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À l'occasion de la sortie du podcast France Inter “Quitter Gaza après le 7-Octobre”, le journaliste palestinien Nabil Diab raconte avec Thibault Lefèvre, correspondant permanent de Radio France à Jérusalem, ce qu'il a vécu à Gaza, comment il a couvert l'actualité et son arrivée en France. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-8h20-du-week-end/le-grand-entretien-du-vendredi-09-octobre-2026-5515283
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00:04C'est un témoignage pour l'histoire que nous vous proposons ce matin, avec un homme qui nous a informés
00:11chaque jour sur la guerre à Gaza depuis Gaza.
00:14Bonjour Nabil Diab.
00:15Bonjour, bonjour Eva.
00:17Vous êtes journaliste palestinien et vous êtes le cœur d'un podcast inédit de Radio France, un podcast puissant, émouvant
00:23et sensible, intitulé « Quitter Gaza après le 7 octobre »,
00:26où l'on entend et l'on comprend le travail incroyable que vous avez réalisé durant deux ans.
00:31Vous allez nous raconter votre travail, votre quotidien, comment vous êtes venu en France aussi.
00:36Mais vous n'êtes pas seul ce matin.
00:37Nous sommes également en compagnie de Thibaut Lefebvre, correspondant permanent de Radio France à Jérusalem.
00:41Bonjour Thibaut.
00:43Bonjour Eva.
00:44Bonjour à tous.
00:45Salut Nabil.
00:45Salut Thibaut.
00:46Vous aussi, vous êtes au cœur de ce podcast, Thibaut, car c'est avec vous que Nabil Diab est changé
00:51chaque jour.
00:52Nabil Diab était vos yeux et vos oreilles à Gaza, puisque comme tous les journalistes étrangers, vous ne pouviez pas
00:57pénétrer le territoire.
00:58Comment vous avez travaillé ensemble ?
01:00Comment Nabil a documenté la guerre tout en étant percuté par elle ?
01:03Comment vous avez quitté aussi Gaza et rejoint la France ?
01:06C'est toutes ces questions que nous avons envie de vous poser ce matin.
01:09Vos questions et vos réactions, chers auditeurs et auditrices, c'est au 01 45 24 7000 et sur l'application
01:14Radio France.
01:15Et c'est la première question, Nabil Diab, qu'on a envie de vous poser ce matin.
01:18Par quel miracle êtes-vous là ce matin avec nous dans ce studio ?
01:22Comment avez-vous réussi à quitter Gaza ?
01:25Eh bien, merci.
01:27Vraiment, moi aussi je pose toujours cette question, comment je n'arrive pas à croire.
01:31Vraiment c'est un miracle de sortir.
01:33Ça fait un an, ce jour-là, en octobre, j'étais en train d'attendre un appel.
01:40Vraiment de sauver une vie, pas non seulement de sortir.
01:46J'étais en train d'attendre un appel du Consulat Général de France, mais permettez-moi vraiment de remercier la
01:54France, de remercier le ministère des Affaires Étrangers français, de remercier le ministère de l'Intérieur pour ce qu'ils
02:00ont fait, de faire sauver la vie de ma famille, de me faire sortir d'ici.
02:06Et je veux aussi dire, on a réussi, Thibaut.
02:10Vraiment, on est là.
02:13Vous nous avez dit, vous êtes bien là, vous êtes bien devant nous, Nabil Diab.
02:16Vous nous avez dit, en préparant cette émission, c'est un rêve.
02:19C'est un rêve d'être là en France avec vos trois enfants.
02:23C'est un rêve d'être au sein de la rédaction internationale de Radio France où vous travaillez aujourd'hui
02:29avec ces gens fabuleux.
02:32Est-ce que vous avez quand même conscience que ce n'est pas tout à fait un rêve, que c
02:36'est désormais votre vie nouvelle, votre vie réelle ?
02:40Vraiment, j'essaie de croire que non, je suis ici, je réussis à sortir.
02:47Parce que moi, je suis journaliste, j'ai fait la couverture des cigares pendant 2008, 2012, jusqu'au 2025.
02:58Donc, tu arrives à un point où, oui, en 2008, en 2014, 10 jours, ou bien 20 jours, ou bien
03:0653 jours, à la fin de compte, tu rentres chez toi, tu as une maison.
03:10Vous voyez comment tu prends ta douche, tu as une maison, tu rentres.
03:13Et là, ce n'était plus le cas ?
03:15Non, c'était un autre cas, tout à fait.
03:19Un déplacement, tu vis dans une tente, tu n'as pas d'électricité, tu n'as pas d'info, tu
03:24essaies de transmettre l'info.
03:27Et en contrepartie, tu es un père.
03:30Moi, j'ai vécu les trois, je suis un journaliste, un père, un citoyen.
03:33Donc, ces trois choses-là, s'en sont vraiment très lourdes.
03:37On va revenir sur ce quotidien, sur ce que vous avez vécu, sur la façon aussi dont vous nous avez
03:43informé.
03:44Un mot avant cela, Thibaut Lefebvre.
03:45Comment Nabil Diab a réussi à quitter Gaza ?
03:49Comment vous avez, vous aussi, à votre mesure, participé à cette action ?
03:54En fait, il y a des opérations qui sont menées par le Quai d'Orsay et par le Consulat Général
04:03de France à Jérusalem.
04:04Où, en fait, il y a une sorte de procédure d'évacuation selon des critères très précis,
04:10qui sont le regroupement familial et puis les étudiants ou les artistes qui bénéficient de bourses.
04:18Et, en fait, au fur et à mesure de la guerre, il y a eu des évacuations comme ça qui
04:23ont été organisées.
04:24Alors, c'était très, très, très compliqué parce qu'il fallait que le Quai d'Orsay soit aligné avec le
04:31ministère de l'Intérieur,
04:32avec parfois des sensibilités politiques qui étaient diamétralement opposées.
04:36Et puis, Nabil et sa famille, ses deux enfants et son épouse sont passés aussi par la Jordanie.
04:45Donc, il a fallu aussi que les autorités jordaniennes soient d'accord pour l'évacuer.
04:51Donc, voilà, il y a tout un processus et vous pouvez l'entendre dans ce podcast.
04:56Voilà, ça n'a pas été facile.
04:58Il y a eu plusieurs annulations et ce que je qualifierais de yo-yo émotionnel.
05:03C'est-à-dire que c'était terrible.
05:05Nabil a cru qu'il allait sortir, notamment au mois d'août.
05:08Et puis, au dernier moment, cette évacuation a été annulée.
05:11Donc, c'était des moments très difficiles, oui.
05:13Alors, c'est deux années de guerre, Nabil Diable, que vous avez couvertes.
05:17Vous avez raconté Gaza de l'intérieur.
05:19Au marché d'Air El Bala, vous avez relevé le prix des pommes de terre qui ne cessaient d'augmenter.
05:25Près de Rafa, au point de distribution alimentaire,
05:28où des personnes se sont fait tirer dessus pour un sac de farine.
05:31ou encore à l'hôpital Al-Shifa, à chercher des témoins après une frappe.
05:35Comment êtes-vous parvenu à être à la fois journaliste et citoyen ?
05:40Journaliste et père de famille, vous l'avez dit.
05:43Ce n'était pas facile d'être ça.
05:46Moi, pendant les guerres précédentes, je disais, oui, je peux faire ça.
05:49Tu appelles tes enfants et ils sont dans un abri.
05:51Ils sont dans un abri en sécurité, entre parenthèses.
05:56Mais cette fois-ci, non, non, tu n'arrives pas.
05:59Tu dois chercher l'information parce qu'il y a des difficultés.
06:02Il n'y a pas d'Internet, il n'y a pas d'électricité.
06:04Tu dois y aller où il y a des endroits précisés où tu peux trouver des réseaux.
06:08Donc, ce n'était pas facile du tout.
06:10Après, tu as vécu plusieurs étapes, on a vécu une famine, on a vécu manque d'eau, manque de nourriture,
06:16manque de tout.
06:17Mais à la fin de compte, tu es journaliste, tu dois te mettre debout pour essayer de raconter toute cette
06:25journée en une minute.
06:26Ce n'était pas facile.
06:27Le podcast « Quitter Gaza » après le 7 octobre, c'est la possibilité d'entendre votre voix, Nabil Diame,
06:33et celle de Thibaut Lefebvre, extrait.
06:37Je n'arrive pas à t'avoir directement.
06:42Je vais retenter.
06:44J'ai l'impression que ça tire dans tous les sens et que ce n'est plus seulement l'armée
06:48israélienne.
06:51Ça devient le chaos, cette histoire.
06:57Thibaut, je vous aurais ce message-là.
07:00Oui, ça va la situation, vraiment, et c'est l'enfer.
07:04C'est l'enfer, mon frère.
07:06Mais ça va, je respire encore.
07:09Merci, Thibaut.
07:11Nabil Diame, vous avez correspondu avec Thibaut Lefebvre grâce à des notes vocales comme celles que l'on vient d
07:16'entendre.
07:17Qu'est-ce que vous ressentez là quand vous entendez cet extrait du podcast ?
07:20Ça, ça, vraiment, ça, ça me touche beaucoup.
07:24Je ne peux pas, d'ailleurs, je n'ai pas pu entendre tous les épisodes du podcast.
07:30Même la première épisode, c'était très forte pour moi.
07:34Je n'ai pas pu écouter toute la, ça me touche beaucoup.
07:38Thibaut Lefebvre, parfois, vous envoyez Nabil dans des zones où sa sécurité, elle est en danger, évidemment, dans ce territoire
07:44de Gaza.
07:44Le 5 juin 2005, par exemple, il vous écrit qu'il est coincé sous les tirs.
07:48Vous n'arrivez plus à le joindre, il n'en ressort qu'au bout de trois heures.
07:51Est-ce que vous craignez chaque fois de le voir mourir et de l'avoir envoyé au mauvais endroit, au
07:55mauvais moment ?
07:57Oui, c'est des moments terribles.
08:00Et c'est vrai qu'à l'écouter, là, comme ça, pareil, je ressens une émotion profonde.
08:05Vous parliez tout à l'heure, Quentin, du marché de Der Elbala, ce reportage qui a été commandé par France
08:11Inter et diffusé lors d'une journée spéciale Gaza.
08:14C'était il y a un an de mémoire, un peu plus d'un an, un an et demi.
08:16Et en fait, à ce moment-là, Nabil m'envoie les notes vocales au fur et à mesure.
08:20Donc, vous êtes au marché, vous avez, comme vous le dites, le prix des pommes de terre, le prix des
08:25cigarettes aussi, qui s'achetaient à cette époque-là à la taf.
08:29C'est-à-dire qu'il fallait acheter deux...
08:30Enfin bon, c'était l'objet de son reportage.
08:32Et à un moment, l'enregistrement se coupe.
08:35Et là, je n'ai plus de nouvelles pendant, je ne sais pas, une heure peut-être.
08:41Et l'envoi suivant, le son suivant que je reçois, c'est un chaos total avec des sons d'ambulance.
08:49Et Nabil me dit, mon frère, je suis vivant, il y a eu un bombardement.
08:54Mais vous ne pouvez pas imaginer, en fait, le stress à ce moment-là.
08:58Moi, je suis à la fois prêt, puisque Jérusalem est à une soixantaine de kilomètres de Gaza.
09:02Et en même temps, très loin, parce que les autorités israéliennes nous empêchent toujours de rentrer dans Gaza
09:09et de pouvoir aider nos confrères palestiniens.
09:12Donc, c'est un stress absolu.
09:13Et puis, Eva, pour répondre à la deuxième partie de votre question,
09:16en fait, j'ai pu envoyer Nabil nulle part.
09:20C'est-à-dire qu'il y a un moment où, au début, on a travaillé avec un autre journaliste
09:25qui est toujours sur place,
09:25dont le travail est extrêmement précieux, qui s'appelle Rami Al-Maghari.
09:28Et puis, j'ai fait l'erreur, une fois, à un moment, de lui commander un sujet,
09:33comme si on travaillait dans un contexte normal.
09:35Et puis, à ce moment-là, ça m'a profondément stressé.
09:39Il y avait un risque.
09:40Et on a décidé, et c'est à partir de ce moment-là où on a travaillé avec Nabil Diab
09:44et une autre journaliste aussi, Ferial Abdou,
09:46j'ai envie de dire, de mailler de correspondants le territoire de Gaza
09:50pour justement éviter des déplacements et faire en sorte...
09:54Oui, c'est ça.
09:54C'est comme ça qu'on a fonctionné.
09:56Et ce qui a permis de limiter les risques.
09:58Mais oui, il y a eu deux ans avec des périodes, comme je vous l'expliquais,
10:03de stress profond.
10:04Parce que quand c'est une ou deux heures, ça va.
10:06Mais quand vous n'avez pas de nouvelles pendant deux ou trois jours,
10:08c'est très compliqué, oui.
10:09Vous m'avez raconté, Nabil Diab, avant d'entrer en studio,
10:12la façon aussi dont vous aviez traversé vous-même cette journée du 7 octobre 2023.
10:19Et vous m'avez dit, lorsque vous avez entendu au loin les premiers bombardements,
10:25vous n'avez pas osé ouvrir les yeux.
10:27Racontez-nous.
10:28Oui, c'était à peu près entre 5h et 6h du matin.
10:32J'ai entendu des bombardements, donc je n'ai pas voulu vous réaliser.
10:37Je disais que non, non, peut-être que c'était un accrochage entre les partis de Hamas,
10:42c'est le djihad, non, non, mais ça va y aller.
10:44Mais ça a continué, quoi.
10:45Je disais, non, peut-être que quelqu'un, je ne sais pas, un explosif interne,
10:51je n'ai pas voulu croire que non, ça va retourner une nouvelle guerre.
10:58Et malheureusement, j'ai reçu un appel d'une amie qu'elle n'a pas croit que ça va commencer.
11:06Donc elle a eu un fou rire, quoi.
11:08Elle est devenu folle.
11:08Elle m'a dit, la guerre a commencé.
11:11Et j'ai descendu à 7h du matin, j'ai fait le tour de Gaza,
11:16il n'y avait personne, Gaza était vide.
11:19J'ai senti quelque chose que Gaza va me manquer.
11:23Gaza, allez-vous manquer ?
11:24Va me manquer un jour, le premier jour.
11:26Alors que vous y étiez encore.
11:28C'était le 7 octobre, le premier jour.
11:30Je ne sais pas, j'ai appelé mon amie, on a fait le tour de Gaza,
11:33il n'y avait personne.
11:35Sachant que les Gazaouis sont habitués à ce jour-là,
11:37et peut-être ils descendent.
11:38Mais je sens que les gens avaient quelque chose d'interne,
11:44que non, ça va être dur.
11:47Vous pressentiez donc qu'il y avait quelque chose d'anormal,
11:50et au-delà d'ailleurs que, pour Gaza,
11:53une forme d'enfer allait se dessiner dans les semaines,
11:56dans les jours même qui venaient ?
11:58Oui, bien sûr, d'ailleurs, le 7 octobre, ça a commencé.
12:03Le 13 octobre a commencé le grand déplacement de Gaza du Nord vers le Sud,
12:10et ça a commencé une nouvelle vie pour tous les Gazaouis.
12:14C'était un mélange, les habitants du Nord déplacent vers le Sud,
12:19c'était vraiment une bataille interne.
12:22On le sait, Nabil Diab, à Gaza,
12:24toujours Noël, tout journaliste doit composer avec le Hamas,
12:28ne serait-ce que pour obtenir sa carte de presse.
12:33Le 7 octobre, notamment, quels étaient encore à l'époque vos rapports avec le Hamas ?
12:41Tout le monde pose cette question.
12:43Bon, tu habites à Gaza, après le 2006,
12:46le contrôle du parti du Hamas,
12:49le contrôle du Gaza,
12:51et tous les journalistes,
12:53même le côté de santé,
12:56tu dois passer par le Hamas.
12:59Nous, les journalistes, on ne peut pas accéder
13:01ou bien faire des couvertures médiatiques sans passer.
13:06C'est incontournable, c'est comme une administration au fond.
13:08Si quelqu'un, maintenant, part au Congo,
13:11il doit se traiter par les gens là-bas.
13:15Ils s'en fichent, c'est qui qui gère,
13:17mais tu dois avoir ton permis.
13:19Mais le Hamas, vous l'appeliez le H.
13:22Le H, qu'est-ce que cela signifie ?
13:24Pourquoi cette lettre-là ?
13:26Et qu'est-ce que ça disait aussi de votre rapport de méfiance,
13:29vous l'expliquez en partie dans le podcast,
13:31vis-à-vis du Hamas ?
13:32Oui, j'appelle le H,
13:36parce que, vous savez,
13:37si quelqu'un écrit dans les réseaux sociaux,
13:40ou bien parler, le Hamas,
13:42il t'accuse toujours que tu es quelqu'un qui...
13:46Tu es de Hamas, tu es un journaliste de Hamas.
13:49Non !
13:50Non, je suis un journaliste.
13:52Je fais mon travail, je fais un père de famille.
13:55À Gaza, ils ne sont pas...
13:56Ils ne sont pas...
13:57Ce n'est pas la bande de Gaza,
13:58ils ne sont pas tous Hamas.
13:59Non, non, c'est...
13:59Thibault, lorsque vous décidez vous-même de travailler effectivement avec Nabil,
14:04comment vous garantissez à distance son indépendance ?
14:09Écoutez, alors déjà, il y a un choix éditorial qui est fait au niveau de Jérusalem,
14:15c'est-à-dire que Nabil envoie ces éléments
14:18et on discute systématiquement sur chacun des reportages,
14:21des coulisses de ce reportage.
14:22Et donc, il y a un choix éditorial qui est fait au niveau du bureau de Radio France à Jérusalem,
14:27en collaboration évidemment avec la rédaction internationale.
14:31Vous posez la question de l'appartenance des relations des journalistes avec le Hamas.
14:38C'est évidemment actuellement une bataille de narratifs.
14:41Récemment, l'armée israélienne a publié une liste de 170 journalistes
14:46présumés liés avec le Hamas.
14:49Je pense que la vraie question, c'est de savoir qu'est-ce qu'être Hamas aujourd'hui à Gaza.
14:56C'est-à-dire que vous avez l'autorité israélienne qui a une vision extensive.
15:01Moi, je connais notamment des journalistes qui ont été tués par l'armée israélienne
15:07parce qu'ils avaient des liens dans leur famille avec le Hamas.
15:10Mais est-ce que c'est parce que votre papa ou votre oncle appartient au Hamas
15:13que vous-même, vous êtes Hamas ?
15:15C'est la vraie question de la définition du Hamas, de l'appartenance des journalistes au Hamas
15:20ou en tout cas des relations.
15:22Nous, à Radio France, on a été particulièrement vigilants.
15:26C'est-à-dire qu'avant d'engager un correspondant, évidemment, on parle pendant des mois et des mois.
15:32C'est-à-dire que Nabil a travaillé avec nous de manière, j'ai envie de dire, régulière et effective
15:37seulement neuf mois ou dix mois après le début de la guerre.
15:40Mais pendant les premières semaines, on a échangé.
15:43Donc, il n'a pas tout de suite été correspondant pour Radio France.
15:45Ce qui a permis de prendre le temps un peu de discuter.
15:50Et puis surtout, on crible les réseaux sociaux.
15:52C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez une telle pression sur les réseaux sociaux.
15:56La moindre prise de... la moindre expression sur les réseaux sociaux après le 7 octobre,
16:01évidemment, discrédite les journalistes.
16:04Là, aujourd'hui, Nabil Diab est à Gaza.
16:06Il est passé entre les mains du ministère de l'Intérieur.
16:08Il est évident, pour être tout à fait clair, qu'il n'a aucun lien avec le Hamas.
16:13Vous écouterez dans le podcast.
16:14Il met dos à dos, d'ailleurs, le gouvernement israélien et le Hamas en disant...
16:19Et c'est terrible, cette note vocale, Thibaut.
16:21On est pris entre deux feux.
16:23Et je le dis un peu de manière un peu plus vulgaire.
16:26Mais en tout cas, c'est l'idée, quoi.
16:27Nabil Diab, à quel moment, en fait, vous avez décidé de partir, de dire
16:31il faut que je quitte Gaza ?
16:34Il y a eu un événement précis qui vous a poussé à prendre cette décision
16:37où, au fond, vous aviez perdu tout espoir.
16:42Je ne vous cache pas, au début-là, je ne voulais sortir que mes enfants.
16:46Que faire sortir...
16:47Et vous restez sur place ?
16:48Vous restez sur place parce que...
16:50Moi seul, journaliste, je dois continuer à travailler.
16:54Vous avez trois enfants, on le précise.
16:56Oui.
16:56Deux filles, un garçon.
16:57Deux filles, un garçon.
16:58Et votre grande-fille, la première, avait quitté Gaza quelques mois avant.
17:01Pour ces étudiants.
17:02Oui, un mois avant, c'était elle a quitté Gaza en juillet 2024.
17:09Après, 2025.
17:112025, pardon.
17:14Donc, oui, c'est...
17:16Qu'est-ce qui vous a poussé alors, vous-même, à décider de quitter ce lieu ?
17:21Après la perte des amis à toi, après la perte de ta maison, après la perte de tes souvenirs,
17:29après la perte de tes rêves, ton espoir, tu n'as rien, tu donnes le noir.
17:35Donc, en ce moment-là, après, j'ai décidé que non.
17:39Gaza, pour moi, il était une fois.
17:41Vous êtes en France désormais, vous vivez en France, vous travaillez en France, vos enfants, ils sont scolarisés.
17:48Est-ce que la guerre continue pour vous de vivre ?
17:51Est-ce qu'elle est encore en vous et au sein même de votre famille ?
17:55J'ai réussi à sortir, à faire évacuer ma famille, mais nos esprits sont encore là-bas.
18:01C'était pas facile.
18:02Oui, on a réussi à sortir, à m'évacuer, mais mon esprit, c'est encore là-bas.
18:09Jusqu'à maintenant, je travaille à Radio France dans cet grand ensemble.
18:13Des fois, tu n'arrives pas à arrêter de penser, arrêter de réfléchir de ce qui se passe, de téléphoner,
18:20d'appeler.
18:21Donc, tu arrives un peu et tu dis non, il y a une grande partie de mon esprit là-bas.
18:27Vous continuez aujourd'hui encore de suivre cette actualité, vous y arrivez ?
18:33Bien sûr, tu as une histoire à raconter.
18:38Nabil Diab, si je vous demande juste de fermer les yeux un instant, quelle est la première image que vous
18:43avez qui vous vient quand vous pensez à Gaza ?
18:51Les décors en bas de ma maison.
18:53Et est-ce qu'il y a un son qui vous a marqué ?
19:00Beaucoup, beaucoup.
19:02Il y a Mohamed qui nous a écrit un message pour vous sur l'application Radio France et qui vous
19:06demande comment vous vivez votre déchirement d'être en France et d'avoir quitté Gaza ?
19:10Il nous dit probablement que ça doit être très difficile.
19:12On l'entend à votre émotion.
19:14C'est extrêmement dur d'être ici et encore un peu là-bas ?
19:17Bien sûr, bien sûr.
19:19Même nous, les Gazaouis, on n'a pas cru un jour qu'on va être dispersés.
19:27Il y a des gens qui ont perdu leur famille, des cadavres qui sont encore sous les décombres.
19:35Plus de 70 000 morts.
19:38C'est la catastrophe plus que la catastrophe.
19:43Je voudrais que vous disiez un mot à ce micro parce que vous nous l'avez raconté également avant l
19:47'émission.
19:48L'enfance de vos propres enfants, lorsqu'ils sont arrivés en France, vous nous avez dit, vous avez décrit la
19:55façon dont une nouvelle vie pour eux aussi commençait.
19:58Et au fond, une première enfance.
20:00Racontez-nous.
20:01Je vais vous raconter des choses.
20:03La première, quand je suis arrivé en France et il y avait la maison de Radio France et la rédaction
20:14internationale, vraiment, je suis arrivé à l'appartement.
20:17La première des choses que j'ai vues, c'était les toilettes.
20:24Oui, ce n'était pas donné à tout le monde d'avoir des toilettes, à toi privé.
20:29Oui, j'ai gagné.
20:31Et la deuxième des choses, quand tu sors avec tes enfants, il y a ma fille, je suis sorti avec
20:37elle, on est parti au parc.
20:40Elle était en train de jouer.
20:41Et après deux minutes, je lui dis, non, non, non, allez, on y va, ça c'est pour les enfants.
20:45Ce n'est pas pour toi.
20:47Et je n'ai pas imaginé que ma fille qui a 12 ans, elle est enfant.
20:51Tu n'arrives pas à croire parce qu'à Gaza, il n'y a pas d'enfants, il y a
20:55des grands âges, des petits âges.
20:56Des petits âges.
20:58Il nous reste quelques secondes d'un mot.
21:00Ce n'est pas révélé un secret, mais nous, on l'a appris hier que vous faisiez du stand-up
21:04désormais.
21:07On avait envie de finir avec un sourire.
21:10Non, non, il y a des trucs, par exemple, que quand on est à Gaza, on est sur le terrain,
21:16il y a le présentateur qui te dit, par exemple, ouais, on est un autre correspondant à Gaza,
21:21dis-nous, explique-nous, raconte-nous la situation, t'es où, mais non.
21:27Je suis là où je ne dois pas être.
21:31J'ai envie de lui dire ça.
21:33Vous savez, des fois, tu entends des bombardements et tu restes calme.
21:37Mais quand la batterie signale l'eau, ça sera le bombardement interne.
21:42Ça, c'est déjà pour nous.
21:45Des fois, on rit de notre souffrance.
21:50Mais on doit.
21:51Et ça fait du bien.
21:52Merci beaucoup, Nabil Diab.
21:53Merci, merci, Nabil Diab et Thibaut Lefebvre.
21:56Merci d'avoir été avec nous ce matin.
21:58Quittez Gaza après le 7 octobre est un podcast Radio France,
22:01un récit incarné par Fabienne Sintès, écrit par Sébastien Logény et Étienne Monin,
22:05réalisé par Anna Bui.
22:06Un grand merci à Fanny Rask et Anne Souhaitmont,
22:09à toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour votre retour aussi, Nabil.
22:12Et on n'oublie pas, évidemment, les deux autres journalistes palestiniens
22:15qui travaillent encore pour Radio France sur place,
22:18Rami Almagari et Féréal Abdou.
22:20Sous-titrage Société Radio France sur place,