00:00Cette femme-là n'a pas réussi à aller jusqu'à la maternité pour accoucher.
00:03Dans son cas, ça s'est bien terminé, mais ce n'est pas toujours le cas et c'est loin
00:07d'être exceptionnel.
00:08Je vous explique pourquoi.
00:09Chaque année en France, 2800 bébés perdent la vie avant leur premier anniversaire.
00:14Notre taux de mortalité infantile nous classe au plus bas de l'échelle européenne entre
00:18la Pologne et la Bulgarie.
00:20Comment on en est arrivé là ? C'est la question qu'on s'est posée avec Sébastien
00:24Marquin dans notre livre 4,1, parce que 4,1, c'est le taux de mortalité infantile
00:30en France.
00:314,1 décès pour 1000 naissances.
00:32Dix départements ne comptent plus qu'une seule maternité.
00:35Pour les femmes, les conséquences de cette désertification, c'est évidemment l'éloignement
00:39des maternités avec une conséquence claire, l'accentuation des risques de mortalité.
00:45Depuis 50 ans, les petites maternités ferment une à une.
00:49Ça vient de décisions politiques, d'abord justifiées, parce que ces établissements,
00:53ces petites maternités, ne réunissaient pas toutes les conditions de sécurité.
00:57Sauf que, peu à peu, on allait beaucoup trop loin dans cette logique.
01:01Cette logique avait pourtant amené des résultats, elle avait réduit largement le taux de mortalité
01:04entre 1972 et 1998.
01:06Mais à partir de 1998, on a voulu accentuer cette logique sans forcément penser au maillage
01:12territorial et la conséquence, c'est forcément l'apparition de déserts médicaux, mais
01:17c'est aussi la surcharge des grands établissements jusqu'à créer des usines à bébés.
01:22Et ça, ce sont les sages-femmes qui nous en parlent.
01:24Dans ces grands établissements, les sages-femmes doivent s'occuper de 4, 5, 6 femmes parfois
01:29en même temps.
01:30Donc il faut passer d'un cas à l'autre dans un temps extrêmement rapide, avec tous
01:36les risques que cela comprend.
01:37Tout est dans une sorte de cadence infernale, si on compare à la Suède par exemple, les
01:43sages-femmes peuvent s'occuper d'une seule femme, ce qui améliore forcément la qualité
01:48du suivi.
01:49Un autre facteur qui aggrave cette crise, c'est l'apparition de profiteurs.
01:53Derrière ce mot, on place les maternités privées, alors attention, l'offre privée
01:58pourrait être bénéfique, complémentaire.
02:00Ce qu'on constate, c'est que les groupes privés se détournent de plus en plus de
02:04la maternité parce qu'elles jugent ce secteur-là trop peu rentable.
02:07Elles préfèrent par exemple la chirurgie.
02:09Quand une maternité privée ferme dans un laps très court, ce qui arrive le plus souvent,
02:132, 3, 4 mois, c'est le public qui doit absorber ce flux-là, qui doit l'absorber avec ses
02:19propres moyens.
02:20Et normalement, l'État devrait réagir.
02:22Les ARS sont censées être vigilantes, sont censées donner une autorisation pour pouvoir
02:28fermer.
02:29Sauf qu'aujourd'hui, l'État ne fait rien ou ne peut pas grand-chose et doit donc accepter
02:34cette démission.
02:35Et souvent, pour pallier les conséquences de cette démission du privé, elle doit abreuver
02:41les hôpitaux publics de fonds publics.
02:44Donc on voit que cette démission du privé est financée par l'État pour permettre
02:50aux groupes privés d'accentuer ses profits et de rentabiliser au maximum son activité.
02:55Dans ce contexte de crise, intervient un deuxième groupe de profiteurs, cette fois à l'échelle
03:00individuelle, les intérimaires que beaucoup surnomment dans les allées des hôpitaux
03:05les mercenaires.
03:06Pourquoi ? D'abord, il faut regarder l'état des hôpitaux, c'est-à-dire qu'on manque
03:10de tout.
03:11On manque de pédiatres, de sages-femmes, de génicaux.
03:13Et donc, pour pouvoir fonctionner, il faut avoir du personnel.
03:16Pour avoir ce personnel-là, les hôpitaux ont recours à l'intérim médical.
03:20Les intérimaires, se sachant en position de force, font monter les enchères pour être
03:25mieux rémunérés que s'ils n'étaient salariés, par exemple.
03:29Et donc, ça a plusieurs conséquences, d'abord d'assécher les finances des établissements
03:34et ensuite de désorganiser les équipes qui sont déjà en difficulté, qui croulent déjà
03:39sous la charge de travail, mais qui doivent faire avec ces éléments perturbateurs.
03:43Et on voit que cette désorganisation a des conséquences concrètes sur les bébés et
03:47sur leurs mères.
03:48Un tiers des événements graves sont liés à la présence de personnel non habituel
03:53dans les équipes.
03:54Cette crise, on la doit à des décisions politiques vieilles de 20 ans, avec une seule
03:58obsession à chaque fois, faire des économies sur le dos des hôpitaux, sur le dos des maternités.
04:03Et plus récemment, une autre donnée politique s'ajoute, celle de l'instabilité politique
04:08Depuis 2022, sept ministres de la Santé se sont succédés, c'est le portefeuille
04:13ministériel le plus instable sous Emmanuel Macron.
04:15Et d'ailleurs, plusieurs de ces ministres se confient, dans notre livre, sur l'impossibilité
04:19d'apporter une réponse à la hauteur dans ces conditions.
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