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  • il y a 15 heures
Un homme qui s’éteint seul dans le couloir froid d’un hôpital, oublié des heures durant ; une mère qui accouche d’un enfant mort-né, faute d’avoir pu accéder à une maternité près de chez elle ; des urgences sans internes en psychiatrie au planning ; des enfants privés de chimiothérapie par manque de lits… Des gens meurent et souffrent chaque jour en France simplement parce qu’ils n’ont pas pu être pris en charge. Plongée dans le livre de Julie Pichot et Vladimir de Gmeline

00:00 Notre système de santé en déclin ?
9:10 Une perte de chance de survie
21:23 L'état des urgences pédiatriques
27:58 En banlieue, le retour de maladies qu'on pensait disparues

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Transcription
00:01Bonjour à tous, bienvenue à l'Humanité. Aujourd'hui, je suis avec toi, Bruno Ritt.
00:06Salut Bruno. Salut. De la rubrique politique. Et on va parler santé et des arts médicaux avec deux invités.
00:13Ce sont les auteurs de ce livre, Les morts cachées de la République.
00:17Votre santé est en danger. C'est le bandeau, c'est le sous-titre.
00:22Bonjour Julie Pichot, c'est ça Julie Pichot. Bonjour. Bonjour.
00:25Vous êtes grand reporter, spécialiste des questions de santé, réalisatrice de plusieurs documentaires remarqués sur les hôpitaux, sur les EHPAD.
00:34On va en parler tout à l'heure. Et avec nous aussi, Vladimir Degmelin.
00:39Vous avez aussi participé à ce livre, co-auteur. Et vous êtes grand reporter.
00:44Vous travaillez pour plusieurs médias, dont Marianne et la Tribune du dimanche.
00:48Et on ne va mentir à personne, on a travaillé ensemble, tous les trois, avec Bruno.
00:52À Marianne. Quelques années. Quelques années. Des belles années. Voilà.
00:56On est totalement transparent. Alors d'abord, on va parler de ce livre qui s'intéresse notamment aux déserts médicaux.
01:05Pas seulement, mais vous en parlez. Vous le dites, la France est devenue un immense désert médical.
01:12Aujourd'hui, c'est près de 8 millions de Français qui sont concernés sur 87% du territoire.
01:17Avant de parler de ce livre, de vos intentions aussi, qui sont très intéressantes, parce que vous partez de cas
01:23individuels pour montrer un schéma, un dessin systémique de l'état du système de santé actuel.
01:30On voulait vous faire réagir aux propos d'Emmanuel Macron, qui aujourd'hui, en tout cas, ça a été rapporté
01:35aujourd'hui, mais si je ne me trompe pas, c'était hier.
01:38Il a dit notamment en propos des padus, donc les médecins étrangers, mais pas seulement par ces padus.
01:43Il parle de tout le système de santé français. Il dit c'est encore le bordel. C'est un truc
01:48qui me rend dingue. C'est la folie du système français.
01:51Est-ce que pendant votre enquête sur le terrain, cette absurdité du système de santé, un système de santé en
01:57déclin, c'est ce qui vous a aussi marqué comme le président ?
02:01Alors sur les padus, pour revenir à ça, déjà, c'est vrai qu'il y a une sorte d'aberration
02:05quand même, parce que ces médecins sont moins bien payés que les autres.
02:09Vous savez, quand ils officient à l'hôpital, ils sont payés le SMIC, alors qu'un praticien hospitalier démarre aux
02:16alentours de 4 500 euros.
02:18Eux sont à 1 450 euros à peu près. Et je pense qu'Emmanuel Macron a évoqué ça aussi.
02:24Le fait de leur faire repasser, en fait, une évaluation, un diplôme, alors que ce sont des gens qui sont
02:30diplômés dans leur pays, que ce soit l'Algérie, le Maroc, le Liban, la Syrie.
02:36Ce sont ces pays principalement qui sont représentés. Et donc il y a une aberration parce que la CNAM les
02:43bloque, les ARS aussi.
02:45Donc il y a une véritable aberration parce qu'on a besoin de ces médecins-là pour pallier le manque
02:53de médecins sur le territoire que nous, on a constaté.
02:56Alors, on va se pencher maintenant sur le livre. Bruno, je te laisse.
03:00Absolument. Donc on l'attaque et notamment, il s'ouvre sur un personnage assez haut en couleur qui s'appelle
03:05Mireille, qui a 78 ans.
03:07Vous la rencontrez dans le sud-ouest. En fait, à travers son parcours, elle explose un peu tous les problèmes
03:12du système de santé qu'on peut connaître.
03:15La question du numéro sclusus, la difficulté de transmettre son cabinet, la question du vieillissement aussi des médecins.
03:22Déjà, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de cette rencontre et qu'est-ce qu'elle représente
03:25dans votre livre ?
03:28Je te laisse en parler puisque c'est toi qui as rencontré Mireille en mariage.
03:31Mireille, Julie la connaissait. Elle l'avait rencontrée sur d'autres sujets.
03:36Oui, elle est un résumé, effectivement, comme vous le disiez, à elle seule de toutes ces problématiques.
03:45Elle a grandi en Ariège. Elle rêvait d'être médecin. Donc elle a 78 ans et elle a fait ses
03:53études à Toulouse.
03:55Et en 1971, elle a voulu revenir travailler dans son village.
04:01Et on est en pleine époque où il y a un surplus de médecins.
04:06Et les médecins de son village ont tout fait pour qu'elle ne se réinstalle pas.
04:11Donc avec le numéro sclusus, justement, ils se sont débrouillés pour que les jeunes ne puissent pas s'installer.
04:18Donc elle est partie faire ses études à Toulouse.
04:20Ensuite, elle est venue travailler à Paris, à l'hôpital, pour payer ses études.
04:27Et elle s'est installée à Villejuif. Et elle a fait toute sa carrière là-bas.
04:32C'est vraiment un médecin à l'ancienne.
04:35C'est-à-dire qu'elle fait ce que ne veulent plus faire les jeunes médecins, qu'on peut comprendre.
04:42C'est-à-dire travailler de 7h du matin jusqu'à 23h.
04:48Elle était déjà en avance sur son temps, puisqu'elle m'a raconté que, comme elle avait des enfants, elle
04:54ne travaillait pas le mercredi.
04:56Donc il y avait quand même des choses qu'elle ne faisait pas.
04:59Mais bon, elle avait quand même des horaires assez élastiques.
05:03Elle donne son numéro de téléphone, par exemple, à ses patients, son numéro perso.
05:06Elle donne son numéro de téléphone le jour où je l'ai rencontrée, donc à Pamier.
05:10Elle est revenue habiter près de son village.
05:16On a dîné ensemble et elle me dit « Mais moi, je donne mon téléphone.
05:21Les gens ne sont pas intrusifs.
05:23Il ne faut pas s'inquiéter à propos de ça. »
05:24Bon, évidemment, le dîner a été interrompu par des coups de fil de patients à qui elle donnait des conseils
05:31sur leur manière de se soigner, sur leur administratif.
05:35Enfin, sur tout ce que faisaient les médecins avant.
05:39Elle m'a raconté que le médecin qui la soignait quand elle était petite est mort dans un accident de
05:45voiture.
05:46Alors c'était un super médecin qui était là tout l'heure.
05:48Il est peut-être mort d'épuisement.
05:54Et donc, elle est revenue prendre sa retraite à Pamier.
06:02Elle a fait des gardes à l'hôpital alors qu'elle était retraitée.
06:05Elle a travaillé dans des réseaux spécialisés dans les addictions.
06:08Elle a donné des coups de main en psychiatrie.
06:09Et aujourd'hui, elle travaille pour des associations.
06:12Et elle est en contact avec toutes les problématiques qu'on retrouve aujourd'hui dans cette région,
06:18qui est quand même assez symptomatique de ce que sont les déserts médicaux aujourd'hui.
06:22Et ça a été un fil directeur absolument génial pour l'ensemble du reportage.
06:27Il y a un autre personnage aussi qui est un peu plus rugueux.
06:30C'est le docteur Vic qui, lui, ne mâche pas ses mots.
06:34Alors c'est contre l'ARS, contre l'ordre des médecins.
06:37Là, encore une fois, contre le numerus clausus.
06:39Est-ce que cette colère que porte ce médecin, elle est unique ?
06:44Ou au contraire, c'est quelque chose que vous avez...
06:46Sur le terrain, vous rencontrez régulièrement à la fois une forme de désenchantement et de colère.
06:51C'est vraiment...
06:52On sent qu'il est très remonté contre le système à travers vos rencontres.
06:55Est-ce que c'est quelque chose que vous retrouvez régulièrement ?
06:59Donc lui était à Saint-Giron.
07:03Donc Mireille se trouve à Pamier, au nord du département.
07:07Saint-Giron, c'est le cousserant.
07:09C'est un autre environnement.
07:11C'est des montagnes, c'est des moins assez rudes.
07:15Lui, c'est un médecin qui a plus de 70 ans,
07:17qui effectivement est très à l'ancienne, très rugbyman, très bourru.
07:21Deux rues plus loin, il y avait un autre médecin,
07:24beaucoup plus jeune, qui tenait le même genre de propos
07:28et qui était effectivement en colère,
07:30aussi bien contre le gouvernement, contre l'ARS,
07:34que contre les jeunes médecins.
07:37Il y a un gap générationnel.
07:40Ils ne pratiquent pas du tout de la même manière.
07:44Eux ont l'impression que les jeunes médecins prenant la décision peut-être
07:49de travailler en préservant une partie de leur vie personnelle
07:56n'abattent pas la même somme de travail qu'eux.
07:59Donc ils considèrent qu'ils récupèrent une partie de leur patientèle.
08:04Mais en tout cas, oui, partout où je suis allé,
08:08quand les médecins avaient le temps de parler,
08:10parce qu'il y en a qu'on ne peut pas rencontrer,
08:11parce qu'ils sont pris et on se glisse vraiment entre deux rendez-vous.
08:16Ils ont vraiment des horaires incroyables.
08:19Oui, cette colère, elle est quand même sur tout le territoire.
08:26J'allais compléter en disant que cette colère, en tout cas cet étonnement,
08:30il va aussi vers le politique, c'est-à-dire le numéro 3, 4, 12.
08:35Cette colère va aussi vers le politique parce que le numerus clausus,
08:39créé en 71, qui maintenant n'existe plus,
08:45parce qu'Agnès Buzyn a tout fait pour qu'il n'existe plus.
08:50Mais en tout cas, il y a une colère de la part de ces médecins
08:52en disant, voilà, aux politiques, prenez vos responsabilités.
08:55Il n'y a plus de médecins aujourd'hui.
08:56Alors certes, les jeunes veulent peut-être exercer différemment.
08:59Bon, c'est peut-être aussi une histoire de génération.
09:01Mais en tout cas, voilà, en disant aux politiques, en alertant,
09:05prenez vos responsabilités et essayez de faire quelque chose
09:07pour qu'il y ait plus de médecins sur le territoire.
09:10Alors, de cette situation découlent des pertes de chance.
09:12On le lit plusieurs fois dans le livre.
09:15Et dans ce livre, vous explorez autant les zones rurales
09:18que la banlieue, les quartiers populaires.
09:19On en parlera un petit peu plus tard en profondeur.
09:22Mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement, ces pertes de chance ?
09:25Qu'est-ce qu'il y a derrière cette formule ?
09:28Qu'est-ce que vous avez rencontré comme perte de chance concrète ?
09:31Perte de chance ou perte de droit, plutôt.
09:33Parce que tout le monde a le droit d'être soigné aujourd'hui.
09:35Et certains citoyens, en effet, que ce soit dans des zones reculées,
09:39en banlieue ou même en plein cœur de Paris, en Seine-Saint-Denis,
09:44la Seine-Saint-Denis qui est touchée, je dis ça parce que là,
09:46on est en Seine-Saint-Denis, mais à Saint-Denis qui est particulièrement touchée,
09:48notamment pour la psychiatrie.
09:50C'est des personnes qui ne vont pas pouvoir soigner leur cancer, par exemple,
09:56qui ne vont pas aller chez le dermato,
09:58donc chez qui on ne va pas détecter, par exemple,
10:01un cancer, les pertes de chance.
10:04On en parle aussi dans le livre des petites maternités de proximité
10:07qui ferment, donc ce sont des enfants morts,
10:12alors que peut-être qu'ils n'auraient pas dû mourir
10:14si une maternité...
10:15C'est toujours compliqué, la médecine,
10:17parce qu'évidemment qu'il faut prendre des précautions.
10:19Si une maternité de proximité avait été ouverte,
10:21peut-être que, en tout cas, l'enfant de Céline et Fabrice,
10:25aimé, ne serait peut-être pas décédé.
10:28Donc, c'est des personnes qui n'ont pas forcément accès
10:32à des spécialistes.
10:33Alors, vous disiez, on va revenir sur la banlieue,
10:34mais parce qu'ils n'ont pas forcément les réseaux aussi.
10:37Parce qu'en fait, aujourd'hui, pour avoir un bon médecin,
10:39il faut avoir un réseau.
10:40Donc, voilà, que certaines classes sociales ont,
10:44et d'autres pas.
10:45Donc, c'est ça, la perte du droit.
10:46Des noms qu'on se refile entre...
10:48Exactement, oui.
10:49Il y a un médecin qui nous parle des réseaux bourgeois.
10:51Moi, j'aime bien ce terme-là.
10:53Il ose le dire et il l'assume.
10:55C'est-à-dire que c'est des noms qu'on se refile,
10:58de cardiologues qui va vous prendre,
10:59de gastro-entérologues qui va vous prendre plus vite que les autres.
11:02Sauf qu'en fait, tout le monde devrait être égaux face aux soins, en fait.
11:07Il ne devrait pas y avoir ces disparités-là.
11:10Sur la question du désert médical,
11:14on évoque comme solution possible la question du salariat des médecins.
11:18On le voit un peu dans les zones rurales.
11:20Pour vous, est-ce que c'est quelque chose de crédible ?
11:22C'est-à-dire, est-ce qu'on peut l'étendre sur tout le territoire ?
11:26Et est-ce que, d'ailleurs, au travers de votre enquête,
11:29vous avez vu que les collectivités se penchent de plus en plus sur cette formule-là ?
11:34Alors, les collectivités se penchent sur cette formule-là,
11:37avec l'association, notamment, Médecins Solidaires,
11:40qu'on évoque, et le docteur Martial Jardel,
11:42qui a fait ce choix de salarié des médecins.
11:48Ça semble fonctionner.
11:49Il met ça en place sur une semaine complète.
11:52Pourquoi sur une semaine complète ?
11:53Parce que ça permet à des médecins de venir de loin,
11:55notamment quand on va dans la Creuse,
11:57de venir de Bretagne ou du Sud, ou même de Paris.
12:01Et ça semble fonctionner.
12:05Je crois qu'il a eu plusieurs réunions avec le gouvernement.
12:09Mais là, il y a quelques points d'achoppement.
12:11Et ça a l'air un peu compliqué.
12:12Mais ça semble fonctionner.
12:13Il y a pas mal de communes qui y pensent.
12:15Concrètement, le système, c'est que ça va être la commune
12:17qui va payer le médecin,
12:20qui aura des heures de travail comme tout salarié.
12:25Et il est un peu dégagé de tout l'administratif, en fait.
12:27On lui permet vraiment de se concentrer que sur la pratique de la médecine.
12:30Oui, c'est ça.
12:31Alors, sauf erreur de ma part, c'est l'association qui paye le médecin.
12:35Mais la commune, en effet, qui peut le faire.
12:37Mais on a l'exemple dans le livre aussi d'un maire
12:40qui est très content de recevoir le médecin
12:43et d'ouvrir un cabinet.
12:45Donc, en effet, avec une secrétaire
12:46qui va gérer tous les appels
12:49pour que ce soit plus simple pour le médecin.
12:51Mais qui, du coup, a fait le choix
12:52de ne pas s'attaquer aux travaux d'une école.
12:58Parce qu'il fallait faire le choix d'un médecin.
13:00Il y a encore des choix à faire en matière de services publics.
13:04Mais ça fonctionne, en tout cas.
13:08Sur ce sujet du salariat des médecins,
13:12c'est amusant parce que la déclaration d'Emmanuel Macron,
13:15ça s'est fait à Lavlanay hier.
13:18Et Lavlanay, c'est un des endroits
13:21où s'est faite notre enquête.
13:25Vous avez Pamier, un peu plus au nord,
13:27où le nouveau maire que j'ai rencontré,
13:29qui n'était pas encore maire,
13:31avait le projet de faire une maison de santé.
13:33Une maison de santé, c'est avec des médecins libéraux.
13:37Lui, c'est un homme d'affaires.
13:39Il a rencontré des radiologues de Toulouse
13:42qui voulait monter.
13:44Il y a un côté business.
13:46Et lui me dit,
13:49les centres de santé,
13:51où on a des salariés,
13:53ça coûte très cher à une commune.
13:56Je ne sais pas si je ferais ce genre de choses.
13:59Le maire de Lavlanay, lui, me dit,
14:03ici, on est une ville qui a été industrielle.
14:08C'est du textile.
14:11qui a été complètement désindustrialisé
14:13à la fin des années 90,
14:14début des années 2000.
14:16Fuite de la population.
14:19Il dit, si je veux faire revenir des gens,
14:22il faut que j'investisse
14:23et il faut que la municipalité
14:25prenne en charge un certain nombre de choses.
14:26Et lui, il a monté un centre de santé
14:27avec des médecins salariés.
14:29Il a 10 médecins qui sont 10 femmes.
14:32Alors ça a commencé par une.
14:33Il fallait que sa conjointe
14:35puisse s'installer aussi avec elle.
14:38Et de fil en aiguille,
14:42cette association s'est faite.
14:44Il me dit, ça coûte de l'argent.
14:46On a été soutenus par la région au départ.
14:49Ça nous a mis en déficit.
14:51Mais aujourd'hui, on est à l'équilibre.
14:52Et ça permet de faire revenir
14:54des familles et des entreprises.
14:55Donc voilà, c'est un pari
14:57qui, pour le moment, est gagnant.
14:59Mais il a aussi investi,
15:00investi, en partie avec la région,
15:04avec l'ARS.
15:05Il y a besoin de soutien.
15:06dans la construction de ce nouvel hôpital
15:09qu'a visité Emmanuel Macron hier.
15:12Alors, sur un autre sujet,
15:14mais qui préoccupe aussi
15:16les déserts médicaux,
15:17vous l'avez évoqué un petit peu rapidement,
15:19mais la question des maternités,
15:20des petites maternités,
15:21il y a tout un débat sur le fait
15:23de devoir privilégier ou pas
15:24les plus grandes structures
15:26plutôt que les petites.
15:28On dit aussi beaucoup,
15:30c'est le cas notamment
15:31des autorités médicales,
15:32que les petites maternités
15:33ne sont pas sûres.
15:34Dans le livre,
15:35vous évoquez notamment une maternité,
15:37je n'ai plus le nom en tête,
15:37mais qui fait moins de 300 accouchements.
15:39Donc normalement, c'est le seuil
15:40qui doit décider d'une fermeture
15:42ou d'une ouverture.
15:44Comment est-ce que ça se passe
15:45de ce côté-là ?
15:46Comment est-ce que vous pouvez nous raconter,
15:48malgré le fait qu'elle soit sous le seuil,
15:50comment est-ce qu'elle arrive à fonctionner ?
15:52Et surtout, en quoi c'est important
15:54pour la population
15:54d'avoir une maternité pas loin ?
15:56Parce qu'il y a un rôle aussi
15:58symbolique aussi.
15:59Il y a un pouvoir symbolique
16:00de la maternité.
16:01Ça montre aussi que le territoire
16:02est en fonctionnement,
16:04est considéré
16:05et peut donner la vie aussi.
16:07Alors, je ne sais pas
16:09à quelle maternité vous faites allusion
16:11parce qu'il y en a deux.
16:12En fait, il y a celle de Saint-Giron
16:15qui fonctionne encore
16:16à moins de 100 accouchements par an.
16:19Et il y a celle de Dix
16:22qui se trouve dans la Drôme.
16:23C'est là dont je me souviens très bien
16:24puisque c'est l'histoire
16:26de Céline et Fabrice
16:27qui ont perdu un enfant.
16:30Alors, pour cette partie de l'enquête,
16:33je me suis appuyé sur un excellent livre
16:35qui s'appelle 4,1
16:36d'Anthony Cortès et Sébastien Leurquin
16:39qui traitent de cette question
16:42de la mortalité infantile.
16:45À Saint-Giron, ça tient
16:47parce qu'il y a des manifestations.
16:50Et les gens ont absolument besoin
16:52de cette maternité
16:53parce que c'est une région
16:54très montagneuse.
16:55C'est très difficile
16:56d'aller à Toulouse
16:58pour accoucher.
17:01Mais ça fonctionne.
17:02a dit, ça fonctionnait
17:07également jusqu'en 2014.
17:10Le maire, qui est un maire communiste,
17:14a dit, moi, jamais on fermera la maternité.
17:20Le chef
17:22gynécologue
17:23qui officiait là-bas
17:25disait la même chose.
17:26Sauf que l'ARS
17:27a décidé qu'à moins de 300 accouchements
17:30par an,
17:31il fallait
17:32fermer.
17:33Chaque année, il y en avait
17:34un petit peu moins.
17:35Il se trouve que là,
17:38on a ce témoignage
17:41de Fabrice et Céline
17:42qui est un témoignage
17:43assez poignant
17:45de ce couple
17:47qui s'est installé
17:48il y a une quinzaine d'années
17:50dans la région.
17:51C'est des néo-ruraux
17:52assez typiques
17:54de ce coin-là
17:55qui sont venus s'installer
17:56pour la beauté des montagnes,
17:57la solidarité.
17:59Et leurs deux premiers enfants
18:01ont été prématurés.
18:02Et notamment le deuxième,
18:04sa maman a fait
18:05ce qu'on appelle
18:06un décollement
18:07rétro-placentaire
18:08qui est une pathologie grave
18:10et potentiellement mortelle
18:12aussi bien pour la mère
18:13que pour l'enfant.
18:14Ils habitent
18:15à peu près un quart d'heure
18:16en voiture
18:17de 10.
18:19Le fait de pouvoir
18:20se rendre à l'hôpital
18:21ça a sauvé leur enfant.
18:23Il n'y a jamais eu
18:24dans l'histoire
18:25de cette maternité
18:26il n'y a jamais eu de mort.
18:31La maternité a fermé.
18:32Il y a eu
18:34pareil comme à Saint-Girond
18:35des manifestations
18:36mais finalement
18:37ça a fermé
18:38en 2017
18:39il me semble.
18:44Céline a attendu
18:45un troisième enfant
18:46et là
18:47donc il n'y avait
18:48plus de maternité
18:49mais ça a été
18:50remplacé par
18:51un centre
18:53de
18:54périnatale
18:55avec des sages-femmes
18:57qui vous accompagnent.
19:00et il fallait
19:01ensuite
19:03aller accoucher
19:04ou à Valence
19:04ou à Montélimar
19:05c'est-à-dire
19:05à une heure
19:07de là.
19:08C'est ce qu'Agnès Buzyn
19:08appelait
19:08les maternités
19:09sans accouchement
19:10ce qui est intéressant
19:11comme formulation.
19:12Voilà.
19:13Avec des sages-femmes
19:14qui
19:15me le racontaient
19:16Céline
19:17en fait
19:18ne savait pas
19:19faire une échographie
19:21ne savait pas
19:22faire un certain
19:23nombre de choses
19:23et donc
19:24cette maman
19:25s'est retrouvée
19:26dans une errance médicale
19:28envoyée
19:29aller voir
19:30une sage-femme
19:31dans un petit village
19:32ensuite dans un autre
19:33ensuite à Montélimar
19:35elle a été
19:36complètement perdue
19:36et simplement
19:37on lui avait
19:38diagnostiqué
19:39une toxoplasmose
19:40donc il fallait savoir
19:42si elle était dangereuse
19:43pour l'enfant
19:43elle a su qu'au bout
19:44de deux ou trois mois
19:45qu'elle ne l'était pas
19:46et elle devait accoucher
19:48à Valence
19:49simplement
19:49depuis qu'il y a
19:50ces CPM
19:53il doit y avoir
19:54une transmission
19:54de votre dossier
19:55du CPM
19:56jusqu'à l'hôpital
19:57il n'a pas été fait
19:59et pour aller vite
20:02quelques semaines
20:04avant le terme
20:06Céline
20:07a ressenti
20:08les premières contractions
20:09elle a fait à nouveau
20:10un écolement
20:11rétro-placentaire
20:11sauf que
20:13il y a eu
20:14une suite
20:14de dysfonctionnements
20:15qui ont fait
20:16qu'elle a perdu son enfant
20:17dans l'hélicoptère
20:18qui devait l'emmener
20:19à l'hôpital
20:20de Valence
20:21et ça
20:21c'est une illustration
20:24criante
20:25de la nécessité
20:26tout de même
20:27d'avoir
20:28des maternités
20:30qui sont à proximité
20:31de ces endroits
20:31où on peut se retrouver
20:32et moi j'ai beaucoup
20:33roulé dans ces coins-là
20:34de nuit
20:36l'hiver
20:38c'est quand même
20:39très compliqué
20:40et
20:41l'enquête
20:42du tribunal
20:43de Grenoble
20:44l'experte
20:45a dit
20:45qu'il y a un texte
20:47qui n'avait pas été appliqué
20:48c'est qu'il doit y avoir
20:49des dérogations
20:50justement
20:51quand on a
20:52un éloignement tel
20:53et des conditions
20:54potentiellement climatiques
20:56telles
20:56c'est intéressant
20:58c'est justement
20:59toute la pertinence
21:00je trouve
21:00de votre approche
21:01et de montrer
21:02par les cas individuels
21:04quelle est la réalité
21:05de notre système
21:06de santé
21:06qui parfois
21:07contredit
21:07aussi certains discours
21:08des autorités médicales
21:10des sociétés savantes
21:11notamment
21:11sur la question
21:12des maternités
21:12c'est flagrant
21:13parce que
21:14je pense notamment
21:15à la société française
21:16de périnatalité
21:17qui dit que la distance
21:17n'est pas un problème
21:18la distance n'est pas
21:19un facteur de perte de chance
21:20on le voit par ses récits
21:21que c'est tout le contraire
21:23je voulais aborder un autre sujet
21:24sur la question
21:25de l'enfance
21:25et de la petite enfance
21:26c'est la question
21:26des urgences pédiatriques
21:28est-ce que vous pouvez nous en dire
21:30plus sur l'état
21:32dans lequel se trouvent
21:32ces urgences
21:33c'est vrai qu'on en parle
21:34assez peu
21:34dans les médias
21:35au-delà de vos travaux
21:36évidemment
21:37mais dans quel état
21:38aujourd'hui
21:39sont les urgences pédiatriques
21:40en France
21:41les urgences pédiatriques
21:43et d'ailleurs
21:45pédopsychiatriques
21:45parce qu'on parle
21:46des deux dans le livre
21:48c'est une catastrophe
21:49on a l'impression
21:50parfois que
21:51que les enfants
21:52sont des sous-patients
21:54c'est-à-dire que
21:55il n'y a pas assez
21:56de personnel
21:57l'alerte
21:58elle est vraiment
21:59en pédopsychiatrie
22:00c'est-à-dire que
22:01les jeunes
22:02vont de moins en moins bien
22:03il y a des enfants
22:05qui ont 7-8 ans
22:05qui font des tentatives
22:06de suicide
22:07c'est tous les propos
22:08rapportés
22:09et documentés
22:10et comme il n'y a pas de place
22:13notamment aux urgences
22:14ces jeunes finissent parfois
22:16enfin je parle notamment
22:16de la psychiatrie
22:17aux urgences psychiatriques
22:20à 15 ans
22:20alors que c'est pas normal
22:21donc ils sont confrontés
22:22à l'horreur
22:23d'adultes
22:25qui sont en crise
22:27psychiatrique
22:28et qui peuvent se mutiler
22:30devant eux
22:30donc ça les traumatise
22:32et il n'y a pas de place
22:34c'est-à-dire qu'on renvoie
22:34des enfants chez eux
22:35qui ont vraiment des problèmes
22:38il n'y a pas de lit
22:38en fait
22:39pour les hospitaliser
22:40donc on les renvoie
22:41chez eux
22:42évidemment il n'y a pas
22:43de pédopsychiatre
22:44en libéral
22:45les CMP
22:46centre médico-psychologique
22:48c'est deux ans d'attente
22:48à peu près
22:50où qu'on soit
22:50en France
22:51donc il y a vraiment
22:55une fois de plus
22:57des pertes de droits
22:57des pertes de chance
22:58pour ces enfants
23:00qui en plus
23:00depuis le Covid
23:02ont vraiment besoin d'aide
23:06on en a un peu parlé
23:08mais la question des spécialistes
23:09finalement il faut avoir
23:10un réseau
23:11pratiquement pour avoir
23:12un spécialiste
23:13et parmi les victimes
23:15de cette question
23:17de l'accès aux spécialistes
23:18il y a finalement
23:19les femmes
23:20qui se retrouvent
23:21victimes de ça
23:22notamment sur la question
23:23du dépistage du cancer
23:24du sein
23:25elles sont aussi victimes
23:26d'un autre phénomène
23:27c'est finalement aussi
23:28la question des centres
23:30de santé sexuelle
23:31là c'est pour l'accès
23:32à l'avortement
23:34ou des plannings familiaux
23:35dans quel état
23:36sont un peu
23:38ces deux structures
23:39et cet accès aux spécialistes
23:41les centres de santé sexuelle
23:44Vladimir c'est toi
23:45qui as été sur le terrain
23:47dans la Drôme
23:48enfin à 10
23:49il y a 7 centres
23:50qui ont fermé sur 18
23:52donc c'est énorme
23:54et en fait
23:54les centres de santé sexuelle
23:56ça permet en effet
23:57à des femmes
23:58des jeunes filles
23:58qui ont eu des grossesses
24:00non désirées
24:01d'aller demander des conseils
24:02pour avorter
24:03ça permet à des femmes
24:05qui sont victimes
24:06de violences
24:08au sein de leur famille
24:10de demander de l'aide
24:11aux enfants aussi
24:11peut-être
24:12qui voient leurs parents
24:13leurs mères
24:14victimes de violences
24:16donc c'est vraiment
24:17très important
24:17ça dépend du département
24:19et là
24:20à 10 par exemple
24:21il y en a 7
24:21qui ont fermé
24:22donc
24:24la plupart des femmes
24:26enfin oui
24:27certaines femmes
24:29sont obligées par exemple
24:29notamment d'avorter
24:30en dehors du département
24:32c'est 17% de femmes
24:33qui sont obligées
24:34d'avorter en dehors
24:35de leur département
24:37et
24:39ça les fragilise
24:41encore plus quoi
24:41et les motifs
24:42qui sont avancés
24:43pour fermer ces structures
24:44c'est ce ?
24:45le coût
24:45le coût
24:46le coût
24:46alors qu'en fait
24:47c'est 160 000 euros
24:49alors en fait
24:50ça permet de faire
24:51des économies énormes
24:53c'est à dire que
24:54le département
24:55a un budget
24:55en fait l'économie
24:57elle est de 0,02%
24:58d'accord
24:59c'est à dire que
24:59le budget du département
25:01est de 94 millions d'euros
25:04la fermeture
25:05des centres de santé sexuelle
25:06ça permet de faire
25:07une économie
25:08de 160 000 euros
25:09vous rajoutez
25:11à ça
25:12la baisse
25:13de 20%
25:14des subventions
25:16au planning familial
25:17on arrive à 240 000 euros
25:19c'est à dire
25:19que c'est
25:20infinitésimale
25:22l'économie
25:24enfin
25:24c'est rien
25:25alors
25:28on évoque
25:29des motifs idéologiques
25:31je pense que
25:32là-dessus
25:34les avis sont partagés
25:37moi les professionnels
25:38que j'ai rencontrés
25:39me disent
25:39alors c'est peut-être
25:40qu'ils ne veulent pas
25:40se mettre en difficulté
25:41avec le département
25:42c'est un département LR
25:43il me semble
25:45eux disent
25:46mais c'est surtout
25:46une méconnaissance
25:49de ce qu'on fait
25:50il y a la question
25:51des avortements
25:52il y a la question
25:53des violences sexuelles
25:54parce qu'il y a
25:5510
25:55et puis
25:55il y a
25:57tout le secteur
25:57et quand vous êtes
25:58dans un petit village
25:59quand vous êtes
26:00un jeune
26:02une jeune fille
26:03ou un jeune garçon
26:04victime
26:04de violences sexuelles
26:05l'avantage
26:07du centre de santé sexuelle
26:08c'est que
26:09vous pouvez
26:09sans autorisation parentale
26:11sans carte vitale
26:13trouver quelqu'un
26:14à qui vous allez parler
26:15et qui va pouvoir
26:16vous comprendre
26:17si vous êtes une femme
26:19dans un hameau isolé
26:20victime de violences
26:21de la part de votre conjoint
26:22vous allez pouvoir le faire
26:23et là le département dit
26:25mais maintenant
26:25on va faire ça
26:26avec les pharmacies
26:26et il n'y a plus d'anonymat
26:29la question du coût
26:30elle se pose à nouveau
26:31et puis
26:33en matière de coût
26:34et de disponibilité
26:35des médecins
26:36dans un désert médical
26:38moi j'ai rencontré
26:39une jeune médecin
26:40maude
26:41très engagée
26:43qui me disait
26:43mais le projet
26:44avant
26:45je ne connaissais même
26:47pas moi-même
26:48l'existence
26:49de ces centres
26:49de santé sexuelle
26:50mais parce qu'ils faisaient
26:51leur travail
26:52et maintenant
26:53qu'ils ont fermé
26:54les cabinets médicaux
26:57se retrouvent
26:57avec un afflux
26:58de ces patients
26:59quand ils osent
27:01passer la porte
27:02qui surcharge
27:04leur cerveau
27:05de la crise
27:06donc
27:06elle me disait
27:07mais moi
27:08mon patient âgé
27:10qui a besoin
27:10de médicaments
27:11pour son hypertension
27:12en fait
27:13il a besoin
27:14que ces centres
27:14de santé sexuelle
27:16fonctionnent
27:17pour qu'on puisse
27:19travailler
27:20dans cette région
27:21il y a aussi
27:22à Adi
27:23il y a énormément
27:24de
27:25c'est aussi
27:26un des problèmes
27:27mais c'est connexe
27:28c'est quand même lié
27:29il y a énormément
27:30de médecine alternative
27:32qui se développent
27:33mais les médecines alternatives
27:34se développent aussi
27:35avec tout ce que ça peut
27:36charrier
27:37de charlatanisme
27:38à cause
27:40de l'absence
27:40de médecins
27:41donc ces petites économies
27:42qu'on fait
27:43on n'a pas assez de médecins
27:45on ferme le centre
27:45de santé sexuelle
27:46donc on se retrouve
27:47avec des gens
27:47qui vont travailler
27:48dix fois plus
27:49et qui vont faire
27:50des choses
27:51qui pourraient être faits
27:53par un système
27:53qui jusque là
27:56fonctionnait bien
27:58autre sujet
27:58et autre territoire
27:59parce que c'est vrai
28:00que dans ce livre
28:00vous abordez énormément
28:02de thématiques
28:03et de problématiques
28:04et ça amène
28:05un livre d'autant plus complet
28:06d'ailleurs je vais le remontrer
28:07à la caméra
28:08voilà
28:08pour ceux qui voudraient
28:10l'acheter évidemment
28:12donc j'ai envie de revenir
28:13un petit peu en banlieue
28:14dans les quartiers populaires
28:15il y a quelque chose
28:16qui nous marque
28:16en tant que lecteur
28:17il y a un moment
28:18où vous décrivez
28:18qu'on découvre
28:20en banlieue
28:21notamment
28:22le retour
28:23de maladies
28:23compensées disparues
28:25d'abord
28:26est-ce que vous aussi
28:26comme nous lecteurs
28:27ça vous a percuté
28:29vous avez halluciné
28:30quelque part
28:30face à ce constat là
28:31et comment est-ce
28:32qu'on l'explique
28:33qu'on en est venu
28:34à ce point là
28:36alors oui
28:37j'étais étonnée
28:38complètement
28:39en découvrant ça
28:41et je pense
28:42que ça s'explique
28:43parce qu'il y a
28:43de moins en moins
28:44de prévention
28:45finalement là
28:45on parlait des centres
28:46de santé sexuelle
28:47mais ça va avec la prévention
28:49c'est à dire
28:49qu'il y a
28:50en tout cas
28:51depuis quelques années
28:52de moins en moins
28:53de politiques
28:54de prévention
28:57destinées aux familles
28:58destinées aux enfants
29:00et en tout cas
29:00c'est ce que nous dit
29:01le chef de Robert Debré
29:03chef de service
29:04qui nous parle
29:04et par exemple
29:06la Seine-Saint-Denis
29:07qui est vraiment
29:07particulièrement touchée
29:08par des enfants malades
29:14alerte sur ce manque
29:16de prévention
29:17en fait
29:17particulièrement
29:18c'est vrai que tout à l'heure
29:18on parlait des maternités
29:19par exemple
29:20mais on pourrait aussi
29:20parler des PMI
29:21centres de protection
29:22maternelle et infantile
29:23là aussi
29:24qui sont en ruine absolue
29:26et notamment
29:27dans le 93
29:28dans la Seine-Saint-Denis
29:29qui a un taux
29:31de mortalité infantile
29:31très élevé
29:32et là aussi
29:32c'est la prévention
29:34les PMI
29:34elles sont essentielles
29:35quand même
29:35parce qu'elles accueillent
29:36les enfants
29:37elles sont là
29:37pour repérer
29:39mais les enfants
29:40et les parents
29:41surtout les mères
29:43donc elles ont
29:44un rôle essentiel
29:46social
29:47médical
29:48et c'est vrai
29:48que vous avez raison
29:49on ne l'aborde pas
29:50dans le livre
29:50mais il y a de moins
29:51en moins de budget
29:51pour les PMI
29:52elles ferment de plus en plus
29:53alors qu'elles me semblent
29:55assez indispensables
29:56et notamment
29:57pour repérer
29:57chez des enfants
29:58s'il y a besoin
29:59après de les orienter
29:59vers des spécialistes
30:01les mères
30:02qui font des dépressions
30:03post-partum
30:03ou autres
30:04et pour prendre en charge
30:05ça
30:06c'est-à-dire qu'évidemment
30:07plus on prend en charge
30:08en amont
30:08moins après
30:10les maladies se développent
30:11comment vous l'expliquez
30:12ce manque d'investissement
30:14dans la prévention
30:14c'est parce que
30:15les résultats
30:16ne se voient pas forcément
30:17et politiquement
30:19misé dessus
30:20n'est pas forcément justifié
30:21puisque
30:22miser sur la prévention
30:23c'est empêcher
30:25que des problèmes
30:26qui ne sont pas encore là
30:28apparaissent
30:28donc dans un bilan politique
30:30ça ne compte pas
30:31est-ce que les politiques
30:32mettent en avant
30:33une fois de plus
30:33c'est toujours
30:34les coûts
30:35c'est-à-dire
30:36est-ce qu'on va
30:37débloquer du budget
30:38pour ça
30:38alors que
30:39peut-être qu'au final
30:40en effet on n'envoie pas
30:41forcément les fruits
30:42alors que
30:44évidemment
30:44si on
30:45après c'est des politiques
30:47différentes
30:47donc ça c'est le point de vue
30:48de chacun
30:48mais en tout cas
30:50actuellement
30:50le gouvernement
30:51ne mise pas vraiment
30:52sur la prévention
30:53on l'a vu avec la santé mentale
30:54des jeunes
30:55donc la santé mentale
30:56grande cause 2025
30:58reconduite
30:58grande cause 2026
31:00grande cause nationale
31:02la prévention
31:02elle est quand même moindre
31:04voilà
31:04c'est trois rendez-vous
31:05chez le psychologue
31:06pour les jeunes
31:07c'est évidemment pas suffisant
31:08donc tant qu'on ne débloquera pas
31:10enfin en tout cas
31:10c'est ce qu'on nous dit sur le terrain
31:11un budget conséquent
31:13pour prévenir
31:14les maladies
31:15et les maladies mentales
31:17évidemment
31:18on va toujours courir
31:19on sera au pied du mur
31:20et on court
31:20pour essayer
31:21de
31:23comment dire
31:24de soigner
31:25ce qui est parfois
31:27incurable
31:29dans le livre
31:29qui est vraiment très riche
31:31et on invite tout le monde
31:32à aller le lire
31:32vous revenez sur une affaire
31:33qui a secoué
31:35la PHP
31:37c'est la mort
31:37de Micheline Myrti
31:39qui est une policière municipale
31:40et vous écrivez
31:41qui est morte
31:41dans l'indifférence
31:43la plus totale
31:45à l'hôpital
31:46Lariboisière
31:47il y a eu un procès
31:49l'hôpital
31:49a été relaxé
31:51et Micheline
31:52a été classée
31:53dans un cadre
31:55administratif
31:56qui est finalement
31:57une mort inattendue
31:58qu'est-ce qui se cache
31:59derrière ce terme
32:00de mort inattendue
32:01et est-ce qu'il y a
32:01une transparence
32:02sur ces morts inattendues
32:03c'est-à-dire est-ce qu'on sait
32:05quelles sont ces morts
32:06combien il y en a aujourd'hui
32:07sur le territoire français
32:08et finalement
32:08est-ce que ce n'est pas
32:09une boîte de Pandore
32:10c'est une boîte de Pandore
32:12c'est Samu Urgence de France
32:13qui avait lancé ça
32:14sur les morts inattendues
32:15et qui demande
32:16à tous les hôpitaux
32:17de répertorier
32:18le nombre
32:19de ces morts inattendues
32:20il y a très très peu
32:21d'hôpitaux qui le font
32:23et évidemment
32:23vous avez raison
32:24c'est une boîte de Pandore
32:25c'est-à-dire
32:25si on commence
32:26à mettre son nez dedans
32:27alors il y a des affaires
32:27comme celle de Micheline Myrtille
32:28qui ont été médiatisés
32:30il y a eu un procès
32:31et c'est ce que vous disiez
32:33on parle de cas précis
32:34pour parler du systémique
32:35et du système
32:37les morts inattendues
32:39c'est quand on arrive
32:40à l'hôpital aux urgences
32:41donc on n'est pas
32:41en urgence absolue
32:42on arrive à l'hôpital
32:43et on pourrait être pris en charge
32:46s'il y avait assez de personnel
32:47assez de moyens
32:48et ne pas forcément
32:49décéder à l'hôpital
32:50parce que décéder à l'hôpital
32:51c'est finalement
32:51assez classique et banal
32:53donc Micheline
32:54quand elle arrive
32:54elle est prise en charge
32:56par les pompiers
32:56et elle va rester
32:58sur un brancard
32:58alors il y a énormément
33:00c'est un peu long à expliquer
33:02mais en gros
33:02en effet il y a eu une erreur
33:04sur l'étiquette
33:05qu'elle portait
33:06autour du poignet
33:08sur son nom de famille
33:10elle était dans un petit coin
33:11de la Riboisière
33:13enfin elle était quand même
33:14dans une salle d'attente
33:15où tout le monde
33:15aurait dû la voir
33:16mais un peu cachée
33:18bref cette femme
33:19elle est restée 12 heures
33:20sur un brancard
33:21et elle est décédée
33:23et il y a quand même
33:24l'expertise dit
33:25que si elle avait été prise en charge
33:27et qu'elle avait eu
33:27une dose d'antibiotique
33:28assez forte
33:29pour la pathologie
33:30qu'elle avait
33:30elle aurait pu peut-être
33:32ne pas mourir
33:33mais évidemment
33:35moi j'ai été au procès
33:37on découvre
33:38pendant ce procès
33:39et même pendant l'enquête
33:39que j'avais faite avant
33:41pour complément d'enquête
33:43on découvre
33:44qu'il n'y avait pas assez
33:45de médecins soir-là
33:46qu'il y a un médecin
33:47qui n'était pas là
33:47qui n'a pas été remplacé
33:48qu'il n'y avait pas assez
33:50de personnel
33:50donc je ne sais pas
33:51combien il y a de morts
33:52inattendues aujourd'hui
33:53c'est un tabou en fait
33:54pour les hôpitaux
33:55bien sûr que c'est un tabou
33:56parce que c'est le reflet
33:57de leur inaction
33:58des failles finalement
34:00c'est toujours
34:01en fait c'est le reflet
34:02et ça c'est vraiment
34:02ce qu'on nous a dit
34:04sur le terrain
34:04et moi ça fait 10 ans
34:05qu'on me le dit
34:07c'est le reflet
34:09du
34:09comment dire
34:10du
34:12ce qu'on nous dit
34:12sur le terrain
34:13du manque de courage
34:14des responsables
34:14des hôpitaux
34:15des responsables politiques
34:16qui ne veulent pas voir
34:17alors ça passe
34:18ça passe
34:19c'est pour ça que finalement
34:20le procès de Micheline Myrtille
34:22moi je l'ai vu comme ça
34:23était assez politique
34:24mais la PHP
34:25a été relaxée
34:26voilà
34:27alors on va devoir conclure
34:29mais avant une dernière question
34:31et voilà
34:31vous aurez donc chacun
34:33le mot de la fin
34:34par cette question
34:34mais comment est-ce que
34:35vous ressortez
34:36de ce livre
34:37parce que nous
34:38en tant que lecteur
34:39on est bousculé
34:40on est heurté aussi
34:41de voir à quel point
34:42notre système de santé
34:43est déficient
34:45sur bien des aspects
34:46mais comment est-ce que
34:47vous en sortez
34:48pessimiste
34:49optimiste
34:50vous avez tout de même
34:51en tête des raisons
34:52d'y croire
34:52un sursaut
34:53disons national
34:54pour sauver notre système
34:55de santé
34:58alors moi je trouve
34:59qu'il y a urgence
34:59donc je ne sais pas
35:00si je suis pessimiste
35:01optimiste
35:01mais il y a urgence
35:02moi ça fait 10 ans
35:03que j'enquête sur la santé
35:04j'ai l'impression
35:04qu'on ne se rend pas compte
35:05là vous parliez
35:06des morts inattendues
35:07j'ai l'impression
35:07qu'on ne se rend pas compte
35:09que c'est catastrophique
35:11alors est-ce qu'il faut
35:12que les affaires
35:13soient médiatisées
35:13affaires qu'on essaye
35:14souvent d'étouffer
35:15et pourtant
35:18vraiment il y a
35:18beaucoup de médecins
35:19vraiment
35:19beaucoup de médecins
35:22urgentistes
35:22que vous connaissez
35:23sûrement
35:25et plein d'autres
35:26qui alertent
35:27qui alertent
35:27et des infirmières
35:28même des politiques
35:29moi j'ai eu pas mal
35:30de sources
35:31d'anciens ministres
35:32qui n'ont pas forcément
35:33été cités
35:34d'autres qui ont été cités
35:35qui alertent
35:37en disant
35:38voilà
35:38même nous
35:39certains ministres
35:40qui disent ça
35:40d'anciens ministres
35:41même nous
35:41quand on arrive au gouvernement
35:42finalement
35:43je repense à François Braune
35:45qui dit
35:46j'arrive au gouvernement
35:46et au niveau protocolaire
35:48je suis treizième
35:49au niveau de la santé
35:50treizième
35:52ça veut tout dire
35:53sans parler
35:54du temps qu'il passe
35:56au gouvernement
35:57parce que c'est vrai
35:57qu'il y a une valse
35:58depuis quelques années
35:59il y a une valse
36:00il y a combien de lois
36:01qui sont promulguées
36:04et combien qui parlent
36:05vraiment des patients
36:05sur une vingtaine de lois
36:06il y en a trois
36:07qui parlent des patients
36:08donc moi je pense
36:09qu'il y a urgence
36:10peut-être qu'il faut
36:12que les citoyens
36:12se saisissent
36:13de cette question
36:14que ce soit
36:14de l'hôpital public
36:15les déserts médicaux
36:17pour moi
36:17le mot de la fin
36:18c'est qu'il y a vraiment
36:19urgence
36:20Vladimir
36:20vous même question
36:21comment est-ce que
36:22vous sortez de ce livre
36:23surtout après
36:25toutes ces rencontres
36:26alors après
36:27moi j'ai quand même
36:28été frappé
36:28par les drames humains
36:30par les pertes de chance
36:31quand un monsieur
36:35a perdu sa femme
36:36d'un cancer
36:36mais c'est parce qu'elle a mis
36:38six mois
36:40avant de voir
36:41un cardiologue
36:42puis trois mois
36:43pour un autre spécialiste
36:44et qu'en fait
36:45son cancer s'est développé
36:46qu'une personne
36:48a perdu un oeil
36:49mais pour des questions
36:50de spécialistes
36:50parce qu'on parlait
36:51on manque de généralistes
36:53mais alors les spécialistes
36:54dans ces régions-là
36:55on n'en parle même pas
36:57d'un autre côté
36:59il y a pas mal
37:00d'initiatives
37:02locales
37:02mais encore une fois
37:03ça passe
37:04ça passe par
37:05par les mairies
37:06par les responsables
37:07locaux
37:08il y a pas mal
37:09de médecins
37:09qui sont de très bonne
37:10volonté
37:11et les médecins
37:11sont de bonne volonté
37:13cette question
37:14des centres de santé
37:16même si c'est imparfait
37:19il y a toujours
37:19cette question
37:21les médecins
37:22ne veulent plus travailler
37:23comme ils travaillaient avant
37:24mais il y a aussi
37:25beaucoup de gens
37:25quand même
37:26qui sont d'accord
37:26pour aller s'installer
37:29dans des coins
37:31assez isolés
37:32mais voilà
37:34ça vient toujours
37:34des citoyens
37:35et des responsables locaux
37:37il serait bien
37:38que les politiques
37:39au-delà des déclarations
37:40d'intention
37:41s'en saisissent vraiment
37:42merci beaucoup
37:43Julie Pichot
37:44et merci Vladimir
37:45Doug Melin
37:46donc auteur
37:47des morts cachées
37:48de la République
37:49on le conseille
37:50vraiment vivement
37:51parce que c'est un livre
37:52duquel on sort
37:53alors certes
37:54heurté
37:54mais aussi
37:54avec l'envie
37:55de se battre
37:56pour sauver
37:56ce bien commun
37:57essentiel
37:58surtout que
37:59vous le disiez
38:00on rencontre
38:00beaucoup d'acteurs
38:01de parcours de vie
38:03de combativité
38:04aussi
38:04donc voilà
38:05c'est pas seulement
38:06un constat sombre
38:07c'est aussi
38:09une envie
38:10une prise de conscience
38:11aussi de sauver
38:11tout cela
38:12donc on le montre
38:12encore une fois
38:13les morts cachées
38:13de la République
38:14merci beaucoup Bruno
38:15merci Anthony
38:16et puis à bientôt
38:17et abonnez-vous
38:17à l'Huma surtout
38:18merci

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