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  • il y a 2 minutes
Coronavirus : quand l'hôpital de Creil, où fut accueilli le premier patient français décédé, n'a plus de service mobile et de réanimation. L'urgentiste Loïc Pen, médecin à l’hôpital de Creil dans l’Oise, alerte sur la situation des Urgences : « on met en péril la médecine de secours des gens, ce n’est pas acceptable ». Il réclame un plan d’urgence pour l’hôpital public afin de venir en aide aux populations.

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Transcription
00:00On a une stratégie qui a été définie, une stratégie gouvernementale,
00:04qui est de contenir une épidémie, le coronavirus.
00:06Pour l'instant, on n'est pas en phase épidémique, on a quelques cas en France,
00:09mais c'est une potentielle épidémie mondiale.
00:12Donc, leur stratégie, c'est d'isoler les patients en contact
00:15pour que l'épidémie ne démarre pas.
00:17Alors bon, c'est une stratégie qui se défend,
00:20sauf que faire ça, ça veut dire qu'on vient d'isoler brutalement
00:25tous les soignants qui étaient en contact avec un patient atteint du coronavirus.
00:30Sauf que, vu la situation des hôpitaux,
00:33qui est celle qu'on connaît,
00:35il y a un mouvement de grève depuis plusieurs mois des urgences,
00:37qui est maintenant étendu à l'ensemble du monde hospitalier,
00:39on est rincé par une politique d'austérité qui dure depuis des dizaines d'années.
00:45Donc, quand on fait ça, on arrête la médecine du quotidien,
00:48parce qu'évidemment, on pense au coronavirus,
00:51sauf que moi, comme urgentiste travaillant à Creil,
00:53et j'y travaille demain, je suis garde demain,
00:54je me dis, mais que vais-je faire des patients graves
00:57qui ne peuvent plus aller en rien,
00:59il va falloir que les transferts sur Compiègne-Beauvais,
01:02par ailleurs, on a mis fin aussi à des premiers secours,
01:05c'est-à-dire qu'il n'y a pas de SMUR aujourd'hui
01:07sur le GHPSO, l'hôpital de Creil et de Saint-Lys.
01:10Donc, on a tout un bassin de population
01:12qui, finalement, n'a plus de secours primaire
01:13et n'a pas de réanimation.
01:16C'est un signe, c'est le signe aussi
01:17qu'on n'est pas capable de faire face
01:19à une situation pareille.
01:20Alors, ça ne pourra pas durer,
01:22c'est-à-dire que si l'épidémie démarre vraiment,
01:24c'est-à-dire que si on a beaucoup de patients atteints,
01:26on ne pourra pas mettre tous les soignants à la maison,
01:29parce que sinon, on va fermer tous les hôpitaux,
01:31on va avoir un problème majeur.
01:32Donc ça, c'est, je veux bien l'entendre,
01:34une première démarche,
01:36sauf que dans un cadre d'austérité à l'hôpital,
01:40immédiatement, on n'est pas capable
01:42d'assurer le quotidien.
01:43Donc ça pose un vrai problème.
01:44On n'a plus qu'à espérer
01:45qu'il n'y aura pas de catastrophe,
01:46c'est-à-dire qu'il n'y aura pas quelqu'un
01:48qui a vraiment besoin d'un SMUR
01:49de façon très aiguë
01:50ou qu'il n'y aura pas d'un gros accident
01:52ou un accident industriel ou que sais-je.
01:54Parce que là, on est quand même,
01:56c'est une stratégie du ministère,
01:58donc Creil n'a même pas le choix, finalement,
02:00enfin, le GHPHO n'a même pas le choix,
02:01on nous a dit,
02:02vous mettez des médecins en quatorzaine,
02:05c'est-à-dire qu'à 14 jours,
02:06ils sont à la maison.
02:07Donc à partir de là,
02:08vu où on en est de nos effectifs
02:10qui sont déjà réduits
02:10avec des médecins qui sont partis
02:11de cet hôpital,
02:12comme partout en France,
02:13les médecins urgentistes,
02:14c'est pas un scoop,
02:15s'en vont des hôpitaux
02:16parce que les conditions de travail,
02:18les moyens matériels pour travailler
02:20sont catastrophiques.
02:21Donc là, évidemment,
02:23dès qu'on a une situation de ce genre,
02:24on n'est plus capable d'assurer.
02:26Et je trouve qu'il faut qu'à un moment donné,
02:28il y ait une réflexion,
02:29on m'annonce depuis longtemps,
02:31je suis syndical à la CGT,
02:33donc ce n'est pas quelque chose de neuf qu'on dit.
02:37Mais on ne peut pas nous dire,
02:40faire des grandes déclarations,
02:41oui, on va juguler cette épidémie,
02:43le système français est prêt.
02:44Non, le système français n'est pas prêt.
02:46Et peut-être qu'on en urgence
02:48donner des moyens d'agir
02:49parce qu'en effet,
02:51avec les consignes qui nous sont données,
02:53on met en péril la médecine du quotidien,
02:55la médecine de secours des gens.
02:56Donc ça, ce n'est pas acceptable.
02:58Et on ne peut pas se contenter
03:00d'avoir des consignes depuis le ministère
03:02qui nous disent,
03:02vous mettez ces médecins-là au rencard
03:04ou ces infirmières-là au rencard
03:05pour 14 jours,
03:07et on ne fait rien.
03:08Gérez, gérez la situation.
03:10Non, si vous prenez une décision pareille,
03:13donnez-nous de l'aide,
03:14faites appel à la réserve sanitaire,
03:15faites appel à l'armée si besoin,
03:16mais on ne peut pas laisser des populations
03:18comme ça avec une situation
03:20de prise en charge dégradée.
03:21Et puis, au plus long cours,
03:23il faut réinvestir massivement
03:24sur les hôpitaux.
03:25On ne peut pas continuer à avoir
03:27d'année en année
03:28des objectifs de dépense
03:29de l'assurance maladie
03:30qui nous font perdre des moyens.
03:32CREI, finalement,
03:33c'est un départ.
03:34C'est-à-dire que la stratégie,
03:36c'est de confiner
03:37les sources de contamination.
03:39Si l'épidémie serait pendée,
03:41on ne pourra pas avoir cette stratégie.
03:42Sinon, on ne peut pas fermer
03:43tous les hôpitaux.
03:44Donc, il faudra raisonner autrement.
03:46Et de toute façon,
03:47on doit commencer
03:48à raisonner autrement.
03:50Ce qui nous arrive, là,
03:51comme information
03:52des virologues chinois,
03:53des virologues français,
03:55c'est que, finalement,
03:57on a là un virus
03:57qui n'est pas extraordinaire.
03:58Le coronavirus,
03:59ce n'est pas le premier
04:00en circulation.
04:00On en a eu d'autres.
04:02C'est le quatrième.
04:03Et que sa létalité, finalement,
04:06est de l'ordre
04:06de celle de la grippe.
04:08On est quand même là-dessus.
04:09C'est-à-dire que, finalement,
04:10c'est une espèce
04:11de nouvelle grippe.
04:13Alors, il y a une nouveauté,
04:14quand même,
04:14qui nous inquiète,
04:15c'est qu'on a eu, là,
04:16des décès de soignants
04:17qu'on n'a traditionnellement
04:18pas avec la grippe.
04:19La grippe touche plutôt
04:20des personnes
04:21avec des comorbidités
04:23qui sont déjà malades
04:24ou d'autres choses.
04:25Là, on a quand même
04:26des gens qui ont été touchés
04:27de façon inhabituelle.
04:28Donc, on ne sait pas encore bien.
04:30Mais la létalité globale
04:31semble être de l'ordre
04:32de celle de la grippe.
04:33Et on va, très rapidement,
04:34si l'épidémie se répandait,
04:36devoir résonner
04:37en traitement ambulatoire.
04:38C'est-à-dire que,
04:40on ne va pas confiner
04:41des patients
04:41au sein de nos hôpitaux
04:43alors que, depuis des années,
04:44on nous a supprimé des lits
04:45et qu'on est déjà à l'os
04:46parce que l'hôpital public
04:47est à l'os.
04:48Et de toute façon,
04:49on n'est pas capable
04:49de faire face à une épidémie
04:51qui serait nécessaire
04:52à prendre en hospitalisation.
04:53Il va falloir résonner
04:54en confinement à la maison
04:55si on a besoin,
04:56comme on fait pour la grippe.
04:58C'est-à-dire que vous avez la grippe,
04:59vous ne sortez pas,
04:59vous n'allez pas faire vos courses,
05:00vous mettez un masque
05:01pour ne pas vous embrasser
05:02pas vos enfants
05:03et puis vous attendez
05:03que ça passe
05:04avec des soins symptomatiques.
05:06On va être plutôt
05:07sur ce type de raisonnement
05:08si l'épidémie se développe.
05:10Mais si elle était grave,
05:12si ce qu'on apprécie
05:13aujourd'hui était faux,
05:15je pense que ce n'est pas faux.
05:16Je pense qu'on n'est pas
05:16sur quelque chose
05:17de catastrophique.
05:18Ce n'est pas la grande épidémie
05:21de peste.
05:22On n'est pas là-dessus.
05:25Mais si par contre,
05:26c'était un peu plus compliqué
05:26et qu'on avait de nombreux patients
05:28qui nécessitaient
05:29des soins hospitaliers,
05:30oui, on va être en difficulté
05:32parce que non,
05:33nous ne sommes absolument pas prêts.
05:35On ne peut pas imaginer
05:36que tous les jours
05:37de cette année,
05:38on a eu des urgences engorgées,
05:40des difficultés hospitalisées,
05:41des patients,
05:42des médecins qui décident de partir,
05:43des infirmières qui rendent
05:44leur tablier
05:44et qu'en période d'épidémie,
05:46tout à coup,
05:47l'hôpital public serait guéri
05:48et qu'on serait en pleine forme
05:50pour accueillir
05:50quelque chose de plus grave.
05:51Non, évidemment,
05:52les politiques délétères,
05:53on les a depuis à peu près 30 ans.
05:55Elles ont mis l'hôpital public
05:57à genoux
05:57et là, il est temps
05:58de changer de braquet
05:59parce que moi,
06:00j'attends avec impatience
06:01et je l'ai dit
06:03de façon très crue,
06:04j'espère qu'à la prochaine épidémie,
06:06on aura changé de gouvernement
06:06et qu'on aura
06:08une politique de santé progressiste
06:09parce que si celle-là
06:10doit nous donner quelque chose,
06:12c'est une véritable alerte.
06:13on voit bien que
06:15malgré des logiques
06:16de prise en charge,
06:18d'isolement,
06:18de tout ce qu'on veut,
06:19ça pose des problèmes majeurs
06:21sur l'organisation
06:21de l'hôpital public
06:22qui ne peut plus résister aujourd'hui
06:23et si on continue comme ça
06:25avec les mêmes,
06:26l'hôpital public
06:27ne va plus être capable
06:28du tout
06:29de remplir ses missions.
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