00:00Et c'est Nadia Léger qui a insufflé à tous ces artistes l'art abstrait.
00:04Nadia Léger a été précurseur du pop-art,
00:06une femme artiste complètement effacée de l'histoire de l'art.
00:16Elle fait partie de ces femmes qui vivaient dans l'ombre des grands artistes,
00:22donc en l'occurrence c'était la femme de Fernand Léger.
00:24Elle a consacré toute sa vie à mettre en valeur l'oeuvre de Fernand Léger
00:29et parallèlement à construire son oeuvre propre.
00:31Mais son oeuvre particulière était passée à la trappe et était devenue inconnue.
00:38Donc cette exposition met en valeur l'oeuvre de Nadia Léger
00:41qui est d'une rare richesse, qui commence dans les années 1920 avec Malevich, dont elle est l'élève.
00:47Elle a 15 ans, c'est une élève surdouée.
00:49Elle peint des toiles suprématistes, constructivistes.
00:52Puis après elle fera des oeuvres réalistes, mais elle a son propre style.
00:56Et je pense que c'est une artiste majeure de l'avant-garde du XXe siècle.
01:05Ce n'est pas une peinture de 1920, c'est la reprise par elle de certaines de ses compositions suprématistes
01:12dont on voit bien qu'elles sont totalement abstraites,
01:15qu'elle rappelle ceux des autres suprématistes de l'époque, comme elle, les Ischies, etc.
01:18C'est en fait la conquête spatiale qui lui inspire ce retour à l'abstraction
01:22pour essayer de se projeter, on va dire, dans le mouvement des étoiles
01:27ou de se projeter dans l'espace d'une façon abstraite.
01:30Mais toujours est-il que dans cette reprise d'une composition suprématiste tout début des années 1920,
01:35elle va affirmer quand même un véritable talent dans l'abstraction
01:38et cette peinture, de mon point de vue, est vraiment remarquable.
01:47La grande contribution de Nadia Léger à l'histoire de l'art, c'est l'atelier Léger.
01:51L'atelier Léger, dont elle a été élève, l'assistante de Ferdinand Léger,
01:54puis surtout la directrice, donc l'enseignante,
01:57c'est d'avoir été un incubateur, un laboratoire formidable de la création artistique
02:02dans le domaine de la peinture.
02:04Il faut savoir qu'entre 1920 et 1939, Paris est la capitale mondiale des arts.
02:12Et l'atelier Léger, c'est un lieu de rencontre de toutes les avant-gardes internationales.
02:16Les artistes viennent du Brésil, de Scandinavie, d'Europe de l'Est, des États-Unis, de partout.
02:22Et ces élèves, qui sont-ils ? Ce sont des jeunes inconnus à l'époque,
02:24mais ils deviendront très célèbres.
02:26C'est par exemple Sam Francis, c'est par exemple Hans Hartung,
02:29c'est par exemple Nicolas de Stahl, Louis Bourgeois,
02:32qui deviendront des géants de l'art contemporain, de l'art moderne,
02:36et ils sont passés par l'atelier Léger.
02:37Et c'est Nadia Léger qui a insufflé à tous ces artistes
02:41ce qui donnera l'art abstrait.
02:47Dans les années 50-60, effectivement, elle se lance dans une série de portraits.
02:52Sergei Eisenstein, le célèbre réalisateur du cuirassé Potemkin,
02:57Marc Chagall, ici, Lénine, et Marx, que tout le monde reconnaît.
03:01Il n'en reste pas moins, c'est une iconographie, on va dire, militante,
03:04qu'on a peut-être un peu de mal à comprendre aujourd'hui.
03:06Mais moi, je crois que là-dessus, il faut faire un bref rappel historique.
03:10Il faut se souvenir qu'après la guerre, l'Union soviétique jouit d'un prestige
03:14qu'on ignore complètement aujourd'hui.
03:16Un journal comme Le Monde, au lendemain de la capitulation allemande,
03:20titrait « L'armée rouge a sauvé le monde ».
03:22Le rayonnement intellectuel à l'époque du parti et de ceux qui en sont membres,
03:27Picasso, Aragon, Elsa Triolet, Fernand Léger, et j'en passe,
03:31ce rayonnement est extraordinaire.
03:34À l'époque, Sartre, qui ne sera jamais membre du Parti communiste,
03:36écrit quand même « Tout anticommuniste est un chien »,
03:39ce qui est quand même excessif, il faut le reconnaître.
03:42Donc, il faut comprendre ça pour mieux comprendre cette iconographie.
03:49Nadia Léger a été précurseur dans le domaine du pop-art.
03:54À partir de 1945, elle va réaliser toute une série de portraits,
03:56certes des dignitaires communistes soviétiques,
03:58mais aussi d'écrivains comme Tolstoy ou de compositeurs comme Prokofiev, par exemple.
04:02Donc, une sorte de panthéon.
04:04Il y a le visage très figuratif avec un empattement de noir,
04:08et derrière, elle met des formes abstraites
04:12qui ressemblent au biomorphisme de Harp.
04:16Tout ça pour dire quoi ?
04:17Qu'elle fait des portraits qui vont annoncer ce que va faire Andy Warhol,
04:21avec des couleurs fortes, ou ce que va faire Obé.
04:23Vous savez, le fameux portrait de Barack Obama qui dit « Yes, we can ».
04:27Et vous regardez ce que le street art a fait,
04:29c'est ce que Nadia Léger fait, elle, dès le milieu des années 40.
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