- il y a 21 heures
Les lanceurs d'alerte traînés devant les tribunaux à la place de ceux qui se livrent à l'évasion fiscale. C'est le scandale que révèle une nouvelle fois le procès en appel d'Antoine Deltour et de Raphaël Hallet dans l'affaire des LuxLeaks. Où en est réellement la lutte contre l'évasion fiscale et la protection des lanceurs d'alerte en Europe ? Trois députés européens - Michèle Rivasi ( Verts-ALE ), Virginie Rozières ( Socialistes et Démocrates ) et Patrick Le Hyaric ( GUE-GVN )- en débattent. Débat animé par Jean-Jacques Régibier, journaliste.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Lutte contre l'évasion fiscale, protection des lanceurs d'alerte, CETA, on en dira un mot également.
00:20Et puis on essaiera de dire un mot également sur tout ce qui concerne la pollution et la lutte contre
00:24les émissions de gaz.
00:25Je vous propose de faire un point sur ces questions qui sont à la fois les questions qui ont été
00:29largement traitées au cours de l'année, bien sûr, ici au Parlement européen,
00:32mais qui sont aussi les questions d'actualité avec vous.
00:35Virginie Rosière, bonjour. Merci à vous d'être là. Vous êtes député socialiste et démocrate.
00:39Michel Rivasi, vous êtes député également vers Alliance Libre Europe et Patrick Le Yaric, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:48Merci à vous. Commençons peut-être parce que vraiment, on est en plein dans l'actualité sur la question de
00:54l'évasion fiscale.
00:56Alors, le but un petit peu de tout ce qu'on va dire là, c'est de savoir si on
00:59avance, si on recule, qu'est-ce qui avance,
01:01où est-ce qu'on en est en cette fin d'année ? Qu'est-ce que vous en pensez
01:04? Encore des scandales qui sont dans l'actualité.
01:08Footlix, on en parle. Indidex avec la marque Zara, 600 millions d'euros évités, ce qui n'est pas rien,
01:16dans plusieurs paradis fiscaux.
01:18Où est-ce qu'on en est à l'heure actuelle de cette question-là ? Qu'est-ce qu
01:21'on peut dire au bout de cette année ?
01:23On en disait quelques mots tout à l'heure, hors antenne. Est-ce que ça avance ? Est-ce que
01:27ça recule ? Où est-ce qu'on en est ?
01:28On commence avec vous, Virginie Rosien.
01:31Merci, oui. On se pose la question parce qu'au moment où vous allez en parler, sans doute, le procès
01:35LuxLix commence,
01:37où on a une enquête d'une ONG qui révèle que les accords fiscaux ont explosé depuis la révélation du
01:43scandale LuxLix.
01:44On peut se demander pourquoi les choses n'avancent pas.
01:46Le paradoxe, c'est que le temps du politique n'est pas forcément le temps de l'actualité.
01:49Et que la Commission, il faut le reconnaître, a mis beaucoup de propositions sur la table,
01:53beaucoup plus que tout ce qu'elle avait pu faire en 10 ans.
01:56Simplement, par exemple, pour l'échange automatique d'informations sur les accords fiscaux, les rescrits fiscaux,
02:01ce qui est au cœur du scandale LuxLix, ça a été voté en 2015 et ça entrera en vigueur le
02:051er janvier.
02:05Donc, pour l'instant, ce qui a été décidé au niveau européen n'est malheureusement pas encore opérationnel, mais c
02:10'est pour bientôt.
02:12Michel Rivasi, qu'est-ce que vous en pensez de cette situation par rapport à ces questions d'évasion fiscale
02:16?
02:17Est-ce qu'on y voit un peu plus clair ? J'allais dire qu'il y a même un
02:20an.
02:21Oui, c'est vrai qu'on a quand même avancé. Il y a une directive qui va arriver.
02:26Mais on sent que ce n'est pas une volonté politique très féroce de la Commission.
02:30Pourquoi ? Parce qu'elle est gangrénée de l'intérieur.
02:33Quand on voit le président de la Commission, M. Juncker, qui était le spécialiste de l'optimisation fiscale,
02:40on sent bien que s'il n'y avait pas eu les députés européens, ça n'aurait pas beaucoup avancé.
02:44En même temps, on a même un manque d'éthique au niveau de la Commission.
02:48Voyez-moi, ce qui me choque quand même, c'est que vis-à-vis de l'extérieur,
02:51un Barroso qui était l'ancien président de la Commission, qui va à Goldman Sachs,
02:56une ancienne commissaire comme Nelly Cross, qui s'occupait du commerce et qui avait des paradis fiscaux au Bahamas.
03:03Et ces gens-là ne sont pas sanctionnés.
03:05Et alors je me dis, pourquoi ils veulent le faire ?
03:09Pourquoi les députés veulent le faire ?
03:10Parce qu'avec la politique d'austérité, il y a des budgets de l'État qui s'aménuisent.
03:14Et donc on a besoin, si vous voulez, de faire en sorte à ce que ces grosses sociétés payent des
03:18impôts là où ils font du bénéfice et des activités.
03:21Mais on sent que ce n'est pas quand même la volonté à la fois des États,
03:26parce qu'il y a une complicité des États aussi, de la Commission,
03:30et que vraiment il faut une volonté très forte des députés européens pour que ces directives prennent en compte l
03:36'ensemble.
03:36Et puis, quand vous voyez aussi, il y a la justice qui est problématique.
03:41Moi, quand je vois Deltour, vous voyez, qui...
03:43Alors on va en reparler dans quelques instants des lanceurs d'alerte, effectivement,
03:46parce que ça, c'est un sujet en tant que tel, bien entendu.
03:48Mais même, qui a dévoilé LuxLeaks, donc qui a fait gagner quand même énormément de milliards dans des États membres,
03:54eh bien cette personne-là, elle est attaquée pour la justice.
03:57On est dans le paradoxe que tout le monde...
03:58Vous voyez, qu'il soit les directives, mais aussi que la justice, que ce ne soit pas le Luxembourg,
04:03qui dise, ah mais non, il a donné des informations.
04:06Et vous voyez, derrière une autre directive, c'est le secret de défense.
04:10Ce qu'il y a derrière.
04:11Alors, en dehors de l'action des députés, est-ce qu'on peut dire, Patrick Luiaric,
04:14aussi qu'il y a des mobilisations très spécifiques dans ces domaines de l'évasion fiscale,
04:18qui sont aussi quand même un phénomène nouveau sur lequel, vous, les uns les autres, vous pouvez vous appuyer,
04:22mais qui sont aussi, j'allais dire, dans l'environnement, ne serait-ce que médiatique,
04:25quelque chose qui existe plus qu'il y a deux ou trois ans quand même.
04:29Ben oui, il y a une prise de conscience à la faveur de ces révélations-là.
04:36Il y a des mouvements maintenant liés à des mouvements associatifs, liés à attaques, beaucoup.
04:41Il y a par exemple tout ce mouvement, la déchaise, qu'on appelle déchaise.
04:45Il y a les lanceurs d'alerte, bien évidemment, tous ceux qui font des recherches.
04:49Et donc, ça, ça produit un peu de mobilisation.
04:51Ce ne sont pas encore des grands mouvements de masse qui créent un rapport de force susceptible de tout faire
04:58basculer,
04:59mais au moins, il y a ça.
05:00Et il y a un autre indice, c'est que nous avons deux amis parlementaires et un sénateur du Nord,
05:09qui sont Alain et Éric Bocquet, qui ont fait un livre à partir du travail d'enquête que faisait le
05:18Parlement français,
05:19et qui connaît un gros succès.
05:21Ils font des réunions un peu partout.
05:23Il y a beaucoup de monde dans ces réunions.
05:26Donc, il y a un petit mouvement qui est en train de s'amorcer, et ça a à voir avec
05:29la justice.
05:30Donc, il faut plutôt favoriser ça.
05:32Est-ce que c'est un thème politique, vous diriez, Virginie Rosière, porteur à l'heure actuelle,
05:38particulièrement sensible, parce que cette question, évidemment, de l'économie souterraine,
05:42rappelons-la comme ça, c'est tout de même quelque chose à laquelle les gens sont sensibles dans leur vie
05:46quotidienne.
05:47Et puis, on ne dit pas assez que tout cet argent qui transite dans les paradis fiscaux sert aussi à
05:51financer le terrorisme,
05:52à financer les mafias.
05:53Donc, évidemment, c'est une question aussi de sécurité, de renforcer le contrôle sur cet argent qui échappe totalement à
06:01toute traçabilité.
06:02Mais, comme je vous le dis, les choses avancent lentement, mais elles avancent.
06:05Alors, bien sûr, c'est beaucoup sous l'impulsion du Parlement.
06:08On ne doit pas bouder notre plaisir là-dessus.
06:11Particulièrement, nous avons fait passer, en 2015 déjà, une obligation pour la transparence des revenus et des impôts des multinationales
06:20à l'échelle européenne.
06:21Aujourd'hui, ce sont la Commission, mais surtout les États membres qui freinent.
06:25Oui, c'est ça.
06:26Et là-dessus, il faut dénoncer, même si la Commission n'est pas aussi lente, elle a quand même évolué.
06:32Et ce sont les États membres le principal frein.
06:33On a vu le palmarès des pires paradis fiscaux publiés hier.
06:38On a quand même quatre pays européens parmi le top 15.
06:40Donc, là-dessus, il y a un véritable double discours des États membres qu'il faut qu'on dénonce.
06:45Mais la mobilisation de l'opinion publique, les scandales, la respétition, c'est vrai, qui posent une question à la
06:52capacité du politique à agir.
06:53Mais derrière, la mobilisation citoyenne qui se met en marche nous aide.
06:57Toute cette mobilisation, elle est pour nous un appui très fort.
07:01Hier, j'étais au Luxembourg pour l'ouverture du procès des LuxLeaks, pour soutenir Antoine Del Tour et Raphaël Hallet.
07:06Il y avait une quantité extrêmement importante de citoyens.
07:09C'était une mobilisation citoyenne avant tout, et des ONG, énormément d'ONG qui se sont constituées pour la justice
07:14fiscale, la transparence fiscale.
07:16Et ce mouvement de la société civile, évidemment, c'est quelque chose auquel on doit répondre collectivement et particulièrement en
07:23parlant.
07:23Alors, parlons-en donc tout de suite des lanceurs d'alerte.
07:25C'est l'un des autres thèmes qui a été largement débattu au cours de l'année.
07:28Et il est encore, comme vous le dites les uns les autres, dans l'actualité en ce moment.
07:33Où est-ce qu'on en est de cette protection des lanceurs d'alerte ?
07:36On n'a pas beaucoup, beaucoup avancé, là, tout de suite, Michel Drivasi.
07:40Alors, il y a eu une directive sur le secret d'affaires.
07:43Moi, j'y ai participé.
07:45On avait dit, cette directive, elle protège surtout les grosses entreprises.
07:49Un peu les PME, mais enfin, c'était quand même les grosses entreprises.
07:52Et là, il y a eu une mobilisation, d'ailleurs, en France des journalistes, parce que les journalistes, si jamais
07:57ça passait tel quel, ils étaient attaqués.
07:59Donc, on a essayé de les extraire.
08:01Et puis, il y avait la problématique des lanceurs d'alerte.
08:03Là-dessus, Pascal Durand, qui fait partie du groupe Vert, avait préparé avec un groupe de députés Verts, une proposition
08:12de directive.
08:13Et là, maintenant, il y a un rapport d'initiative.
08:15Mais vous voyez qu'il faut pousser la commission.
08:17La commission, elle n'est pas prête autant.
08:19Elle a fait passer la directive sur le secret d'affaires.
08:21Mais en parallèle, il faut absolument la directive sur les lanceurs d'alerte.
08:25Parce que des gens comme Del Tour, ils se font attaquer par la justice.
08:28Ils ne sont pas protégés.
08:29Demain, vous, en tant que journaliste, vous allez montrer qu'il y a une évasion fiscale terrible et vous allez
08:35avoir accès à des infos.
08:36Vous allez être attaqués sur la santé, environnement.
08:39Regardez le nombre de chercheurs qui ont sorti des affaires, que ce soit sur les vaccins, les médicaments, etc.
08:45Ils se font attaquer par ces gros lobbies.
08:46Donc, on sent bien qu'il n'y a pas assez, encore une fois, la commission, elle n'est pas
08:51très volontaire, et les États.
08:53Parce que, pourquoi ça ne pousse pas plus au niveau des États ?
08:57Parce qu'ils veulent aussi sauvegarder leur industrie.
09:00Ils savent qu'il y a des dysfonctionnements.
09:01Ils veulent surtout que personne n'en parle.
09:04Et moi, il y avait un salon des lanceurs d'alerte, c'était il y a 15 jours à Paris.
09:07Et c'est des gens, mais qui sont complètement meurtris.
09:10Parce qu'ils ont perdu leur boulot.
09:12Ils ne peuvent plus payer leur loyer, etc.
09:14Ils ont des procès sur le dos.
09:16Alors qu'ils ont défendu l'intérêt général.
09:19Et moi, je suis pour la défense de l'intérêt général.
09:21Donc, ces gens-là, pour moi, c'est des sentinelles.
09:24C'est des gens qui ont fait bouger les lignes.
09:27Et s'il n'y avait pas, encore une fois, le Parlement...
09:30Bon, vous voyez, parce qu'un rapport d'initiative, ce n'est pas un rapport législatif.
09:34Puis, dernière chose, tout à l'heure, on a voté un changement dans le règlement du Parlement.
09:38Moi, j'étais très surprise qu'énormément, parce qu'on a perdu là-dessus au niveau d'amendements qu'on
09:43avait proposés,
09:44que les parlementaires ne veulent pas, par exemple, que les députés européens disent exactement avec quel lobby ils ont bossé.
09:51qu'ils ont la transparence sur leur patrimoine, etc., etc.
09:55Comment voulez-vous que, d'un côté, si les députés se protègent...
09:58Vous voyez, ils ne veulent pas donner exactement leur...
10:03Enfin, ce n'est même pas leur salaire, mais leur patrimoine, etc.
10:06Et surtout, les lobbies qu'ils rencontrent pour faire des rapports, que les choses soient clean après.
10:11Donc, vous voyez que les réticences, elles sont à tous les niveaux.
10:14La situation des lanceurs d'alerte, j'allais dire, je pensais à ça en même temps que vous en parliez.
10:19Est-ce qu'un procès comme celui de Del Torredale, qui se déroule en ce moment au Luxembourg,
10:24pourrait avoir lieu en France ?
10:25Puisqu'on insiste sur l'importance des États à l'heure actuelle aussi, par rapport à ces questions-là.
10:30Est-ce qu'on pourrait avoir ce type de procès en France ?
10:33Est-ce que... On parle de l'Europe ici, bien entendu, mais parlons quand même du cas français.
10:37Est-ce que la France protège plus ses lanceurs d'alerte à l'heure actuelle ?
10:41Qu'est-ce que vous en pensez ?
10:42Si une grosse société, quelle qu'elle soit, une société multinationale,
10:47porte plainte contre un journaliste, contre un syndicaliste,
10:51contre même un salarié ou un médecin qui révèle des choses,
10:56oui, il se trouve forcément dans le cadre d'un procès,
11:00et peut-être même en difficulté.
11:01On ne peut pas dire qu'ils sont totalement protégés aujourd'hui.
11:06la directive secrète des affaires.
11:08Il y a une législation plus forte maintenant, depuis quelques semaines en France,
11:12pour les protéger.
11:12La loi Sapin 2, on a quand même reconnu les lanceurs d'alerte dans la loi française,
11:16ce qui n'existait pas auparavant.
11:17Tout à fait, mais...
11:18Mais qui ne touche pas santé-environnement.
11:19Méfiez-vous, la nouvelle...
11:21Non, mais ce n'est pas parfait.
11:22La loi Sapin 2, elle reconnaît les lanceurs d'alerte sur tout ce qui est fiscal.
11:26En général, oui.
11:27Mais sur santé-environnement, ça n'est pas inclus.
11:31Sur l'intérêt général ?
11:32Alors que souvent, sur les conditions de travail,
11:36sur des questions de pollution à l'intérieur et à l'extérieur,
11:41des effets externes,
11:42ça, souvent, c'est des choses, aujourd'hui,
11:46qui sont à l'ordre du jour, qu'il faut absolument...
11:48Voilà, c'est ce que j'allais dire.
11:49Donc, ça veut dire, pour l'année prochaine,
11:52la question des lanceurs d'alerte doit être au centre de vos préoccupations.
11:55Ah, bien sûr.
11:55Bien sûr, moi, je suis co-rapporteur sur, justement,
11:58le rapport d'initiative dont parlait Michel sur les lanceurs d'alerte.
12:00Le but, là encore, c'est de mettre la pression sur la commission.
12:04On l'a dit, au moment de la directive sur le secret des affaires,
12:06on a beaucoup travaillé sur ce texte, justement,
12:09pour exclure totalement les journalistes
12:10et pour inscrire dans le texte une protection des lanceurs d'alerte.
12:14C'est quand même un précédent majeur
12:15où, dans le droit positif européen,
12:17on a une définition des lanceurs d'alerte
12:18et on reconnaît la légitimité de leur action,
12:21y compris lorsqu'ils révèlent des choses légales,
12:23mais contraires à l'intérêt général.
12:25Ce qui est exactement ce qu'on visait
12:27et pour faire en sorte qu'à l'avenir,
12:29des gens comme Del Tour, comme Allé,
12:31ne puissent pas être poursuivis au titre du secret des affaires.
12:33Mais ce n'est pas suffisant,
12:34parce que, comme ça a été dit,
12:35on peut poursuivre pour plein d'autres motifs,
12:37violation du secret professionnel, diffamation,
12:40on a un vol,
12:41on a plein de griefs qui peuvent être utilisés
12:44contre des lanceurs d'alerte.
12:45C'est pour ça qu'il faut un texte horizontal.
12:47Alors, effectivement, les verrons beaucoup travaillés, nous aussi,
12:49on essaie d'avoir une définition la plus large possible
12:52pour toucher les salariés,
12:53comme c'était le cas dans la proposition,
12:54mais aussi des consultants,
12:56des experts,
12:57des citoyens,
12:58des syndicalistes,
12:59pour toucher toutes les situations
13:02qui peuvent se présenter
13:02et puis pour apporter une protection assez large.
13:04Parce que, comme l'a dit Patrick,
13:06ce sont des situations personnelles extrêmement dures.
13:08Vous avez des personnes qui sont seules,
13:09qui prennent le risque d'affronter
13:11des organisations extrêmement puissantes
13:13avec beaucoup de moyens
13:14et qui font face avec beaucoup de courage,
13:16beaucoup d'abnégation
13:17à une adversité particulièrement hostile
13:20et puis des procès
13:21et des bouleversements dans des vies.
13:25Et des menaces.
13:26Juste un petit mot, peut-être, sur le CETA.
13:29On l'a dit en début,
13:30qui a été quand même un des gros thèmes,
13:32qui a donné lieu aussi
13:33à des mobilisations citoyennes
13:35extrêmement importantes, fortes.
13:37Pourtant, le CETA a été,
13:39après l'épisode du Parlement d'Oualeni,
13:43a été voté,
13:44a été, oui, bien sûr,
13:45voté par l'Europe.
13:48Il y aura des votes,
13:49il faut dire que ce n'est pas tout à fait terminé,
13:50puisqu'il y aura un vote du Parlement,
13:51vous aurez un vote en février.
13:53Il y aura des votes aussi
13:54des parlements nationaux,
13:55avec cette curiosité tout de même
13:56qu'on vote un accord
13:57qui a été de toute façon parafessillé.
14:00Qu'est-ce que vous en pensez ?
14:01Alors, il y a eu la commission
14:03qui a mis un petit coup d'enjeu.
14:05Parlez-nous en.
14:06C'est la commission emploi
14:08qui a mis un bémol
14:09en disant non, on ne vote pas,
14:10parce qu'il n'y a pas
14:12d'harmonisation sociale
14:13les marchés publics
14:14pourront être touchés, etc.
14:16Mais ça montre que,
14:18moi je suis très surprise
14:19avec la critique qu'on fait sur l'Europe.
14:22Mais on l'a vu par rapport
14:24à l'élection de Trump
14:24sur la mondialisation,
14:26que l'Europe continue
14:28à défendre
14:29ses accords de libre-échange.
14:30On sait très bien
14:31que ça pénalise,
14:32si vous voulez,
14:33l'Europe et certains pays
14:35sur l'agriculture,
14:37sur, on le voit bien,
14:38sur le CETA,
14:39quand même,
14:40que ce soit sur les élevages
14:41avec l'importation,
14:42les céréales, etc.
14:43Même sur les laboratoires pharmaceutiques.
14:45Et la commission
14:46joue un drôle de rôle.
14:48Vous voyez que,
14:48au niveau des brevets,
14:49par exemple,
14:50qui permettent
14:51à des laboratoires pharmaceutiques
14:53d'avoir un monopole
14:53sur 20 ans,
14:54eh bien, en Europe,
14:55on peut rallonger de 5 ans.
14:57Eh bien,
14:57ce n'était pas le cas du Canada.
14:58Ils ont obligé
14:59à rallonger aussi.
15:00Donc on voit bien
15:01que c'est les intérêts
15:02des industriels
15:03qui sont bien en avant.
15:03Ils sont mis en compte.
15:04Avec le tribunal,
15:05vous savez,
15:05qui a été une grosse critique,
15:06comment on peut faire
15:07un tribunal arbitral.
15:09On voit bien,
15:09à l'heure actuelle,
15:10avec l'affaire Tapie,
15:11parce que c'était
15:12un tribunal arbitral.
15:13Eh bien,
15:14les gens critiquent ça
15:15alors qu'on a des juridictions
15:16tout à fait correctes
15:19en Europe
15:20et dans les États membres.
15:21Eh bien, là, non.
15:22On va mettre un tribunal
15:23en dehors
15:24qui va donner le pouvoir
15:25aux industriels
15:26de condamner un pays,
15:28de condamner sa loi
15:29parce qu'ils ne peuvent pas
15:31faire un investissement
15:31dans le pays.
15:32Mais c'est complètement
15:34antidémocratique.
15:34Et c'est ça
15:35qu'on remet en question.
15:36Ce n'est pas parce que
15:36les Canadiens,
15:37c'est des gens sympas
15:38ou pas sympas.
15:39C'est que ce libre-échange
15:40est en train de désorganiser
15:42l'intérêt de la politique.
15:43Et moi, je suis pour valoriser
15:45la politique.
15:45La politique,
15:46il faut que ce soit elle
15:47qui décide
15:48comment les multinationales
15:51vont être traitées.
15:52Si on veut
15:53que les multinationales
15:54nous donnent
15:55leur activité par pays,
15:57c'est bien pour qu'elles
15:58payent des impôts
15:59dans le pays.
15:59Et vous voyez que
16:00même au sein de l'Europe,
16:01il y a une concurrence
16:03déloyale
16:03sur l'impôt sur les sociétés.
16:05Et c'est ça
16:06qui est dramatique.
16:07Donc vous voyez
16:07qu'il n'y a pas seulement
16:08l'histoire de l'évasion fiscale,
16:10il y a au sein même
16:11de l'Europe
16:12des dysfonctionnements
16:13qui font qu'on choisit
16:14plutôt l'Irlande
16:15que la France
16:17ou qu'un autre pays.
16:18Donc c'est quelque chose
16:19de global
16:20qu'il faut faire
16:21pour l'intérêt des citoyens
16:23et pas pour l'intérêt
16:24des multinationales.
16:24Un mot là-dessus,
16:25Patrick Leyer.
16:26Il va y avoir
16:27des mobilisations,
16:28tout de même,
16:29de nouvelles mobilisations
16:29pour le CETA,
16:30ne serait-ce que parce que
16:32vous allez en parler
16:33des députés européens
16:34mais qu'on va en parler aussi
16:35dans les parlements nationaux.
16:37Vous pensez que
16:38ça peut changer quelque chose
16:40à l'heure actuelle ?
16:42Oui.
16:45Là, la preuve est faite.
16:48Dans la commission emploi
16:49du Parlement européen,
16:51on a rejeté ça.
16:52D'autre part,
16:53il y a les réalités.
16:57Il y a une multitude
16:59de bouleversements
17:00un peu dans la géopolitique mondiale.
17:05Ça ne se passera sans doute pas
17:07comme cela a été prévu
17:10il y a une dizaine d'années.
17:12J'ajoute une chose
17:13liée à ce que dit un peu Michel.
17:17Il y a d'autres accords
17:20de libre-échange
17:21comme ça qui sont prévus,
17:22notamment celui avec l'Afrique.
17:24Mais je ne vois pas
17:26comment on peut
17:27continuer bien longtemps
17:29à verser des larmes
17:30de crocodile
17:31sur l'immigration
17:32qui vient, etc.
17:34Et continuer à faire
17:35ce qu'on fait,
17:36c'est-à-dire ce type
17:37d'accord de libre-échange
17:38qui va provoquer
17:40encore plus de misère,
17:42plus de difficultés
17:43pour ces gens
17:44qui chercheront
17:45d'une manière ou d'une autre
17:46à s'échapper.
17:47Je ne vois pas
17:48comment on peut
17:50foutre des coups de canif
17:52dans l'accord sur le climat
17:54comme c'est plus ou moins
17:56en train de se faire,
17:57se lamenter des migrations
18:00alors qu'on sait
18:01que le réchauffement climatique
18:03provoque cela.
18:04Donc, il y a peut-être
18:06des gens,
18:07des ultra-libéraux
18:08qui ont pensé tout ça
18:09il y a une dizaine d'années
18:11ou une quinzaine d'années.
18:12Mais aujourd'hui,
18:14il y a notre protestation
18:16et notre opposition à nous.
18:19Mais il y a une réalité
18:21qui va obliger,
18:23sans doute,
18:23à reviser tout ça
18:24parce que ce n'est plus adapté
18:26au monde qui est en train d'arriver.
18:28Voilà, on est obligé
18:29de se quitter.
18:30On est un peu plus séparateur.
18:30Alors, je voudrais réunir
18:31sur le CETA, là.
18:31Non, allez-y.
18:32Non, mais juste pour dire
18:33que le Parlement européen
18:34va voter le mois prochain
18:35et que son vote sera décisif.
18:37Oui, c'est ça.
18:37L'entrée en vigueur du traité
18:39est soumise au vote
18:40du Parlement européen.
18:40Donc, à tous ceux
18:41qui souhaitent se mobiliser,
18:43et j'en fais partie,
18:43pour empêcher ce précédent
18:45que constitue le CETA
18:45dans le déni de démocratie européenne
18:47que ça peut être
18:48à cause du tribunal arbitral,
18:49à cause du fait
18:50de mettre les multinationales
18:51à la table
18:52de la définition des réglementations,
18:53il nous reste en mois.
18:54Donc, mobilisons-nous
18:55et puis nous,
18:55nous voterons
18:56à la fin du mois de janvier.
18:57Et là, je crois
18:57qu'il y a l'unité entre nous.
18:59Vous avez tous les trois
19:00le mot de la fin.
19:01Merci à vous.
19:02Au revoir.
19:03Et puis, n'oubliez pas
19:04qu'il y a d'autres débats
19:05depuis le Parlement européen
19:06à retrouver sur le site
19:07de l'humanité.fr.
19:08Merci à vous.
19:09Au revoir.