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  • il y a 19 heures
Les ouvriers qui assemblent les avions de chasse du constructeur états-unien Boeing, dans le Missouri et l’Illinois, se lancent dans un bras de fer avec leur employeur. « Une grève débutera à minuit (7 heures en France, NDLR) le lundi 4 août », a annoncé le syndicat, l’International Association of Machinists and Aerospace Workers (IAM), dans un communiqué. Les 3 200 salariés de la branche ont de nouveau rejeté, dimanche, la proposition révisée d’un nouveau contrat d’entreprise.

La proposition initiale de Boeing, rejetée une semaine plus tôt, comprenait notamment une hausse des salaires de 20 % sur quatre ans et plus de congés. La nouvelle offre prévoyait une hausse de 40 %, selon Boeing. Le syndicat avait prévenu que si aucun accord n’était trouvé dans les sept jours, la section 837 d’IAM pourrait déclencher une grève. On fait le point avec Théo Bourrieau et Christophe Deroubaix.

0:00 Introduction
0:25 Grève chez Boeing
10:37 Le poids des syndicats aux USA
22:00 Les problèmes chez Boeing
24:48 Le syndicalisme aux USA

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Transcription
00:00Des milliers de salariés de Boeing ont annoncé hier une grève dans les usines du Missouri et de l'Illinois
00:04aux Etats-Unis,
00:05qu'ils ont commencé donc ce matin.
00:07Ils ont refusé un accord prévoyant une hausse des salaires de 20% sur 4 ans et plus de congés,
00:11puis de 40%.
00:12Les grévistes dénoncent la réduction des effectifs et des coûts et réclament des contrats qui reflètent leurs compétences,
00:18leur dévouement et leur rôle essentiel qu'ils jouent dans la défense de notre nation.
00:22Alors d'abord un petit point sur la grève.
00:25Christophe, donc ils ont bien entamé cette grève.
00:28C'est bien dans les deux usines que j'ai mentionnées, dans le Missouri et dans l'Illinois.
00:32Ça concerne combien de personnes à peu près ?
00:343200 salariés syndiqués.
00:37Il faut savoir que le syndicalisme états-unien est organisé différemment du syndicalisme français.
00:42Et que quand une usine ou une branche, en général ça se passe par usine, on va faire simple,
00:49par un vote majoritaire des salariés.
00:51C'est-à-dire qu'en France vous pouvez créer une section syndicale si vous avez quelqu'un qui crée
00:54une section syndicale.
00:56Aux Etats-Unis, il y a besoin d'un vote majoritaire depuis les années 30 et une loi qui reconnaît
01:00le fait syndical,
01:01mais qui en même temps le reconnaît qu'à la condition qu'une majorité de salariés d'une usine vote
01:06en faveur de la création d'un syndicat.
01:09Et à partir de ce moment-là, tous les salariés sont syndiqués.
01:11C'est-à-dire par définition, le taux de gréviste est de 100%.
01:15Donc ils sont tous, tous les salariés sont syndiqués.
01:18Donc c'est ce qui veut dire que les syndicats représentent l'ensemble des salariés qui posent d'autres problèmes.
01:23Mais bon, donc là il y a 3200 salariés qui sont en grève avec leur syndicat.
01:28Dans deux usines, comme tu l'as dit, de l'Illinois et du Missouri.
01:32C'est deux états qui sont dans le Midwest, qui sont tous, Chicago, Saint-Louis.
01:37Voilà, regardez sur une carte.
01:39Et qui fabrique, alors c'est Boeing, mais ce sont des productions d'avions militaires.
01:43C'est pour ça que je disais, je voulais revenir sur, dans le communiqué des grévistes,
01:48c'est le rôle essentiel qui joue dans la défense de notre nation.
01:51C'est ça à quoi ça fait référence ?
01:52C'est parce qu'ils produisent des avions de chasse, de combat ?
01:54Oui, oui, les F-15 et les...
01:56J'ai oublié le deuxième modèle, il faut que je me réveille un peu ce matin, moi.
02:00Les F-15 et les...
02:01Pas les F-35, c'est les F-35, c'est pas...
02:04J'ai le papier d'euro news sous les yeux, F-47.
02:07Non, non, le F-47, il n'est pas produit encore, c'est la nouvelle génération.
02:11Ah oui, d'accord.
02:12Peut-être que c'est le F-35.
02:13En tout cas, les avions de chasse états-unien.
02:17Et donc, évidemment, c'est un levier.
02:19On voit bien qu'ils ont un levier particulier avec cette production.
02:25Et ça appartient au groupe Boeing.
02:27Tu dis que c'est un levier particulier, parce que ça veut dire qu'ils ont ciblé ces usines en
02:29particulier
02:30parce qu'ils savaient l'importance stratégique,
02:33ou parce qu'il se passe des choses particulières dans ces usines-là, justement ?
02:36Non, alors, en fait, je ne pense pas que le syndicat est ciblé.
02:38Parce que, alors, le syndicat, il y a un syndicat global.
02:42En général, aux Etats-Unis, vous verrez, vous avez le nom du syndicat.
02:44Et après, vous avez local, 837, local, 226.
02:47C'est-à-dire, c'est la territorialisation.
02:53Là aussi, c'est un peu différent.
02:54Donc, c'est un syndicat national qui dispose de plus de 600 000 membres actifs et retraités, gros syndicats,
03:00dans 200 industries différentes.
03:02Donc, pas seulement l'industrie, pas seulement Boeing.
03:05Là aussi, c'est un peu différent.
03:07Et là, c'est vraiment le local qui a décidé.
03:09C'est-à-dire, c'est la section syndicale locale des deux usines qui a décidé.
03:13Je ne pense pas qu'ils...
03:15Donc, ça n'a pas été ciblé.
03:16C'est simplement que des revendications étaient fortes là.
03:19Et que, de fait, ça représente pour eux un levier de produire des avions de chasse.
03:24Bon, la plupart du temps, à l'exportation.
03:27Ils disent que c'est pour la défense de la nation.
03:29Mais surtout, pour vendre.
03:30Pour défendre la nation à partir d'autres pays.
03:32C'est pratique.
03:33Et du coup, est-ce que ça peut avoir un impact ?
03:36Est-ce que cette grève peut avoir un impact sur justement la production ?
03:37Tu parlais d'une nouvelle génération d'avions ?
03:39Oui, mais ça, c'est la génération.
03:41Ça ne saura pas forcément d'impact parce qu'eux, ils sont à la production.
03:43Ils ne sont pas à la conception.
03:44Donc, ça n'aura pas d'impact sur les générations suivantes.
03:47On va reparler un peu du...
03:48Parce que tu parles beaucoup du syndicat.
03:49On va en parler parce que c'est important de faire un point là-dessus.
03:51Mais avant, toujours sur cette grève, j'ai parlé des revendications et de l'accord qu'ils ont refusé.
03:58Donc, la direction proposait une hausse des salaires de 20% sur 4 ans, plus de congés.
04:02Et puis, une hausse des salaires de 40%.
04:05De l'extérieur, ça pourrait être un accord qui pourrait être envisageable, on a l'impression.
04:09Pourquoi est-ce que les syndicats ont refusé ?
04:11Pourquoi les salariés ont refusé ?
04:12Et surtout, qu'est-ce qu'ils réclament à la place ?
04:14Oui.
04:15Alors, là aussi, un petit point pour comprendre le contexte.
04:18Ils ne sont pas partis en grève parce que...
04:21Enfin, le moment est particulier.
04:23Aux États-Unis, en France, vous avez des conventions collectives qui existent...
04:26Une fois qu'elles sont signées, adoptées, elles existent pour tout le temps.
04:29Nous, on a une convention collective des journalistes.
04:30On ne la remet pas en cause tous les 4 matins.
04:34Et aux États-Unis, en général, ça s'appelle des contrats qui ont une durée de vie de 4 ans.
04:40C'est-à-dire que tous les 4 ans, à peu près partout, pas au même moment,
04:45des directions d'entreprises et les syndicats négocient pour la convention collective des 4 prochaines années.
04:50Donc là, le contrat expirait.
04:52Et il y a une nouvelle négociation.
04:53Donc, c'est pour ça que ça vient à ce moment-là.
04:54Et donc, le syndicat porte des revendications, notamment de salaire,
04:58puisque les salaires aux États-Unis sont inférieurs en dollars constants
05:04à ce qu'ils étaient globalement dans les années 70,
05:08plus l'impact de l'inflation de ces dernières années.
05:11Donc, c'est vrai qu'on peut dire 35-40% d'augmentation de salaire, c'est énorme.
05:17Il faut prendre.
05:18D'abord, c'est à eux de décider, ce n'est pas à moi.
05:20Et ensuite, eux disent, mais même ces 40% ne font à peine que rattraper le retard qu'on a
05:26accumulé,
05:26mais même pas tout à fait.
05:27Donc, ils demandent encore plus que les 40-50%.
05:30Sachant que l'année dernière, il y avait eu des jeunes grèves chez Boeing,
05:35l'automne 2024, où ils avaient obtenu 38% d'augmentation sur 4 ans,
05:40avec une augmentation directe, immédiate, de 13% du salaire.
05:47Et est-ce qu'ils ont des chances d'openir ce qu'ils réclament ?
05:50Combien de temps ?
05:50Alors, je ne te demande pas de lire dans une boule de cristal,
05:52mais combien de temps cette grève risque de durer ?
05:55Est-ce que demain, ça se trouve, c'est fini ?
05:56Est-ce que ça peut durer un an, deux ans, six mois ?
05:59En général, aux États-Unis, je dis bien en général,
06:03quand une grève est lancée,
06:06là encore, il y a une différence de rapport culturel à la grève.
06:10C'est-à-dire, quand aux États-Unis, vous lancez une grève,
06:11c'est vraiment la dernière, dernière, dernière arme des syndicats.
06:15On l'a vu avec Boeing, on l'a vu il y a deux ans maintenant,
06:18quasiment, avec la grande grève de l'automobile.
06:21C'est-à-dire que toutes les ressources des négociations ont été épuisées.
06:25Et en général, ce n'est pas pour un ou deux jours.
06:28La grève de l'automobile, ça avait duré plusieurs semaines.
06:31Et à la fin, le syndicat avait obtenu Gankos,
06:33peut-être qu'on en reparlera aussi un peu tout à l'heure.
06:36Donc, sauf si la direction se réveille.
06:39Alors, ceci dit, ça peut aussi aller plus vite,
06:40parce que c'est un secteur sensible.
06:42Oui, l'aviation, et en plus l'aviation de guerre.
06:45Et l'aviation, oui, militaire.
06:46Donc, on est...
06:47Bon, je ne lis pas dans la boule de cristal,
06:49comme tu dis, mais on verra.
06:52On va reparler un peu du syndicalisme,
06:54parce qu'on a beaucoup parlé...
06:55Enfin, tu as commencé un peu à parler du syndicat
06:56qui organise cette grève.
06:58Donc, c'est IAM,
07:01Association of Mechanists and Aerospace Workers.
07:03Tu disais, ça représente 600 000 personnes,
07:05je crois plus de 600 000 personnes.
07:07Et donc, en fait, tu disais,
07:08il y a des sections locales,
07:11mais tout est un peu mélangé.
07:13Ça veut dire qu'il n'y a pas que des gens de Boeing dans le syndicat,
07:14il y a des gens de tout l'aéronautique.
07:16Alors, il y a des gens...
07:17D'abord, juste pour l'acronyme du syndicat,
07:20ça veut dire en anglais, ça veut dire je suis.
07:22Oui, oui, IAM.
07:24Je ne sais pas si on le prononçait comme ça.
07:26Enfin, en tout cas, oui, on peut.
07:28Peut-être qu'on n'a pas fait le rapport.
07:32Et donc, IAM, ce qui veut dire je suis,
07:34pour ceux qui n'ont pas fait anglais à l'école.
07:38Alors, oui, là encore,
07:41c'est une grande différence
07:42entre le syndicalisme états-unien
07:44et le syndicalisme français.
07:45C'est-à-dire que 600 000,
07:46y compris les retraités,
07:48dans 200 branches d'industries différentes.
07:51Parce qu'un syndicat ne représente pas...
07:55Donc, il n'y a pas de...
07:56Alors, ils sont affiliés à la plus grande confédération
07:59qui s'appelle AFL-CIO,
08:01qui est vraiment la plus grande confédération syndicale
08:04aux Etats-Unis,
08:04qui n'est pas la seule,
08:05mais qui est la plus grande,
08:06qui est la fédération historique.
08:08Et eux organisent un peu en fonction de...
08:12Je prends un exemple.
08:13On parlait du syndicat de l'automobile,
08:15l'UAW, United Auto Workers,
08:18qui est le syndicat historique des années 30.
08:20C'est le premier syndicat qui a vraiment été reconnu
08:22dans les années 30, après des grèves sanglantes,
08:24littéralement sanglantes,
08:25dans les usines Ford, à côté de Détroit.
08:28Aujourd'hui, plus de la moitié des syndiqués de l'UAW
08:32le sont dans les universités.
08:34C'est-à-dire que l'UAW, à un moment,
08:35il y a eu des buts de syndicalisation des universités,
08:38notamment des doctorants et post-doctorants,
08:40qui donnaient des cours dans les années 2018-2019,
08:43notamment à Harvard et dans d'autres universités.
08:47Et l'UAW a proposé à ces doctorants et post-doctorants
08:52d'apporter leurs ressources qu'ils ont,
08:55juridiques, d'organisation.
08:57Et donc les doctorants ont dit oui, ok.
09:00Donc ils sont devenus syndiqués de l'UAW.
09:02Voilà.
09:02Donc ça veut dire qu'en fait,
09:03il y a des étudiants et des doctorants
09:04qui sont syndiqués dans un syndicat
09:05qui, normalement, regroupe des automobiles.
09:08C'est un truc qu'on pourrait difficilement imaginer.
09:10En France, la fédération CGT de mine-énergie,
09:13un étudiant, ne peut pas dire
09:14« Moi, je participe à vos réunions, etc. »
09:17Et d'ailleurs, l'histoire de l'UAW est assez incroyable.
09:19La direction du syndicat est devenue très molle et très centriste.
09:23Il y a eu une enquête du ministère de la Justice,
09:26du ministère fédéral de la Justice,
09:28qui a conclu à des cas de corruption.
09:30Donc l'ancienne direction a été balayée.
09:32Il y a eu une élection.
09:32Une nouvelle direction a été élue.
09:35Plus sur une liste qu'ils appellent de réformes,
09:37c'est-à-dire sur la base d'un syndicalisme plus revendicatif.
09:40Le président a été élu.
09:41Donc c'est Sean Fein qu'on a vu dans la grève de 2023.
09:46Et avec lui, des directeurs régionaux.
09:48Parce que le syndicat est organisé aussi en région.
09:52Donc notamment le directeur de la région de 9A, je crois,
09:56c'est-à-dire New York et Boston.
09:58Et Brandon Mancia.
09:59Brandon Mancia, c'est un doctorant de 31 ans
10:02qui avait mené la grève à Harvard,
10:07dont les parents sont des migrants sud-américains,
10:11de côté maltec, je crois.
10:13Et donc Brandon Mancia est le directeur du syndicat de l'automobile
10:16pour la région de New York.
10:19Mais il était doctorant à Harvard.
10:23Et donc plus de la moitié aujourd'hui.
10:25Oui, c'est quelque chose qui est absolument impensable.
10:28De toute façon, c'est même pas impensable.
10:30C'est impossible dans le type d'organisation.
10:32Même s'il y a toujours évidemment des liens
10:33des fois entre les mouvements étudiants, les mouvements ouvriers, etc.
10:35Mais à ce point-là, beaucoup moins.
10:38On parle beaucoup de UAW,
10:39donc le syndicat de l'automobile.
10:42Est-ce que IAM, le syndicat aéronautique,
10:43représente autant d'importance,
10:46à un poids aussi important que UAW ?
10:48C'est un peu l'équivalent pour l'aéronautique ?
10:50Oui, mais moins quand même.
10:53L'automobile et l'UAW, il y a un double poids symbolique.
10:55D'abord, l'automobile, c'est vraiment l'industrie berceau
11:00des États-Unis.
11:02Avec Ford, tu disais tout à l'heure.
11:03Oui, la première usine automobile à Détroit, c'était Ford.
11:08Puis après, il y a ce qu'on appelle les Big Three,
11:11les trois grands constructeurs.
11:13Donc, General Motors, Ford et Chrysler.
11:19Alors que maintenant qu'il n'y a plus Chrysler,
11:20ça appartient à Stellantis.
11:21Et donc, dans l'imaginaire américain, c'est très puissant.
11:25Enfin, on voit bien...
11:26La voiture a un rôle assez central dans l'imaginaire collectif.
11:29Clairement, et donc politique.
11:31Et l'UAW aussi, parce qu'évidemment, tout ça est en lien.
11:34C'est le premier syndicat qui a vraiment effectué une percée,
11:38notamment chez Ford, en l'occurrence, je l'avais dit tout à l'heure.
11:42Donc non, ce n'est pas équivalent en termes de poids réel et de symbolique.
11:47On parle des mouvements de grève dans l'automobile,
11:50on parle des mouvements de grève dans l'aviation.
11:52Il y a un autre mouvement de grève assez récent, fin 2024, à Starbucks,
11:57dont tu as aussi fait des papiers il y a quelques mois, il y a six mois, un truc comme
12:00ça.
12:01À quoi on assiste ?
12:02Parce que j'ai l'impression que c'est assez récurrent en ce moment aux États-Unis.
12:05J'ai l'impression qu'il y a, je ne sais pas, il y a cinq ans, disons,
12:07on entendait moins parler de mouvements de grève aussi importants,
12:11d'une ampleur aussi importante.
12:12Qu'est-ce qui se passe en ce moment aux États-Unis ?
12:14Oui. Il y a une résurgence du syndicalisme américain,
12:17mais dans un contexte très, très compliqué.
12:19C'est-à-dire qu'en gros, le syndicalisme américain,
12:22avec plein de contradictions, a été dominant dans les années 50.
12:27C'est-à-dire que dans les industries, tout le monde quasiment était syndiqué.
12:31Et puis, à la fois par la désindustrialisation,
12:35et puis par une première délocalisation, qui était une délocalisation en interne.
12:38C'est-à-dire que les grands groupes américains ont délocalisé dans le sud américain,
12:44dont les élus républicains, maintenant, sont fortement anti-syndicat.
12:49Et donc, on est passé d'un taux de syndicalisation de 10% dans le pays,
12:54qui est le plus bas de l'histoire depuis la reconnaissance du fait syndical dans les années 30.
12:58Donc ça, on est toujours à 10%.
13:00Mais il y a un regain de conflictualité,
13:02à la fois dans des secteurs traditionnels,
13:05portés par des nouveaux dirigeants,
13:06donc on parlait de l'automobile et de l'UOW,
13:08et aussi, avant, ce qui était des déserts syndicaux.
13:11Alors, le premier désert syndical, c'était les facs.
13:13C'est-à-dire, vous considérez les universités américaines comme des entreprises capitalistes.
13:16Vous ne pensez pas que ce sont seulement des lieux de partage du savoir.
13:19Et donc, les directions des universités sont des directions d'entreprises capitalistes.
13:23Il faut dire les choses à ce qu'elles sont.
13:24D'ailleurs, eux-mêmes se définissent comme ça.
13:27Ce n'est pas un gros mot pour eux.
13:28Oui, parce que du coup, elles sont plus efficaces.
13:31Et puis, elles ont du pognon, elles font du pognon,
13:33elles achètent du foncier.
13:35Le premier propriétaire foncier dans la Upper West Side de New York,
13:40c'est Columbia.
13:40Ce n'est pas seulement le campus de Columbia,
13:42c'est tout ce qu'il y a autour.
13:43Et ils rachètent, ils font monter les prix.
13:45Et puis, ils font du pognon avec de la valorisation foncière,
13:48et pas seulement.
13:50Mais surtout, pas de syndicat aussi.
13:52Pareil, comme une boîte industrielle privée.
13:54Et puis, la reconnaissance du fait syndical
13:56avec le grand mouvement Harvard, mais pas seulement.
14:00Et le deuxième désert, il y en a plusieurs,
14:03mais surtout, les services.
14:04On le sait très bien.
14:06Et là, ce qui s'est passé à Starbucks,
14:07ça a commencé en fin 2021 à Buffalo.
14:10Alors, j'ai raconté cette histoire il y a plus de six mois maintenant.
14:13Il y a un an, c'était début août dans l'Humanité Magazine.
14:16Ça s'appelait Les infiltrés de Starbucks,
14:18où je raconte comment le premier syndicat a été créé à Buffalo
14:20par des jeunes gens plutôt très engagés à gauche.
14:26Projet Germinal, comment 12 activistes ont infiltré.
14:29Voilà, c'est ça.
14:31Formés à l'infiltration.
14:33On appelle ça l'infiltration.
14:35Oui, c'est de l'infiltration.
14:36C'est du travail undercover.
14:40Par des vieux, dont on voit sur la photo Richard Benzinger,
14:43qui est l'un des deux vieux routiers du syndicalisme américain,
14:46avec Chris Townsend,
14:47qui ont formé ces jeunes aux méthodes de l'infiltration.
14:49Il y a une vieille méthode américaine.
14:50Les Etats-Unis appellent ça le salting.
14:54Et donc, ça date du début du XXe siècle.
14:57C'est-à-dire que les directions d'entreprise aux Etats-Unis
14:59sont particulièrement anti-syndicales
15:02et refusent toute négociation avec un syndicat
15:05ou ceux qui veulent créer un syndicat.
15:07Et donc, l'une des méthodes, ça a été de l'infiltration.
15:10On rentre dans une entreprise
15:11et on convainc ses collègues de créer un syndicat.
15:15Donc, Starbucks a commencé par un Buffalo.
15:17Maintenant, on en est à plus de 500.
15:19C'était 450 la dernière fois.
15:21Maintenant, on est à plus de 500 magasins.
15:23Là aussi, même principe.
15:24Chaque Starbucks vote.
15:27Donc, il y a 18 salariés dans le Starbucks
15:29de Virginia Falls en Virginie.
15:31Eh bien, il faut une majorité de 10.
15:34À 10 comptes 8, le syndicat est créé
15:35et la section syndicale est créée.
15:37En l'état, Starbucks refuse de négocier
15:40une convention collective
15:40au mépris du droit du travail américain.
15:44Mais refuse toujours de signer une convention collective
15:47avec le syndicat.
15:48Donc, il y a le Starbucks Workers United
15:52dont j'avais le t-shirt il y a trois semaines
15:54pour ceux qui étaient déjà là il y a trois semaines
15:56qui avait fait votre émerveillement
15:57et qui est dessinée par la jeune femme
15:59qu'on voit à gauche.
16:00Enfin, la jeune femme.
16:02Elle se définit comme Yel.
16:04Donc, c'est pas la jeune femme, pardon,
16:05tant pour moi.
16:05Jas Brissac, qui a dessiné,
16:07qui est l'une des infiltrées,
16:09qui est maintenant partie créer
16:11un syndicat sur la côte ouest à Berkeley.
16:14Voilà.
16:14Et celle qui avait dessiné le t-shirt.
16:16Donc, Starbucks, automobile, aviation.
16:19Il y a une résurgence,
16:21une prise d'importance du syndicalisme
16:23et des mouvements de grève revendicatifs
16:25aux Etats-Unis depuis quelques années.
16:27Tu parlais de 2021 pour Starbucks.
16:28Oui.
16:29Ça a commencé il y a une dizaine d'années
16:30parce qu'il y a eu aussi des mouvements
16:31dans le théâtre,
16:34dans les établissements culturels
16:35qui n'étaient pas syndiqués.
16:36Et en fait, tout ça est lié
16:37à l'arrivée d'une nouvelle génération.
16:40Alors, ceux qui me suivent un peu
16:42ou qui parfois ont le malheur de m'entendre
16:43savent que c'est un peu ma marotte.
16:45Tu le sais.
16:46Mais clairement,
16:47le renouvellement générationnel aux Etats-Unis,
16:50la nouvelle génération,
16:50c'était les millennials.
16:51Donc, on est nés entre 80 et 95, 16.
16:55Puis le Gen Z depuis 97.
16:58Apporte un...
16:59Pour des raisons,
17:00on ne va pas rentrer là-dedans,
17:00ce n'est pas l'objet,
17:01mais apporte un regard nouveau.
17:03En fait, ils sont beaucoup plus à gauche.
17:05Ils sont plus diplômés.
17:06Ils sont plus à gauche.
17:07Ils sont plus divers.
17:08Et ils sont aussi plus pro-syndicat.
17:10Alors, ça se voit dans les enquêtes d'opinion.
17:12La cote de popularité des syndicats
17:13remonte très clairement
17:14parmi les nouvelles générations.
17:16Et puis, ils s'investissent.
17:17Là, clairement,
17:18c'est que des jeunes...
17:19Alors, il n'est pas sur la photo,
17:20mais le deuxième vieux routard,
17:22Chris Tansen,
17:23qui était une source très ancienne
17:26que j'ai aux Etats-Unis,
17:27dit, en gros,
17:28on a pris des jeunes gauchistes
17:30qui voulaient en découdre
17:31avec le capitalisme
17:32et on les a formés
17:34à l'infiltration syndicale.
17:35Et voilà, ça s'est fait.
17:37Et donc, ce n'est pas un épiphénomène.
17:39C'est quelque chose d'assez central,
17:41avec évidemment des obstacles juridiques
17:44sur le droit social américain
17:46et famélique,
17:47le droit du travail aussi,
17:49et des obstacles évidemment liés
17:51à l'argent que mettent
17:52les directions d'entreprises
17:54pour empêcher la création
17:56d'un syndicat.
17:58Donc, il y a plein d'obstacles,
18:00mais le taux pour l'instant
18:02reste à 10% nationalement
18:04et il y a quand même des percées
18:05qui ont du sens.
18:08La victoire de UW,
18:10la création d'un syndicat à Starbucks,
18:11la création pour la première fois
18:12d'un syndicat à Amazon,
18:13à New York.
18:15Et là, la victoire de Boeing.
18:17On verra aussi ce que ça donnera
18:20dans cette grève-ci.
18:22Quelqu'un nous demande
18:23comment ça se fait
18:24que les USS soient autant anti-syndicats.
18:26On en parlait,
18:26il y a quelques minutes,
18:28tu viens sûrement d'arriver.
18:29Est-ce que tu peux nous refaire
18:31un petit résumé
18:32d'où ça vient
18:33l'anti-syndicalisme aux Etats-Unis ?
18:35En fait, ce n'était pas
18:35anti-syndicalisme au début,
18:38mais ça l'est devenu
18:39et c'est en train de changer un peu.
18:40En fait, c'était...
18:41Non, je suis en train
18:42de regarder une série,
18:42je vous le dis,
18:44sur...
18:44Alors, je crois que
18:45je joue à la voix sur le canal,
18:46mais ça doit être HBO.
18:48Ça s'appelle
18:49Gilded Age.
18:50Gilded Age,
18:51c'est l'époque
18:53de la fin du 19e siècle
18:55dont Trump parle beaucoup
18:56vraiment de l'explosion
18:57du capitalisme américain
18:58entre 1860 et 1890.
19:02Et donc,
19:02la construction des grandes fortunes,
19:04les JP Morgan dans la banque,
19:05les Rockefellers dans le pétrole,
19:08les Carnegie dans l'acier,
19:10les Vanderbilt dans les chemins de fer.
19:12Donc, il y a une explosion.
19:13Tous ces gens ont été appelés
19:15dans la presse
19:15à la fin du 19e siècle
19:17les barons-voleurs.
19:19Et les barons-voleurs
19:20ne voulaient pas de syndicats.
19:21Il n'y a pas plus anti-syndical
19:23qu'un patron capitaliste américain,
19:29y compris parce qu'il n'y a pas
19:30de tradition.
19:31Vous voyez,
19:31le syndicalisme,
19:32je ne vais pas faire une tâche là-dessus,
19:32mais le syndicalisme français,
19:34c'est quand même appuyé
19:35sur une tradition
19:39de pays des révolutions,
19:40la révolution française de 1848,
19:42de culture,
19:43de la mobilisation.
19:44Aux Etats-Unis,
19:45pas du tout.
19:46Donc, les syndicats ont été...
19:47Enfin, c'est une histoire sanglante.
19:49C'est littéralement
19:49une histoire sanglante
19:51avec la mobilisation
19:52d'agences privées,
19:52notamment l'agence Pinkerton
19:54qui allait briser les grèves.
19:55Et en 1936,
19:57donc, il y a une reconnaissance
19:58du fait syndical
19:59par une loi
20:00qui s'appelle
20:00la loi Wagner.
20:02Et notamment,
20:03ça perce dans l'automobile,
20:05mais ça avait commencé
20:06aussi un peu dans les mines.
20:07Et donc,
20:09le fait syndical
20:10était reconnu
20:10jusqu'en...
20:12accepté, disons.
20:13C'est un peu le consensus
20:13du New Deal
20:14de 1936
20:15aux années 70,
20:18globalement.
20:19Tout le monde
20:19était d'accord
20:20pour dire
20:20les syndicats,
20:21c'est important.
20:23Et à partir des années 70,
20:24c'est aussi lié
20:25au début
20:25de la révolution conservatrice
20:27qui mènera Reagan
20:28à la Maison-Blanche.
20:31Les Républicains,
20:31notamment,
20:32reviennent
20:32sur tout ce qui a fait
20:33le New Deal,
20:34donc notamment
20:34des taux d'imposition
20:35très élevés.
20:36Les impôts
20:37étaient très, très élevés
20:37pour le PDG
20:38de General Motors
20:39dans les années 1950.
20:41Le syndicat...
20:42Donc tout ça
20:43apportait...
20:44Au même moment
20:44où arrivait
20:44la désindustrialisation,
20:45c'est-à-dire
20:46l'affaissement
20:46de la base
20:47sur laquelle
20:47s'était construit
20:48le syndicalisme.
20:50Et donc ça...
20:52Clairement,
20:53c'est un champ
20:54de bataille.
20:56Il y a encore...
20:59Mais quasiment
21:00plus rien.
21:01Enfin, je vais dire
21:01plus rien.
21:02Je mesure
21:02parce qu'en même temps,
21:03le syndicat
21:04de l'automobile
21:05non seulement a gagné
21:06dans sa grève
21:07à Détroit,
21:07mais a gagné
21:08un autre vote.
21:09C'était l'année dernière,
21:12en mars,
21:14pour la première fois,
21:16un vote majoritaire
21:17dans une usine
21:18du Sud,
21:20à Chattanooga,
21:21Volkswagen,
21:22Chattanooga.
21:23Parce que les constructeurs
21:26états-uniens
21:27comme étrangers
21:28ne jamais sous-estimaient
21:29le rôle des constructeurs
21:30étrangers
21:31dans le combat
21:32anti-syndical
21:33aux Etats-Unis.
21:33Donc Volkswagen,
21:34notamment.
21:34Volkswagen, Toyota,
21:36Hyundai,
21:37sont laissés installés
21:37dans le Sud
21:38parce qu'ils savaient
21:38très bien
21:39les élus républicains
21:40leur donnaient
21:40des aides
21:42à l'installation
21:43et en plus
21:44leur disaient
21:44non mais ici
21:45il n'y aura pas de syndicat.
21:46Et là,
21:46pour la première fois,
21:47le syndicat avait essayé
21:48d'organiser à plusieurs reprises,
21:50c'était cassé les dents dessus
21:51et pour la première fois,
21:51il y a eu un vote majoritaire
21:53à Chattanooga.
21:54Donc désormais,
21:54l'usine Volkswagen
21:55de Chattanooga
21:56est représentée
21:57par l'UEW.
21:59Avant qu'on continue
21:59et qu'on prenne peut-être
22:01quelques questions du chat,
22:02il y a une question
22:02que je ne t'ai pas posée
22:04qui pourtant est un peu centrale
22:05parce qu'on parlait bien
22:06de Boeing au début,
22:09c'est que vous n'êtes pas
22:09sans savoir
22:09que Boeing
22:10a eu quelques incidents
22:12voire accidents très graves.
22:14Il y a une porte d'avion
22:16qui s'est décrochée
22:16il y a un an,
22:17je crois,
22:17qui a fait beaucoup parler.
22:19Il y a eu évidemment
22:20le crash de l'Air India
22:21il y a quelques mois
22:21et puis globalement,
22:23les incidents
22:23voire les accidents
22:24très graves s'accumulent.
22:26Est-ce qu'il y a un lien
22:26entre ces accidents,
22:29ces défauts de conception,
22:30de fabrication,
22:31de je ne sais pas trop quoi,
22:31et le manque d'effectifs,
22:33la réduction des coûts
22:35que dénoncent
22:36les grévistes
22:37là aujourd'hui
22:38à Boeing ?
22:39Oui,
22:39le point commun
22:40c'est la logique
22:41de financiarisation
22:42dans laquelle
22:43est rentrée Boeing
22:44au début des années 2000.
22:47Donc c'était
22:49une entreprise d'ingénieurs
22:51comme souvent
22:52les entreprises
22:53américaines
22:54au départ.
22:55C'est un truc d'ingénieurs
22:56qui ont été volés
22:56par des financiers.
23:00Donc c'est clairement
23:01la logique financière
23:02on va réduire les coûts.
23:02Il y a eu une enquête
23:03fédérale
23:04qui a reconnu
23:04qui est...
23:05Il y a eu des fraudes
23:06je crois.
23:07Oui, oui, oui.
23:08Boeing a caché clairement
23:09des problèmes.
23:09D'abord c'est un,
23:10on va économiser,
23:10faire simple,
23:11on va économiser de l'argent
23:12sur la sécurité
23:13pour faire plus de profit.
23:14Ça s'est établi,
23:14c'est pas un discours syndical
23:16ou de l'humanité,
23:17c'est établi.
23:18Une enquête.
23:18Et après,
23:19une fois qu'il y a eu
23:20plusieurs incidents,
23:21on cache,
23:22on masque les raisons
23:23pour lesquelles
23:25ces incidents ont eu lieu.
23:26Mais clairement,
23:27il y a une logique
23:28qui est établie.
23:29C'est le modèle
23:29de financiarisation
23:30qui arrive au bout.
23:31Mais bon,
23:32ça fait quand même
23:33plusieurs années
23:33que ce modèle arrive au bout.
23:34Il y a eu plusieurs incidents graves,
23:35etc.
23:36Est-ce que ces grèves-là
23:38des salariés
23:39peuvent avoir un impact
23:40sur la prise de conscience
23:41de Boeing
23:42et surtout aussi
23:42des États fédéraux
23:44dire là c'est bon quoi.
23:46Maintenant,
23:46vous arrêtez
23:47de nous cacher des trucs.
23:48Je pense que la direction
23:49de Boeing
23:50ne changera vraiment
23:51que lorsqu'elle y sera obligée.
23:52Donc dans le rapport de force,
23:54évidemment,
23:54une grève des syndicats,
23:55ça compte,
23:56ça marque toujours.
23:57Mais tant qu'il n'y a pas engagement
23:59de l'État fédéral,
24:00du gouvernement,
24:01alors sous Biden,
24:03malgré toutes les insuffisances
24:04de la présidence Biden,
24:05il y avait quand même
24:06un engagement,
24:07notamment lors de la grève
24:08du LW.
24:09Joe Biden a été le premier président
24:11qui s'est pointé
24:12sur un piquet de grève.
24:14Alors bon,
24:14le syndicat a très bien manœuvré
24:16pour l'y amener
24:17parce que le syndicat,
24:18traditionnellement aux États-Unis,
24:21l'immense majorité des syndicats
24:22apporte un soutien à un candidat.
24:24Ça aussi,
24:24c'est une différence
24:24avec la France.
24:26Et l'immense majorité
24:27un candidat démocrate.
24:28Et quand la nouvelle direction
24:29a été élue,
24:30l'EW,
24:30ils ont dit
24:31« Nous,
24:31il n'y a rien d'acquis.
24:33Donc,
24:33on va retirer notre... »
24:35Ça s'appelle aux États-Unis
24:36l'endorsement,
24:37donc c'est vraiment
24:37le soutien officiel.
24:38et il faudra que les candidats
24:40le mérite.
24:41Le mérite,
24:41le mérite,
24:42voilà,
24:42exactement.
24:43Il y avait quelques questions.
24:44J'ai toujours des trucs à raconter.
24:47Ça parle beaucoup du syndicalisme
24:49aux États-Unis.
24:50Oui, c'est juste,
24:51bien sûr,
24:51bien sûr.
24:53En fait,
24:54il y a toujours eu
24:54dans le syndicalisme américain
24:56deux branches.
24:57Une branche très conservatrice.
25:00Je sais que c'est un peu
25:01peut-être compliqué
25:02à entendre
25:02à des oreilles françaises,
25:03mais il y a une branche
25:04très conservatrice
25:04aux États-Unis
25:04qui a prédominé
25:06ces dernières années
25:06et une branche revendicatrice.
25:09Revendicative.
25:10Voilà.
25:10Et le mackartisme,
25:13lors de la fusion
25:14à FL-CIO,
25:15c'est deux branches.
25:16La FL-CIO,
25:17deux syndicats
25:18qui existaient avant la guerre,
25:19qui ont fusionné
25:19après la Seconde Guerre mondiale,
25:21donc pour constituer
25:22une confédération
25:23très, très puissante,
25:26plutôt sur les bases
25:27d'un syndicalisme
25:27de revendication
25:28au départ.
25:29Et puis le mackartisme
25:30est arrivé
25:30et par exemple,
25:32on leur a demandé
25:33à tous les syndicalistes
25:35de signer
25:35des engagements
25:37sur l'honneur
25:38selon lesquels
25:39ils n'étaient pas communistes.
25:40Voilà.
25:40Et donc ça...
25:41Alors certains étaient communistes
25:42parce que les communistes
25:43ont joué un rôle central
25:44dans la création des syndicats
25:45dans les années...
25:47dans les années 30
25:47et pas que dans la création
25:49des syndicats aussi,
25:49dans le mouvement
25:50des droits civiques.
25:51Le Parti communiste
25:51est très, très fort
25:52dans les années 30.
25:54Il était décapité
25:55à partir de 45,
25:566, 7.
25:58Il y a une loi d'ailleurs
25:59qui est assez connue,
26:00c'est la loi
26:01Taft-Hartley de 47
26:03qui vise à mettre
26:05le syndicalisme
26:06au pas.
26:07Et donc certains syndicats
26:08ont signé,
26:09certains syndicalistes
26:10ont signé,
26:11d'autres n'ont pas signé.
26:12Et ça a quand même
26:15affaibli
26:16la branche
26:17la plus revendicative
26:18du syndicalisme américain
26:20pour en faire
26:20en fait
26:20un syndicalisme
26:22de gestion,
26:23de gestion
26:24des acquis.
26:25Alors ces acquis
26:26ont été...
26:26Quand vous étiez syndiqué,
26:29salarié de l'automobile
26:30dans les années 50,
26:32c'était un peu
26:32l'aristocratie
26:33de la classe ouvrière,
26:34c'est-à-dire que vous aviez
26:35un bon contrat,
26:36vous aviez un bon salaire,
26:37un syndicat qui était puissant
26:38puisqu'il regroupait
26:39tout le monde
26:40avec un bon salaire,
26:42une bonne protection sociale
26:43qui n'existe pas
26:44par ailleurs aux Etats-Unis,
26:44qui est fournie par...
26:45Et puis vous pouviez envoyer,
26:47c'est ça en fait fondamentalement
26:48le rêve américain,
26:48c'est ça qui a disparu
26:49ces 20 dernières années,
26:50vous pouviez envoyer vos enfants
26:51à la fac
26:51pour qu'ils deviennent
26:52agents immobiliers,
26:54avocats, médecins
26:54et une sorte de promotion sociale.
26:58Donc c'est ça
26:59que ça représentait.
26:59Donc quand je dis
27:00que c'était la gestion,
27:03le syndicat était un peu
27:04bureaucratique
27:05et géré l'acquis,
27:06c'était cet acquis-là
27:06quand même.
27:07Donc c'était quand même
27:08un acquis qui était
27:09plus favorable
27:09que les années 30.
27:10Regardez.
27:11Et je ne sais plus
27:12pourquoi je voulais dire ça.
27:13C'est bien qu'il parle
27:13du maccartisme.
27:15Oui, oui, tout à fait,
27:15bien sûr, bien sûr.
27:16Et donc à partir des années 60
27:19et particulièrement 70,
27:21c'est le syndicalisme
27:24conservateur
27:25qui l'a emporté.
27:27Et un syndicalisme conservateur,
27:28c'est-à-dire,
27:28c'est un syndicalisme,
27:29on défend
27:32les seuls intérêts
27:33de nos salariés,
27:35y compris au sens
27:36le plus matériel du terrain.
27:37Je me souviens,
27:37j'avais fait il y a
27:38quelques années,
27:40on a un peu de temps,
27:40du coup, Roland n'est pas là.
27:41Bien sûr, bien sûr.
27:42On va dérouler peut-être
27:42sur le syndicalisme
27:43et puis c'est un sujet intéressant.
27:44Oui, oui,
27:44ça intéresse aussi les gens
27:45qui posent des questions.
27:46Oui, j'avais fait un sujet,
27:47c'était en 2013 ou 2014,
27:50peu importe.
27:51J'étais allé faire un truc
27:52sur les traces
27:53de Mohamed Ali
27:54qu'on a publié
27:56au moment de sa mort.
27:58Et donc,
27:58j'étais allé à Louisville
28:01dans le Kentucky
28:03et j'avais rencontré
28:04plein de personnes,
28:08notamment j'avais fait
28:09sur les pas d'Allier
28:10de l'Amérique,
28:11c'est ça ?
28:11C'est celui-là.
28:15Et j'étais allé
28:16notamment à une...
28:18Je ne sais plus exactement
28:19quel syndicat,
28:19enfin, peu importe,
28:20à une réunion
28:21des retraités
28:23du syndicat
28:25à Louisville.
28:25Je voulais un peu voir
28:26tous les aspects
28:30de la vie
28:30de Louisville,
28:31tous ceux
28:31qui avaient éventuellement
28:32connu Mohamed Ali.
28:33Et je me souviens
28:34d'une scène
28:34où je parlais,
28:35il y avait un homme blanc,
28:36une femme blanche,
28:38un homme noir.
28:38Et donc,
28:39je parlais un peu
28:39du syndicat
28:40tel qu'il était
28:40à l'époque.
28:42Et l'homme noir,
28:44donc tout ce monde
28:45du même syndicat,
28:45et l'homme noir me dit
28:47dans les années 70
28:48quand on a commencé
28:48à rentrer dans les usines,
28:51ça a été très très compliqué
28:52parce qu'il y a une partie
28:53des syndiqués
28:53qui étaient contre
28:54l'intégration
28:55de salariés noirs
28:56et même une grande partie
28:58du syndicat
28:59ou d'indication
28:59du syndicat.
29:00Et là,
29:00il y a une gêne,
29:01il y a une sorte
29:02de blanc,
29:03tu sais,
29:03et la femme blanche dit
29:04oui,
29:05enfin nous les femmes
29:05c'était un peu aussi compliqué
29:06quand on est arrivé,
29:07ce qui est aussi vrai,
29:08aussi vrai,
29:09mais...
29:09Oui,
29:10mais pas un comparatif
29:11entre les souffrances
29:12et les discriminations.
29:13Oui, c'est vrai,
29:13en fait on a vécu
29:14la même chose mon gars.
29:16Et à opposer le truc,
29:18tu vois,
29:18bon.
29:19Et donc le syndicalisme américain,
29:21il y a un syndicalisme américain
29:22qui s'est battu
29:23pour les droits civiques,
29:24alors c'est vrai
29:24que l'UEW là aussi
29:25a été très présente
29:26dans les organisateurs
29:27de la marche
29:28de Washington,
29:30de Martin Luther King
29:31et le fameux discours,
29:31on oublie qu'au début
29:32la marche,
29:33c'est pas la marche
29:33pour les droits civiques,
29:34c'est la marche
29:35pour les non officiels,
29:37c'est la marche
29:37pour les emplois.
29:38Et c'est un syndicaliste
29:40noir qui est à l'origine
29:41de cette marche,
29:42qui voulait déjà la faire
29:42dans les années 40
29:43pour mettre la pression
29:44sur Washington
29:45et le gouvernement
29:45et en l'occurrence
29:46sur Roosevelt
29:47pour que Roosevelt
29:47prenne des lois
29:49et que l'UEW
29:51et son syndic,
29:53son chef historique
29:54qui s'appelle
29:55Walter Rother
29:56qui est mort
29:57dans un accident
29:57de l'avion
29:57dans les années 70
29:58étaient présents
29:59et a apporté
30:01toute la logistique,
30:03je cherche mes mots,
30:04à la marche
30:06à Washington.
30:07Donc il y a un syndicalisme
30:08qui a été totalement en lien
30:10avec les mouvements
30:10de la société
30:11et un autre syndicalisme
30:12qui a dit
30:12nous on s'occupe
30:13des problèmes
30:14de nos salariés
30:14dans l'usine,
30:15pas plus.
30:16Je vois quelques questions
30:17dans le chat
30:18mais auxquelles on a déjà
30:19partiellement répondu
30:20donc je vous propose
30:21d'aller voir la rediff.
30:21Par contre,
30:21il y en a une question
30:22qu'on n'a pas encore adressée,
30:23je reviens un peu en arrière,
30:25c'est Donald Trump
30:25dans tout ça.
30:26J'imagine qu'il ne voit
30:26pas dans un très très bon oeil
30:27ces nouveaux mouvements
30:29et cette résurgence
30:30du syndicalisme
30:31aux Etats-Unis.
30:33Quelle réaction il a ?
30:34Est-ce qu'il en a une ?
30:34Est-ce qu'il prend
30:35en considération
30:36ces gens-là
30:37ou est-ce que de toute façon
30:37ça ne l'intéresse pas ?
30:40Donald Trump s'adresse
30:41aux syndiqués
30:42parce qu'à travers
30:42parce que les syndiqués
30:43sont tous les salariés
30:46donc ça a de l'importance
30:48pour lui
30:48et les syndicats
30:49pas du tout.
30:49C'est-à-dire qu'il est
30:50clairement anti-syndical.
30:52D'ailleurs,
30:52l'une de ses premières décisions
30:53quand il est arrivé
30:54à la Maison-Blanche
30:56c'est de virer
30:58une des responsables
30:59du...
30:59Alors aux Etats-Unis
31:01les relations sociales
31:02sont gérées par un organe
31:05fédéral indépendant
31:06du gouvernement
31:06qui s'appelle
31:08NLRB
31:09National Labor
31:10Relation Board
31:12et où...
31:13Enfin qui est indépendant
31:13mais semi-indépendant
31:14parce que quand même
31:14c'est le gouvernement fédéral
31:16qui nomme...
31:17Et donc celle qui avait été nommée
31:18était là par Biden
31:20et elle était
31:20très pro-syndicale
31:22et le premier truc de Trump
31:22c'était de la virer.
31:23Donc Trump est contre
31:24les syndicats
31:25mais en revanche
31:25évidemment les syndiqués
31:26l'intéressent
31:27et aux syndiqués
31:28il a développé un discours
31:30la mondialisation
31:31vous a arnaqué
31:32c'est de la faute
31:33des démocrates
31:34ils ont vendu
31:34vos emplois
31:35à la Chine
31:36au Mexique
31:37et maintenant
31:38ce sont les immigrants
31:42notamment mexicains
31:43sud-américains
31:43qui viennent
31:44vous voler
31:44vos emplois.
31:46Donc de quelle eue
31:47ils voient
31:48cette résurgence-là ?
31:49Ah bah la résurgence
31:50des syndicats
31:51ils la voient
31:51d'un mauvais oeil
31:52parce que c'est
31:54tout ce qu'il peut
31:54porter atteinte
31:55à son discours
31:58et puis à ses amis
32:00ses amis
32:01millionnaires
32:01ou milliardaires
32:02voilà.

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