:22:28toutes ces études de géométrie
00:22:30pour me retrouver
00:22:31à cocher des cages...
00:22:32Pas de géométrie.
00:22:34De géomètres.
00:22:35À cocher des cases.
00:22:37C'est ça, c'est des rectangles, après.
00:22:38Ouais.
00:22:39Dessinés des rectangles
00:22:40sur des...
00:22:41Ils sont censés être sur le terrain.
00:22:44D'ailleurs, on les voit,
00:22:45normalement, dans la rue.
00:22:47Enfin, du coup,
00:22:47c'est vraiment quand même
00:22:48une qualité de travail en baisse, quoi.
00:22:53Et du coup, ça, c'est un...
00:22:56On peut enchaîner là-dessus.
00:22:57Vous avez justement interviewé,
00:23:01interrogé, fait une étude solidaire informatique,
00:23:04informatique, finance publique, pardon.
00:23:06Alors, finance publique, c'est vrai
00:23:06qu'en ce moment, on nous confond
00:23:08avec informatique.
00:23:09Ils sont dynamiques aussi.
00:23:11Ouais.
00:23:12On bosse avec eux aussi.
00:23:13Puis ils bossent sur le sujet aussi.
00:23:14Ouais, tout à fait.
00:23:15Ouais.
00:23:16Du coup, cette étude
00:23:18sur l'impact de l'IA
00:23:19sur tes missions
00:23:20et conditions de travail
00:23:21à la DGFIP.
00:23:24Et du coup,
00:23:24avec plusieurs questions posées.
00:23:27Et notamment, là,
00:23:28ce qui est intéressant,
00:23:29c'est que ça va pouvoir permettre...
00:23:31Tiens, si tu cliques sur le lien
00:23:32genre voir, par exemple, Théo.
00:23:33C'est notre site.
00:23:34Je suis là, là.
00:23:35Ouais.
00:23:35Voilà.
00:23:36Et ce qui est intéressant, c'est...
00:23:37Parce que c'est assez gros.
00:23:38Je vais peut-être grossir un peu.
00:23:39Quand tu passes en page 2, par exemple,
00:23:42t'as un peu des questions, souvent...
00:23:45C'est les questions...
00:23:46Alors, là, c'est le cas pour...
00:23:48Pour ça, tu vas pouvoir naviguer
00:23:49comme tu veux sur le...
00:23:50Tiens, souris.
00:23:51Merci.
00:23:52C'est le cas, par exemple,
00:23:54à la DGFIP,
00:23:56mais c'est aussi le cas
00:23:58quand les patrons sont interrogés
00:24:00sur pourquoi vous voulez
00:24:02de l'intelligence artificielle
00:24:03dans votre entreprise.
00:24:05C'est, ben...
00:24:06Ah, ben, comme ça,
00:24:07mes salariés,
00:24:08ils pourront passer plus de temps
00:24:09à se concentrer
00:24:10aux tâches à forte valeur ajoutée.
00:24:12Ils vont gagner du temps.
00:24:14Ils feront des tâches
00:24:15moins répétitives.
00:24:16Ils seront plus productifs, etc.
00:24:19Et du coup,
00:24:20avec les informations
00:24:21que vous avez recueillies,
00:24:22notamment,
00:24:23ce qui est intéressant,
00:24:24ça va être un peu
00:24:24de battre en brèche
00:24:26un peu tous ces trucs-là.
00:24:28Et du coup,
00:24:29là, la première question
00:24:30qu'on voit sur l'écran,
00:24:32l'utilisation de l'IA
00:24:33te permet-elle
00:24:34de te consacrer
00:24:35à d'autres tâches
00:24:36plus intéressantes ?
00:24:37C'est quand même plus de 85%
00:24:38de non.
00:24:39C'est quand même fou.
00:24:41Ouais.
00:24:41Alors, cette enquête,
00:24:42on l'a envoyée,
00:24:42on va être transparents
00:24:44sur les chiffres, nous.
00:24:45Donc, on l'a envoyée
00:24:46à plus de 90 000 agents
00:24:48de la DG FIP
00:24:49et on a un panel
00:24:50de 4199 personnes
00:24:53qui ont répondu.
00:24:54Sur ces 4199 personnes,
00:24:57seules 20% ont de l'IA
00:24:59au quotidien
00:24:59dans leur mission.
00:25:00Donc, ça reste encore...
00:25:01Un peu plus de 1 000 personnes, quoi.
00:25:03Voilà.
00:25:04Et sur ces 1 000 personnes,
00:25:06donc, on a 85%
00:25:08qui répondent que,
00:25:10effectivement,
00:25:10ça ne correspond pas
00:25:11à ce qu'avait vendu
00:25:12l'administration.
00:25:13On va vous enlever
00:25:14des tâches répétitives
00:25:15pour des tâches
00:25:16à valeur ajoutée.
00:25:17Et on voit bien que,
00:25:19donc, dans un certain nombre
00:25:21de missions,
00:25:23ils se retrouvent
00:25:24avec des listes,
00:25:25en fait, de...
00:25:27Alors, des listes à traiter,
00:25:28c'est souvent ce qui revient.
00:25:29Ça se formalise vraiment.
00:25:31Pour eux, l'IA,
00:25:32c'est des listes.
00:25:33Parfois, même,
00:25:33ils disent eux-mêmes
00:25:34que ce n'est pas de l'IA.
00:25:35Je pense notamment
00:25:36au contrôle fiscal
00:25:37où, concrètement,
00:25:38ils se retrouvent
00:25:38avec des listes,
00:25:39c'est des tableurs,
00:25:40avec les listes de sociétés
00:25:41ou de particuliers
00:25:43à contrôler
00:25:44puisqu'il faut savoir
00:25:45que la programmation
00:25:46du contrôle fiscal,
00:25:48il y a à peu près
00:25:48la moitié
00:25:49chez les professionnels
00:25:50qui est faite par l'IA.
00:25:51Oui, c'est-à-dire
00:25:51qu'un contrôleur fiscal
00:25:54doit contrôler...
00:25:54Enfin, dans ce qu'on lui dit
00:25:55de contrôler,
00:25:56c'est 50% de ses contrôles
00:25:57sont dictées par l'IA.
00:25:59Oui, c'est ça.
00:26:00C'est même...
00:26:00Tu fais bien dicter,
00:26:01c'est peut-être un peu fort,
00:26:02mais en fait,
00:26:04c'est un objectif en soi.
00:26:05Ils sont obligés
00:26:05de faire au moins 50%
00:26:07de ces contrôles-là.
00:26:09C'est devenu un objectif,
00:26:10il y a même un indicateur
00:26:11pour qu'on fasse
00:26:1450% de contrôles
00:26:16qui ont été programmés
00:26:17par l'IA.
00:26:17Et donc, chez nous,
00:26:18il y a les programmeurs,
00:26:19ceux qui,
00:26:21habituellement,
00:26:22à l'aide
00:26:22de la connaissance
00:26:23du tissu fiscal local.
00:26:25C'est-à-dire,
00:26:26je ne sais pas,
00:26:26ils sont dans les Yvelines,
00:26:29par exemple,
00:26:29ils connaissent bien
00:26:30le tissu d'activité,
00:26:32ce qu'ils exercent,
00:26:33ils ont du renseignement humain,
00:26:35ils mutualisent
00:26:36avec d'autres services,
00:26:37la CAF,
00:26:37tout ça,
00:26:38ils recoupent
00:26:39et ils arrivent
00:26:40à faire des fiches
00:26:40de programmation
00:26:41qui, derrière,
00:26:42ils proposent
00:26:43aux vérificateurs
00:26:44qui, eux,
00:26:44vont sur le terrain
00:26:45pour contrôler,
00:26:46voilà, ou pas.
00:26:47Donc ça,
00:26:47on appelle ça, nous,
00:26:48la programmation d'initiative.
00:26:50Et il reste encore 50%.
00:26:52Et là,
00:26:52avec les objectifs
00:26:53qui ont été assignés
00:26:54par la Direction Générale,
00:26:57donc il y a 50% par IA,
00:26:58ce sont des listes
00:26:59qui arrivent
00:27:00avec quelques critères.
00:27:01Et il faut savoir
00:27:02qu'en termes d'efficacité,
00:27:05précisément sur ce point-là,
00:27:06en 2022,
00:27:0752% des contrôles
00:27:10des professionnels
00:27:11programmés par IA
00:27:13ont été effectués
00:27:14pour ramener
00:27:1513,4%
00:27:16des droits
00:27:17et pénalités,
00:27:18c'est-à-dire
00:27:18les sommes
00:27:19qu'on réclame
00:27:20suite à contrôle,
00:27:21voilà,
00:27:21il y a une ardoise,
00:27:23les droits et pénalités,
00:27:25seulement 13%.
00:27:26C'est-à-dire que
00:27:26l'essentiel,
00:27:27les 87%,
00:27:29c'est par de la programmation
00:27:30faite.
00:27:31Voilà.
00:27:32Il faut aussi savoir
00:27:32que les stats,
00:27:33excusez-moi,
00:27:34parce qu'il faut que je
00:27:35ne l'oublie pas ce truc-là,
00:27:36mais les stats sont
00:27:36en plus gonflés,
00:27:38c'est-à-dire que
00:27:39les programmations
00:27:40faites par IA,
00:27:41parfois,
00:27:43le programmeur
00:27:43va avoir cette liste
00:27:45à traiter
00:27:46pour l'affiner
00:27:46et parfois,
00:27:47un des critères
00:27:48qui était proposé
00:27:49par le data mining
00:27:50ne correspond pas.
00:27:51Il va en trouver
00:27:52un autre,
00:27:52un autre axe de recherche.
00:27:54Il va le proposer,
00:27:55mais du coup,
00:27:55cette fiche,
00:27:56alors que c'est plutôt
00:27:56l'humain
00:27:57qui l'a enrichie,
00:27:58cette fiche va quand même
00:27:59être topée
00:28:00pour les stats
00:28:00en tant que fiche
00:28:02data mining.
00:28:03D'accord.
00:28:04Si je résume
00:28:04pour bien comprendre,
00:28:06sur la totalité
00:28:06des contrôles fiscaux,
00:28:07il y en a la moitié
00:28:08qui ont été suggérés,
00:28:09poussés par l'IA
00:28:10et sur ces 50%,
00:28:11il y en a seulement
00:28:1213%
00:28:13qui ont en fait
00:28:14qui étaient nécessaires.
00:28:15C'est ça ?
00:28:16C'est la somme totale
00:28:17et la somme totale.
00:28:18C'est que 13%.
00:28:18C'est que,
00:28:20en gros,
00:28:21c'est 2 milliards d'euros
00:28:22sur 12.
00:28:24On va me dire
00:28:25que je ne sais pas
00:28:25calculer,
00:28:25mais j'ai ce chiffre-là
00:28:27en tête,
00:28:27ce qui prouve
00:28:27que quand même
00:28:29la finalité,
00:28:30c'est quand même
00:28:30ce qui rentre.
00:28:31Et aussi,
00:28:32on s'est aperçu
00:28:33que c'est un travail
00:28:35centralisé
00:28:35puisque là,
00:28:36les listes
00:28:37arrivent directement
00:28:38de la centrale
00:28:38et c'est du travail
00:28:39prescrit.
00:28:40On le donne
00:28:41aux agents à traiter
00:28:42et donc,
00:28:43on arrive
00:28:44sur une industrie
00:28:45réalisation.
00:28:46avec toutes les données
00:28:47qu'on a,
00:28:48la masse de données
00:28:48qu'on a,
00:28:49comme on en a parlé
00:28:50tout à l'heure,
00:28:51l'IA trouve des axes
00:28:54de recherche
00:28:54parfois plutôt pertinents,
00:28:57je ne sais pas,
00:28:58mais en tout cas,
00:28:58elle fait du chiffre.
00:28:59Elle fait du quantitatif.
00:29:00Elle arrive à détecter
00:29:01pas mal de dossiers,
00:29:02mais pas sur la promesse
00:29:04qui a été faite,
00:29:04c'est-à-dire
00:29:05sur la fraude complexe.
00:29:06Ce sont des fraudes
00:29:07plutôt simples
00:29:08qui auraient pu être
00:29:08détectées par des agents.
00:29:10C'est quoi ce que tu as
00:29:10la fraude complexe
00:29:11et la fraude simple ?
00:29:12Alors,
00:29:13fraude simple,
00:29:14ça va être par exemple
00:29:14minoration de recettes,
00:29:16c'est-à-dire
00:29:17tu ne déclare pas
00:29:18l'ensemble de tes recettes,
00:29:19voilà,
00:29:20ou sur les remboursements
00:29:21de crédit de TVA.
00:29:22On parle pour les entreprises.
00:29:24Pour les entreprises
00:29:24et pour les particuliers,
00:29:26c'est pour le patrimoine,
00:29:27par exemple,
00:29:28ne pas avoir déclaré
00:29:29tout son patrimoine.
00:29:31Fraude complexe,
00:29:32ça va reposer plutôt
00:29:33sur des éléments
00:29:33qui sont absents
00:29:34dans les données.
00:29:35quand la fraude
00:29:35est plutôt bien faite,
00:29:37c'est les fraudes
00:29:37au carousel
00:29:39qui est la plus connue
00:29:40et qui fait le plus mal,
00:29:41celle-là qui,
00:29:42voilà,
00:29:42alors par contre,
00:29:43je ne suis pas assez spécialiste
00:29:44pour en parler de celle-là,
00:29:45j'ai juste la cité,
00:29:46mais il faut savoir
00:29:47que sur la fraude complexe,
00:29:49même la direction générale
00:29:51chez nous l'admette,
00:29:52c'est vraiment un axe
00:29:53où ils veulent progresser
00:29:55là-dessus.
00:29:55Et du coup,
00:29:55ils se retournent vers le terrain.
00:29:57Donc,
00:29:58ils demandent
00:29:59des gens du métier
00:30:00qui ont l'expertise,
00:30:01vraiment,
00:30:02les vérificateurs,
00:30:03ils ont un savoir-faire,
00:30:05une expertise
00:30:05et on va leur demander
00:30:08sans doute de travailler
00:30:09avec les data scientists,
00:30:10voilà,
00:30:10meilleure coopération.
00:30:11Et si on prend
00:30:12d'un point de vue
00:30:12plus global,
00:30:13par exemple,
00:30:14dans la lutte
00:30:14contre l'évasion fiscale,
00:30:16alors les chiffres
00:30:17de Solidaires,
00:30:18c'est de dire
00:30:19qu'il y a
00:30:19entre 80 à 100 milliards
00:30:21par an
00:30:21qui s'évadent
00:30:23et la fraude fiscale,
00:30:27c'est principalement
00:30:28des multinationales
00:30:29et c'est que
00:30:30des schémas complexes.
00:30:32Et par exemple,
00:30:33il n'y a pas très longtemps,
00:30:35c'est McDo
00:30:35qui a été redressé
00:30:38pour un milliard.
00:30:38C'est vraiment pas rien,
00:30:40un milliard,
00:30:40mais c'est pas une machine
00:30:41qui aurait pu le faire.
00:30:43Et ça pose aussi
00:30:44un autre problème,
00:30:45je trouve,
00:30:45c'est que
00:30:47le fonctionnement
00:30:48d'une intelligence artificielle,
00:30:49ça repose
00:30:50sur les données du passé.
00:30:52Et donc,
00:30:52en fait,
00:30:53l'IA,
00:30:53elle n'est capable
00:30:54que de retrouver
00:30:55les fraudes
00:30:56qui sont dans un schéma
00:30:57qui a déjà été identifié.
00:30:59Et donc,
00:31:00tous les nouveaux schémas,
00:31:01toutes les choses
00:31:02qui sont inventées
00:31:03en fonction
00:31:04d'une nouvelle niche fiscale,
00:31:07des pays bas
00:31:08qui bougent tel truc,
00:31:09etc.,
00:31:10ça,
00:31:10l'IA,
00:31:11elle ne l'a pas en donnée.
00:31:12Et du coup,
00:31:13elle ne va pas pouvoir
00:31:14le détecter.
00:31:14Donc,
00:31:15ça risque d'être
00:31:15tout un pan,
00:31:16en fait,
00:31:16de l'évasion fiscale
00:31:18haut de gamme
00:31:19qui va passer
00:31:20sous les radars.
00:31:21Oui,
00:31:21tout à fait.
00:31:22C'est un peu
00:31:23ce qui est reproché.
00:31:24C'est-à-dire que
00:31:25c'est vraiment
00:31:26faire du quantitatif
00:31:27plutôt que du qualitatif.
00:31:29C'est vraiment
00:31:29ce changement de philosophie.
00:31:31On fait du chiffre.
00:31:32Ce qui peut peut-être
00:31:33quand même poser,
00:31:34enfin,
00:31:34on se questionne
00:31:34sur des soucis
00:31:36d'équité fiscale
00:31:37parce que
00:31:38taper sur les petits fraudeurs,
00:31:40il le faut.
00:31:40Il faut occuper le terrain.
00:31:41Voilà,
00:31:42la petite fraude,
00:31:42c'est aussi,
00:31:43il faut aussi.
00:31:44Mais qu'il y ait
00:31:45une asymétrie
00:31:46entre la fraude
00:31:47dont tu as parlé
00:31:48avec des mécanismes complexes
00:31:50et que ça,
00:31:51ça passe sous les radars.
00:31:52Clairement,
00:31:53je ne rentre pas
00:31:54dans les détails
00:31:54sur autre chose,
00:31:55mais ça passe sous les radars.
00:31:56Oui,
00:31:56ça,
00:31:57il faut de l'humain
00:31:57qui enquête.
00:31:59On voit,
00:31:59effectivement,
00:32:00elle peut détecter
00:32:01les petites piscines
00:32:02mais pas,
00:32:03pas effectivement,
00:32:04les grosses fraudes.
00:32:07Et ça,
00:32:08ça peut amener
00:32:10à l'autre question
00:32:11parce que là,
00:32:11si on revient
00:32:12au contrôleur,
00:32:13quand tu disais
00:32:14c'est du travail prescrit,
00:32:15on voit la question d'après,
00:32:18seuls 9%
00:32:18des enquêtés pensent
00:32:20que l'IA
00:32:20donne plus de sens
00:32:21à leur travail.
00:32:22Donc,
00:32:22ça fait plus de 90
00:32:23qui sont en perte de sens
00:32:25à cause de l'IA.
00:32:27Alors,
00:32:28perte de sens,
00:32:29après,
00:32:29on va nous dire
00:32:31que c'est un peu,
00:32:31c'est subjectif,
00:32:33voilà,
00:32:33mais c'est le ressenti
00:32:34du panel
00:32:35qui a répondu
00:32:36à cette enquête.
00:32:37Perte de sens,
00:32:38pourquoi ?
00:32:39Parce qu'ils ont
00:32:39donc des tâches,
00:32:40finalement,
00:32:41déjà,
00:32:43on les oblige
00:32:44à utiliser ces outils
00:32:45qui sont déployés
00:32:47sans associer
00:32:48les personnels.
00:32:50sans leur demander,
00:32:51alors que c'est eux
00:32:51qui,
00:32:52c'est leur propre outil
00:32:52de travail
00:32:53et qu'ils ont une expertise,
00:32:54un savoir-faire.
00:32:55Et ce truc-là,
00:32:55ils n'ont pas de reconnaissance.
00:32:57On leur pond un outil
00:32:58de centrale
00:32:59et,
00:33:00mais vraiment,
00:33:01de manière verticale,
00:33:02on ne leur demande pas
00:33:02leur assentiment.
00:33:03Il n'y a pas de formation.
00:33:04On pourrait montrer aussi
00:33:0685% des agentes
00:33:08et des agents
00:33:08ne bénéficient pas
00:33:09de formation
00:33:10lorsqu'il y a un nouvel outil
00:33:12d'IA
00:33:12qui arrive dans leur mission,
00:33:13ce qui renforce
00:33:15l'idée d'opacité,
00:33:17l'idée de,
00:33:18enfin,
00:33:19c'est un déni
00:33:20de leur savoir-faire,
00:33:21de leur expertise.
00:33:22Et donc là,
00:33:23la perte de sens de travail,
00:33:24c'est ça,
00:33:25c'est de devoir faire du chiffre,
00:33:26répondre à des objectifs statistiques.
00:33:28Encore une fois,
00:33:29sur le contrôle fiscal,
00:33:30donc,
00:33:30c'est les,
00:33:31ou l'objectif en soi
00:33:32du service,
00:33:33c'est faire de la programmation
00:33:34par data mining
00:33:35à 50%.
00:33:36Pour les dépenses
00:33:37de l'État,
00:33:38c'est de valider
00:33:39un certain nombre
00:33:39de factures.
00:33:42Voilà,
00:33:43sur le fonds
00:33:44C'est innovant,
00:33:45pareil,
00:33:46il faut un certain nombre
00:33:48de trucs par IA,
00:33:49de ne plus aller sur le terrain.
00:33:51Au fur et à mesure,
00:33:52il y a une perte de proximité aussi.
00:33:53On ne va plus sur le terrain,
00:33:54on n'est plus en contact
00:33:55non plus avec les collectivités territoriales.
00:33:58Les géomètres étaient aussi
00:33:59en contact
00:34:00avec les collectivités territoriales.
00:34:02Et tout ça
00:34:03font que
00:34:03traiter des tâches répétitives,
00:34:05des listes,
00:34:06ne pas être reconnues aussi,
00:34:07c'est leur sens de reconnaissance.
00:34:09Il y a vraiment un sentiment aussi de,
00:34:10parce que les agentes
00:34:11et les agents des GFIP
00:34:12ont vraiment envie
00:34:13de bien faire leur travail.
00:34:14Vraiment,
00:34:15si ça tient jusqu'à maintenant,
00:34:16parce qu'on a été vraiment
00:34:17à l'os
00:34:18au niveau des suppressions d'emplois.
00:34:20On a perdu 20 000...
00:34:2130 000 suppressions d'emplois
00:34:22depuis 2008.
00:34:23C'est notre ministère,
00:34:25enfin,
00:34:25notre direction
00:34:26qui a le plus morflé,
00:34:27qui a le plus payé.
00:34:29Voilà,
00:34:29et notre utilité
00:34:31de faire rentrer les recettes,
00:34:32enfin,
00:34:32on le voit actuellement
00:34:33avec le budget de l'État,
00:34:34enfin,
00:34:35elle n'est plus approuvée.
00:34:36Et donc,
00:34:36c'est grâce à ces agentes
00:34:37et ces agents-là
00:34:38que ça tient
00:34:39et à leur sens du service public.
00:34:41Oui,
00:34:41mais qu'on finance les hôpitaux,
00:34:42les écoles.
00:34:43Les hôpitaux,
00:34:43les écoles.
00:34:43Il faut se rappeler
00:34:44à quoi ça sert un impôt,
00:34:45quand même.
00:34:45Exactement.
00:34:46Et donc là,
00:34:47il se retrouve à...
00:34:48Oui,
00:34:48il y a une perte de sens du travail,
00:34:50le sentiment de ne plus pouvoir
00:34:51bien faire leur métier.
00:34:53Et c'est un des facteurs
00:34:55des RPS.
00:34:56Maintenant,
00:34:56il y a des sociologues...
00:34:58Des risques psychosociaux.
00:34:59Oui,
00:34:59oui,
00:35:00pardon,
00:35:00des risques psychosociaux.
00:35:01J'ai failli,
00:35:02j'ai failli,
00:35:03mais Pierre-Yves a été plus...
00:35:04C'est vrai,
00:35:04excusez-moi.
00:35:05Donc,
00:35:06les travaux de Thomas Coutreau
00:35:08et Coralie Pérez
00:35:09qui ont beaucoup bossé là-dessus
00:35:11pour montrer
00:35:11que la perte de sens de travail,
00:35:13c'est un des facteurs
00:35:14des risques psychosociaux
00:35:15et donc,
00:35:16conditions de travail dégradées,
00:35:18quoi.
00:35:18Dans un environnement dégradé
00:35:19où il y a eu
00:35:20beaucoup de suppression d'emplois,
00:35:21des restructurations.
00:35:22Et pour une efficacité,
00:35:24on en a un peu parlé
00:35:25tout à l'heure
00:35:25avec le contrôle,
00:35:26mais qui est du coup
00:35:28peu prouvée, quoi.
00:35:29Enfin...
00:35:29Alors,
00:35:30je peux juste...
00:35:31Vas-y.
00:35:31Mais ouais,
00:35:32l'efficacité,
00:35:33c'est juste incroyable.
00:35:34Il n'y a absolument aucun audit
00:35:36fait par des acteurs,
00:35:37même par la CNIL.
00:35:38En fait,
00:35:39tout se joue en amont
00:35:40des projets,
00:35:40dès la phase de cadrage
00:35:41et dès le financement,
00:35:43parce qu'il faut
00:35:43ce financement-là.
00:35:44Donc,
00:35:45c'est là où on a...
00:35:46Éventuellement,
00:35:47on peut avoir les bilans,
00:35:48mais nous,
00:35:48les organisations syndicales,
00:35:49on ne les a pas.
00:35:50Mais par contre,
00:35:51tester l'efficacité des projets,
00:35:53ça a été pointé
00:35:54par le rapport du Sénat aussi,
00:35:55comme quoi les indicateurs
00:35:57n'étaient pas adaptés,
00:35:58qu'il y avait un pilotage
00:36:00déficient aussi.
00:36:00Il n'y a pas de gouvernance
00:36:01au niveau des projets d'IA,
00:36:02au niveau notamment ministériel.
00:36:04Voilà,
00:36:05il n'y a pas de...
00:36:06L'expression des besoins,
00:36:08les ETP qui ont été fléchés,
00:36:10en fait,
00:36:10c'était fléché au doigt mouillé.
00:36:11Et qui valent en plein ETP,
00:36:12ça sent...
00:36:13Ouais,
00:36:13merci,
00:36:14désolé.
00:36:15C'est fléché au doigt mouillé.
00:36:16On pourrait peut-être maintenant
00:36:18voir si,
00:36:19avec des agents,
00:36:20en fait,
00:36:20il faudrait voir ça.
00:36:21Est-ce que si on avait payé
00:36:22des fonctionnaires
00:36:22pour faire la même chose,
00:36:23par exemple,
00:36:24pour reconnaître,
00:36:25enfin,
00:36:25faire de la détection de piscine,
00:36:27les levées de saisie
00:36:28sur le terrain,
00:36:30est-ce que ça coûterait plus cher
00:36:32que le foncé innovant, quoi ?
00:36:34Pas sûr.
00:36:34Il y a un chat qui pose une question.
00:36:35Pour moi,
00:36:36les robots ont remplacé
00:36:36le travail des ouvriers
00:36:37et l'IA va remplacer
00:36:38le travail des cadres
00:36:39et autres métiers qualifiés,
00:36:40graphistes, traducteurs,
00:36:41mais le résultat est le même
00:36:42transformé du travail vivant
00:36:43en travail mort
00:36:43pour le profit des capitalistes.
00:36:44Êtes-vous d'accord
00:36:45avec cette analyse ?
00:36:46Ouais,
00:36:46là,
00:36:47je reconnais...
00:36:47Alors,
00:36:48la patte,
00:36:48c'est marxiste,
00:36:49derrière.
00:36:50Sûrement.
00:36:51Je crois.
00:36:53Évidemment,
00:36:53alors moi,
00:36:54je retiens...
00:36:56Alors nous,
00:36:57suppression,
00:36:58encore une fois,
00:36:58remplacer le travail
00:37:00humain,
00:37:01machine,
00:37:01non.
00:37:02C'est malheureusement,
00:37:03malheureusement,
00:37:04l'idée qu'il n'y aura plus
00:37:06que des robots,
00:37:06qu'on ne fera rien
00:37:07ou l'idée qu'il n'y aura
00:37:09plus que des robots
00:37:10et qu'on fera autre chose,
00:37:11c'est surtout,
00:37:12notre travail va être dégradé,
00:37:15va devoir s'adapter
00:37:16à la machine.
00:37:17C'est ce que nous,
00:37:18on constate
00:37:18et c'est ce que les agents
00:37:19sur le terrain nous disent.
00:37:20Il y a un management algorithmique,
00:37:22c'est-à-dire,
00:37:23vraiment,
00:37:23c'est l'algorithme
00:37:24qui dicte la cadence du travail.
00:37:26On est sur du taylorisme.
00:37:27En fait,
00:37:28on connaît ces logiques-là.
00:37:29C'est pour ça que j'aime bien
00:37:30la citation
00:37:30« travail vivant,
00:37:32travail mort »
00:37:32parce que ça renvoie
00:37:33à ces logiques tayloristes
00:37:35aussi
00:37:35et aussi
00:37:36de propriété
00:37:39de son outil de production.
00:37:41Bon,
00:37:41je ne développe pas
00:37:41parce qu'on va partir
00:37:42dans d'autres analyses.
00:37:44Mais par contre,
00:37:45ce que j'aime bien,
00:37:46c'est capitaliste.
00:37:48Effectivement,
00:37:48l'IA,
00:37:48telle qu'elle est déployée
00:37:50dans nos environnements
00:37:52administratifs,
00:37:52mais aussi
00:37:53dans notre quotidien,
00:37:54elle repose
00:37:55sur l'exploitation
00:37:56d'humains avant tout
00:37:57et sur l'exploitation
00:37:59des ressources
00:38:00de notre planète.
00:38:01Ça aussi,
00:38:02ça peut vous paraître
00:38:04peut-être,
00:38:05comment dire,
00:38:06pas à propos,
00:38:06mais nous,
00:38:07dans les groupes de travail
00:38:08de ça,
00:38:08on rappelle
00:38:09qu'en fait,
00:38:09ces technologies-là
00:38:10ne sont pas neutres.
00:38:11Donc,
00:38:11d'un point de vue travail,
00:38:12évidemment,
00:38:13impact sur les missions
00:38:14et conditions de travail,
00:38:14mais d'un point de vue
00:38:16environnemental.
00:38:17Et là,
00:38:17pareil,
00:38:18on va le faire
00:38:19parce qu'on n'a pas encore
00:38:20tous les...
00:38:22le cadre
00:38:23pour savoir
00:38:24comment on peut
00:38:24les demander,
00:38:25mais on va demander
00:38:25en plus des études
00:38:26d'impact
00:38:27sur les conditions de travail
00:38:28qu'on a demandé
00:38:28dans nos instances,
00:38:30la formation spécialisée.
00:38:32Donc,
00:38:32ces instances
00:38:32où on peut demander ça
00:38:34à notre administration,
00:38:35qu'elle les finance,
00:38:35et avec l'ANACT,
00:38:37qui est...
00:38:38Je pense que c'est
00:38:38pour l'amélioration
00:38:39des conditions de travail.
00:38:40Ouais, très bien,
00:38:40merci.
00:38:41Et l'INRIA,
00:38:43l'Institut National
00:38:44de Recherche
00:38:45et d'Informatique
00:38:46Appliquée,
00:38:46peut-être,
00:38:47mais en tout cas,
00:38:47des organismes publics
00:38:50plutôt neutres,
00:38:51on va dire,
00:38:51même s'il y a un contrat
00:38:52avec l'administration,
00:38:53mais qui vont aider
00:38:54à faire ces études
00:38:54d'impact-là
00:38:55sur les conditions de travail.
00:38:57Eh bien,
00:38:57on va demander aussi
00:38:58les études d'impact
00:38:58environnemental.
00:38:59Parce qu'il faut
00:39:01qu'on mette ça
00:39:01dans la balance.
00:39:02Actuellement,
00:39:02je vais pas faire...
00:39:04Non, mais t'as raison,
00:39:05t'as raison.
00:39:05Moi, je reviens,
00:39:06je rebondis sur le
00:39:08le travail mort,
00:39:09parce que j'aime bien
00:39:10le...
00:39:10j'aime bien
00:39:11cette notion.
00:39:12Et c'est aussi
00:39:13le fait que...
00:39:16il y a une perte
00:39:17de sens,
00:39:19mais aussi
00:39:19de savoir-faire,
00:39:20finalement.
00:39:21Enfin, du coup,
00:39:21moi, je résisterais
00:39:23plutôt sur le côté
00:39:24un peu aliénant
00:39:24de la chose,
00:39:25parce que,
00:39:27finalement,
00:39:28le travailleur
00:39:29perd son autonomie
00:39:30à partir du moment
00:39:31où la machine
00:39:32lui dit quoi faire
00:39:33et puis sur la totalité
00:39:35de son métier,
00:39:36c'est la machine
00:39:37tronçonne finalement
00:39:38le métier
00:39:39et lui prend
00:39:40des bouts
00:39:41de ce qu'il doit faire
00:39:42et finalement,
00:39:43lui-même
00:39:44se voit cantonné
00:39:46à des tâches.
00:39:47Et du coup,
00:39:48effectivement,
00:39:49c'est vraiment
00:39:49un retour en arrière
00:39:51sur la pensée
00:39:52du métier.
00:39:53C'est...
00:39:55Et c'est aussi ça
00:39:56qui est inquiétant.
00:39:57Et sur certains,
00:39:59ils citaient
00:40:01le métier
00:40:01de graphiste,
00:40:02c'est un autre sujet,
00:40:03mais c'est assez juste
00:40:04parce qu'il y a
00:40:07un vrai risque
00:40:07d'oubli
00:40:08de savoir-faire
00:40:08dans ce métier.
00:40:09Et je ne sais pas
00:40:10s'il y a un vrai risque
00:40:12peut-être aussi
00:40:13d'oubli
00:40:13du savoir-faire
00:40:15chez les géomètres,
00:40:15peut-être à terme,
00:40:17parce que c'est quelque chose
00:40:18si on n'en a plus besoin
00:40:19dans les...
00:40:20Enfin,
00:40:20si on estime
00:40:21qu'on n'en a plus besoin,
00:40:23si le patronat estime
00:40:26qu'on n'en a plus besoin
00:40:26dans ces dix prochaines années,
00:40:27ce ne sera plus enseigné.
00:40:30Et du coup,
00:40:30en fait,
00:40:31au bout d'un moment,
00:40:31on trouvera aussi
00:40:33ce qu'il n'y a plus personne
00:40:34qui est capable
00:40:34de programmer une machine
00:40:35pour le faire.
00:40:36On pense aussi
00:40:37aux doubleurs
00:40:37et aux doubleuses aussi.
00:40:38C'est le même genre
00:40:39de...
00:40:40Traducteur.
00:40:41Ce que tu pointes là,
00:40:42c'est super intéressant.
00:40:44Ouais,
00:40:45le côté...
00:40:46Enfin,
00:40:47sur le...
00:40:48Pardon,
00:40:48j'ai perdu le fil.
00:40:48L'aliénation.
00:40:49Oui,
00:40:49l'aliénation,
00:40:51la perte de savoir-faire
00:40:52et d'expertise,
00:40:53effectivement,
00:40:54c'est un des effets.
00:40:57C'est vrai que ce sont surtout
00:41:00les agents expérimentés
00:41:01qui ont des résistances
00:41:03face à ces technologiques
00:41:05puisque du coup,
00:41:05ils ont plus vraiment
00:41:08ces marges de manœuvre
00:41:10pour faire valoir
00:41:11leur...
00:41:12Leur expérience.
00:41:14Leur technicité,
00:41:14leur expérience.
00:41:15Et c'est vrai
00:41:16que sur les nouveaux agents,
00:41:18nouvelles agentes,
00:41:19un peu moins de résistance
00:41:20et peut-être même
00:41:21l'outil parfois pourrait aider.
00:41:23Il y a cette perception
00:41:24un peu différente.
00:41:25Alors, évidemment,
00:41:26avec tous les biais
00:41:27peuvent embarquer
00:41:28ce type de techno
00:41:29et aussi le biais
00:41:30de, je pense,
00:41:31d'automatisation,
00:41:32c'est-à-dire de faire
00:41:33plus confiance
00:41:34au jugement de l'IA,
00:41:35au résultat de l'IA
00:41:35qu'à son propre jugement
00:41:37et du coup,
00:41:37d'arriver à une auto-censure
00:41:39et a fortiori
00:41:40dans notre contexte managérial
00:41:42où l'IA est un objectif
00:41:43en tant que tel,
00:41:44est un moyen.
00:41:45C'est-à-dire que
00:41:45est-ce que je prends le risque
00:41:47de dire que la décision de l'IA
00:41:49ou la réponse
00:41:49qu'il m'a apporté,
00:41:50non, elle n'est pas bonne,
00:41:52je vais la remettre en question
00:41:53et du coup,
00:41:54je vais devoir justifier derrière
00:41:55et de ça.
00:41:56Et alors que les objectifs,
00:41:56c'est du quantitatif,
00:41:57ben non,
00:41:58il va y avoir du clic-clic.
00:41:59Et derrière, oui,
00:42:00peu à peu,
00:42:00c'est bien le risque
00:42:01de perte de savoir-faire
00:42:02qui est clairement pompé.
00:42:04Ben, ça aussi,
00:42:05enfin, les IA,
00:42:06ça repose sur la collecte
00:42:08de données
00:42:09et le pompage de,
00:42:11enfin, c'est même plus,
00:42:12c'est du pillage
00:42:12de savoir-faire.
00:42:14On l'a vu avec aussi
00:42:15ChatGPT
00:42:16sur toutes les œuvres,
00:42:17tous les textes,
00:42:18sur la presse,
00:42:18sur les blogs.
00:42:19Sans consentement des auteurs,
00:42:21toutes ces données-là
00:42:21sont inspirées
00:42:22et servent de corpus
00:42:23pour les entraînements.
00:42:24Et là, c'est pareil.
00:42:25On demande aux agents,
00:42:26par exemple,
00:42:27de traiter des listes
00:42:28d'erreurs, d'anomalies.
00:42:29Pourquoi ?
00:42:30Parce que derrière,
00:42:31en traitant les listes
00:42:32d'erreurs et d'anomalies,
00:42:33ça permet de calibrer,
00:42:34de rectifier les résultats
00:42:35de la machine.
00:42:36Donc, il y a besoin
00:42:37de l'humain pour ça.
00:42:38Mais à terme,
00:42:39on voit bien
00:42:39que sur certaines tâches
00:42:40spécifiques,
00:42:41une des grandes inquiétudes
00:42:42de nos agentes et agents,
00:42:43c'est qu'effectivement,
00:42:44ils seront remplacés
00:42:45peut-être par la machine.
00:42:46Là, je rejoins
00:42:46donc dans le chat.
00:42:51autre chose, autrement.
00:42:52Mais voilà,
00:42:53il y a effectivement
00:42:54un risque de perte
00:42:55du serveur.
00:42:56Du coup, en un sens,
00:42:57vous bossez gratuitement
00:42:58pour améliorer
00:42:59les outils de Capgemini.
00:43:02C'est pas bien de dire ça comme ça.
00:43:03C'est pas bien de dire ça.
00:43:03C'est brutal.
00:43:06Oui, oui,
00:43:07c'est cynique.
00:43:09C'est-à-dire qu'on a même
00:43:09des agents,
00:43:10enfin, la plupart d'ailleurs,
00:43:11ont analysé le fait
00:43:12qu'en fait,
00:43:13ils scillent la branche
00:43:14sur laquelle ils sont assises.
00:43:15Bien sûr.
00:43:15Ils rectifient les erreurs
00:43:16de l'IA
00:43:17qui prochainement fera le travail
00:43:19à leur place
00:43:19ou autrement.
00:43:21C'est une bonne transition.
00:43:23Oui, pardon, vas-y.
00:43:23Non, non, mais juste
00:43:25pour pas qu'on croit
00:43:25qu'on est vraiment technophobe,
00:43:27c'est-à-dire que moi,
00:43:27je pense...
00:43:28Non, mais vraiment,
00:43:29c'est-à-dire que si on avait
00:43:30associé dès le départ
00:43:31l'agent à son outil de travail,
00:43:33qu'on valorise son expertise,
00:43:35qu'on lui dise
00:43:35« ben voilà, toi,
00:43:36tu sais faire ça »,
00:43:37comment cet outil
00:43:38pourrait t'aider
00:43:38dans ton quotidien et tout ?
00:43:40Si vraiment,
00:43:40il y avait ce travail-là
00:43:41fait d'associations
00:43:42et aussi de communiquer
00:43:43information, consultation
00:43:45avec les représentants
00:43:46et personnel,
00:43:46le numérique,
00:43:47il y a plein de projets
00:43:49qui sont émancipateurs
00:43:49pour les utilisateurs
00:43:51et utilisatrices.
00:43:52Donc, voilà,
00:43:52nous, on n'est pas contre.
00:43:53On sait qu'on peut faire autrement.
00:43:55Peut-être qu'on appellera
00:43:55ça autrement IA.
00:43:56Là, on buzz en 2024
00:43:57avec le terme d'IA.
00:43:59Entre nous,
00:44:00il y a 5-6 ans,
00:44:01c'était les algorithmes.
00:44:02Il y a 10 ans,
00:44:03on appelait ça le big data,
00:44:04voilà,
00:44:04les systèmes experts
00:44:05un peu avant.
00:44:06Donc, on voit bien que...
00:44:07Enfin, voilà,
00:44:08on est sur des logiques...
00:44:09Oui, on est tous d'accord
00:44:10pour moins travailler.
00:44:12Pour mieux travailler.
00:44:13Pour mieux travailler.
00:44:15Et oui,
00:44:16ça pose un problème
00:44:17de qui commande ces outils
00:44:19et dans quel but.
00:44:20Le but,
00:44:21c'est pas de partager le temps,
00:44:22enfin,
00:44:22de ne pas gagner du temps
00:44:23et de partager les profits, quoi.
00:44:25Et quels intérêts ils servent.
00:44:26Et quels intérêts ils servent,
00:44:27exactement.
00:44:28Oui, tout à fait.
00:44:30Et du coup,
00:44:31question,
00:44:32tu l'évoquais un peu,
00:44:33mais quelle marge de manœuvre,
00:44:36en fait...
00:44:37Donc, en gros,
00:44:38vous n'avez pas du tout
00:44:39été consulté
00:44:40pour l'implantation...
00:44:42Enfin, je dis vous,
00:44:43c'est les travailleurs,
00:44:44pas que les syndicats.
00:44:45Oui, syndicats et travailleurs.
00:44:47Syndicats et travailleurs.
00:44:49Pour la mise en place
00:44:51de ces systèmes d'IA,
00:44:52vous n'avez pas été associé.
00:44:54On ne vous a pas demandé
00:44:55vos besoins,
00:44:56en quoi ça pourrait vous aider,
00:44:57etc.
00:44:58Et est-ce que maintenant,
00:44:59vous êtes associé
00:45:01sur leur amélioration ?
00:45:03Je ne sais pas.
00:45:03L'autre fois,
00:45:04en discutant avec Damien,
00:45:05il disait que
00:45:08le système de contrôle
00:45:10déclenche des alertes
00:45:11souvent avec les assurances,
00:45:13parce que c'est des entreprises
00:45:14qui doivent accumuler
00:45:19beaucoup de fonds
00:45:20en perspective de risque.
00:45:22Et puis, du coup,
00:45:22il y a...
00:45:22Qui font des provisions.
00:45:23Oui, qui font beaucoup
00:45:24de provisions, par exemple.
00:45:25Du coup, il y a...
00:45:25Il y a dit que c'est une anomalie,
00:45:26et du coup, il dit,
00:45:27mais bon, c'est une assurance.
00:45:28Au bout d'un moment,
00:45:28il faudrait pouvoir dire
00:45:29non, mais on arrête quand c'est ça.
00:45:31Enfin, arrêtez de mobiliser
00:45:32des agents,
00:45:33parce que...
00:45:34Pour toujours le même schéma, quoi.
00:45:35Oui, typiquement,
00:45:36là, ça a été détecté
00:45:38en tant que potentiel fraude,
00:45:40parce qu'ils font des provisions,
00:45:42donc, voilà,
00:45:42des retenues d'argent et tout.
00:45:45Et pourtant,
00:45:45c'est lié à la nature même
00:45:47de leur activité,
00:45:47les assurances.
00:45:48Et ce truc-là,
00:45:49typiquement,
00:45:50les agents se retrouvaient
00:45:51avec une liste
00:45:52que d'assurances à traiter,
00:45:54alors qu'il n'y avait pas lieu
00:45:55dès le départ,
00:45:56comme, voilà,
00:45:57ils auraient pu,
00:45:58s'ils avaient demandé,
00:45:59ou...
00:45:59Parce que ce sont des data scientists,
00:46:01en fait,
00:46:01dans des bureaux en centrale,
00:46:02qui, normalement,
00:46:03sont en lien avec
00:46:04quelques personnes du métier.
00:46:05Mais s'ils avaient vraiment été
00:46:07au bout de la chaîne de travail,
00:46:09demander et avoir le retour,
00:46:11ça aurait évité
00:46:12d'envoyer ces listes-là
00:46:13à traiter, voilà.
00:46:14Et donc, alors,
00:46:15nous, l'administration
00:46:17nous dit qu'elle associe
00:46:19le terrain.
00:46:20A priori,
00:46:21il y a des remontées
00:46:21dans l'autre sens.
00:46:22Les agents qu'on a interrogés,
00:46:24parce qu'on a aussi...
00:46:25Alors, on a fait la grande enquête,
00:46:26là, avec 4000 réponses,
00:46:28mais on a aussi fait
00:46:29des entretiens
00:46:29plus individualisés,
00:46:31où, vraiment,
00:46:32là, ils pouvaient nous parler
00:46:34de l'IA au quotidien
00:46:36et de toutes leurs inquiétudes,
00:46:37leurs craintes.
00:46:38Et c'est là où on a vraiment
00:46:39ressenti...
00:46:40Enfin, je ne vais pas dire
00:46:41la passion,
00:46:41mais c'est vraiment...
00:46:42Les agents veulent bien
00:46:44faire leur métier,
00:46:45leur mission.
00:46:46Et quand ils se retrouvent
00:46:47avec des listes
00:46:47qui sont incohérentes
00:46:49et qui se disent
00:46:49qu'en plus,
00:46:50c'est un objectif en tant que tel,
00:46:51c'est-à-dire qu'ils vont devoir
00:46:53se mettre en ordre de bataille
00:46:54pour faire ça
00:46:54au détriment de la programmation,
00:46:56par exemple,
00:46:57sur le terrain
00:46:57ou le contrôle sur le terrain,
00:46:59voilà, ça renforce
00:47:00leur sentiment d'absurdité,
00:47:03de perte de sens du travail.
00:47:05Et vous avez moyen, du coup,
00:47:06d'améliorer,
00:47:07d'avoir un droit de regard ?
00:47:08Alors, nous, je vais dire clairement,
00:47:10on ne se contente pas
00:47:11du dialogue social,
00:47:12des miettes qu'on nous laisse.
00:47:13C'est-à-dire que dans les GT,
00:47:15les groupes de travail,
00:47:15pardon,
00:47:16avec l'administration.
00:47:17Donc, on est en lien
00:47:17avec, par exemple,
00:47:18on a vu le numéro 1
00:47:21sur le foncier innovant,
00:47:22voilà,
00:47:22on a déjà eu des discussions
00:47:24sur le sujet.
00:47:25On a des visions
00:47:26carrément différentes
00:47:27du service public,
00:47:28de ce que doit être
00:47:29le service public.
00:47:30Là où, eux,
00:47:30ils délèguent un pan
00:47:32à des prestataires privés
00:47:33pour le faire
00:47:33et en affichage,
00:47:34ils disent qu'il faut
00:47:35réinternaliser.
00:47:36C'est-à-dire que chez nous,
00:47:38on doit pouvoir faire,
00:47:40donc on prend les prestataires
00:47:41au début et après,
00:47:42on doit pouvoir le faire
00:47:43en interne
00:47:43avec nos propres compétences.
00:47:45Ça, par exemple,
00:47:46c'est juste un affichage
00:47:47de valeur.
00:47:47Nous, systématiquement,
00:47:49on leur dit,
00:47:49à ce moment-là,
00:47:50faites une filière interne
00:47:51de formation
00:47:53aux outils de data science
00:47:54qu'on ait nos propres
00:47:55data scientistes,
00:47:56par exemple,
00:47:57ou data engineers,
00:47:58ou tous ces gens-là
00:47:59qui ont possession
00:48:01de ce savoir,
00:48:02mais ça ne suit pas,
00:48:03par exemple.
00:48:04Donc ça,
00:48:04on leur met systématiquement.
00:48:05On leur demande
00:48:06systématiquement
00:48:07les cartographies
00:48:08de tous les projets
00:48:09des systèmes
00:48:10d'intelligence artificielle
00:48:11ou des projets
00:48:12numériques emblématiques.
00:48:13On a à chaque fois
00:48:14des cartographies
00:48:15qui sont lacunaires.
00:48:16Elles n'y sont pas toutes.
00:48:18Dernièrement,
00:48:18je peux vous citer
00:48:20le dernier projet
00:48:21e-contact LLM.
00:48:23Oui.
00:48:23Voilà.
00:48:24Qu'on évoquait au début.
00:48:25qu'on évoquait au début.
00:48:26Les réponses automatiques,
00:48:28enfin plus ou moins
00:48:29automatisées
00:48:29aux 12 millions de mails
00:48:31que les usagers
00:48:31posent sur impôts.mouv.
00:48:33Donc là,
00:48:33ils sont revenus
00:48:34parce qu'il y a eu
00:48:36un...
00:48:36Alors,
00:48:37il faut que j'explique
00:48:37un peu le contexte.
00:48:39Il y a eu le projet
00:48:40GMBI,
00:48:41Gérer mes biens immobiliers.
00:48:42Je ne sais pas
00:48:42si vous en avez parlé,
00:48:43mais en fait,
00:48:44c'était une démarche
00:48:45administrative en même temps
00:48:46que l'impôt sur l'evenue
00:48:47pour les propriétaires
00:48:48pour déclarer leurs biens
00:48:49en ligne
00:48:49et le nombre d'occupants
00:48:50et tout ça.
00:48:51Alors,
00:48:52tous faisaient démarche en ligne.
00:48:53Tous faisaient numérique.
00:48:55Il n'y avait pas
00:48:55d'accuser réception
00:48:56pour savoir
00:48:57si la démarche
00:48:58était bien faite.
00:48:59Il n'y avait pas
00:49:00de courrier.
00:49:01Enfin,
00:49:01tu étais mal anticipé.
00:49:03Et ça,
00:49:04ça n'a pas loupé.
00:49:05Ça donnait plus ou moins
00:49:06un fiasco.
00:49:06On en avait averti
00:49:08l'administration.
00:49:09Mais il y a eu,
00:49:09donc,
00:49:10ça a été même qualifié
00:49:10dans les médias
00:49:11de fiasco.
00:49:12Et du coup,
00:49:12on s'est retrouvé
00:49:13avec des services
00:49:13d'assistance engorgés,
00:49:14notamment par les mails
00:49:15et par le téléphone.
00:49:16Puisqu'on a des centres
00:49:18de contact
00:49:18qui gèrent les mails
00:49:19et les téléphones
00:49:20comme des centres d'appel.
00:49:23Et donc,
00:49:23ils se sont retrouvés
00:49:24avec un flux croissant
00:49:25de demandes d'assistance
00:49:27là-dessus.
00:49:28Et ils se sont dit,
00:49:29vu qu'il y a
00:49:30l'IA générative
00:49:32qui est aussi
00:49:33un bon moyen
00:49:34de moderniser
00:49:35l'action publique
00:49:35et que ça serait bien
00:49:36de se mettre là-dessus,
00:49:37ils se sont dit
00:49:38on va utiliser
00:49:39les LLM
00:49:40pour faciliter
00:49:41le traitement
00:49:42de ces demandes
00:49:42en proposant
00:49:44un moteur de recherche.
00:49:46Je ne rentre pas
00:49:47dans les détails,
00:49:47mais qui permettrait
00:49:48pour l'agent
00:49:51de répondre
00:49:52aux demandes
00:49:53des usagers
00:49:53et des usagères
00:49:54sur un ensemble
00:49:55de questions
00:49:55mais là,
00:49:56ils l'ont entraîné
00:49:56spécifiquement
00:49:57sur les questions
00:49:58de GMBI,
00:49:59GM et bien immobiliers.
00:50:00Par exemple,
00:50:01comment je fais
00:50:01pour déclarer
00:50:02ma maison,
00:50:04des trucs comme ça.
00:50:05Ils ont fait ça
00:50:06avec le modèle
00:50:07de Facebook
00:50:08qui est open source
00:50:08en test,
00:50:10Yamaha
00:50:10et ils ont eu
00:50:1170% de mauvaises réponses.
00:50:13Je reviens
00:50:14à mon groupe de travail
00:50:15où on a demandé
00:50:15où en était
00:50:16l'état d'avancement
00:50:17de cette expérimentation
00:50:18dont on avait eu vent
00:50:19en fait via un webinaire.
00:50:21C'est-à-dire,
00:50:21ce n'est pas l'administration
00:50:22qui nous a donné les infos,
00:50:23on s'est procuré
00:50:24le lien par un journaliste
00:50:26du webinaire
00:50:28où l'administration
00:50:29annonçait ce projet-là
00:50:30avec de l'IA générative
00:50:32et l'achat de GPU
00:50:33puisqu'il faut faire tourner
00:50:34ça avec des puces GPU
00:50:36et ça représente
00:50:37un investissement
00:50:39important.
00:50:39C'était il y a un an.
00:50:40En groupe de travail,
00:50:41on lui demande,
00:50:41il nous dit
00:50:42non,
00:50:42c'est un projet
00:50:43qui ne marche pas bien,
00:50:44c'est à l'état expérimental,
00:50:46non, non, franchement,
00:50:47c'est pour ça
00:50:47qu'on ne vous l'a pas présenté.
00:50:49Une semaine plus tard,
00:50:50Damien m'envoie le lien
00:50:51parce qu'on fait de la veille
00:50:52dans nos modes d'action syndicales.
00:50:54On est obligé
00:50:55pour aller chercher l'info
00:50:56de faire de la veille
00:50:57et on a reçu
00:50:59les derniers lauréats
00:51:00du F-TAP,
00:51:01donc des projets
00:51:02qui touchent
00:51:03les investissements publics
00:51:05pour pouvoir faire de l'IA.
00:51:06Et dedans,
00:51:06patatras,
00:51:07qu'est-ce qu'on trouve ?
00:51:08Contact LLM.
00:51:10Alors le montant
00:51:11est dérisoire
00:51:11pour l'instant,
00:51:12c'est 100 000 euros,
00:51:13si j'ai bien lu,
00:51:14parce que des fois
00:51:14quand il y a trop de zéro,
00:51:15moi je n'ai pas l'habitude,
00:51:16mais là c'est 100 000.
00:51:17Et ça correspond sans doute
00:51:19à l'achat des cartes graphiques
00:51:20parce qu'il faut savoir
00:51:22c'est que les modèles,
00:51:23ils les récupèrent sur Internet,
00:51:25ils sont open source
00:51:26entre guillemets,
00:51:26et ils les font tourner
00:51:28sur nos serveurs à nous.
00:51:29Il y a cette volonté-là
00:51:31que ce soit
00:51:31de l'IA générative souveraine,
00:51:33qu'on ne dépend pas
00:51:34d'un acteur privé
00:51:36comme OpenAI
00:51:36pour Tchat-GPT.
00:51:38Et ils ne vous ont pas
00:51:40mis le nombre
00:51:40d'équivalent temps plein supprimé ?
00:51:42Non, alors là,
00:51:44on a ce qu'on appelle
00:51:45les lauréats FTAB
00:51:46et on attend avec impatience
00:51:47les...
00:51:48Alors j'espère
00:51:49qu'ils ne suivent pas l'émission.
00:51:51Les avis d'INUM,
00:51:53c'est là-dedans
00:51:53que la direction
00:51:55interministérielle du numérique
00:51:56dit go ou pas go
00:51:57le projet
00:51:58et c'est là-dedans
00:51:58qu'ils flèchent les emplois.
00:52:00D'accord.
00:52:01Ça vous voit
00:52:01si on est encore ensemble
00:52:02pendant une dizaine de minutes ?
00:52:03Oui, oui.
00:52:03Ça vous voit, oui.
00:52:04Très bien.
00:52:05J'ai peut-être dérivé
00:52:05sur ta question.
00:52:06Non, pas du tout
00:52:07parce que ça m'a fait repartir
00:52:09parce que j'avais noté
00:52:10donc pour le foncier innovant,
00:52:12il fallait supprimer
00:52:13300 ETP
00:52:14mais pour le...
00:52:16C'est quoi,
00:52:17c'est FVR ?
00:52:18Donc ça, c'est le contrôle fiscal.
00:52:19C'est la détection
00:52:19de la contrôle fiscal.
00:52:20C'était 500 ETP
00:52:2134,5 millions d'euros de coûts.
00:52:24Et c'est marrant
00:52:24cette manière de faire
00:52:25c'est-à-dire un projet,
00:52:26un coût,
00:52:27une suppression,
00:52:28un montant de suppression
00:52:29de postes.
00:52:30Je trouve ça assez fou.
00:52:31C'est une logique
00:52:32budgétaire.
00:52:33Dans le public, quoi.
00:52:34Dans le service public.
00:52:35Oui, c'est des logiques
00:52:36de rentabilité.
00:52:37C'est-à-dire,
00:52:38on met cet outil-là,
00:52:39on enrobe,
00:52:40on dit qu'il va aider l'agence,
00:52:41un outil d'aide à la décision,
00:52:42tout ça.
00:52:43Mais derrière,
00:52:43si on regarde la genèse,
00:52:45c'est vraiment ça...
00:52:46Voilà, ça supprime des emplois.
00:52:47Par contre,
00:52:48sur le cas particulier
00:52:49du contrôle fiscal,
00:52:50il faut savoir
00:52:50que c'est une des missions
00:52:51qui est plus ou moins préservée
00:52:53en tant que suppression d'emplois.
00:52:55Voire même,
00:52:55ils font des redéploiements
00:52:56d'emplois
00:52:57sur cette mission-là.
00:52:58Peut laisser penser
00:52:59que, en fait,
00:53:00l'IA ne marche pas tant bien
00:53:01que ça,
00:53:01que finalement,
00:53:02il y a encore besoin
00:53:03de pas mal d'humains.
00:53:04Donc là où ça devait supprimer,
00:53:05par exemple,
00:53:06ces 500-là,
00:53:07voilà,
00:53:07ils ont revu les trucs à la baisse.
00:53:10Mais bon,
00:53:10pareil,
00:53:10il n'y a pas d'audit.
00:53:11Il n'y a rien qui vérifie
00:53:13si le système est efficace
00:53:14vraiment,
00:53:15réellement,
00:53:15si on pouvait vraiment
00:53:16supprimer ces 500-là.
00:53:17OK.
00:53:18En tout cas,
00:53:18dans le chat,
00:53:18on confirme ce que tu dis
00:53:19en tant que data scientist.
00:53:20Je confirme que c'est l'essentiel
00:53:21d'être avec les gens de terrain
00:53:22pour faire des bons algos.
00:53:23On ne peut pas se passer
00:53:24de l'un et de l'autre.
00:53:24Ouais.
00:53:25Et bien du coup,
00:53:25pour amener vers la fin,
00:53:27j'aimerais du coup
00:53:28t'amener sur un sujet
00:53:29un peu plus,
00:53:30comment dire,
00:53:31je ne sais pas si syndical,
00:53:32mais comment,
00:53:35est-ce que du coup,
00:53:37Ouais,
00:53:38première question,
00:53:39est-ce que du coup,
00:53:40le dialogue social aujourd'hui,
00:53:43soit à la DGFIP
00:53:45ou plus généralement,
00:53:47est adapté à ces nouveaux outils,
00:53:49à ton avis ?
00:53:50Alors,
00:53:50très bonne question.
00:53:51L'IA,
00:53:52l'objet IA,
00:53:53en tant que tel,
00:53:54était absent total
00:53:55du dialogue social.
00:53:56C'est nous,
00:53:57organisation syndicale,
00:53:58alors,
00:53:58on peut faire un peu de promo,
00:54:00solidaire,
00:54:00finance publique,
00:54:01qui l'avons porté,
00:54:02mais on le porte aussi
00:54:02en inter-syndical maintenant,
00:54:04mais c'est des sujets
00:54:05où l'administration,
00:54:06ce n'était même pas
00:54:07à l'ordre du jour
00:54:07de nos instances.
00:54:08Donc déjà,
00:54:08rien que de le fait
00:54:09de demander l'inscription
00:54:10de ce sujet-là,
00:54:12d'avoir un panorama,
00:54:13un état des lieux
00:54:14de ce qui est fait,
00:54:15de demander les études d'impact,
00:54:16comme on a dit tout à l'heure,
00:54:17sur les conditions de travail,
00:54:19voilà,
00:54:20on essaie d'investir
00:54:22nos instances de dialogue social
00:54:23pour en faire un sujet
00:54:24central majeur,
00:54:25puisqu'on le voit,
00:54:25ce sont derrière
00:54:26des logiques de...
00:54:27En fait,
00:54:28pour nous,
00:54:28c'est un sujet
00:54:29éminemment politique
00:54:31et absolument pas technique.
00:54:32On ne veut pas
00:54:32se faire enfermer
00:54:33dans le...
00:54:34Qu'est-ce que l'IA,
00:54:35tout ça,
00:54:36on voit bien
00:54:36que ça évolue tout le temps,
00:54:37les technos évoluent tout le temps,
00:54:39que la sémantique évolue tout le temps.
00:54:41Et donc,
00:54:42voilà,
00:54:43on ne se laisse pas faire,
00:54:45on déborde même
00:54:46des instances.
00:54:47On a fait un travail
00:54:49en collaboration
00:54:50avec l'Institut
00:54:51de la Recherche économique
00:54:52et sociale,
00:54:53donc avec Odile Chani,
00:54:54que tu connais,
00:54:56et avec d'autres organisations
00:54:58syndicales,
00:54:59sur comment faire
00:55:00de l'IA
00:55:00un objet de dialogue social,
00:55:02technologique,
00:55:03on appelle ça.
00:55:04Donc,
00:55:04comment faire
00:55:05pour que toutes les parties
00:55:06prenantes,
00:55:07aussi bien l'administration,
00:55:08mais aussi bien
00:55:09que les éditeurs logiciels,
00:55:11les fournisseurs sur étagère,
00:55:12voilà,
00:55:13puissent avoir un...
00:55:16puissent avoir un document unique,
00:55:18par exemple,
00:55:18pour parler de la même chose
00:55:20et avoir toutes les infos
00:55:21concentrées là-dedans.
00:55:22Ouais,
00:55:22parce qu'on se rend compte
00:55:23techniquement qu'en gros,
00:55:24il y a un...
00:55:24Je sais pas,
00:55:25pour schématiser,
00:55:25il y a un Google qui arrive
00:55:26ou un Capgemini qui arrive
00:55:27en disant
00:55:28« Ah, on a un super projet,
00:55:29on va vous faire
00:55:32économiser de temps,
00:55:33vous allez pouvoir supprimer
00:55:34500 emplois... »
00:55:36Ça se refuse pas.
00:55:37Ça se refuse pas.
00:55:38Mais le patron,
00:55:40techniquement,
00:55:41lui,
00:55:41comprend très mal
00:55:42les conséquences,
00:55:44comprend mal
00:55:45ce qu'on lui dit,
00:55:46c'est enrobé de gros mots
00:55:48et on lui vend ce projet.
00:55:51Donc derrière,
00:55:51c'est très compliqué
00:55:52pour les organisations syndicales
00:55:54de comprendre ce qui se passe
00:55:56quand ils vous les présentent,
00:55:57parce qu'ils arrivent
00:55:58des fois pas à comprendre
00:55:59que c'est un...
00:56:01Il faut qu'ils intègrent,
00:56:02que le patronat intègre,
00:56:03que c'est un changement
00:56:05énorme des conditions de travail,
00:56:06donc que ça doit être absolument
00:56:07présenté en infoconsulte,
00:56:09au minimum.
00:56:09Et du coup,
00:56:11il y a ce côté
00:56:12où, en plus,
00:56:13des fois,
00:56:14enfin, je sais pas
00:56:14quels interlocuteurs
00:56:15vous avez à l'ADG,
00:56:16mais vous avez pas forcément
00:56:17en plus des gens
00:56:18capables de répondre
00:56:19à vos questions.
00:56:20C'est une très bonne remarque.
00:56:21On se retrouve...
00:56:22Alors, au début,
00:56:23on se retrouvait
00:56:23avec les bureaux métiers,
00:56:25c'est-à-dire ceux
00:56:25qui sont en charge
00:56:27du pilotage
00:56:28de la mission cadastrale,
00:56:29du foncier,
00:56:30de la fiscalité.
00:56:31Mais, donc,
00:56:32quand on posait des questions
00:56:33sur ces projets-là,
00:56:34ils bottaient en touche
00:56:35et c'était...
00:56:37Ils bottaient sur l'informatique,
00:56:39sur les bureaux informatiques.
00:56:40Quand on avait des GT informatiques,
00:56:42groupe de travail informatique,
00:56:43ils bottaient sur les...
00:56:44Voilà, ping-pong
00:56:45sur les bureaux métiers.
00:56:47Du coup, on a demandé,
00:56:49déjà, et ça,
00:56:50on a eu gain de cause,
00:56:50à avoir des GT mixtes
00:56:52où il y ait bureaux métiers
00:56:53et informatiques.
00:56:54Il y a aussi d'autres acteurs
00:56:55comme la direction
00:56:56à la transformation numérique
00:56:57qui concentrent un certain nombre
00:56:59de data scientifiques
00:57:00de la DGFIP.
00:57:00Et c'est eux qui font la...
00:57:02Voilà, qui conçoivent aussi
00:57:04la plupart des projets.
00:57:05Ensuite, on n'a pas forcément
00:57:07plus d'informations,
00:57:08mais toujours pas, en fait.
00:57:10Il y a effectivement
00:57:10ce savoir-faire
00:57:11qui est concentré
00:57:12plutôt dans les bureaux de conseil,
00:57:14les cabinets de conseil,
00:57:15je veux dire,
00:57:15type Soprasteria,
00:57:17Capgemini,
00:57:17CGI,
00:57:18Foraltran,
00:57:19tout ça.
00:57:20Et ce savoir-faire-là,
00:57:22on ne va pas se mentir,
00:57:23nos décideurs publics,
00:57:25ils ne comprennent pas
00:57:25grand-chose non plus.
00:57:26D'où les fiches,
00:57:27parfois, qu'on a.
00:57:27J'aurais dû venir avec
00:57:28vraiment la prochaine fois,
00:57:29il faut qu'on le fasse.
00:57:30On a eu une fiche
00:57:31où un jour,
00:57:32ils nous ont montré une fusée.
00:57:33C'était un dessin
00:57:34d'une fusée bleue
00:57:35avec plusieurs étages
00:57:36et vraiment un langage abscon.
00:57:39Et ça devait représenter
00:57:40le projet.
00:57:41Donc c'est un projet
00:57:42de transformation numérique,
00:57:45juridique,
00:57:45du métier juridique.
00:57:46Il y a un gros, gros projet derrière.
00:57:48Je ne développe pas ici,
00:57:49mais ça devait...
00:57:50Pour nous, les syndicats,
00:57:52on devait comprendre
00:57:52ce qu'ils voulaient nous dire.
00:57:53Donc autant vous dire
00:57:54que ce n'est pas l'administration
00:57:55qui avait fait ce schéma-là.
00:57:56C'était un cabinet de conseil.
00:57:57Donc on a des copiés-collés même.
00:57:59Pareil,
00:57:59on a fait des fouilles
00:58:02sur les GT d'il y a 8-9 ans
00:58:04puisqu'à la DGFIP,
00:58:05on a des projets d'IA qui datent.
00:58:07Et bien on a retrouvé
00:58:08des fiches d'il y a 8-9 ans
00:58:10avec des copiés-collés
00:58:11du contenu
00:58:11qui correspondent
00:58:12à celles de maintenant.
00:58:13Donc on est vraiment...
00:58:15Effectivement,
00:58:15on ne parle pas forcément
00:58:16la même chose.
00:58:17Ils n'ont pas forcément
00:58:18la connaissance.
00:58:19D'où le projet d'IA-LIA
00:58:20avec Odile.
00:58:21On a abouti
00:58:22d'un outil concret,
00:58:24donc un registre des SIA,
00:58:26ça s'appelle.
00:58:26C'est une sorte de tableur,
00:58:28on va dire,
00:58:28qui,
00:58:30pour un projet d'IA,
00:58:31recense toutes les informations,
00:58:33financements,
00:58:34tous les acteurs,
00:58:35la chaîne de sous-traitance,
00:58:36la fameuse,
00:58:37les risques aussi,
00:58:38puisque ces technos,
00:58:39on n'a pas trop parlé,
00:58:40mais on embarque évidemment
00:58:41des risques de biais.
00:58:42risques d'explicabilité,
00:58:44là où nos collègues
00:58:45ont été vraiment confrontés,
00:58:47il faut que je vous le cite
00:58:48en exemple,
00:58:48sur les dépenses de factures.
00:58:49Là où avant,
00:58:51des factures étaient validées,
00:58:53il n'y avait pas de soucis,
00:58:54elles deviennent problématiques,
00:58:55l'IA les détecte,
00:58:56et d'un coup,
00:58:57les agents doivent vérifier
00:58:59les factures de dépenses
00:59:00de carburant, par exemple.
00:59:01Donc ce sont les ambassades,
00:59:02ils ont des dépenses de carburant,
00:59:04et nous,
00:59:05à la gestion publique d'État,
00:59:06on doit valider l'IA,
00:59:09détecter toute une liste.
00:59:10Eh bien, les ambassades ont appelé
00:59:12et ne comprennent pas pourquoi,
00:59:14parce que d'habitude,
00:59:14ça ne posait pas de soucis.
00:59:15Et l'agent, derrière,
00:59:16n'a aucun moyen d'expliquer
00:59:18la décision de l'algorithme.
00:59:19Donc ils ont essayé
00:59:19de faire remonter par la hiérarchie,
00:59:21qui elle-même a joué le jeu.
00:59:22La hiérarchie, souvent,
00:59:23elle est démunie aussi,
00:59:24elle n'a pas plus d'infos en vrai.
00:59:26Eh bien, derrière,
00:59:27c'est un acteur privé
00:59:28qui développe ça,
00:59:29voilà, c'est un prestataire privé,
00:59:31qui a la connaissance
00:59:32de comment les critères sont retenus
00:59:34et impossible d'expliquer.
00:59:36Donc, problème pour le mission
00:59:37de service public.
00:59:38Pas pouvoir expliquer
00:59:39la décision d'un algorithme,
00:59:40là, voilà,
00:59:41c'est juste un exemple
00:59:42parmi tant d'autres.
00:59:43Peut-être dernière question.
00:59:45Et moi, j'en ai une.
00:59:46Il y a un truc qui m'a marqué tout à l'heure.
00:59:47Tu as dit que ça ne tient
00:59:49que par la bonne volonté des agents.
00:59:50La semaine dernière,
00:59:51il y avait une grande mobilisation
00:59:53de toute la fonction publique.
00:59:55Est-ce que,
00:59:57enfin, toi qui travailles aux impôts,
00:59:59est-ce que finalement,
00:59:59c'est la même chose
01:00:00que les gens qui travaillent à l'hôpital,
01:00:02les gens qui travaillent
01:00:04dans l'éducation, etc.
01:00:05Est-ce qu'en fait,
01:00:06ce que tu racontes là,
01:00:07ce n'est pas aussi
01:00:08les conséquences
01:00:09d'un rejet
01:00:10du service public
01:00:12par le gouvernement ?
01:00:13Oui, clairement,
01:00:15ça s'inscrit dans
01:00:16les logiques néolibérales
01:00:18de destruction
01:00:19du service public.
01:00:20Effectivement,
01:00:21je n'en ai pas parlé,
01:00:22mais les autres secteurs,
01:00:24privés, publics,
01:00:25éducation nationale,
01:00:27les hôpitaux,
01:00:28les PTT,
01:00:29enfin, la poste, pardon,
01:00:30les cheminots,
01:00:31sont aussi touchés
01:00:32par ces logiques
01:00:33de suppression d'emplois,
01:00:35rationalisation,
01:00:36tout ce truc-là,
01:00:37ce qui fait qu'on voit aussi
01:00:38des projets d'Ir,
01:00:39chez eux,
01:00:40je n'aurais pas le temps
01:00:41de développer,
01:00:41mais on travaille aussi
01:00:43en interpro,
01:00:44avec notamment,
01:00:46on a une commission
01:00:47d'intelligence artificielle,
01:00:48là,
01:00:48avec qui il y aura
01:00:49Sud PTT,
01:00:50il y aura Sud Rail,
01:00:52et on voit les mêmes logiques
01:00:53à l'œuvre
01:00:53dans ces structures-là.
01:00:55Ce sont des prestataires privés
01:00:57qui déploient ces projets.
01:00:58Derrière,
01:00:58il y a systématiquement
01:00:59des suppressions d'emplois,
01:01:00je pense à Solidaires Informatiques
01:01:01aussi,
01:01:02qui se sont battus
01:01:02sur Onclusive,
01:01:04où du jour au lendemain,
01:01:05ils ont eu un,
01:01:06alors ils appellent ça PSE,
01:01:08mais comment on peut dire,
01:01:09un plan de licenciement,
01:01:10de la moitié des effectifs
01:01:12parce que l'IA arrivait.
01:01:13Et donc,
01:01:13oui,
01:01:14ça s'inscrit
01:01:15dans ces mêmes logiques-là,
01:01:17et il est nécessaire,
01:01:17donc,
01:01:18de faire du lien
01:01:19et de vraiment
01:01:19travailler mutualisé
01:01:21avec les autres métiers,
01:01:23les autres secteurs,
01:01:24évidemment, quoi.
01:01:25Eh bien,
01:01:25merci beaucoup.
01:01:26Je peux rebondir
01:01:26la dernière question là-dessus ?
01:01:28Allez,
01:01:28dernière question,
01:01:29mais toute derrière,
01:01:29Pierre-Éricard.
01:01:30Parce qu'il y a le...
01:01:30Je me rebondis
01:01:31sur les caméras
01:01:32de Onclusivre
01:01:33parce que c'est quand même...
01:01:36En gros,
01:01:37ils sont fait licencier
01:01:39soi-disant par une IA,
01:01:40mais en fait,
01:01:40l'IA existait pas vraiment.
01:01:43Et du coup,
01:01:44derrière question...
01:01:45c'était quand même un prétexte,
01:01:46c'était une délocalisation
01:01:47à Madagascar.
01:01:48Et derrière question
01:01:50un peu plus ouverte,
01:01:51du coup,
01:01:52est-ce que,
01:01:52notamment en prenant
01:01:53cet exemple-là,
01:01:54est-ce que le...
01:01:56Alors,
01:01:56peut-être que ça va...
01:01:57Enfin,
01:01:58tu me dis
01:01:58si ça te met en difficulté,
01:02:01mais est-ce que le...
01:02:02Couper !
01:02:04Le devoir de vigilance,
01:02:06ça te semble un outil
01:02:07syndical pertinent,
01:02:08c'est qu'elle a...
01:02:09Parce qu'à un moment,
01:02:10il y a...
01:02:11Est-ce que, du coup,
01:02:13il est facilement utilisable ?
01:02:14Parce que là,
01:02:14on se dit à la Direction Générale
01:02:16des Finances Publiques,
01:02:17quand ont-ils su
01:02:19qu'au bout de la chaîne
01:02:21du foncier innovant,
01:02:23il y avait des travailleurs
01:02:25malgaches
01:02:26qui travaillaient dans des conditions
01:02:27pas forcément déclarées ?
01:02:30Et là,
01:02:32techniquement,
01:02:33c'est la DGFIP
01:02:34qui est donneuse d'ordre
01:02:35et qui est responsable
01:02:37au nom du devoir de vigilance.
01:02:38Donc est-ce que...
01:02:39Alors,
01:02:39prouver la...
01:02:41Alors, pareil,
01:02:41c'est vrai que ça soulève
01:02:42la question de la responsabilité,
01:02:45responsabilité juridique,
01:02:46aussi bien pour les décisions d'Algo,
01:02:48mais aussi bien pour les...
01:02:49Pour la chaîne de sous-traitance,
01:02:51là, en l'occurrence.
01:02:52Sur la loi
01:02:53qui impose le devoir de vigilance,
01:02:55je sais...
01:02:55Alors, moi, honnêtement,
01:02:56je suis un peu light là-dessus.
01:02:57Je l'ai...
01:02:58J'ai vu qu'on pouvait le mobiliser,
01:03:00mais je ne sais pas dans quel...
01:03:01C'est encore jamais été fait.
01:03:03Ça n'a jamais été fait,
01:03:04mais c'est évidemment
01:03:04que l'outil juridique
01:03:06est un levier d'action pour nous
01:03:08et que, voilà,
01:03:09si on peut forcer
01:03:10l'administration
01:03:11à s'expliquer sur le choix,
01:03:13il semblerait quand même
01:03:14qu'ils étaient plutôt...
01:03:16Enfin, il semblerait
01:03:17qu'ils n'avaient plutôt
01:03:18pas connaissance quand même
01:03:18de cette externalisation
01:03:20et sous-traitance, voilà,
01:03:22à des travailleurs précaires.
01:03:23On peut penser
01:03:24qu'ils sont de bonne foi,
01:03:25mais...
01:03:26Ouais, l'outil juridique,
01:03:27nous, on...
01:03:27Enfin, voilà,
01:03:29on prend tout, quoi.
01:03:30Bien sûr.