00:00Pour tous ceux qui vivent au Chili, c'était quelque chose qui devait arriver.
00:04On le sentait.
00:06Ça fait des années que les gens n'en peuvent plus.
00:16On voit qu'il y avait une accumulation de mécontentement dans plusieurs champs sociaux.
00:24Et puis là, la question du transport, ça a fait exploser ce mécontentement.
00:30En sachant que ce n'est pas seulement une goutte d'eau, puisque le métro est un des plus chers
00:35des Amériques,
00:37il est sur les prix du métro de New York.
00:40C'est plus d'un euro le billet de métro.
00:43Alors que les travailleurs chiliens gagnent en moyenne, la moitié d'entre eux gagnent moins de 500 euros par mois.
00:51Donc c'est quand même sur un sujet très sensible qui affecte la vie quotidienne des 5 millions, 6 millions
00:58d'habitants de Santiago.
00:58Si on regarde le revenu moyen par habitant, on peut dire que c'est un pays intermédiaire, membre de l
01:06'OCDE.
01:07Pour certains, c'est même un pays sorti de la voie de développement, qui est riche.
01:14Mais en fait, ça c'est vraiment la façade du modèle néolibéral chilien, qui a été mis en place, rappelons
01:20-le, sous la dictature de Pinochet.
01:22Un modèle économique qui n'a pas été fondamentalement modifié par la suite, et qui est un des plus inégalitaires
01:28de l'OCDE et aussi de l'Amérique latine.
01:33Et donc ce sont ces inégalités qui sont au cœur de la dynamique de cette révolte populaire, qui est aussi
01:39une émeuture urbaine.
01:44C'est ça qui est intéressant, c'est que, en tout cas, ce n'est pas une force politique organisée,
01:48ce n'est pas un syndicat.
01:50On peut dire que tout le monde a été débordé dans les formes organisées, instituées.
01:56Ce sont les jeunes, les très jeunes, lycéens, collégiens et étudiants, qui, à un moment donné, ont commencé à sauter
02:03les tourniquets, à dire on ne va pas payer, on ne peut plus payer.
02:08Notre niveau d'endettement est tellement fort.
02:11Le Chili, pour les étudiants, ce sont parmi les plus endettés de la planète.
02:15L'éducation est l'une des plus chères par tête et par pouvoir d'achat.
02:21Donc ça, c'est aussi au cœur de la machine de l'explosion sociale.
02:24Et donc, ce sont les jeunes, d'abord, des jeunes qui n'ont pas vécu la dictature, qui se rappellent
02:29des grandes mobilisations de 2011, notamment.
02:31Et ensuite, derrière eux, tout un tas de secteurs sociaux, il y a eu des quartiers populaires, mais aussi, on
02:36a vu des quartiers dits de classe moyenne,
02:41Niugua, par exemple, dans le centre de Santiago, sortir avec les casseroles, se mobiliser dans la rue.
02:45Donc c'est vraiment transclassiste, on peut dire.
02:51Ces brèches, ces fissures, elles sont notamment sur la santé.
02:56Un système de santé à deux vitesses, où il y a le secteur public pour les plus modestes, les plus
03:02pauvres.
03:02Et ensuite, un secteur ultra-moderne, mais privatisé.
03:06L'éducation.
03:07Et là, on a vu, ces dernières années, le Chili a été parcouru de grandes mobilisations étudiantes, notamment en 2011.
03:13Mais ensuite, par la suite, on a vu des occupations massives d'universités, pour contester le modèle de marchandisation de
03:21l'éducation.
03:22Même dans l'université publique, il faut payer l'équivalent d'un salaire minimum pour pouvoir étudier.
03:28Donc c'est considérable.
03:30Troisièmement, les retraites.
03:32Un système de retraite entièrement capitalisé, privatisé, en 1981, par le frère du président actuel,
03:39le président de Pignévin, durant la dictature.
03:42Donc ce n'est pas rien.
03:43D'ailleurs, un système de retraite devrait nous faire réfléchir, nous ici en France aussi, sur quel type de retraite
03:48on veut.
03:53Ceux qui ont vécu la dictature, ça leur fait froid dans le dos.
03:57Ils ont l'impression de revenir 25 ans en arrière, 30 ans en arrière.
04:01Ils se rappellent concrètement le couvre-feu.
04:04Ils l'ont vécu pendant la dictature du général Pinochet.
04:06L'état d'urgence en permanence.
04:09Donc en ce sens-là, il y a des témoignages de micros de rue qui sont glaçants.
04:15Ça montre un gouvernement qui est aux abois, qui est incapable de gérer cette situation de révolte sociale.
04:21En même temps, il y a des pillages, il y a des scènes de violences de rue.
04:25Et là, de plus en plus, des acteurs sociaux, même des responsables politiques, se demandent comment ça se fait qu
04:32'il y a autant de pillages comme ça, sans qu'il n'y ait aucun contrôle.
04:37Une petite question aussi, si on ne laisse pas se dégrader la situation, justement pour mettre de côté les mobilisations
04:45sur les revendications concrètes par rapport au transport et au modèle néolibéral en général.
04:56Du côté de ce qui est la nouvelle gauche, le front ample, le front large, Frente Amplio, il y a
05:02eu vraiment du retard à l'allumage, on va dire.
05:04Ils ont eu du mal à se positionner rapidement.
05:07Leur première déclaration était très timide en disant fin à la hausse du prix du billet, fin à l'état
05:15d'urgence, mais sans se positionner plus largement.
05:18Et du côté de l'opposition, disons, qui était la concertation, qui a été au pouvoir pendant 20 ans, de
05:261990 à 2010, il y a eu une déclaration tout à fait étonnante qui justifiait la répression,
05:32jusqu'à ce que quand même, dernièrement, là, il y ait un retournement.
05:36L'ancien président Ricardo Lagos a dénoncé le président Piñera, qui a quand même parlé d'état de guerre, avec
05:44des mots tout à fait effrayants.
05:46Et donc là, l'opposition a quand même repris son rôle d'opposition, mais ça reste très timide.
05:52Elle, perspective politique pour ce mouvement de révolte sociale.