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  • il y a 13 heures
Dans la présentation de son livre, Europe état d’urgence, au Village du Livre de la Fête de l'Humanité, Bruno Odent montre combien l’actuelle construction européenne, soumise aux marchés financiers, s’est alignée sur un « modèle » ordo-libéral germanique qui exacerbe la concurrence de tous contre tous et alimente in fine la montée des nationalismes.

Face à la dislocation qui menace et aux terribles régressions qu’elle induirait, il relève que la solution est forcément européenne. Des forces populaires et progressistes considérables existent pour résister aux logiques de l’austérité et du nationalisme qui se confortent mutuellement. Il faut faire vite et déployer en grand ces forces qui émergent déjà. Elles traduisent le besoin d’une Europe refondée qui mette enfin en œuvre coopération et solidarité.Débat est animé par Pierre Chaillan, journaliste à l'Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:00Hey girls, b-boys, superstar DJs, here we go !
00:30Oui, les résultats des élections régionales en décembre avec le Front National à 40%, les fondages qu'on peut laisser
00:39tous avec Marine Le Pen qualifiée pour le deuxième tour à tous les coups, et peut-être pour le deuxième
00:46tour de l'élection présidentielle.
00:47Donc une situation extrêmement dangereuse.
00:50Alors, moi je vais essayer de me limiter dans mon propos, puisque j'ai encore une fois le plus intéressant,
00:56c'est partout dans vos questions, dans mon propos, à présenter à la fois qu'est-ce qui se fait,
01:05pourquoi, puisque j'expliquais le sous-titre qu'évoquait un instant Pierre,
01:11pourquoi ce type d'Europe qui est en train de se construire nourrit finalement la montée des nationalismes, ce que
01:19j'appelle dans le bouquin de national-libéralisme, pourquoi c'est ça ?
01:22Pourquoi l'Europe c'est le problème ? Et ensuite, dans la deuxième partie, pourquoi l'Europe c'est aussi
01:28la solution ?
01:30Parce que justement, si on veut éviter de sombrer dans un national-libéralisme, il faut absolument trouver les moyens de
01:39résister en France et aussi en Europe avec des forces qui existent en Europe pour résister.
01:46Alors, je voudrais juste, puisque il y a, pour développer le premier point et montrer à quel point cette Europe
01:57telle qu'elle se construit, fait le lit, fait le jeu du national-libéralisme, pour ne pas dire, est conduit
02:08vers ce national-libéralisme.
02:10Il y a l'exemple qui me vient à l'esprit, qui est plus récent dans l'actualité, c'est
02:18le Brexit.
02:20Le Brexit, c'était... Comment ça s'est passé le Brexit ? On a eu une initiative du Premier ministre
02:30britannique, David Cameron, pour une initiative un peu...
02:34qui subit la pression de son Front National à lui, qui s'appelle l'UQIP, pour le Banque-Bretagne, et
02:40qui, pour répondre à cela, a choisi, pour avoir des coups d'étrange, a choisi de l'avoir référendaire.
02:47Et pour se propulser, et pour faire gagner le oui à ce réperrendum, il a consulté ses partenaires européens, et
03:01ses partenaires européens ont répondu en faisant un sommet pour le maintien de la Grande-Bretagne,
03:08dans le monde pour le maintien, avec des clauses d'exemption qui étaient négociées par Cameron.
03:17Cameron, sous la pression du nationalisme britannique, Cameron a négocié en février, et ça, c'est passé un peu inaperçu,
03:26la presse française n'a pas relevé, tout ça.
03:28Mais qu'a négocié Cameron à ce moment-là ? Il a négocié le fait que les travailleurs des pays
03:38européens, les immigrés venus d'autres pays européens,
03:42ne bénéficient plus de la même couverture sociale que les travailleurs britanniques de souche pendant sept ans.
03:52que ces travailleurs venus de Pologne, de Roumanie, etc., ne bénéficient plus des mêmes allocations familiales,
04:01que le niveau de leurs allocations familiales soit indexé sur le niveau de vie de leur pays d'origine.
04:09Moi, je ne développe pas, parce que là, on a la préférence nationale.
04:16Il y a d'autres, d'autres, ici en France, pour évoquer cette question-là, qui parlent de préférence nationale.
04:21C'est-à-dire que l'ensemble des chefs d'État européens, en février, a donné carte blanche à Kémois,
04:29plus que carte blanche, ou a permis de modifier le rapport de la Grande-Bretagne avec le reste de l
04:36'Union européenne,
04:38sur ce plan, en l'autorisant à pratiquer la préférence nationale.
04:43Et ça, ça a été signé par l'ensemble des chefs d'État européens.
04:47Donc, Merkel, Hollande, etc., ont approuvé cela.
04:52On sait comment l'histoire s'est terminée.
04:55Malgré ces concessions faites à la droite nationaliste,
05:01oui, à l'aile nationaliste du Parti conservateur britannique,
05:06malgré ces concessions faites, c'est le nom qu'il a emporté.
05:13Donc, voilà, il y a, à mon sens, cet exemple montre combien l'Union européenne,
05:23telle qu'elle se construit aujourd'hui, avec ce principe qui est aujourd'hui,
05:27au départ, l'Union européenne, c'était le principe développé, la concurrence, etc., la compétition.
05:33Le principe de compétition était très fortement avancé au moment du traité de Rome.
05:40Sauf qu'au moment du traité de Rome, c'était un autre contexte politique, géopolitique, etc., je passe,
05:47mais il y avait aussi des principes de coopération et de solidarité
05:53qui ont été introduits dans le fonctionnement de l'Union européenne.
06:01Et ça, ces principes-là, peu à peu, la caractéristique de ces dernières années,
06:07c'est que le principe de compétition qui l'emporte de plus en plus,
06:11avec des règles de plus en plus contraignantes,
06:14avec, et bien aussi, puisque ce principe de compétition s'applique,
06:18c'est la loi du plus fort qui s'applique de plus en plus,
06:21donc la loi du plus fort, c'est la loi du capital allemand.
06:26Et donc, ce principe de compétition qui relègue de plus en plus,
06:37aujourd'hui, avec le budget européen, il y a eu des choses de fait pour la solidarité européenne,
06:46avec des règles de cohésion.
06:48Donc on va respecter les règles de dictée.
06:51Je vais juste un mot pour venir, parce que je voulais absolument vous dire,
06:55je vous disais, l'Europe, c'est à la fois le problème,
06:58et je viens de vous poser pourquoi, mais c'est aussi la solution.
07:01Voilà, donc ça se donne.
07:02Parce que, oui, non mais parce que, alors juste un mot,
07:06parce qu'il y a des résistances qui se développent en Europe.
07:09Alors, on l'a vu avec l'arrivée d'un pouvoir de gauche radical en Grèce,
07:17qui est toujours là, qui n'a pas été, malgré toutes les pressions qui ont été mises sur lui,
07:22l'an dernier, chacun l'a encore en tête, qui n'a pas été éradiqué.
07:25Il y a ce qui monte en Espagne avec Podemos, il y a ce qui se passe en Portugal
07:31avec le nouveau gouvernement de gauche, allié socialiste, allié à la gauche radicale.
07:37Il y a des résistances qui existent.
07:40Et là encore, l'exemple britannique est très intéressant,
07:43parce qu'il y a la montée en Grande-Bretagne de Jeremy Corbyn,
07:48qui est ce travailliste qui fonctionne sur une ligne anti-Blaire,
07:54et qui a eu une campagne extrêmement difficile à conduire pour le maintien dans l'Union Européenne,
08:02parce qu'il était à la fois pour le maintien, mais pour changer totalement l'Union Européenne.
08:06Il était à la fois critique sur, et à juste titre, sur la manière dont l'Union Européenne se construisait,
08:15se réalisait, et il est à la fois critique là-dessus,
08:19et en même temps, il me disait qu'il n'y a aucune solution dans une fuite en avant nationaliste,
08:26un repli de la Grande-Bretagne dans une fuite en avant nationaliste,
08:30et au contraire, la solution passe par un changement, une refondation de l'Europe.
08:36Et le résultat, votre ouvrage, il est tellement excellent, je le conseille à tout le monde,
08:41sauf que j'ai l'impression que vous ne le conclisez pas.
08:44Pour massacrer la construction européenne, vous dénoncez une hégémonie allemande,
08:51et en lisant votre ouvrage, on s'est dit que c'est impossible,
08:55croire que cette Europe-là peut être réformée,
08:57et vous finisez en disant, et vous venez de le dire,
09:02que l'Europe, dès que se montre aujourd'hui,
09:05et que vous venez de dire que l'Europe, c'est le problème, et aussi la solution.
09:09Mais c'est quoi que c'est une manière de créer des illusions
09:14sur un projet de naissance ?
09:17Les faits que vous dites qu'au départ, à l'écouté des rangs,
09:20il y a des mini-touches, soit disant progressistes,
09:23c'est justement pour confondre les gens comme vous,
09:25pour les faire croire, et on va dire ça.
09:29C'est quoi que l'Europe peut devenir progressiste,
09:32c'est presque la même chose que partait l'OTAN,
09:34plus devenir pacifiste.
09:37On est pris dans un autre type,
09:39un autre type, mais complètement bouleversé,
09:43complètement changé, un autre type de coopération européenne.
09:47Quand je reprends l'Allemagne d'instant,
09:50puisque vous dites, l'Allemagne domine effectivement,
09:53Schoyble, on a vu le Christ Roll qui a pu jouer l'an dernier,
09:58dans ses tiroirs, Schoyble, il a aussi un plan B,
10:03il a fait fonctionner un économiste de renom dans le pays,
10:09qui est toujours là, qui est toujours à son ministère,
10:11et qui prône le retour au Deutschmark.
10:16Et donc, le retour au Deutschmark ou l'euro du Nord.
10:19Donc, qu'est-ce qu'on fait par rapport à ça,
10:22par rapport à ces gens qui veulent, qui pensent,
10:26qu'avec le retour au Deutschmark ou l'euro du Nord,
10:29l'Allemagne, le capital allemand, installerait mieux sa domination en Europe.
10:34Parce que le clivage que vous avez aujourd'hui en Allemagne,
10:37qui apparaît comme dans votre pays européen,
10:40mais en Allemagne c'est plus particulier,
10:42vous avez un clivage entre les gens comme Schoyble, Merkel, etc.,
10:47qui pensent qu'il faut le statu quo,
10:50qu'un éclatement de l'euro serait tout à fait...
10:57aurait été... serait une telle secousse que le capital allemand
11:00en aurait quelque... serait quelque peu touché par ça.
11:08Il y a ça, il y a ce qui est le statu quo,
11:11mais il y a un clivage et une scission au sein de la classe dirigeante allemande
11:15qui s'exprime sur le plan politique par l'émergence de ce parti d'extrême droite, l'AFD.
11:22L'AFD est pour l'extrême droite allemande,
11:25et pour le retour au Deutschmark,
11:27et pour l'euro du Nord,
11:31et sur des bases, tout en cultivant un discours extrêmement xénophobe, etc.
11:38Donc, comment ?
11:40Il y a cet aspect-là,
11:42et il y a l'aspect beaucoup plus encourageant
11:45de résistance qui se développe en Allemagne.
11:48On a eu, on a eu l'an dernier,
11:53toujours aujourd'hui,
11:54un mouvement,
11:55il y a Die Linke qui était là,
11:57qui était dans la fête,
11:58et puis il y a surtout, il y a aussi,
12:01des militants syndicaux qui se sont mobilisés.
12:04On n'en a pas assez entendu parler en France,
12:09mais l'an dernier,
12:10quand le gouvernement Syriza s'est retrouvé dans une difficulté,
12:13quand il y avait une campagne raciste,
12:16anti-grec en Allemagne,
12:18avec Bitsa et tout,
12:19ce journal en tirage,
12:21qui a appelé à signer une pétition
12:25pour ne pas financer ces fédéans de grecs
12:28en titre dans le journal.
12:31Quand il y avait cette campagne-là,
12:33il y a des gens qui en sont levés dans le pays,
12:35et en particulier les syndicalistes,
12:37et le président du syndicat allemand
12:40est allé, a fait le voyage d'Athènes
12:43pour aller soutenir Tsipras,
12:45alors que son gouvernement,
12:47Choye Bleu, etc.,
12:49lui proposait d'envoyer 500 fonctionnaires
12:51du ministère des Finances allemand
12:52pour régler les problèmes
12:54que ces grecs ne savaient pas traiter tout seul.
12:58et le président du syndicat allemand
13:01en disant qu'on sombre dans le populisme,
13:04dans l'extrémisme.
13:05Ils ont fait ça et ce n'est pas possible.
13:08L'arrivée d'un pouvoir,
13:10ils ont fait une notion,
13:12ils ont fait, je termine avec ça,
13:14ils ont fait une motion,
13:15ces syndicalistes allemands,
13:17pour dire,
13:19nous, l'arrivée d'un gouvernement de gauche
13:21anti-austérité en Grèce,
13:24ce n'est pas un problème pour l'Europe,
13:25mais au contraire une chance.
13:27Donc, voilà,
13:28il y a nécessité
13:31de s'appuyer sur ces mouvements-là,
13:33mais ce sont des mouvements européens
13:35pour construire,
13:37refonder totalement l'Europe.
13:39Sinon,
13:40c'est la voie ouverte,
13:42c'est la voie ouverte pour les nationalistes.
13:46Merci Bruno !
13:54Sous-titrage Société Radio-Canada

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