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  • il y a 2 jours
L’extrême droite était à deux doigts de conquérir la présidence de la République à Vienne. Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, auteur de « Europe, état d’urgence », dissèque dans notre interview les racines de la montée des régressions nationalistes en Autriche et sur le continent. Celles-ci possèdent une dimension locale, mais surtout européenne quand apparaissent, sur chaque foyer d’infection brune, des symptômes communs, comme ces lancinants malaises politiques et sociaux induits par les politiques d’austérité. En même temps émergent des résistances, et le besoin d’une « autre Europe ». Comme l’urgence … de les promouvoir. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Bruno Dan, le candidat d'extrême droite était tout près d'accéder à la présidence de la République autrichienne.
00:08C'était une nouvelle confirmation de la poussée nationaliste en Europe.
00:15A votre avis, quelles en sont les causes ?
00:17A chaque fois, dans chaque pays, il y a des raisons spécifiques.
00:21Par exemple, en Autriche, c'est la mauvaise digestion du passé du pays.
00:28Parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'au lendemain de la guerre, les alliés occidentaux ont considéré
00:34que l'Autriche était une victime de l'annexion par l'Allemagne nazie, de l'Anschluss.
00:41Et donc du coup, le pays s'est amendé de toute réflexion sur le fait qu'il a collaboré, plus
00:50que collaboré, qu'il a participé au nazisme, etc.
00:54Donc du coup, il y a une extrême droite dans le pays qui est restée extrêmement vitale.
01:01Je parlais des causes spécifiques, il y a aussi des causes communes.
01:04Et ces causes communes, elles interviennent parce que les populations des différents pays supportent de plus en plus mal les
01:13politiques d'austérité.
01:15Alors donc, un sujet politique d'austérité, c'est le rationnement des dépenses publiques, c'est la flexibilité, les mesures
01:22de flexibilisation de l'emploi,
01:25ou la déréglementation sociale, etc. qui sont mises en œuvre au niveau de chacun des pays et au niveau européen.
01:31Le sociologue autrichien Jörg Flecker a fait une enquête qui établit très précisément la correspondance entre l'explosion de la
01:43précarité
01:43et les progrès électoraux du FPE, le parti d'extrême droite autrichien.
01:49Partout, d'ailleurs, c'est la même chose.
01:51En France, les progrès du Front National possèdent les mêmes racines.
01:55Une étude, une autre étude, montre que quand le chômage avance d'un point, le vote FN progresse de deux.
02:02Ce modèle engendre des malaises sociaux, une crainte du déclassement qui constitue un terrain de prédilection pour les démagogues de
02:13l'extrême droite.
02:14Ils l'ont instrumentalisé dans la crise des réfugiés en faisant de l'étranger tout simplement un bouc émissaire
02:21ou en cultivant le chauvinisme national.
02:25Ce que l'actuel modèle impose, c'est en effet une exacerbation des mises en concurrence des uns contre les
02:33autres.
02:34Une mise en concurrence des états, des régions, des individus.
02:37Et cela alimente la loi du plus fort.
02:40Et qui dit loi du plus fort, dit nationalisme, dit régression nationaliste,
02:45alors même qu'on a besoin de coopération et de solidarité en Europe et dans la zone euro comme jamais.
02:51Donc ce qui signifie que la montée des dangers nationalistes n'est pas une fatalité.
02:58Oui, on vient de voir combien le modèle austéritaire de l'Europe a été responsable de cette montée des dangers
03:07nationalistes.
03:08Quand je dis austéritaire, c'est un néologisme qui est la conjugaison d'austérité et d'autoritaire.
03:14Pour faire passer l'austérité, on a recours à des mesures de plus en plus autoritaires au plan national comme
03:20au plan européen.
03:21Et c'est cela qui fait le jeu de l'extrême droite.
03:26Par conséquent, s'opposer à cette Europe austéritaire, c'est une manière de résister aussi à la montée des nationalismes.
03:34L'opposition en France à la loi travail en fait partie de ces résistances.
03:40La loi veut flexibiliser le marché du travail français pour réduire les droits et les rémunérations des salariés.
03:47Son application ferait grimper les profits du patronat et le vote FN.
03:51Les rapports de force ne sont pas négligeables en Europe pour faire changer les choses.
03:57On vient de le voir en France avec la lutte contre la loi travail qui n'est pas terminée et
04:01qui, au moins, s'en faut.
04:03Et dans d'autres pays ?
04:04Dans d'autres pays comme la Grèce, on a vu l'an dernier un gouvernement anti-austérité arriver au pouvoir.
04:14En Espagne, on aura des élections anticipées très prochainement, où il y a une alliance entre le mouvement Podemos et
04:22l'Escalda Unida,
04:24donc les progressistes espagnols avec les communistes espagnols.
04:27Au Portugal, un gouvernement socialiste anti-austérité soutenu et soutenu par le PCP, le Parti communiste portugais et le Bloc
04:35de gauche.
04:35En Grande-Bretagne, on a vu arriver aussi, depuis l'an dernier, Jérémy Corbyn, un nouveau dirigeant travailliste très engagé
04:43à gauche
04:44et qui conteste la politique, les mesures d'austérité du Premier ministre David Cameron.
04:50Et même en Allemagne, au cœur même du modèle ordo-libéral hégémonique, les luttes se multiplient contre ce modèle,
05:02contre la politique dite de modération salariale qui a été appliquée, qui a été imposée par les réformes Schröder.
05:09Il y a de plus en plus de luttes, là en ce moment, la métallurgie, la fonction publique, pour des
05:14augmentations de salaires très sensibles,
05:162,5% par an, 5% d'augmentation sur deux ans.
05:20C'est des augmentations qui n'avaient pas été négociées à ce niveau depuis des années.
05:26Ken Lodge, en recevant sa palme d'or dimanche, le jour d'élection en Autriche, a prononcé une phrase
05:32« Une autre Europe est possible ». Donc, vous partagez ce point, oui ?
05:37Oui, bien sûr. Oui, oui, tout à fait.
05:39Et il y a, c'est intéressant que Ken Lodge, recevant la palme d'or, dise cela.
05:46Parce que ce qui se passe, c'est qu'on arrive, à la fois, cette crise nous conduit aussi à
05:54un certain nombre d'évolutions à maturité.
05:56C'est-à-dire qu'en même temps que l'on a, les dangers se précisent très très forts, les
06:01impasses se précisent.
06:05Il y a aussi, et que le danger d'extrême droite donc monte,
06:09il y a aussi l'émergence de nouveaux besoins, de nouvelles règles du jeu qui se font jouer.
06:19Je reviens sur la loi El Khomri que j'évoquais tout à l'heure.
06:22C'est-à-dire que, d'un côté, on est confronté à un risque très grave de régression sociale,
06:30avec un abîmé, ou pour le moins abîmé, ou déstructuré, le code du travail.
06:38Et puis, mais en même temps, émerge aussi le besoin d'une transformation complète de ce code du travail,
06:47dans un sens qui permette à l'activité, aux salariés, de se développer.
06:55Par exemple, on pourrait, émerge le besoin d'un système de sécurité, d'emploi et de formation.
07:04La CGT parle de sécurité sociale professionnelle.
07:08Il s'agirait que les salariés puissent bénéficier, tout au long de leur carrière professionnelle,
07:14d'un même niveau, d'un niveau de rémunération équivalent, pas constant, mais équivalent, en progression.
07:24Et qui, pendant les périodes où ils ne seraient plus dans leur entreprise,
07:29pour des raisons x ou x, parce que les fabrications seraient obsolètes,
07:33ils pourraient, à ce moment-là, bénéficier de ces passages par la formation,
07:39et rebondir après dans une autre entreprise, dans la même ou dans une autre entreprise,
07:43à qualification supérieure, etc.
07:45Et poursuivre ainsi leur carrière, comme ça, tout au long de leur vie.
07:50Donc ce besoin-là émerge en même temps que le plus mauvais,
07:54c'est-à-dire la déréglementation du Code du Travail,
07:59la casse même du Code du Travail,
08:03est engagée par le gouvernement,
08:07il émerge un besoin de réforme,
08:09mais qui va dans un tout autre sens,
08:13qui permettrait à la fois de faciliter la vie des salariés,
08:20de leur donner plus de capacité à rebondir
08:23tout au long de leur carrière professionnelle, comme je le disais,
08:26mais aussi pour l'économie en général,
08:28puisqu'avec des salariés bien formés, bien dans leur peau,
08:31l'économie fonctionne mieux.

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