00:02Stéphanie Murat bonjour. Bonjour. Stéphane Fuenkinos bonjour. Bonjour. Alors vous êtes pour
00:07l'une photographe et pour l'autre celui qui incarne les 55 femmes politiques photographiées
00:14donc par vous Stéphanie. C'est l'exposition 55 femmes politiques qui est présentée à la fête
00:20de l'humanité. Alors cette exposition suit une autre exposition sur le même principe qui s'appelait
00:2655 femmes écrivains ou écrivaines, je ne sais pas. Comment vous est venue l'idée de ce dispositif et de
00:34ces photos ?
00:35C'était un dimanche, il faisait moche dehors et on n'était pas très en forme tous les deux et
00:41j'avais
00:41envie de faire rire Stéphanie. J'avais le cheveu un peu gras, j'avais un col roulé, je me suis
00:47mis un plaid
00:47sur les genoux et elle m'a dit ne bouge pas et donc elle est allée me chercher une petite
00:54paire de
00:54lunettes fumées. Je les ai enfilées et elle m'a dit tu es Marguerite Duras. Donc on a beaucoup ri
01:01mais jusqu'au moment où elle est allée chercher son appareil photo, qu'elle a pris cette photo,
01:07qu'on l'a imprimée tout de suite pour voir un petit peu ce que ça donnait et le rire
01:12s'est
01:12transformé en un peu, on était tétalisé parce qu'il y a quelque chose qui nous a dépassé qui est
01:19sorti. Et cette photo a été le point de départ, quelques semaines plus tard ou mois plus tard,
01:27l'anniversaire d'une troisième compasse qui est Raphaël Despleuchins et on lui offre cette photo et
01:33tout de suite des gens nous disent mais c'est une photo de Duras et on dit non non c
01:37'est Stéphane
01:38et donc on nous a encouragé mais il faut en faire d'autres. C'est quand même un concept original
01:44et puis
01:45c'est un travail de comédien aussi que d'interpréter parce que c'est pas simplement se déguiser en,
01:50c'est trouver un peu l'essence de toutes ces figures à la fois de la littérature ou de la
01:55politique mais
01:57c'est à chaque fois trouver le geste, trouver le regard, on n'est pas du tout dans l'outrance
02:02malgré le fait que vous soyez un homme déguisé en femme. Comme des enfants qui jouent et qui ont fait
02:07des imitations et on va chercher des perruques et on va chercher des costumes et on regarde l'image du
02:11vrai,
02:12on essaye d'imiter, je sais pas, un truc qui est vraiment de l'ordre du jeu et de l
02:16'enfance en fait et
02:17c'est ça qui nous a fait que ça fait quand même dix ans que le dimanche après midi on
02:20l'habille en
02:21femme donc il faut quand même être un peu, voilà, il faut avoir envie de rigoler en fait et c
02:26'était
02:26ça notre, voilà, sauf qu'après il y a des gens qui ont vu, qui nous ont demandé patati patata
02:30mais au
02:31départ pas du tout pendant des années on l'a fait pour rire quoi. L'intellectuel du groupe étant
02:36Raphaël Despleuchins, c'est vrai qu'elle nous a aidé dans le fait de trouver des phrases, de savoir
02:41quelle avait été la motivation de ces femmes-là etc. Stéphane c'était vraiment le jeu, c'était
02:46d'interpréter, d'incarner comme comme vous disiez et moi d'essayer de saisir l'instant, enfin
02:53quelque chose de spontané aussi justement, de pas trop travailler et dans un instinct comme ça,
02:59un éclat tout d'un coup. D'ailleurs quand on faisait les photos de chaque personne, on passait
03:04peut-être dix minutes, un quart d'heure, on n'est jamais resté cinq heures sur un portrait, ça a
03:09toujours
03:09été quelque chose d'extrêmement, ouais j'ai envie de dire ludique et spontané quoi. Nous venons
03:14plutôt d'un milieu d'artiste et moi j'ai souvent été derrière plutôt que devant donc c'était aussi
03:23une manière de se déguiser, de ne pas se montrer directement. Et comment vous avez, vous avez choisi,
03:29c'est des femmes que vous aimiez aussi ? Comment ? C'était surtout trouver des femmes emblématiques,
03:34quelles qu'elles soient et d'où qu'elles viennent, c'est-à-dire que la parole politique entre guillemets
03:40et l'association de la politique avec les femmes, on s'est rendu compte à quel point elles étaient négligées
03:46parfois et quelles que soient leurs paroles. Donc c'était important pour nous, c'est ce qu'elles représentaient
03:53et c'est ça que Raphaël a aussi cherché et que toute notre équipe, on a évoqué des idées. Après
03:58il y avait des choses aussi
03:59techniques que je pouvais faire. Quand c'était les écrivaines, on allait plutôt vers ma ressemblance première.
04:06Là c'était un autre challenge parce qu'il y avait des femmes auxquelles je ne ressemble absolument pas a
04:11priori.
04:12Enfin, évidemment que le costume, il y a beaucoup de choses qu'il fait, mais c'est dans l'œil.
04:18Et d'ailleurs je me souviens quand on faisait les photos, donc moi j'étais avec mon appareil, Stéphane posait
04:24et Raphaël était à côté et Raphaël nous évoquait tout un tas de choses, nous coachait sur la femme
04:32dont on était en train de parler quoi. Et ça nous aidait en fait. Alors Stéphane, il bougeait de ma...
04:38Enfin, je ne sais pas comment vous dire et puis moi je captais... Enfin voilà, mais tout ça, c'est
04:41vraiment né d'une relation entre nous en fait.
04:45C'est pour ça que j'arrête pas de parler d'amitié, mais c'est vrai, je pense que je
04:47serais incapable de faire ça avec quelqu'un d'autre.
04:50Enfin, je veux dire... Et c'est peut-être pour ça d'ailleurs que...
04:52Que ça marche ?
04:53Oui, enfin en tout cas que ça a une singularité et quelque chose de sincère. On n'a pas cherché
05:00à faire, on a fait. Voilà.
05:04Laquelle a été la plus drôle à faire, la plus compliquée, la plus plaisante ?
05:11La plus drôle, il y en a eu beaucoup. Je pense que dès l'instant où j'étais en souveraine,
05:17donc quelles qu'elles soient, ça, les reines, ça c'est toujours excitant et drôle à faire, forcément.
05:22Vous en avez fait pas mal du coup.
05:24Oui, on en a fait pas mal. Il fallait quand même choisir les époques, il fallait choisir aussi les continents
05:31parce qu'il fallait un petit peu s'étendre.
05:35Mais donc forcément, les souveraines, ça a été drôle. Et les femmes politiques actuelles aussi.
05:40Et qu'est-ce que vous attendez de la confrontation avec le public de la fête de l'UMA, qui
05:45est peut-être pas le même public que le public des galeries, notamment ?
05:48Le plaisir, c'est surtout le fait que les gens soient touchés, étrangement.
05:52C'est-à-dire que souvent, quand on est dans la galerie, en voyant les visages et les regards, on
05:57a d'abord la première couche, c'est...
06:00Il y a du rire, forcément, parce qu'on voit le travail, on voit pas le déguisement, mais je pense
06:07que c'est plutôt le fait de se dire
06:08« Ah tiens, c'est quand même une personne qui fait ça ». Et ensuite, il y a la réflexion.
06:13Parce qu'avec la phrase, avec le slogan, on arrive à en faire quelque chose.
06:17Et la multitude de sites de photos, les unes à côté des autres. C'est vrai que tout d'un
06:20coup, les gens se...
06:22Voilà, il y a un truc de l'histoire que je trouve assez fort.
06:25C'est en fait, j'espère que la confrontation avec toutes les photos ensemble va faire résonance aussi par rapport
06:37au rôle de la femme et à la politique et qu'elle a sa place à la fête de l
06:42'humain.
06:42Sous-titrage Société Radio-Canada
06:46...