00:00Vous savez, la Chine, c'est le seul pays au monde qui ait vraiment compris la diplomatie de la mondialisation.
00:06S'il y a quelqu'un qui peut sauver les meubles, en ce moment c'est la Chine,
00:13mais si la Chine sauve les meubles, elle prendra pas mal de ses meubles pour garnir son propre appartement.
00:21Je pense que Poutine n'a pas envie d'un accord entre l'Iran et les États-Unis,
00:26parce que ça le priverait de ce partenaire qu'il ne plate pas beaucoup, qu'il ne gâte pas beaucoup,
00:35mais qu'il l'aide quand même pas mal dans le conflit ukrainien.
00:39Et donc je pense que Poutine va s'arranger, ou en tous les cas faire des prières,
00:47puisque c'est sa nouvelle pratique de prier, pour que cet accord ne soit pas conclu entre l'Iran et
00:55les États-Unis.
00:57En revanche, je pense qu'il imiterait les dégâts et gagnerait bien des galons s'il parvenait à jouer un
01:05rôle médiateur.
01:06Pourquoi ?
01:07D'abord parce qu'il dirait, vous voyez, je ne suis pas ce foudre de guerre que vous dites, je
01:14suis un avocat de la paix.
01:16S'il y a la paix, c'est grâce à moi, ce n'est pas grâce aux autres, c'est
01:19grâce à moi.
01:19D'autre part parce qu'effectivement, ça lui redonnerait la main au Moyen-Orient.
01:24Il n'a plus la main au Moyen-Orient, il a perdu la Syrie, il a perdu l'Irak depuis
01:282003,
01:30il a perdu pratiquement même tout soutien au sein des mouvements palestiniens.
01:38Et donc, ce serait une deuxième bonne opération, troisième bonne opération.
01:44Ça lui permettrait de concrétiser la connivence dont il rêve avec Trump.
01:50Moi, j'ai toujours dit, depuis le 20 janvier dernier, date d'investiture de Trump,
01:56que les deux personnages se ressemblaient beaucoup parce qu'avant que Trump parle de « Make America Great Again »,
02:06Poutine parlait de « Make Russia Great Again ».
02:10C'est-à-dire que ces deux hommes, ils rêvent d'être dans la peau de Nixon et Brezhnev,
02:17du temps où ces deux personnages étaient les coprins du monde et géraient à eux deux toutes les affaires du
02:24monde.
02:24Donc, tout ça, ça va dans le sens de ce que peut espérer Poutine,
02:32de ce que peut espérer l'Iran, ce sera une porte de sortie,
02:35de ce que peuvent espérer les États-Unis.
02:40Le seul, enfin, il y en a un ennemi qui serait mécontent,
02:45c'est certainement Netanyahou, ça c'est la personne entière,
02:51parce que ça risquerait d'inachever le travail d'Israël sur l'Iran,
03:00et la moitié de mécontent, c'est une moitié de puissance que constitue l'Europe.
03:05Et assez imprudemment, Emmanuel Macron a dit,
03:10« Non, non, non, pas question que la Russie se mêle de ses affaires, etc. »
03:14Et je pense que c'était maladroit, parce que moi, je trouve que même si le diable peut faire la
03:21paix,
03:22il faut saisir l'occasion, quitte à lui régler son compte après.
03:27La situation est beaucoup trop dangereuse pour faire la fine bouche sur la personne qui apportera la paix.
03:32Et comme Poutine a intérêt à apporter la paix, il peut faire quelque chose.
03:36Est-ce que ces ressources seront suffisantes à cette fin ?
03:39Ça, je n'en sais rien, mais le jeu est là.
03:42Et puis n'oubliez pas, qu'il y a beaucoup plus sérieux que Poutine, Trump et compagnie, c'est la
03:49Chine.
03:50C'est ça, dans le chat, il y a quelqu'un qui dit, alors j'ai perdu le message,
03:55Lyo Lyo qui disait, c'est surtout la Chine qui perdrait, elle prend 30% du pétrole iranien.
04:02Vous pouvez rebondir là-dessus, Vadim ?
04:04Ah oui, mais c'est beaucoup plus compliqué que ça.
04:06Allez-y, je vous en prie.
04:08Notre ami a tout à fait raison de dire que sur le plan économique,
04:14ce qui serait, on n'en a pas parlé, mais une éventualité, le blocage du détroit de Hormoz,
04:21pénaliserait d'abord et avant tout la Chine.
04:23La Chine est ultra-dépendante, non seulement de l'Iran, mais du Grand Moyen-Orient,
04:29pour son ravitaillement énergétique.
04:32Et la Chine, ce n'est pas la Russie, c'est-à-dire qu'elle a un besoin énergétique
04:37qui est absolument considérable.
04:39Donc la Chine a un regard très inquiet.
04:42Il y a plein de messages qui parlent de Pékin, qui traduisent cette inquiétude.
04:46Mais en même temps, la Chine a beaucoup plus de ressources de pression
04:53sur les différents protagonistes, peut-être pas tant sur l'Israël, ça c'est certain,
04:59sur Israël, il y a des États-Unis, qui ont des moyens de pression,
05:03mais sur beaucoup d'autres, sur l'Iran, sur la Russie,
05:07même d'un certain point de vue sur les États-Unis, voire sur la péninsule arabique.
05:13Et donc la Chine peut réaliser ce que j'appelle, moi, une pression systémique,
05:18c'est-à-dire pas une intervention militaire, mais la conjonction de tout un tas de ressources
05:23politiques, diplomatiques, économiques, pour tenter de peser sur le cours des événements.
05:31Et vous savez, la Chine, c'est le seul pays au monde qui ait vraiment compris
05:35la diplomatie de la mondialisation.
05:37Alors, s'il y a quelqu'un qui peut sauver les meubles, en ce moment, c'est la Chine.
05:48Mais si la Chine sauve les meubles, elle prendra pas mal de ses meubles
05:53pour garnir son propre appartement.
05:58L'harmonie n'est jamais philanthropique.
06:03Il nous reste dix minutes et il y a pas mal de sujets dont on souhaite parler,
06:07mais on va les choisir.
06:10Je veux juste rebondir par rapport sur la Russie.
06:12Il y a deux, trois choses qu'on n'a pas évoquées.
06:14Un, c'est qu'en effet, il continue à parler à un certain nombre d'acteurs.
06:19Alors, Bertrand Badil a dit sur l'Iran, bien sûr, même si ce n'est pas son allié.
06:23Ils ont des relations, en effet, importantes de manière diplomatique, économique.
06:27Mais avec Israël aussi, parce qu'il ne faut pas l'oublier,
06:29il y a des relations qui sont importantes entre les deux pays.
06:33Il y a une grande communauté russe qui vit sur place.
06:36Il y a des relations entre les deux hommes, en plus entre Netanyahou et Poutine,
06:41qui sont relativement correctes.
06:44Et troisième chose, sur la dépendance, par exemple, de la Chine vis-à-vis d'Iran
06:48pour son pétrole, la Russie se frotte les mains quelque part,
06:51puisque ça veut dire que la Chine va être dépendante encore davantage
06:55des sources énergétiques russes,
06:58puisque l'un des partenaires aujourd'hui principaux de la Russie,
07:02c'est la Chine, dans cette période de sanctions,
07:05de manière économique et énergétique,
07:07puisque la Russie assure, en tout cas, de ce côté-là,
07:10tout un volet vis-à-vis de la Chine.
07:12Donc on voit que finalement, ce conflit,
07:15au début, même moi, j'étais sourcieux,
07:18que je me disais, finalement, la Russie peut être perdante,
07:21mais mine de rien, c'est un certain nombre d'autres volets.
07:24Elle en ressort finalement gagnante.
07:25Sur l'aspect diplomatique, si Poutine arrive à faire ce coup-là,
07:28ça serait quand même assez important.
07:30Et sur le côté économique, finalement,
07:33par exemple, l'augmenter du prix du pétrole,
07:35forcément, la Russie en profite de manière économique,
07:38alors que ces derniers mois,
07:39elle était quand même marquée par une forte inflation,
07:42sur une chute du pétrole,
07:43qui forcément avait un impact sur la guerre qu'elle menait en Ukraine,
07:46sur son budget militaire.
07:48Donc on voit que sur pas mal de ces indices-là,
07:51mine de rien, la Russie s'en sort finalement pas trop mal.