Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 21 heures
Stéphanie Gibaud, ex-salariée de la banque UBS, a permis à l'Etat français d'identifier de nombreux évadés fiscaux, en refusant d'effacer des données. Marraine de l'association "Le mur des insoumis" qui vient en aide aux lanceurs d'alerte, elle milite pour que les banquiers qui orchestrent l'évasion fiscale soient poursuivis et passibles de peines d'emprisonnement. Rencontre avec cette femme "qui en savait vraiment trop" à l'occasion du Salon du livre des lanceurs et lanceuses d'alerte, qui se tient tout le week-end à la Maison des Métallos à Paris.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Stéphanie Gibault, ex salariée de la banque UBS, a permis à l'État français d'identifier de nombreux fraudeurs fiscaux
00:08en refusant d'effacer des données.
00:11Elle vit depuis dans une situation de précarité. Nous l'avons rencontrée à la maison des métallos à Paris, où
00:17se tient durant tout le week-end le second salon du livre des lanceurs et lanceuses d'alerte.
00:21Je suis marraine de l'association qui s'appelle le mur des insoumis, qui est loi 1901, c'est-à
00:27-dire que si vous allez sur le site et que vous faites des dons, maintenant c'est défiscalisé.
00:31Et ça va aider notamment les lanceurs d'alerte dans la détresse. Le parrain c'est David Edormino, qui est
00:37le sculpteur italien, qui a fait ses chaises.
00:41Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning sont représentés. Pourquoi ? Parce que ces trois hommes et femmes, parce que
00:48Chelsea Manning est une femme maintenant,
00:51sont enfermés, en asile et emprisonnés pour 35 ans pour avoir parlé. Donc en fait, la quatrième chaise incite les
00:58gens, les citoyens à se lever,
01:01puisque le droit d'expression, la liberté d'expression, qui est si chère en plus dans notre pays, qui est
01:06le pays des droits de l'homme, est réprimée.
01:08On ne le sait que trop. Ma situation en France est quand même absolument dramatique, alors que j'ai aidé
01:14l'État français sur ce dossier d'évasion fiscale,
01:17dont vous avez pu relayer les différents épisodes. Voilà, donc ayez le courage de vous lever et de parler.
01:24Cette association s'appelle Le Mur des Insoumis, www.lemurdesinsoumis.fr.
01:30Et donc il y a des tonnes d'informations sur les lanceurs d'alerte, sur leurs histoires, essentiellement en France,
01:35mais on s'intéresse aussi à l'étranger, les lois, la loi Sapin 2, le secret des affaires à Bruxelles.
01:41La loi Sapin 2, vous êtes l'auteur d'un tweet qui est quand même assez rageur sur cette histoire
01:46d'avoir à saisir la hiérarchie qui reste quand même de mise.
01:51Madame, c'est ce qui m'est arrivé d'avoir saisi ma hiérarchie, la DRH du BS, le président, le
01:57directeur général,
01:58celui-là même dont le bureau avait été perquisitionné il y a 8 ans et demi et qui aujourd'hui
02:02plaît de coupable dans l'affaire pénale.
02:04Je me suis jetée dans la gueule du loup et tous les parlementaires et sénateurs que j'ai rencontrés à
02:10l'occasion de la préparation de cette loi Sapin,
02:12je leur ai expliqué que s'adresser à la hiérarchie, c'était du suicide.
02:17Voilà, je donne mon cas, je donne mon avis de citoyenne, de maire qui se retrouve après 9 ans de
02:25combat à avoir tout perdu.
02:29Donc expliquez-moi comment la prochaine Stéphanie Jiveau, à qui on va demander de détruire des données, va dire à
02:34son supérieur hiérarchique
02:35« Donc vous me demandez de détruire mes données, je vais demander la hiérarchie. »
02:39C'est certainement que ce supérieur hiérarchique obéira aux échelons du dessus.
02:43Donc on va être très positif parce que je suis quelqu'un de gentil et de positif.
02:47Il y a une loi, il va falloir construire sur cette loi.
02:50Et construire sur cette loi, ça veut dire quand même proposer quelque chose pour que les collaborateurs n'aient pas
03:00à subir des années de procédures,
03:03comme de toute façon c'est le cas.
03:05Je rencontre un monsieur tout à l'heure sur un autre dossier qui me dit
03:07« Mais de toute façon, à partir du moment où on rentre dans le système juridique, c'est là où
03:12c'est le pire. »
03:13La justice est, on le sait tout, aux ordres.
03:17Et à partir du moment où vous êtes comme moi sur une affaire d'État, comment est-ce que vous
03:21pouvez avancer ?
03:22Donc moi, la seule chose que je puisse dire en âme et conscience, si vous êtes un collaborateur et vous
03:27avez affaire à quelque chose,
03:28vous cherchez immédiatement du travail ailleurs.
03:33Même si ça fait 10 ans ou 15 ans que vous êtes là et que vous êtes comme moi, passionné
03:35de votre métier,
03:36que vous aimez vos clients, vos collaborateurs, vous partez.
03:40Et si vous voulez transmettre l'alerte, vous avez tous les canaux possibles et imaginables, notamment les médias.
03:47Mais surtout, ne soyez jamais que votre nom et votre visage n'apparaissent jamais
03:52parce que tous ceux qui, comme moi, se sont retrouvés médiatisés sans le vouloir.
03:56Parce qu'on est aussi d'accord qu'il y a des lanceurs d'alerte qui ont voulu être médiatisés.
04:00En tout cas, tous ceux qui, comme moi, ont subi une médiatisation
04:03se rendent compte que ça a complètement emporté leur vie.
04:06Et au-delà de leur propre vie, c'est aussi la vie de leurs proches et de leurs familles.
04:12Donc, ce qui nous arrive est d'une cruauté absolue.
04:15Et en plus, ne gère pas les cas en cours.
04:18Il y a beaucoup de cas en cours aujourd'hui.
04:20Certains lanceurs d'alerte, comme moi, sont médiatisés.
04:22D'autres ne le sont absolument pas.
04:24Pour des histoires qui ne sont que des affaires locales,
04:27mais qui sont quand même des affaires de corruption,
04:29ou des affaires où des personnes, ou des enfants sont en danger.
04:35On est quand même avec une mentalité de toujours avoir à justifier pourquoi on est honnête.
04:44Moi, j'aimerais bien qu'il y ait une loi qui pénalise les fraudeurs,
04:47qui pénalise ceux qui mettent et qui inventent ces fraudes.
04:54Une loi qui met en prison les directeurs de banques,
04:58ceux qui montent sous serment au Sénat,
05:00ceux qui ont emporté nos économies.
05:02Il faut impérativement que ces gens-là aient des peines de prison.
05:05Je milite vraiment pour ça.
05:07Et des peines financières à titre personnel.
05:11Parce que tant qu'une banque paye des amendes,
05:12de toute façon, la langue de la banque, c'est l'argent.
05:15Elle s'en fiche complètement.
05:16C'est provisionné à un moment donné
05:18sur des lignes budgétaires.
05:25Donc, quand ces gens-là auront fait de la prison
05:31avec tous les temps et les sabotitions que ça peut avoir,
05:33peut-être réfléchiront pour justement arrêter leur impunité.
05:38Parce que jusqu'à aujourd'hui,
05:39il vaut mieux être banquier-fraudeur chez BES,
05:41que s'appelait Stéphanie Gibault.
05:42Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations