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  • il y a 7 minutes
L’accumulation des mécontentements et la hausse du prix du ticket de métro a plongé Santiago, la capitale chilienne, dans une profonde crise sociale. Pour Franck Gaudichaud, spécialiste du Chili et des mouvements sociaux en Amérique latine, cette colère est le fruit de trop fortes inégalités sociales.

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Transcription
00:00Pour tous ceux qui vivent au Chili, c'était quelque chose qui devait arriver.
00:04On le sentait.
00:06Ça fait des années que les gens n'en peuvent plus.
00:16On voit qu'il y avait une accumulation de mécontentement dans plusieurs champs sociaux.
00:24Et puis là, la question du transport, ça a fait exploser ce mécontentement.
00:30En sachant que ce n'est pas seulement une goutte d'eau, puisque le métro est un des plus chers
00:35des Amériques,
00:37il est sur les prix du métro de New York.
00:40C'est plus d'un euro le billet de métro.
00:43Alors que les travailleurs chiliens gagnent en moyenne, la moitié d'entre eux gagnent moins de 500 euros par mois.
00:51Donc c'est quand même sur un sujet très sensible qui affecte la vie quotidienne des 5 millions, 6 millions
00:58d'habitants de Santiago.
00:58Si on regarde le revenu moyen par habitant, on peut dire que c'est un pays intermédiaire, membre de l
01:06'OCDE.
01:07Pour certains, c'est même un pays sorti de la voie de développement, qui est riche.
01:14Mais en fait, ça c'est vraiment la façade du modèle néolibéral chilien, qui a été mis en place, rappelons
01:20-le, sous la dictature de Pinochet.
01:22Un modèle économique qui n'a pas été fondamentalement modifié par la suite, et qui est un des plus inégalitaires
01:28de l'OCDE et aussi de l'Amérique latine.
01:33Et donc ce sont ces inégalités qui sont au cœur de la dynamique de cette révolte populaire, qui est aussi
01:39une émeuture urbaine.
01:44C'est ça qui est intéressant, c'est que, en tout cas, ce n'est pas une force politique organisée,
01:48ce n'est pas un syndicat.
01:50On peut dire que tout le monde a été débordé dans les formes organisées, instituées.
01:56Ce sont les jeunes, les très jeunes, lycéens, collégiens et étudiants, qui, à un moment donné, ont commencé à sauter
02:03les tourniquets, à dire on ne va pas payer, on ne peut plus payer.
02:08Notre niveau d'endettement est tellement fort.
02:11Le Chili, pour les étudiants, ce sont parmi les plus endettés de la planète.
02:15L'éducation est l'une des plus chères par tête et par pouvoir d'achat.
02:21Donc ça, c'est aussi au cœur de la machine de l'explosion sociale.
02:24Et donc, ce sont les jeunes, d'abord, des jeunes qui n'ont pas vécu la dictature, qui se rappellent
02:29des grandes mobilisations de 2011, notamment.
02:31Et ensuite, derrière eux, tout un tas de secteurs sociaux, il y a eu des quartiers populaires, mais aussi, on
02:36a vu des quartiers dits de classe moyenne,
02:41Niugua, par exemple, dans le centre de Santiago, sortir avec les casseroles, se mobiliser dans la rue.
02:45Donc c'est vraiment transclassiste, on peut dire.
02:51Ces brèches, ces fissures, elles sont notamment sur la santé.
02:56Un système de santé à deux vitesses, où il y a le secteur public pour les plus modestes, les plus
03:02pauvres.
03:02Et ensuite, un secteur ultra-moderne, mais privatisé.
03:06L'éducation.
03:07Et là, on a vu, ces dernières années, le Chili a été parcouru de grandes mobilisations étudiantes, notamment en 2011.
03:13Mais ensuite, par la suite, on a vu des occupations massives d'universités, pour contester le modèle de marchandisation de
03:21l'éducation.
03:22Même dans l'université publique, il faut payer l'équivalent d'un salaire minimum pour pouvoir étudier.
03:28Donc c'est considérable.
03:30Troisièmement, les retraites.
03:32Un système de retraite entièrement capitalisé, privatisé, en 1981, par le frère du président actuel,
03:39le président de Pignévin, durant la dictature.
03:42Donc ce n'est pas rien.
03:43D'ailleurs, un système de retraite devrait nous faire réfléchir, nous ici en France aussi, sur quel type de retraite
03:48on veut.
03:53Ceux qui ont vécu la dictature, ça leur fait froid dans le dos.
03:57Ils ont l'impression de revenir 25 ans en arrière, 30 ans en arrière.
04:01Ils se rappellent concrètement le couvre-feu.
04:04Ils l'ont vécu pendant la dictature du général Pinochet.
04:06L'état d'urgence en permanence.
04:09Donc en ce sens-là, il y a des témoignages de micros de rue qui sont glaçants.
04:15Ça montre un gouvernement qui est aux abois, qui est incapable de gérer cette situation de révolte sociale.
04:21En même temps, il y a des pillages, il y a des scènes de violences de rue.
04:25Et là, de plus en plus, des acteurs sociaux, même des responsables politiques, se demandent comment ça se fait qu
04:32'il y a autant de pillages comme ça, sans qu'il n'y ait aucun contrôle.
04:37Une petite question aussi, si on ne laisse pas se dégrader la situation, justement pour mettre de côté les mobilisations
04:45sur les revendications concrètes par rapport au transport et au modèle néolibéral en général.
04:56Du côté de ce qui est la nouvelle gauche, le front ample, le front large, Frente Amplio, il y a
05:02eu vraiment du retard à l'allumage, on va dire.
05:04Ils ont eu du mal à se positionner rapidement.
05:07Leur première déclaration était très timide en disant fin à la hausse du prix du billet, fin à l'état
05:15d'urgence, mais sans se positionner plus largement.
05:18Et du côté de l'opposition, disons, qui était la concertation, qui a été au pouvoir pendant 20 ans, de
05:261990 à 2010, il y a eu une déclaration tout à fait étonnante qui justifiait la répression,
05:32jusqu'à ce que quand même, dernièrement, là, il y ait un retournement.
05:36L'ancien président Ricardo Lagos a dénoncé le président Piñera, qui a quand même parlé d'état de guerre, avec
05:44des mots tout à fait effrayants.
05:46Et donc là, l'opposition a quand même repris son rôle d'opposition, mais ça reste très timide.
05:52Elle, perspective politique pour ce mouvement de révolte sociale.

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