- il y a 13 heures
Quel rôle va pouvoir jouer le Parlement européen après des élections qui ont renforcé le camp libéral, la droite et l'extrême droite ? Entretien avec le député européen Patrick Le Hyaric (GUE-GVN) à l'occasion de l'installation de la nouvelle assemblée. Avec Jean-Jacques Régibier, journaliste.
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00:00...
00:11Patrick Loyari, bonjour.
00:12Bonjour.
00:13Vous êtes député européen de la gauche unitaire européenne de la précédente législature.
00:17Vous êtes également, je le rappelle, le directeur de l'Humanité.
00:20Un nouveau Parlement a été élu il y a un peu plus d'un mois maintenant.
00:25Quelle analyse faites-vous de ce vote ?
00:27On va peut-être commencer à parler de ce qui se passe, de ce qui s'est passé au niveau
00:31des 28 pays de l'Union européenne.
00:34Quelles sont, selon vous, un peu les lignes de force qui marquent cette élection, cette dernière élection ?
00:40Les lignes de force, c'est ce qui a été dit à plusieurs reprises, c'est-à-dire une montée
00:44des extrêmes droites, des droites conservatrices,
00:48une difficulté pour l'ensemble des forces de gauche et progressistes.
00:52Et ceci me traduit à un paysage de division extrêmement inquiétant, extrêmement préoccupant pour les populations, pour les salariés dans
01:04leur ensemble.
01:04Un Parlement plus libéral, plus conservateur finalement que le précédent, c'est ce qui ressort quand même de cette élection.
01:11Oui, parce que l'alliance entre l'alliance aujourd'hui de la droite classique du PPE, de l'extrême droite,
01:19des droites extrêmes,
01:21auxquelles il faut ajouter le groupe central des libéraux, l'ancien groupe de Aldé, dans lequel siègent aujourd'hui les
01:28partisans du président de la République française,
01:30tout ça fait un bloc qui n'est pas très favorable aux populations.
01:35D'ailleurs, ils se sentent les coups des franches.
01:37S'ils ne se sentaient pas les coups des franches, ils n'auraient pas signé l'accord avec le Mercosur
01:41comme ils l'ont fait il y a deux jours.
01:43On va y revenir parce qu'effectivement on est dans les travaux pratiques là, si on peut dire.
01:46Revenons un petit peu tout de même au vote en France.
01:49Même question, qu'est-ce qui a marqué selon vous ce vote ?
01:52C'est la même tendance, c'est que même si on a eu un supplément de participation dans les deux
01:58ou trois derniers jours,
01:59une montée du vote écologiste également dans la dernière semaine, dans les trois, quatre derniers jours,
02:06c'est quand même un affaissement considérable de l'ensemble de la gauche dans sa diversité.
02:11Et ce duo qui a été installé pendant la campagne des élections européennes n'a pas porté sur les enjeux
02:18européens.
02:19C'est-à-dire que ce duo a porté une seule question, qui sera en tête au premier tour ?
02:26Ça a été le cas de l'extrême droite qui a mené campagne là-dessus, mais ça a été également
02:30le cas du président de la République.
02:31Mais pour quel résultat aujourd'hui ?
02:33C'est que ni l'un ni l'autre aujourd'hui n'ont de propositions positives à offrir aux populations.
02:43M. Macron est empêtré dans son arrogance au sein du Conseil européen et qui va aboutir à une nomination de
02:53dirigeant européen
02:55qui ne sera pas dans le sens ni du progrès social ni du progrès démocratique et écologique.
03:02Quant à l'extrême droite, elle tire l'ensemble vers la droite.
03:06Revenons aux forces de vote à gauche, on va continuer à l'appeler comme ça tout de même.
03:11Parlons peut-être du groupe communiste.
03:13Tout le monde a reconnu que la campagne de Yann Brossard était une bonne campagne, vous y avez participé.
03:18Pourtant, le résultat est décevant. Comment l'expliquez-vous ?
03:21Vous venez de le dire en partie, mais comment expliquez-vous ?
03:23C'est l'ensemble de la gauche qui est faible. Une liste du Parti communiste, même une liste de rassemblement
03:30du Parti communiste,
03:31ne peut pas s'en sortir dans une situation où la gauche est si faible, où à la fois le
03:37Parti socialiste, les Insoumis, Génération,
03:40au total, tout ça fait une gauche faible. Et donc, dans un cadre comme celui-là, le Parti communiste ne
03:46peut pas tirer son épingle du jour.
03:47Donc, la question fondamentale qui nous est posée est une question culturelle et idéologique.
03:53C'est-à-dire, nous avons, pour une part importante, perdu la bataille culturelle et la bataille idéologique.
04:00Et ceci n'est pas un phénomène local, ce n'est pas un phénomène français, c'est un phénomène mondial,
04:06malheureusement.
04:08Et c'est à cela qu'il faut aujourd'hui s'attaquer, c'est-à-dire reconstruire un projet mondial,
04:14universel,
04:15de transformation sociale, démocratique et environnementale.
04:20Le vote écologique, vous le disiez, a été un peu l'exception à la règle générale.
04:26Pour quelles raisons, selon vous ? Et qu'est-ce que ça représente ? Qu'est-ce que ça signifie,
04:29ce frémissement ?
04:31Parce que ce n'est pas non plus un vote extravagant, ni au niveau européen, ni au niveau français.
04:36Mais qu'est-ce que ça signifie, cette montée du vote écologiste, qui a un peu presque, dès le départ,
04:43été détourné.
04:44Je parle de la situation des écologistes français, qui ont donné une interprétation presque nationale de ce vote,
04:50en disant que l'objectif, il serait là d'ailleurs, que l'objectif futur, c'était de préparer les élections
04:54en tant qu'écologistes.
04:56Oui, mais il y a la préoccupation environnementale, elle est très très importante aujourd'hui.
05:02C'est une question qui était en train de même, de dépasser la question de l'urgence sociale,
05:08alors qu'elle devrait fonctionner d'un même pied.
05:10D'autre part, la division à gauche, le fait qu'il y ait une difficulté à percevoir un projet de
05:18transformation,
05:19a favorisé la mobilisation de populations, de jeunesse, de secteurs de la société,
05:27qui ont utilisé ce vote-là pour donner un message.
05:30Mais ce n'est pas un vote exceptionnel, parce qu'on a déjà connu plus important,
05:38et ce n'est pas non plus un vote dont on peut penser qu'il est définitivement ancré.
05:44Seulement, c'est vrai qu'il y a un courant aujourd'hui qui porte la nécessité de la préservation de
05:51l'humanité
05:52et de la planète et qui se retrouve dans de nombreux pays européens dans ce vote-là.
05:59Qu'est-ce que cette nouvelle composition du Parlement européen augure de ce que pourra être son mandat ?
06:04On l'a souvent dit ici, le Parlement européen est une des institutions européennes relativement quand même sous contrôle,
06:11très limitée dans ses pouvoirs, on le rappelle également.
06:14On a presque l'impression que là, effectivement, comme vous le disiez,
06:17c'est renforcé par le fait qu'on va avoir plutôt une majorité conservatrice.
06:22Qu'est-ce qu'on peut imaginer que va pouvoir faire ce Parlement dans cette situation actuelle ?
06:29Il faut que les populations, que les salariés, les travailleurs dans leurs entreprises,
06:35les organisations non gouvernementales, qu'il s'agisse de celles et ceux qui défendent les droits des migrants,
06:41que celles et ceux qui défendent le droit du travail et une sécurité dans le travail et l'emploi,
06:49que celles et ceux qui sont préoccupés par les enjeux climatiques,
06:52celles et ceux qui veulent une politique agricole commune qui soit conforme à la fois aux intérêts des agriculteurs
06:59et à ceux des consommateurs, se mobilisent.
07:03C'est cette mobilisation-là qui peut infléchir un certain nombre de choses,
07:07à la fois vis-à-vis du Conseil européen, qui est composé d'être chef d'État et de gouvernement,
07:12et du Parlement européen lui-même.
07:14Les députés progressistes dans ce Parlement européen vont avoir une tâche difficile.
07:20On voit mal quel type de majorité aujourd'hui à laquelle ils peuvent se rallier ou qu'ils peuvent constituer.
07:27Qu'est-ce qu'ils vont faire de plus qu'être finalement, bon, ce que vous dites,
07:30des lanceurs d'alerte, des gens qui mettent leur nez un petit peu dans ce qui se trame au niveau
07:35des institutions européennes ?
07:37Quel peut être leur rôle ?
07:38C'est comme toujours au Parlement européen.
07:40Il faut à la fois, évidemment, être lanceur d'alerte, comme vous dites, mais ce n'est pas suffisant.
07:46Il faut quand même travailler sur des objectifs sociaux, démocratiques et environnementaux
07:52en cherchant des alliances avec d'autres.
07:56Que la gauche cherche des alliances, mais au-delà d'elles, sur un certain nombre de sujets,
08:00il faudra travailler à des compromis politiques, mais des compromis politiques qui ne soient pas des compromissions,
08:07des compromis qui soient positifs au service des gens et de l'environnement.
08:12On a presque, vous le disiez il y a quelques secondes, des travaux pratiques
08:16avec la signature de l'accord de commerce avec les pays d'Amérique latine, le Mercosur.
08:21Quels vont être... Alors, ça a été signé sans l'avis du Parlement.
08:25Non, ça, c'est la manière dont ça fonctionne.
08:27On vote, la Commission européenne décide, et ensuite, on demande l'avis du Parlement européen.
08:32Quelles vont être les conséquences ?
08:34Parce qu'il y a un mouvement, là, du coup, qui s'est dessiné dès qu'on a appris, là,
08:39au début de l'été,
08:40que finalement, cet accord venait d'être signé.
08:44On a vu un mouvement de protestation fort se lever.
08:48Quelles vont être les conséquences de cet accord ?
08:51Par exemple, pour l'élevage européen, et aussi pour l'agriculture, au Brésil, par exemple, ou dans les pays d
08:58'Amérique.
08:58Oui, il faut, contre cet accord, créer une alliance entre les consommateurs, les agriculteurs, les salariés, dans leur ensemble,
09:09parce que ça va être un véritable ouragan contre nos économies et contre l'environnement.
09:15Il faut savoir qu'au Brésil, on utilise 250 pesticides et produits phytosanitaires interdits dans l'Union européenne.
09:24Il faut savoir que là-bas, on utilise les hormones de croissance dans les élevages,
09:29et l'hormone tout court pour faire gonfler la viande.
09:34Il faut savoir que là-bas, on détruit la forêt amazonienne pour nous refourguer du soja,
09:39qui sert ici à développer des usines à lait et à viande.
09:42Donc, par quelques bouts qu'on prenne ce texte, il est fondamentalement mauvais.
09:48Mais il est fondamentalement mauvais pour les travailleurs et les paysans européens,
09:52mais fondamentalement mauvais pour les travailleurs et les paysans,
09:56souvent sans terre, au Brésil et en Argentine.
10:00Par conséquent, il faut monter la gamme là-dessus,
10:04créer une nouvelle alliance internationale avec les salariés brésiliens, argentins,
10:11contre les méfaits de textes comme ça, de libre-échange totalement ultralibéraux.
10:18J'ajoute que M. Juncker se précipite à signer ça, alors qu'il est totalement en fin de mandat,
10:23pour un traité que nous sommes en train de discuter depuis 1999.
10:29Et donc, aujourd'hui, il est à la fin de son mandat et il fait ce cadeau au président proto
10:37-fasciste brésilien
10:41et avec le président argentin qui, lui aussi, est en fin de mandat.
10:46Par conséquent, il ne faut pas laisser faire ça.
10:48Il ne faut pas laisser faire ça.
10:50On a dit aussi, il y a eu un peu la même chose qui s'est produit à l'occasion
10:54du CETA, bien entendu,
10:55c'est que l'affaire n'est pas terminée, il faut le dire, l'affaire n'est pas terminée,
10:58elle va revenir en France, la France doit, le Parlement français doit donner son avis.
11:04La bataille est perdue ou il y a encore un... comment vous voyez le choix ?
11:07D'abord, le Parlement français doit demander à pouvoir se prononcer sur cet accord-là
11:13et il devrait même demander une mission d'évaluation sur les conséquences d'un tel accord
11:19parce qu'il n'est pas sûr que le gouvernement l'envoie en débat au Parlement français
11:23parce que ce n'est pas obligatoire.
11:25C'est différent du cas du CETA ou avant du traité avec les États-Unis.
11:31Le Parlement européen aura de toute façon à se prononcer.
11:34Mais je crois que c'est les syndicats, les organisations non gouvernementales,
11:38les parlementaires, les élus locaux, régionaux,
11:43qui doivent sans attendre créer ce front commun pour empêcher ce texte d'être mis en œuvre
11:51parce qu'avec l'importation de presque 100 000 tonnes de viande bovine et autant de viande de volaille,
11:58autant dire que c'est une hécatombe généralisée pour un certain nombre de régions dans notre pays.
12:03Ce qu'on est en train de dire là, ça veut dire qu'un petit un,
12:07le travail au niveau de ce qui se passe dans l'Union européenne est important et fondamental
12:13puisque effectivement un certain nombre de choses fondamentales,
12:16on le dit là pour ces accords de commerce, en dépend, la vie des gens en dépend.
12:21Et en même temps, on dit aussi qu'une partie du travail qui doit être fait,
12:25ce n'est pas simplement au niveau d'un député européen,
12:28mais c'est à l'extérieur, en partie, que le Parlement européen doit puiser ses forces,
12:33doit puiser ses idées et sa manière de faire.
12:35Oui, tout à fait.
12:37Évidemment, les parlementaires européens auront leur rôle à jouer,
12:40mais je crains que le rapport de force ne soit pas très favorable.
12:44On a eu des cas ces derniers mois où, par exemple, le traité avec le Japon,
12:49il est passé malheureusement comme une lettre à la poste.
12:51Nous n'avons pas trouvé de majorité, même de minorité de blocage dans le Parlement européen pour le contrer.
12:57Donc, il faut faire le travail qui est nécessaire au Parlement européen.
13:00Mais nous, nous voulons nous mettre à la disposition d'un mouvement pluraliste
13:05et de professions très différentes pour contrer cela.
13:09On ne peut pas laisser cette hécatombe se produire avec toutes les conséquences que cela aura.
13:15Vous allez continuer, vous, votre investissement militant dans les questions européennes.
13:20Oui, j'ai toujours été soucieux à la fois des enjeux agricoles et alimentaires
13:26et des enjeux liés à la mondialisation.
13:30Et évidemment, je vais continuer ça parce que nous restons des internationalistes.
13:35Bon, vous reviendrez de temps en temps ici, alors, Patrick Le Yarrick.
13:38Merci beaucoup.
13:39Merci.
13:39Au revoir.
13:39Sous-titrage Société Radio-Canada