- il y a 3 semaines
Le 12 décembre, Mélanie Ngoye-Gaham, une habituée des manifestations se rend à Paris pour protester contre le projet de loi "séparatisme" un texte dont elle juge les dispositions "très dangereuses pour la société". Au départ de Châtelet, le cortège dont elle fait partie s'engage pacifiquement sur le boulevard Sébastopol, après une petite dizaine de minutes.
C'est à ce moment-là qu'elle se fait brutalement interpeller par des forces de l'ordre présentes en nombre, qui se dirigent dans un premier temps vers son amie Moun et son parapluie arc-en-ciel, "appelant à la haine".
Les policiers reprochent à cette manifestante- figure du mouvement des gilets jaunes d'Amiens - d'avoir tenu ce fameux parapluie arc-en-ciel en signe de déclenchement des violences du black bloc, ce qu'elle dément fermement, de même que son amie Moun.
Selon cette gilet jaune, il s'agit plutôt d'une façon pour les policiers de "décrédibiliser son histoire", alors qu'en avril 2021, Mélanie Ngoye-Gaham se retrouvera en procès contre un CRS l'ayant violemment frappée à la nuque lors d'une manifestation à Paris, le 20 avril 2019.
S'en suivent alors trois jours d'arrestation pour les deux manifestantes, dont deux en garde à vue dans des commissariats du 18ème et du 19ème arrondissements.
Dans cette vidéo, Mélanie Ngoye-Gaham martèle son innocence, et revient en détail sur les conditions de sa détention, ainsi que le comportement des policiers à son égard dans cette affaire.
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Horodatage
00:00 - Présentation
00:40 - Interpellation
05:26 - Arrivée au commissariat du 18ème
08:03 - Transfert dans un commissariat du 19ème
09:10 - Problème d’avocat
10:55 - « Mélanie, où es-tu ? »
13:32 - « Ils pensent vraiment que Moun est à la tête du bloc ! »
16:19 - « Ils essayent de nous façonner à leur image... »
17:08 - Qui est Moun ?
20:14 - « Je me suis accrochée à cette femme pendant 70 heures »
20:51 - Au bout de 48 heures de GAV
23:38 - Une tentative de discréditation ?
24:28 - « Ils ont refusé de m’ouvrir les toilettes »
25:10 - Rencontre avec le procureur
26:00 - Téléphone disparu
26:36 - Racisme dans la police ?
28:25 - « Je suis très fière de m’appeler Ngoye-Gaham »
30:30 - « Il disait que la manifestation était interdite »
32:03 - « J’apprends que je suis fichée S »
32:58 - « A travers nous, ils veulent donner l’exemple »
33:40 - « Ça n’a pas entaché ma détermination »
34:58 - « Merci pour votre soutien ! »
C'est à ce moment-là qu'elle se fait brutalement interpeller par des forces de l'ordre présentes en nombre, qui se dirigent dans un premier temps vers son amie Moun et son parapluie arc-en-ciel, "appelant à la haine".
Les policiers reprochent à cette manifestante- figure du mouvement des gilets jaunes d'Amiens - d'avoir tenu ce fameux parapluie arc-en-ciel en signe de déclenchement des violences du black bloc, ce qu'elle dément fermement, de même que son amie Moun.
Selon cette gilet jaune, il s'agit plutôt d'une façon pour les policiers de "décrédibiliser son histoire", alors qu'en avril 2021, Mélanie Ngoye-Gaham se retrouvera en procès contre un CRS l'ayant violemment frappée à la nuque lors d'une manifestation à Paris, le 20 avril 2019.
S'en suivent alors trois jours d'arrestation pour les deux manifestantes, dont deux en garde à vue dans des commissariats du 18ème et du 19ème arrondissements.
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09:10 - Problème d’avocat
10:55 - « Mélanie, où es-tu ? »
13:32 - « Ils pensent vraiment que Moun est à la tête du bloc ! »
16:19 - « Ils essayent de nous façonner à leur image... »
17:08 - Qui est Moun ?
20:14 - « Je me suis accrochée à cette femme pendant 70 heures »
20:51 - Au bout de 48 heures de GAV
23:38 - Une tentative de discréditation ?
24:28 - « Ils ont refusé de m’ouvrir les toilettes »
25:10 - Rencontre avec le procureur
26:00 - Téléphone disparu
26:36 - Racisme dans la police ?
28:25 - « Je suis très fière de m’appeler Ngoye-Gaham »
30:30 - « Il disait que la manifestation était interdite »
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32:58 - « A travers nous, ils veulent donner l’exemple »
33:40 - « Ça n’a pas entaché ma détermination »
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NewsTranscription
00:00Le 12 décembre 2020, je me rends sur la manifestation contre la loi séparatisme.
00:05Une manifestation déclarée en préfecture et autorisée.
00:08On part des Halles pour se rendre jusqu'à République
00:11et je me fais interpeller dès les 15 premières minutes avec ma camarade Moon,
00:15boulevard Sébastoupol, et je passe 48 heures dans le commissariat qui se trouve juste derrière vous.
00:19Et je vais vous raconter ce qui s'est passé.
00:29Je m'appelle Mélanie N. Goyer-Gaham, j'ai 40 ans, je suis travailleuse sociale dans un centre social sur
00:34Amiens.
00:35Je suis militante gilet jaune, je fais partie du collectif Mutilé pour l'exemple
00:39et j'intègre la coordo Stop Loi Sécurité Globale il y a ça de 5 semaines.
00:51Il est tôt, on arrive sur Paris vers 13h30, 14h, on est sur la place des Halles,
00:58on parle avec les copains, la manif part et au bout de 15 minutes,
01:02une brigade de la Brave, brigade d'action violente, rentre dans le cortège,
01:06emmène une camarade qui s'appelle Moon et deux secondes après me pointe du toit
01:11et décide de m'interpeller également.
01:13C'est juste là, au niveau du passage piéton sur le boulevard Sébastoupol.
01:19Quand je demande pourquoi je suis interpellée, on me répond que je suis détentrice d'un parapluie appelant à la
01:25haine.
01:25Puisque je n'ai pas de parapluie sur moi, ni dans mon sac à dos, je demande où se trouve
01:30ce fameux parapluie.
01:31La brigadière dit qu'elle l'avait posé dans un bac à fleurs qui est juste derrière moi et que
01:36quelqu'un l'a pris.
01:37Je vois qu'un autre brigadier de la Brave lui fait un signe de la tête, lui indiquant que non,
01:43il n'y avait pas de parapluie.
01:44Et donc, je pense qu'à ce moment-là, je suis sortie d'affaire puisque je n'ai pas de
01:49parapluie.
01:49On me reproche un parapluie.
01:51Sauf que non, au moment où on donne mon identité, un autre brigadier revient et dit
01:57« les deux parapluies, ça s'en va à la DGSI 75 ».
02:00Donc, à mon sens, après je n'ai pas de secret, je ne sais pas ce qui s'est passé
02:06en off.
02:06Mais pour moi, mon nom de famille, puisque je suis victime d'une agression de la part d'un policier
02:12et j'ai un procès qui arrive le 15 avril 2021, mon nom a dû tiquer là-haut.
02:17Et ils ont décidé de m'interpeller, de me faire parler sans doute.
02:20Oui, moi je me laisse faire, je n'ai rien à me reprocher.
02:23Et je sais aussi que si jamais je me débats face à un policier, si je l'insulte, si je
02:28l'invective,
02:28je vais avoir beaucoup plus de problèmes.
02:31Donc, puisque je n'ai rien fait, je continue à ne rien faire.
02:34Donc, je me laisse emmener. La première fouille, elle se passe là.
02:37Et après, on me colle contre le mur qui est juste derrière,
02:41où j'attends à ce qui me semble être une bonne heure.
02:45Mais je n'ai plus du tout la notion du temps à ce moment-là.
02:47Moi, je suis posée contre ce mur-là.
02:50Moon est juste derrière moi.
02:52Il y a un avocat qui s'appelle Alexis, qui est juste derrière aussi.
02:56Et les brigadiers rentrent dans le hall parce qu'il pleut pour pouvoir remplir leurs procès-verbaux.
03:01Puisque je n'ai rien fait, et puisque je n'ai rien à me reprocher,
03:04je n'ai mis aucune résistance.
03:05Et je dis même à une camarade qui était venue me voir,
03:09s'il m'emmène, c'est pour 4 heures.
03:12Garde ton téléphone, je t'appelle dans 4 heures,
03:14et vous me dites où vous êtes, et je vous rejoins.
03:16Il y avait les commerçants qui sont juste là, de la bijouterie,
03:20qui étaient dehors tout le long de l'interpellation par la brave,
03:25qui étaient assez hallucinés.
03:30La petite commerçante est venue mettre cette guirlande là,
03:33qui est là, elle est venue nous l'allumer en disant
03:35« Je vais mettre un peu de gaieté dans ce monde de brut. »
03:38On me dit que je parle à DGSI 75.
03:40Donc je demande ce qu'est la DGSI 75.
03:43On me répond que je verrai quand je serai arrivée.
03:46Et quand je continue à demander où est le parapluie,
03:49on me dit « On stoppe toute communication avec vous. »
03:51Et après, on refuse de me répondre.
03:53Et là, tout le long de la rue, il y a plein d'interpellés.
03:58Donc je n'ai pas leur identité.
04:00Et là, on nous emmène à la bétailière,
04:03qui est garée au niveau du passage piéton,
04:06là où j'ai été interpellée.
04:07Voilà, on me met dans ce camion,
04:10dans ce camion que la police adore appeler la bétailière,
04:14sous-entendant que nous sommes donc du bétail.
04:16Et c'est pour ça aussi que j'appelle la bétailière,
04:18puisque c'est le nom qu'ils donnent à ce fourgon.
04:20À ce moment-là, on voit un couple avec un parapluie multicolore
04:24et on rigole avec Moon.
04:25On leur dit « Partez, partez, vous allez vous faire interpeller.
04:28Votre parapluie est dangereux, vous allez vous faire interpeller. »
04:31Donc on rigole encore à ce moment-là.
04:33On est assez détendu avec Moon.
04:35On ne comprend pas bien, mais on se dit
04:36« Puisqu'on n'a rien fait, de toute façon, on peut rigoler. »
04:40Il n'y aura rien, on n'a rien fait.
04:43Est-ce que c'est une provocation ?
04:44Est-ce qu'on était ciblés, qu'ils nous voulaient ?
04:48Est-ce qu'ils ciblaient Moon ? Peut-être.
04:50Est-ce que vraiment, dans leur délire,
04:52ils pensent vraiment que Moon est chef des Black Bloc ?
04:55Peut-être.
04:56Et du coup, vu qu'elle m'a prêté son...
04:59Vu que moi aussi, ils pensaient que j'avais un parapluie,
05:01ils nous ont interpellés.
05:02Moi, je ne comprends pas ce qui nous est arrivé encore aujourd'hui.
05:06Dix jours après, je suis incapable de comprendre ce qui nous est arrivé.
05:10Ils viennent l'arracher au cortège.
05:11C'est-à-dire qu'on est là, en train de parler de son camarade qui a perdu sa main.
05:15Ils viennent et ils l'attrapent.
05:17Alors, son arrestation est beaucoup plus violente que la mienne.
05:19En fait, ils la prennent et ils l'arrachent de la manif, ils l'emmènent.
05:24Et deux secondes après, c'est à mon tour.
05:30Donc, avec Moon, on est dans ce qu'ils appellent la bêtaillère.
05:34Parce que pour bien nous déshumaniser, au lieu d'appeler ça un camion de police,
05:37ils appellent ça une bêtaillère.
05:39Donc, comme ça, on est du bétail.
05:40Donc, la bête Moon et la bête Mélanie se trouvent dans une bêtaillère.
05:45Bref, on arrive avec toutes les personnes interpellées à ce moment-là,
05:48dans le 18e arrondissement.
05:50Et là, on trouve un espèce de camp très particulier.
05:55C'était vraiment horrible.
05:56On se demandait où on arrivait.
05:58Il y avait des grands grillages, des fils de barbelés sur des hauteurs impressionnantes.
06:03Donc, on nous fait faire un petit tour dans un espèce de hangar.
06:06On nous sort de là et on va dans un commissariat.
06:10Fouille assez humiliante parce que je souffre d'endométriose et je suis en crise d'endométrie.
06:15On me demande de me désappeler complet.
06:18Le premier truc qu'on me demande, c'est qu'on me dit, c'est enlève ton alliance.
06:22J'ai un peu de mal avec ça parce que c'est un bijou que j'estime ne pas être
06:26un bijou en fait
06:27et que je n'ai jamais enlevé.
06:29Et donc, déjà, psychologiquement, à ce moment-là, même si on m'avait lu mes droits,
06:32même si c'est au moment où on me demande d'enlever mon alliance
06:35où pour moi, ça y est, les dés sont joués, je suis en garde à vue.
06:39Donc, voilà.
06:41Jeune femme très, très jeune.
06:42Elles sont deux, très, très jeunes.
06:45Donc, elles me demandent de me déshabiller complet, de baisser ma culotte.
06:49Je vois que la deuxième brigadière est compatissante
06:55parce qu'il y en a une, celle qui était un peu plus énervée,
06:58me demande de lever ma jambe pour la poser sur la table
07:00pour pouvoir voir ce qu'il y avait en dessous de ma chaussette.
07:03Et vu que j'avais mal au bassin à ce moment-là,
07:05je lui explique que je ne peux pas lever ma jambe à hauteur de la table,
07:08que plus de 50 centimètres, pour moi, c'est impossible de lever la jambe.
07:11Et donc, elle me hurle dessus en me disant de le faire.
07:13Et sa collègue, qui a sans doute compati, s'est baissée.
07:19Il lui a dit, c'est bon, je vais le faire.
07:20Et donc, elle s'est baissée.
07:21Elle a touché mes chaussettes pour voir s'il y avait quelque chose.
07:23On me conduit en cellule.
07:24Et là, je retrouve Moon et deux camarades gilets jaunes.
07:27Et donc là, pour moi, c'est libération.
07:29Je me dis, bon, ça y est, ma garde à vue, elle commence.
07:30Mais ce n'est pas grave parce que j'ai les copines avec moi.
07:33Et voilà, ça va être long, mais au moins, on a les copines.
07:36Mon avocat arrive.
07:37Et là, il m'apprend que non, je suis transférée dans le commissariat qui est derrière vous.
07:44Et donc, on me dit, c'est la sûreté.
07:45On me donne un sigle encore.
07:48Je ne sais plus, un sigle.
07:49Je demande ce que ça veut dire.
07:50Et là, on me dit que c'est les transports.
07:52Donc, je dis, c'est rigolo.
07:54Je n'ai même pas le permis.
07:56Pourquoi vous m'emmenez dans une brigade qui gère les transports ?
07:59Non, on ne sait pas, on ne sait pas.
08:00Et donc, on arrive ici, il devait être 20 heures.
08:09On arrive dans ce commissariat-là.
08:11Trois OPJ nous accueillent.
08:12Et donc, je demande où on est.
08:14Et là, on me dit, vous voyez l'antiterrorisme ?
08:16Je dis, oui.
08:17Nous, c'est le service juste en dessous.
08:19Et donc, avec nous, on se regarde.
08:20Et déjà, là, on commence à ne plus rire.
08:22Et on se dit, qu'est-ce qu'on fout là ?
08:23C'est incroyable.
08:24Pourquoi on est dans un truc juste en dessous de l'antiterrorisme ?
08:27On n'est quand même pas à ce niveau-là.
08:30Qu'est-ce qui se passe ?
08:31Tout de suite, on se dit, on est dans une machine qui va nous bouffer,
08:33qui va nous lessiver.
08:36Et on ne comprend pas trop.
08:37Donc, on cause un peu dans nos cellules parce qu'on est séparés.
08:40La Moon, à ce moment-là, elle explique qu'elle est claustrophobe.
08:43Et on lui met quand même dans la cellule la plus petite.
08:45Il y avait trois cellules.
08:46On la met quand même dans la cellule la plus petite.
08:48Elle devait faire 2 m sur 2,20 m.
08:50Elle était vraiment très, très petite, la cellule de Moon.
08:54Moi, on me donne la grande cellule.
08:57Et voilà.
08:58Donc, on commence à parler avec Moon.
09:00On rigole un petit peu, mais on rit jaune.
09:03On se dit, on est dans une sacrée affaire.
09:06On ne comprend pas.
09:06Et vu qu'on n'a rien à se reprocher, on se dit encore qu'au bout des 24 heures,
09:09on va sortir.
09:10Mon tour à moi, c'est le dimanche matin où une OPJ descend et me dit,
09:15nous venons de contacter votre avocat.
09:18Il a dit qu'il vous avait informé hier qu'il ne viendrait pas à l'audition.
09:22Donc là, je suis étonnée, je lui dis non, il ne nous a jamais dit ça.
09:24Elle m'affirme que si.
09:26Je dis OK.
09:27Mais je me souviens que mon avocat avait dit qu'il était mandaté par un autre avocat
09:29qui est maître Harry Halimi.
09:31Du coup, il dit, donc, téléphoner à maître Halimi pour qu'il vienne.
09:33Elle redescend 5 minutes après en me disant,
09:36Harry Halimi nous a indiqué qu'il ne viendrait pas le dimanche,
09:38qu'il ne se déplaçait pas le dimanche.
09:41Maître Halimi est très bien pour vous prendre votre argent.
09:43Par contre, pour les suites, c'est à revoir.
09:46Donc là, pour moi, c'est assez violent parce que c'est un avocat
09:50qui me suit pour une autre affaire de violence policière.
09:53Je me suis fait matraquer le 20 avril 2019 par un commandant divisionnaire CRS.
10:00Et donc, on a loué un lien assez fort avec cet avocat-là.
10:04Et donc, pour moi, à ce moment-là, je me sens abandonnée, je me sens perdue.
10:07L'OPJ me propose un commis d'office.
10:09Mais dans ma tête, c'est un peu le carnage parce que je me dis,
10:12est-ce que si je prends un commis d'office, mon avocat va pouvoir récupérer le dossier ou pas ?
10:16Donc, je dis non, je ne veux pas le commis d'office et je m'en vais en audition seule.
10:20L'audition est très courte parce que je décide que je n'ai rien à leur expliquer,
10:26que je n'ai rien à leur dire.
10:27Donc, ça va très, très vite.
10:28Vers 14h, on arrive.
10:30Quand les OPJ arrivent, me notifie ma deuxième garde à vue.
10:34Là, je ne comprends pas pourquoi je suis prolongée de 24h.
10:37On me dit que c'est comme ça, que c'est la procédure et que je n'ai rien à
10:39redire.
10:40C'est assez dur à ce moment-là.
10:41On me dit, donc, vous avez un nouveau droit, c'est d'appeler quelqu'un.
10:45Donc, j'appelle mon mari.
10:47Les trucs de la vie quotidienne, tu n'oublieras pas la piqûre du chat,
10:50tu n'oublieras pas nourrir les poules, comment vont les enfants, comment vont mes parents.
10:55Et il me coupe assez vite en me disant, Mélanie, où es-tu ?
10:59Je lui dis, ben, tu sais où je suis.
11:00Il me dit, non, on ne sait pas où tu es.
11:01Ton avocat te cherche partout.
11:03Il était dans le 15e, il était dans le 19e, il te cherche partout.
11:07Les copains, tes camarades, tout le monde est là à me téléphoner.
11:10Tout le monde te cherche.
11:11Et donc là, je comprends que pendant 24h, j'ai été raflée d'une manif
11:15et que personne n'a de nouvelles de moi.
11:17Personne ne sait où je suis.
11:18Bon, ils savent que je suis en garde à vue, mais ils ne savent pas où je suis.
11:21Et ça, je trouve ça hyper violent aussi.
11:24Parce que, mis à part le fait que je sois militante, je suis quand même mère de famille,
11:27je suis quand même une enfant de ses parents.
11:29Et à ce moment-là, je disparais, quoi.
11:32Je disparais.
11:33Et donc, tout de suite, je demande à l'OPJ si j'ai le droit de dire où je suis.
11:36Donc, elle me dit oui.
11:37Je lui demande où on est parce que je ne me souviens plus très bien le nom.
11:40Elle me le dit.
11:41Je le dis à mon mari et je lui dis, tu téléphones tout de suite à Arya Halimi.
11:43Parce que moi, l'OPJ, qui était juste à côté de moi,
11:48m'a dit que Arya ne voulait pas venir me défendre.
11:50Et donc, ça, elle l'entend.
11:52Mon mari, il m'explique que oui, qu'il va le faire.
11:53Il me dit, Mélanie, il y a une vidéo de ton arrestation.
11:57Donc, je dis super.
11:59La vidéo de mon arrestation, c'est génial.
12:01Parce que je sais que je n'ai rien fait.
12:02Et que du coup, quand ils vont voir cette vidéo-là, c'est bon, quoi.
12:06Il me ramène en cellule.
12:09Et je sais par la suite que l'OPJ téléphone à mon mari en disant,
12:13vous avez parlé d'une vidéo, on veut la source de la vidéo.
12:16Mon mari n'est pas militant.
12:18Et donc, il se dit, bon, ce sera peut-être un moyen d'avoir des informations sur ma femme.
12:22Donc, il lui pose des questions sur ma santé parce que j'ai un problème de bassin et l'endométrie.
12:27Et donc, il demande, est-ce que ma femme a vu un médecin ?
12:29Est-ce qu'elle va bien ? Est-ce qu'elle a son traitement ?
12:31Je sais qu'elle a son traitement dans son sac à dos.
12:32Est-ce que vous lui donnez ?
12:34Donc, on lui dit que oui, je suis très bien traité.
12:36Alors que la vérité, c'est que non, on ne m'a pas donné mon traitement.
12:39On m'a réveillée à 2h du matin pour une prise de médicaments alors que je n'en avais absolument
12:43pas besoin.
12:44Et par contre, on m'a laissée plus de 20h après sans antidouleur et sans mon traitement.
12:49Donc, j'ai le droit de voir.
12:52Comme mon avocat arrive, en fait, c'est l'assistante de mon avocat qui arrive.
12:55Ça me rassure.
12:56Voilà, elle me dit que je suis dans une machine, dans un truc incroyable.
13:01Ils n'ont pas accès au dossier.
13:03Et donc, elle ne sait pas trop ce qu'on me reproche.
13:05Elle n'a que ce que moi, je peux lui dire de ce qu'on me reproche, mais elle ne
13:09sert à rien d'autre.
13:10Et donc, voilà, on parle de stratégie.
13:15Elle me laisse me livrer.
13:16Elle me laisse pleurer.
13:17Elle me laisse dire que c'était injuste.
13:21Elle prend vraiment le temps de m'écouter.
13:24Et elle me dit, OK, maintenant, on va aller en audition.
13:27Et ton audition, il va falloir que tu fasses ci, que tu fasses ça, que tu fasses ci, que tu
13:31fasses ça.
13:32Et ça va aller.
13:32Et donc, pendant mon audition, j'entends un autre OPJ écouter des vidéos avec une ambiance de manif.
13:40Et à un moment donné, il dit, oh, regarde, regarde, viens voir, viens voir.
13:42Il l'appelle une docine de OPJ.
13:44Viens voir, viens voir, il y a un truc qui se passe.
13:46Il y a un truc qui se passe.
13:47Et là, regarde quand elle arrive, il y a un mouvement de foule.
13:50Et donc, je comprends qu'ils sont en train de parler de Moon, en fait.
13:53Qu'ils sont en train de...
13:54Je comprends à ce moment-là que ce n'est pas de moi dont on parle, mais c'est bien
13:57de ma camarade.
13:58Et je commence à me faire un petit peu un film dans ma tête en me disant,
14:02ils pensent vraiment que Moon est à la tête du bloc.
14:06Et ils sont en train de faire en sorte que ça paraisse comme ça.
14:09Je n'en ai aucune certitude.
14:11Du coup, quand je retourne dans ma cellule, je n'en parle pas à Moon.
14:13Je ne lui dis rien.
14:14Et vu qu'ils m'ont posé des questions sur la couleur arc-en-ciel, ils m'ont demandé si
14:18je connaissais Moon.
14:19Je lui dis, voilà, moi, ce qu'ils m'ont posé sur toi, c'est, est-ce que je te
14:21connais ?
14:22Ma réponse a été oui.
14:23Parce que puisque Moon avait donné ses codes de téléphone portable sous conseil de son avocat,
14:27et que ce jour-là, on avait échangé longuement parce que Moon,
14:29on devait voir le camarade qui a perdu sa main à l'hôpital,
14:34eh bien, on avait échangé longuement.
14:37Et donc, le dernier mot que je dis à Moon, c'est « on se capte ».
14:39Et ça, la police a cru que c'était un code.
14:42Et donc, ils l'ont interrogé sur ce mot-là, « on se capte ».
14:45Mais ça veut dire quoi, « on se capte ».
14:46Ça veut dire « on se voit ».
14:47Non, non, non, ça veut dire autre chose.
14:48Qu'est-ce que ça veut dire, « on se capte ».
14:50Et donc, voilà, on échange Moon et moi sur nos auditions, sur ce qu'elle a pu dire,
14:56ce qui, moi, me permet aussi de comprendre ce qui est en train de se dérouler pour moi.
15:01Et elle me dit qu'après son audition de 3 heures, quand même, en pleine nuit,
15:05parce qu'elle, moi, j'étais interrogée en fin de journée, il devait être 19h-20h,
15:09elle, elle a interrogé les 23h jusqu'à 2h du matin, 3h d'audition la nuit.
15:16J'ai tellement cru que ce n'était pas possible que je pensais qu'elle était sortie.
15:21Et au moment où on voit Moon revenir, là, pour moi, c'est la terre qui s'écroule.
15:27Parce que je comprends que ma camarade, en fait, elle est dans la merde, dans une merde noire,
15:32parce qu'ils sont en train d'inventer des choses sur elle.
15:35Et donc, elle me dit, « Mélanie, je suis dans la merde. Ça pue. Ça pue pour moi.
15:39Ils ont une photo de toi où tu tiens mon parapluie, mais je leur expliquais que tu tenais mon parapluie
15:44parce que je remettais mon sac à dos. »
15:46Et elle me dit, « excuse-moi, mais il n'y a pas à s'excuser qu'on en arrive
15:49à culpabiliser
15:50d'avoir prêté un parapluie pour remettre correctement son sac à dos, quoi.
15:54À dire, « pardon, je t'ai foutu ».
15:55Mais non, personne n'a à culpabiliser de quoi que ce soit.
15:59Cette histoire est une aberration.
16:01La faute, c'est à eux.
16:02C'est eux qui ont allé chercher des preuves.
16:05Dans la poubelle, je vois une feuille à trois déchirée
16:07où c'est écrit, « elle transverse sa bouteille ».
16:09Ben, c'est moi, ça.
16:11Pendant la manif, avant la manif, j'ai transversé une bouteille de coca dans une petite bouteille d'eau.
16:16Et donc, ils essayent, comme ça, de nous créer un personnage,
16:19de nous façonner à leur image pour nous faire passer pour ce qu'ils ont envie qu'on passe.
16:24Et c'est relayé dans BFmerde, chez BFM, c'est relayé.
16:29Et dès le samedi soir, et ça, ça peut être que eux qui téléphonent à BFM
16:35pour dire que les chefs des Black Blocs, ce sont des femmes de 40 et 50 ans.
16:39Donc, Moon et moi, qui peut dire ça ?
16:40Mon avocat ne sait pas que je suis là.
16:42L'avocat de Moon ne sait pas qu'elle est là.
16:44Les seules personnes qui savaient pourquoi on avait été interpellés, c'était eux.
16:47Nous, on n'avait communiqué avec personne.
16:48Donc, c'est eux qui téléphonent à BFM et ça, on ne l'enlèvera jamais de la tête.
16:52Et qui disent et qui nous mettent à charge qu'on est les chefs des Black Blocs.
16:57Mais qui peut croire ça ?
16:59Mais qui peut croire ça ?
17:00Et donc, ils ont monté, comme ça, une histoire où ils sont partis chercher des photos
17:05où ma camarade est proche des CRS.
17:07Mais ma camarade, c'est une artiste de rue.
17:09Ma camarade, elle prend son parapluie coloré et elle va affronter le bleu des flics, en fait.
17:13Elle va casser cette grisaille.
17:15Elle y va, elle fait tournoyer son parapluie, elle virevolte au-dessus de la manifestation.
17:19C'est une artiste, elle nous apporte de la gaieté, de la joie.
17:22C'est une maman, elle nous fait des câlins, elle nous fait des bisous.
17:24Quand on va mal, elle nous dit que tout va bien.
17:26Elle s'en oublie dans tout ça.
17:28Elle s'oublie, elle est toujours tournée vers les autres.
17:33Et c'est cette femme-là qu'on accuse et qu'on démolit.
17:37Et donc, le lundi matin, Moon, je vois Moon passer devant ma cellule avec les menottes.
17:43Et là, je ne veux pas croire à la perquisition.
17:45Je ne veux pas y croire.
17:46Donc, je me dis, ils vont l'emmener au tribunal.
17:48Elle est déférée, en fait.
17:49Et elle revient et là, c'est ignoble.
17:54Ignoble.
17:55Pour un parapluie, se faire perquisitionner chez soi, devant son mari, devant son enfant, devant ses voisins.
18:02Tout de suite, même si ça avait été relayé, cette image-là, ces gens-là ne l'oublieront pas.
18:06De Moon, triste, humiliée, avec des menottes, qui se rend chez elle pour une perquisition.
18:13Et il trouve quoi dans la perquisition ?
18:14Des parapluies !
18:16Mais oui, Moon, elle est collectionneuse.
18:18Donc, bien sûr qu'il trouve des parapluies.
18:20Moon, elle collectionne.
18:21C'est comme ça.
18:22Il y a des tempéraments à collectionner.
18:24Moon, elle a un tempérament à collectionner.
18:26Elle ramasse toujours un truc en manif pour lui rappeler cette manif.
18:30C'est comme ça.
18:30Et ça, ça se respecte.
18:32Et du coup, de ce qu'elle ramasse en manif, ça devient...
18:36Elle est détentrice d'une arme de guerre, de catégorie A.
18:40Et donc, ils vont inventer aussi peut-être qu'elle voulait, avec ses débris de grenade,
18:46ou cette grenade qu'elle avait trouvée,
18:49ils vont inventer peut-être qu'elle allait l'utiliser contre les forces de l'ordre.
18:54À un moment donné, dans sa vie.
18:56Bah non.
18:57Bah non, en fait.
18:58C'est juste...
19:00Du son de la guerre, on disait des trésors de guerre.
19:02Bah, c'est un peu ça, en fait.
19:04J'ai lu une de ses interviews où elle en rigole,
19:06parce qu'elle n'avait pas conscience qu'elle se met elle-même en danger en ayant ça sur elle,
19:10parce qu'il y a quand même de la TNT dedans.
19:11Il y a quand même 20 grammes de TNT dans toutes les grenades en France.
19:16C'est de la TNT.
19:17Du coup, elle se met en danger.
19:19Et s'il y a une grenade qui traîne au sol,
19:21c'est à cause des militants ?
19:23Ou c'est à cause de la police ?
19:24Parce que je rappelle quand même que la police, quand elle va en intervention,
19:29elle a le nombre de ces grenades qui sont comptabilisées.
19:32Et quand ils rentrent, ils doivent rendre état de toutes les balles de LBD qu'ils ont tirées,
19:36de toutes les grenades.
19:37Donc là, il leur en manquait une.
19:39C'est eux qui font mal leur boulot.
19:41Toi, tu ramasses derrière parce que tu ne sais même pas,
19:43et que tu es très naïf, et que tu es primo militant,
19:46et qu'en fait, tu ramasses un truc un peu foufou, quoi.
19:51Tu vois, c'est ce qu'ils nous mettent sur la gueule à longueur de temps.
19:53J'ai ça chez moi.
19:55Donc oui, voilà.
19:56Et donc maintenant, aujourd'hui, on la prend pour la grande criminelle,
19:59interdiction de manif, interdiction de me contacter.
20:02C'est-à-dire que moi, je ne suis en rien.
20:03C'est-à-dire que je ne suis en rien d'inculpée,
20:04mais Moon n'a pas le droit de me contacter.
20:07Et pourquoi ?
20:07Je n'ai rien.
20:08Je n'ai rien fait.
20:09Et je suis et je sors sans rien.
20:11Pourquoi Moon n'a pas le droit de me contacter ?
20:12C'est violent.
20:13Et pour moi, je me suis accrochée à cette femme pendant 70 heures.
20:18Pendant 70 heures, je m'accroche à cette femme, à ses mots, à ses « je t'aime », c
20:22'est con, hein ?
20:22Mais pendant 70 heures, on s'est dit « je t'aime ».
20:26Et je me suis accrochée à ses « je t'aime ».
20:28Et je pense qu'elle s'est accrochée au mien aussi.
20:30Et du jour au lendemain, j'ai passé 70 heures avec cette femme.
20:34Et du jour au lendemain, on m'a interdit de la voir.
20:36On m'a interdit de la toucher.
20:38On m'a interdit de la prendre dans mes bras, alors que j'ai qu'une seule envie.
20:40C'est de la prendre dans mes bras, de lui faire un câlin,
20:42de lui dire « voilà, ce qu'on a vécu, c'était de la merde ».
20:46Et que c'était injuste.
20:47Et je ne lâcherai pas, Moon.
20:49Je ne la lâcherai jamais.
20:51Et peu importe, je ne la lâcherai jamais.
20:53Ça fait 48 heures qu'on est en cellule.
20:55Donc on se dit qu'on va être déféré.
20:56Et qu'on va sortir, parce que moi, une OPJ vient me voir en me disant
20:59« vous, vous n'aurez qu'un rappel à la loi, donc vous sortez ce soir ».
21:02On dit « ok, très bien ».
21:04Cependant, on ne nous fait pas sortir.
21:06On nous laisse encore deux heures minimum dans notre cellule,
21:09alors qu'on n'est plus gardé à vue.
21:10Donc je leur explique que c'est une cellule de gardé à vue,
21:13que je ne suis plus gardé à vue, qui doivent me sortir de cette cellule.
21:15La dernière demi-heure, je pense qu'à ce moment-là, mon cerveau câble.
21:18Et je pète tout dans quoi ?
21:19Je pète tout, il n'y a rien dans la cellule à péter.
21:21Mais je claque tout ce que je peux claquer sur les portes.
21:24Je me fais mal, même physiquement, je tape de partout.
21:27Parce que je veux qu'il me sorte de la cellule, et c'est devenu trop.
21:30Cette cellule, elle m'oppresse.
21:32Ces deux caméras m'oppressent.
21:33Je veux sortir.
21:34C'est fini dans ma tête.
21:36Et vu qu'en plus, on m'avait dit que je sortais dans deux heures,
21:38je voulais sortir.
21:39Donc on me met devant la porte.
21:41On me met devant la porte, et je vois mes camarades.
21:43Je les vois, je leur fais des coucous.
21:45Et là, l'officier me dit « on n'est pas un concert de Michael Jackson ».
21:47Il me prend, il me jette violemment dans ma cellule.
21:50Parce que, voilà, j'ai trop abusé, quoi.
21:53J'ai trop abusé, j'ai fait un coucou, et du coup, j'ai trop abusé.
21:56Donc on me rejette dans ma cellule.
21:58Et là, on comprend qu'il doit être 17-18 heures,
22:01et qu'on sera déféré, ouais.
22:04Mais sans doute qu'on ne sortira pas.
22:06Mais moi, j'ai quand même espoir, vu que j'ai qu'un rappel à l'eau,
22:07j'ai quand même espoir.
22:08Donc le camion est garé devant le commissariat.
22:10Et là, il y a tous nos camarades qui sont là,
22:12qui nous crient, qui sont là, qui nous soutiennent,
22:15qui sont avec nous, et ça fait un bien fou.
22:17Sauf que moi, on me dit qu'il ne faut pas du tout que je parle à mes camarades,
22:22parce que sinon, ils partent tous en garde à vue.
22:25Donc quand je sors du commissariat,
22:26je mets mes mains très très fortes dans mes poches,
22:29pour ne pas être tentée de vouloir en prendre un dans mes bras.
22:32Je baisse la tête pour ne pas tenter de croiser un regard
22:35qui ferait qu'il y ait une excitation.
22:38Et je demande aux gens d'arrêter, c'est-à-dire que
22:40quand ils se collent au camion, je leur dis d'arrêter, d'arrêter,
22:42parce que j'ai peur que tout se soit emmené en garde à vue,
22:45vu qu'une garde à vue, pour rien, ça se peut.
22:47Pour moi, dans ma tête, c'est très clair qu'ils peuvent le faire.
22:49Donc je leur demande d'arrêter.
22:51On nous emmène au tribunal.
22:53De nouveau au tribunal, il y a énormément de monde pour nous soutenir.
22:55On descend, et là, on voit un officier qui nous dit
23:00« Bon, vous dormez ici ce soir ».
23:01Et elle, je dis « C'est pas possible, j'ai qu'un rappel à la loi ».
23:03Elle me dit « Oui, mais le procureur ne veut pas vous voir ce soir,
23:06il vous verra demain ». Donc, vous vous retournez en cellule ce soir.
23:09Donc, voilà, je vois mon avocat.
23:12Clairement, à ce moment-là, on se dit,
23:14quand je lui demande si c'est politique,
23:15si mon arrestation est politique,
23:17si ça a à voir avec mon affaire avec le CRS,
23:21et on pense que oui.
23:22À ce moment-là, on se dit que si j'ai fait autant de garde à vue
23:25et que si je ne suis pas sortie ce soir-là,
23:27le lundi soir, et que je continue à être en garde à vue, quoi.
23:30C'est comme une garde à vue, mais c'est pas une garde à vue.
23:32C'est comme une mise à disposition.
23:33Ils ont le droit à 20 heures.
23:34Donc, ils vont me saigner jusqu'au bout.
23:37Ils vont me faire faire les 20 heures.
23:38Donc, à ce moment-là, je prends conscience,
23:40parce que jusqu'avant, je n'avais pas conscience vraiment.
23:43Pour moi, j'étais encore restée sur l'histoire du parapluie.
23:45Et je n'avais pas conscience que peut-être qu'on essayait,
23:47à un moment donné, de me discréditer
23:50pour que le procès, en avril,
23:51je passe pour une chef de black bloc,
23:54ou un casseur, ou pour quelqu'un, en fait,
23:56qui pourrait mériter, finalement,
23:58le coup de matraque que je me suis pris
24:00un an et demi auparavant.
24:01Parce que si j'arrive au procès
24:02avec une procédure judiciaire
24:05qui dit que j'ai insulté la police,
24:07eh bien, ça donnera des justifications à la justice.
24:09Voilà.
24:10Donc là, à ce moment-là, on est là.
24:13Je n'ai plus du tout accès à Moun.
24:14À ce moment-là,
24:15le tribunal s'est fait de telle sorte
24:18que les cellules, elles sont très, très éloignées.
24:21Il y en a au moins 100 dans ce truc-là.
24:23Et on m'explique que j'ai plus de droits ici.
24:25Donc je demande quel droit supplémentaire
24:27je peux avoir ici.
24:28Alors oui, il y avait un toilette.
24:30Donc oui, pour moi, c'était plaisant
24:31parce que j'avais un toilette dans ma cellule
24:33et j'avais une espèce de fontaine,
24:34de fontaine là,
24:36qui me permettait de voir comme je voulais,
24:38ce qui n'était pas le cas dans ce commissariat-là,
24:40où ils ont refusé de m'ouvrir les toilettes,
24:43où je pleurais.
24:44Un brigadier, j'étais en train de pleurer
24:45tellement j'avais mal.
24:47Je faisais une crise d'endométrie,
24:48il fallait que j'aille aux toilettes.
24:49Je pleurais.
24:50Le brigadier est arrivé en me disant
24:52« Vous n'avez pas fini de pleurer,
24:53on ne pleure pas pour ça. »
24:55Je lui demande s'il a lu mon dossier.
24:56Il m'a dit « J'en ai rien à foutre de votre dossier.
24:58Ce n'est pas mon problème. »
24:59Alors que je pense que les médecins l'ont fait
25:02parce qu'à tous les médecins que j'ai demandé,
25:03j'aurais demandé de faire un papier
25:04en disant que j'étais atteinte d'endométrie
25:06et qu'on devait me laisser accès aux toilettes.
25:08Et après, on m'appelle pour voir le procureur.
25:11Donc le procureur a un dossier très épais sur moi.
25:13Donc je pense qu'il y a déjà le dossier IGPN
25:16de mon affaire contre le CRS
25:18qui doit être à l'intérieur.
25:19Je n'ai pas encore accès à mon dossier.
25:20Donc je n'ai pas pu le voir.
25:21Je suis venue sur Paris pour ça.
25:22Mais malheureusement,
25:24la justice n'a pas encore remis mon dossier.
25:26Et donc là, le procureur me dit
25:28que puisque je n'ai pas donné les codes de mon téléphone
25:30ni mon ADN,
25:32ils sont obligés de me punir.
25:33Et donc la punition, c'est une mise sous condition.
25:36C'est-à-dire que je n'ai plus le droit
25:37de venir sur Paris pendant six mois
25:39et un rappel à la loi.
25:40Je refuse les deux.
25:41Et donc puisqu'ils n'ont rien à me reprocher,
25:44ils sont obligés d'accepter le fait que je refuse.
25:46Et donc ils notifient ça, que j'ai refusé.
25:48Et aujourd'hui, je suis là en toute légalité.
25:50J'ai le droit d'être ici
25:52parce que je n'ai rien fait.
25:54Mon téléphone portable a été mis sous scellé.
25:56Donc mon avocat demande au procureur
25:59pour récupérer mon téléphone portable.
26:01Le procureur fouille dans la procédure
26:03et il dit que le téléphone doit être dans le sac.
26:05Il n'y a pas de mise sous scellée.
26:06Donc je dis, je ne suis pas folle.
26:08J'ai signé deux mis sous scellés.
26:10Donc je sais que mon téléphone est mis sous scellé.
26:12Non, il n'y a rien dans la procédure.
26:13Et donc jusqu'à aujourd'hui,
26:15je ne peux pas vous dire
26:16où se trouve mon téléphone portable.
26:17Je ne sais pas.
26:18Alors du coup, moi, j'assimile ça à un vol
26:21puisqu'il a disparu dans un local de la police quand même.
26:26Mon téléphone portable a disparu.
26:27Et peut-être que je ne le reverrai jamais.
26:28Et donc pour moi, c'est du vol.
26:29Alors ça ne se passe pas dans ce commissariat-ci,
26:31là, parce qu'il n'y a que trois cellules
26:33et on est trois femmes.
26:34Mais quand on parle beaucoup de la police
26:38et du racisme systémique dans la police,
26:40et je pense que tant qu'on n'a pas fait une garde à vue
26:42dans un dépôt comme celui du 18e,
26:45eh bien, on n'y croit pas.
26:46Eh bien, si.
26:47En fait, la police s'amuse avec les accents
26:50des jeunes maghrébins,
26:52des jeunes racisés,
26:54les humilie.
26:55On dit « Madame, madame ! »
26:56en prenant des accents dignes d'un autre temps.
26:59Parle de couscous.
27:01Quand j'arrive au tribunal,
27:02il y a un monsieur que je pense
27:05d'origine tibétaine,
27:06il l'appelle le chinois.
27:08Ah, le chinois, il va manger du riz.
27:10Hein, tu veux du riz, le chinois ?
27:11Parce qu'au menu de ce soir-là,
27:14c'était riz, je ne sais pas quoi.
27:15Le monsieur ne comprend pas,
27:16il ne parle pas du tout français.
27:17Donc je leur dis
27:18« Est-ce que vous ne pouvez pas essayer
27:20de lui parler en anglais ? »
27:21Eh bien, on est en France.
27:22On ne parle pas en anglais, on est en France.
27:24Alors nous, les femmes,
27:26peut-être qu'on a encore
27:27un traitement de faveur à ce niveau-là.
27:30Parce que Moune est racisée,
27:31parce que je suis racisée.
27:32J'ai des petites insinuations
27:35du fait de mon nom de famille,
27:36« N'goyegam, c'est de quelle origine ? »
27:39Ben, c'est d'origine française.
27:40Je suis française, vous avez mes papiers, en fait.
27:42Donc je fais ce que je veux.
27:43Et puis, tu n'as pas à me demander
27:44d'où je viens, je viens d'ici.
27:45Ça ne te regarde même pas.
27:46Mais les hommes, en garde à vue,
27:48alors je n'ai assisté à aucun coup,
27:50je ne vais pas mentir,
27:51mais des insultes raciales,
27:53« Oui, tu nous casses les couilles, l'arabe ! »
27:56« Tu nous casses les couilles ! »
27:57« Arrête, ferme ta gueule, l'arabe ! »
27:59Je n'ai pas entendu de bouignoule,
28:00je n'ai pas...
28:01Mais c'était toujours rapporté.
28:04Il ne l'appelait pas par son prénom
28:05ni par son nom, ce monsieur, ce jeune homme.
28:07Il l'appelait par l'arabe,
28:08par le noir, par le chinois.
28:10On en est encore là, au XXIe siècle.
28:13Moi, je m'appelle Mélanie N'goyegam.
28:16Je pense que je représente la France,
28:17parce que mon prénom est français,
28:19que mon nom de famille marital est africain,
28:21et que mon nom de jeune fille
28:23est un nom de famille maghrébin.
28:26Je suis très fière de m'appeler
28:28Mélanie N'goyegam.
28:29Et je le porterai jusqu'au bout de ma vie,
28:31ce nom, ce prénom.
28:32Et je militerai avec...
28:34Jamais j'irai me faire appeler Dupont, du...
28:37Je suis très fière,
28:38parce que pour moi, c'est ça, la France.
28:39C'est cette mixité,
28:40c'est cette richesse qu'on a pu aller...
28:43qu'on peut s'apporter les uns aux autres.
28:45Parler de couscous, parler...
28:46Mais pourquoi, en fait ?
28:48À quoi ça leur sert ?
28:49À quoi ça leur sert ?
28:51Je ne suis pas d'accord.
28:52Et à ce moment-là,
28:53je ferme ma gueule comme une lâche.
28:55Et ça, c'est insupportable pour moi.
28:57De rien dire.
28:58Parce que je me dis,
28:59si jamais j'ouvre ma gueule,
29:00ils vont me mettre dans une cellule
29:01et ils vont me cartonner.
29:02Ils vont me taper dessus.
29:03La petite fliquette blonde
29:04qui m'a humiliée,
29:05qui m'a demandé de baisser ma culotte.
29:09Je suis certaine qu'elle est en capacité
29:11de me mettre sur la gueule.
29:12Donc je ferme ma gueule.
29:13Je suis quelqu'un de très lâche à ce moment-là
29:14et je me déteste.
29:16Mais je ne sais pas quoi faire.
29:17Si je demande au jeune homme,
29:19j'ai un souvenir qui me revient,
29:21je dis au jeune homme,
29:22ça ne sert à rien de leur parler.
29:23Tu perds ton temps,
29:24tu les énerves,
29:25ça va partir en couilles.
29:27Et ce jeune homme me dit...
29:29Et du coup,
29:31le brigadier se sert de ça en disant,
29:32tu vois, tu fais chier tout le monde.
29:34Ferme ta gueule.
29:34T'as vu, ferme ta gueule,
29:35tu fais chier tout le monde.
29:36Et donc, il se sert de moi
29:37alors que moi,
29:38tout ce que je veux,
29:38c'est que ça se passe bien pour le jeune homme.
29:40Et le fait que je lui dise,
29:41ça ne sert à rien,
29:42ils ne t'écouteront pas.
29:43Il se sert de ça contre le jeune homme.
29:45Et ça, c'est insupportable
29:46parce que quelqu'un comme moi
29:47qui ne supporte pas ce genre de...
29:49Eh bien, je deviens
29:52la personne qui fait que peut-être
29:53il va aller se faire casser la gueule en cellule.
29:56Donc, je ferme ma gueule.
29:57Et je ferme ma gueule jusqu'au bout.
29:59Parce que j'ai peur pour moi,
30:02mais j'ai peur pour lui,
30:02j'ai peur pour tout le monde.
30:03Et je ne sais pas comment on peut...
30:06Déjà, j'ai disparu pendant 24 heures.
30:08Du coup, qu'est-ce qui peut m'arriver encore ?
30:10Qu'est-ce qui peut m'arriver ?
30:11Et dans ce commissariat-là,
30:13je ne peux pas parler de racisme
30:15puisque, comme je vous dis,
30:16on était trois, trois femmes
30:17et qu'on n'a pas eu...
30:18Oui, alors oui, j'ai eu des insultes
30:20comme quoi je n'étais pas éduquée
30:21parce qu'un OPJ disait à Nathalie...
30:24Parce qu'ils descendaient...
30:25C'était la ronde, hein, des OPJ.
30:26Ils descendaient en cellule
30:27et ils allaient voir la cellule du milieu
30:29où j'avais ma camarade Nathalie
30:30pour lui parler à elle.
30:31Et donc, ils lui disaient
30:32que la manifestation était interdite.
30:35Et moi, je disais...
30:36Et au bout d'un moment,
30:37j'en ai eu marre de leur mention.
30:38Je lui disais, c'est pas vrai.
30:41Dans mon sac à dos.
30:43Donc, si vous n'arrivez pas à trouver ça
30:44sur le site de la préfecture,
30:45vous allez dans ma fouille.
30:46Dans mon sac à dos,
30:47il y a le récépiché de la manifestation.
30:49Elle est déclarée, quoi.
30:50Et donc, là, je m'en prends
30:51mais tellement plein la tête.
30:53Je ne suis pas éduquée.
30:54Les gens comme moi...
30:58L'horreur...
30:58Après ma première audition aussi,
31:00un OPJ arrive.
31:01Il me dit, je sais qui vous êtes.
31:03C'est pas parce que vous avez vécu
31:04ce que vous avez vécu
31:05que maintenant, vous devez aller
31:06casser la gueule du flic.
31:08Vous êtes comme ces petites putes
31:09qui suivent les flics
31:10et qui donnent les adresses
31:12pour tuer mes collègues.
31:15Et du coup, je suis là.
31:16Je me rassois parce que je me dis
31:18ça y est, c'est reparti pour une audition.
31:19Là, la flic, l'Holopégie,
31:22elle me dit que non,
31:23je ne suis pas en audition,
31:24que c'est juste un échange libre
31:25entre eux et moi.
31:26Je me dis quand même
31:27que je vais commencer à leur parler
31:28en me disant que non,
31:29je n'étais pas d'accord avec eux.
31:31Et que je commençais à me livrer.
31:33Et là, elle me dit,
31:34moi, si j'étais commerçante,
31:35j'aurais sorti le fusil de chasse.
31:37Et là, tout de suite,
31:38je me dis, allez, c'est un bordel.
31:39C'est un bordel.
31:40J'arrête de parler,
31:41j'arrête de leur truc,
31:42ils vont m'emmener dans un truc pas net.
31:44Et donc, oui,
31:45on me parle de mon agression
31:46à ce moment-là.
31:48Et on me fait comprendre
31:50qu'ils savent,
31:51je ne sais pas,
31:51on me fait comprendre,
31:51on me dit qu'on sait qui je suis,
31:53que je suis une islamo-gauchiste,
31:55que je suis fichée S
31:57parce que j'adore les gens fichée S,
31:59j'adore les gens,
31:59les islamo-gauchistes,
32:01j'adore les gens habillés en noir.
32:03Et là, donc,
32:05j'apprends que je suis fichée S.
32:06Alors que pour moi,
32:07c'est un truc de malade
32:08d'être fichée S.
32:09C'est-à-dire que,
32:10je travaille sociale, quoi.
32:12Moi, je travaille avec l'humain.
32:13Fichée S, pour moi,
32:15c'est pas moi, quoi.
32:17Et donc, voilà,
32:17je suis une gauchiste,
32:19je suis une islamo-gauchiste
32:21à cause de moi
32:22et des gens comme moi,
32:24le droit de manifester,
32:25bafoué,
32:26on casse des vitrines,
32:29vous vous faites croire
32:30que vous tapez le capitalisme
32:31et en fait,
32:31vous tapez même les kebabs.
32:34Et donc, à ce moment-là,
32:35je pense qu'ils veulent
32:35que je me défende
32:36et j'ai pas envie, en fait,
32:37de leur répondre,
32:37non, c'est pas vrai,
32:39j'ai jamais vu un kebab de cassé,
32:42je n'ai même pas envie
32:43de leur répondre
32:43parce que c'est juste
32:45de l'attaque méchante
32:46pour me faire du mal
32:47parce que je n'ai pas d'avocat.
32:48Parce qu'à la deuxième audition,
32:49quand j'ai mon avocate,
32:49ça se passe pas, ça.
32:51J'ai pas un deuxième OPJ
32:52qui vient et qui vient
32:53m'en mettre plein la gueule.
32:54Non, ça n'existe pas.
32:56Mais là, je suis toute seule
32:56et donc, ils en profitent.
32:58Je pense en s'en prenant
32:59à une militante comme Moon,
33:01ils donnent un exemple.
33:03C'est-à-dire que même
33:04les militants qui sont pacifistes,
33:05qui donnent de l'amour
33:06et qui donnent de la joie
33:07sur une manif,
33:08on n'en veut pas.
33:10On ne veut pas
33:11que vous soyez dans la rue,
33:12on ne veut pas
33:12que vous militiez.
33:15Il y a eu les gilets jaunes,
33:16il y a la loi séparatisme,
33:18il y a la loi...
33:20Sécurité globale,
33:21ils sentent qu'on ne va pas rentrer.
33:22Il y a la crise économique
33:25et ils sentent que l'année 2021
33:28va être une reprise
33:30pour le mouvement social
33:31qui va partir en sucette
33:32parce que même les commerçants,
33:34à un moment donné,
33:35ils sont pris à la gorge.
33:37Et donc, je pense que oui,
33:38ils ont essayé de faire un exemple.
33:40Est-ce que ça a entaché
33:42ma détermination ?
33:44Eh bien non, en fait.
33:45Quand je me prends
33:46le coup de matraque,
33:47j'ai un genou au sol
33:48et je le relève ce genou.
33:50Quand ils mettent en garde à vue,
33:51c'est le même genou
33:51qu'on me remet au sol,
33:52mais jamais le deuxième.
33:54Et donc,
33:54ils n'ont pas réussi
33:55à même mettre le deuxième
33:55le genou au sol.
33:56Je me suis relevé
33:57de la blessure,
33:58je me relève
33:59de la garde à vue
34:00et je suis encore plus déterminée.
34:02Et je m'en fous, en fait.
34:04Je suis là dans la rue,
34:05c'est parce qu'on a raison
34:06d'être dans la rue.
34:08C'est une cause noble,
34:09c'est une cause juste,
34:10c'est une cause d'amour,
34:10c'est une cause de justice,
34:12c'est une cause humaine.
34:14On n'est pas dans la rue
34:14pour demander
34:15à continuer d'étrangler les gens.
34:17Ce n'est pas nous
34:18qui faisons ça,
34:18c'est la police
34:19qui font des manifestations
34:20quand M. Castaner leur dit
34:21que peut-être
34:22que la prise d'étranglement
34:23on va arrêter,
34:24ils nous font des manifestations
34:25pour continuer
34:25d'étrangler les gens.
34:27Nous, ce n'est pas ça.
34:27Nous, on milite pour l'amour,
34:29on milite pour la paix,
34:30on milite pour une justice sociale,
34:32que tout le monde puisse manger,
34:33que tout le monde puisse vivre
34:34de son salaire.
34:35Ils se sont trompés.
34:37Ils se sont trompés.
34:39Et ils veulent nous faire croire
34:40que c'est nous.
34:41Alors non,
34:41je ne lâche pas la rue,
34:43je reste dans la rue.
34:44Le dimanche 3 janvier,
34:47je serai dans la rue
34:48pour honorer la mémoire
34:49de M. Cédric Chouvia
34:51sur les Champs-de-Mars,
34:52là où il est décédé
34:53par une prise d'étranglement.
34:57Et je ne lâcherai pas la rue.
34:58Vous avez été nombreux
34:59à nous soutenir
35:00sur les réseaux sociaux.
35:02Je pense que Moun a dû recevoir
35:03le même nombre de messages
35:05que moi.
35:06Plus d'une semaine après,
35:07je n'ai même pas encore fini
35:08de vous remercier.
35:09Merci à vous.
35:10C'est important
35:11que ce genre de témoignages
35:13puisse circuler.
35:14Merci à tous d'avoir été là.
35:15Merci de partager aussi
35:17pour que mon témoignage
35:18puisse servir
35:19et qu'on puisse comprendre
35:20c'est quoi aujourd'hui
35:21de se faire arrêter pour rien.
35:23Parce qu'il y a encore des gens
35:24qui pensent que ce n'est pas possible
35:25qu'en France,
35:25on ne se fait pas arrêter pour rien
35:26et quand on se fait arrêter,
35:27c'est qu'on l'a mérité.
35:28Non, messieurs, dames,
35:29on ne se fait arrêter pour rien
35:30en France.
35:32Partagez s'il vous plaît
35:33et merci.