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  • il y a 21 heures
Saïd Abtout, 91 ans, est l’un des derniers survivants du massacre du 17 octobre 1961, à Paris, perpétré alors que les Algériens de la région parisienne étaient appelés par le FLN à descendre pacifiquement dans la rue, contre le couvre-feu qui leur est exclusivement imposé à l’époque.

Les manifestants, présents à la fois pour protester contre ce couvre-feu, mais aussi pour témoigner leur solidarité aux Algériens se battant au pays pour l’indépendance, se heurtent à une répression policière sanglante. La police, sur les ordres de Maurice Papon, frappe à coups de matraques, tire des coups de feu, et jette à la Seine nombre de manifestants, faisant près de 300 morts.

L’Humanité s’est longuement entretenue avec Saïd Abtout, qui revient sur les lieux du massacre, au pont Saint-Michel de Paris, et nous raconte l’horreur de ce triste jour, 60 ans après l’événement.

Rencontre avec un grand homme, qui a connu mille vies en une, qu'il évoque en détail dans cet entretien fort et poignant à l'Humanité.

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Transcription
00:02Je suis sorti du métro ici, d'ailleurs j'étais en tenue de sport, j'étais en short et on
00:09est
00:09aussitôt partis vers le pont. Là c'était un noir de monde sur le pont et là-bas vers le
00:22passage à niveau là-bas, c'est là-bas que les flics sont venus à la rencontre des
00:29manifestants et ils commençaient à tabasser les manifestants, le coup de matraque sur
00:35la tête et une fois tombé il lui écrase la tête avec les chaussures. C'est tout de
00:44suite là où il y a les passages à niveau et un peu plus par ici en avant. La consigne
00:51c'était de ne pas avoir sur soi même pas un canif, c'est une manifestation pacifique.
00:56Il y avait les policiers qui venaient de cet endroit, le Quai des Orfèves, mais c'était
01:04noir de policiers. Et moi j'étais dans les environs là puis je me suis tiré par là.
01:10Je suis retourné vers le métro et il y avait un policier qui me courait dessus, alors j'ai
01:19sauté par dessus le capot d'une voiture, j'ai pu lui échapper. Je suis allé prendre le métro,
01:25puis je suis allé sur la direction de Saint-Germain et j'ai vu là-bas aussi des femmes, des
01:31enfants
01:32à Saint-Germain qui criaient, qui pleuraient, tout ça c'était pas, c'était affreux, c'était pas beau à
01:38voir.
01:39Et c'est ça la manifestation du 17 octobre 61. Ceux qui voient aujourd'hui, qui marchent, qui se promènent
01:50sur le pont et ils se diront jamais qu'une chose pareille pouvait arriver, parce que là non seulement on
01:56a tabassé les Algériens, mais en plus il y en a qu'on a jeté dans la Seine, on leur
02:01a tiré dessus avec des armes pour une manifestation pacifique.
02:06Et être accueillis de telle sorte, il ne faut pas se dire qu'on est dans un monde civilisé.
02:19Saïd Abtout naît le 28 janvier 1930 à Boudjima, à 17 kilomètres de Tixirt sur mer et à 20 kilomètres
02:29de Tiziouzou.
02:33Nous on était des indigènes, les indigènes n'avaient le droit à rien, comme on a été la plupart des
02:40Algériens chassés des bonnes terres, chassés des endroits qui sont bien, qui sont occupés par les colons, les pieds noirs.
02:51Et nous on est dans les montagnes, c'est aride, c'était la misère, pieds nus.
02:59Je me rappelle, j'avais une jule là-bas plein de poux et quand je suis trompé, quand il pleut
03:06tout ça, je dormais avec cette jule là-bas, je n'ai pas quelque chose de rechange.
03:10C'est vraiment la misère quoi. On n'avait ni chauffage, ni toilette, rien du tout quoi. On vivait avec
03:22des bêtes d'ailleurs. Dans les mêmes gourbilles, il y a les bœufs et puis il y a nous, on
03:27partageait les gourbilles.
03:29Il n'y avait pas de nourriture, surtout pendant la guerre 40, on mangeait de l'herbe, on mangeait des
03:35glands, on mangeait n'importe quoi, ce qu'on trouvait comme des bêtes.
03:38On était jeunes, c'est sûr, mais on n'était pas comme toutes les jeunesses. C'était une jeunesse indigène,
03:47une jeunesse de deuxième zone, une jeunesse qui vivotait, qui ne vivait pas.
03:52Donc voilà un peu la jeunesse, notre jeunesse. Malgré que j'ai eu une chance quand même, j'ai bénéficié
04:00de pouvoir y aller à l'école parce qu'à l'époque, on scolarisait 10% de la jeunesse algérienne,
04:12enfin, du moins chez nous. Et les filles n'avaient pas le droit à l'école, il n'y avait
04:17pas d'école de filles. Et là, j'ai un peu profité pour aller pendant près de 4 ans à
04:24l'école.
04:25Et par la suite, quand mon frère a été mobilisé, j'étais obligé de... Le vieux, il était en alphabète,
04:32donc il m'a fait quitter l'école pour aller garder les bêtes.
04:37Voilà un peu ma jeunesse, comment ça s'est passé. Ma mère, elle s'occupait de travailler, aller chercher de
04:44l'eau, faire à manger, nettoyer la cour, là où dormaient les bêtes, tout ça.
04:51Elle est esclave un peu. Elle fait tout dans la maison. Quant aux vieux, il était boucher, itinérant et puis
05:00paysan.
05:00Il faisait l'agriculteur, il faisait aussi boucher. C'est-à-dire qu'il allait sur les marchés, il abattait
05:07une bête et puis après, il vendait la viande.
05:10Et c'est comme ça que, d'ailleurs, moi, je suis devenu un grand crossman parce qu'il avait un
05:15mulet.
05:15Il montait sur le mulet. Moi, je faisais 30-40 km à pied. J'avais 10-12 ans.
05:21À chaque fois qu'il allait marcher. Deux fois, je montais derrière lui sur le mulet, mais j'étais mal
05:27à l'aise. Je marchais souvent.
05:29Je faisais mes 30-40 km. Alors après, je suis devenu un bon crossman.
05:36Il y avait un qui s'est procuré, je ne sais pas comment, la voix de son maître.
05:41Moi, je me demandais comment ça se fait que ça chantait comme ça. Alors, c'était en la remontée à
05:49la main, le magnétophone.
05:52Et quand j'ai entendu la chanson, c'était une Tunisienne qui chantait, je ne revenais pas.
06:00Je me disais comment ça se fait qu'on peut faire des choses pareilles, c'était quand j'étais jeune.
06:08Un magnétophone, écoutez un magnétophone.
06:15Avec les gens du village qui étaient politisés, nos aînés qui nous éveillaient sur la situation, sur la misère, sur
06:24le colonialisme.
06:28Et donc, petit à petit, on s'est imprégné de ces enseignements.
06:34Donc, je commençais à devenir la jeunesse du PPA.
06:37La jeunesse du PPA à 15 ans, à cause de ce qui s'est passé à cette frérata, tout ça.
06:45C'était terrible aussi ce qui s'est passé là-bas.
06:48C'était vraiment, à Carata, il y a un précipice de 150 à 200 mètres où on balançait les gens
06:56vivants, où ils arrivaient en bas morts, bien sûr.
07:01Là, c'était terrible.
07:02Donc, on a commencé comme ça.
07:04D'ailleurs, dans mon village, il y a eu, le Cahid, il y a eu un attentat.
07:08Il a reçu 47 balles avec sa traction avant.
07:14Il a eu de la chance.
07:15Ce n'était pas des gens qui visaient bien.
07:17Il était tout juste blessé au bras.
07:21Il s'en est tiré.
07:22Mais nous, ça nous a éveillés.
07:24Pourquoi on a tiré sur le Cahid ?
07:26Parce que les bienfaits de la colonisation, entre autres,
07:30ceux qui disaient les bienfaits, on a une route.
07:33Cette route, on a plutôt, elle nous emmerdé qu'elle nous rende des services.
07:38C'est une route, il n'y a que le Cahid qui a une voiture.
07:40Et à deux kilomètres avant qu'il arrive, il fallait sortir les bêtes parce qu'il ne faut pas déranger
07:47le Cahid sur la route.
07:48Donc, c'est la route du Cahid.
07:49Ce n'est pas une route pour nous.
07:51Ce qui fait que, voilà, c'est un des bienfaits de la colonisation.
07:55Nous, on avait des barricots pour transporter des choses, mais on n'avait pas besoin de la route.
08:00On n'a rien à transporter sur la route.
08:02On n'avait rien.
08:03C'était pour dire les bienfaits de la colonisation.
08:10J'ai pu quand même fuguer.
08:12Je me suis sauvé.
08:13Évidemment, le vieux, heureusement, qui ne m'a pas empêché de me sauver
08:17parce que mineurs, ils pouvaient arrêter l'opération,
08:23ne pas pouvoir continuer mon trajet.
08:26Mais je suis venu quand même en France.
08:27J'en avais assez avec le système colonial.
08:31J'ai fini même par me disputer un peu avec mon père.
08:35Je n'étais pas d'accord de rester là-bas.
08:39C'était la misère.
08:41D'ailleurs, je n'ai jamais vu un Toubib alors que j'avais 18 ans,
08:47malgré la peste qui est passée en 1944.
08:50J'ai fini par venir en France.
08:54J'avais 18 ans.
08:56J'étais encore mineur en septembre 1948.
09:02Et là, il fallait se défendre.
09:07Il fallait trouver du travail, trouver où se loger, tout ça.
09:14À Alger, j'ai laissé le soleil, à Alger, la blanche, tout ça.
09:18J'arrive à la gare de Lyon, c'était vraiment triste.
09:22Je voyais les murs noirs.
09:23Je voyais, il y avait un brouillard.
09:26Il commençait à faire froid.
09:27Je dis, mais c'est ça la France, c'est pas possible.
09:29Alors, j'ai vraiment été étonné de voir comment c'est Paris.
09:38En fin de compte, après, évidemment, on s'adapte, on découvre des choses.
09:46Paris cache beaucoup de choses ensuite quand on grandit.
09:50Il y a beaucoup de choses à voir.
09:52La littérature, le théâtre, le cinéma,
09:55beaucoup de choses sur le plan culturel petit à petit.
10:05D'abord, j'ai atterri dans un hôtel pourri à Montrouge.
10:10C'était au 75 avenue Aristide-Briand.
10:13C'est un hôtel tenu par un policier.
10:16Et nous, les jeunes, à l'époque, on nous appelait les J-3
10:19parce que notre cadre de ravitaillement s'est marqué J-3.
10:23Alors, c'est souvent les jeunes, on les appelait les J-3.
10:25Alors, j'étais dans cet hôtel au grenier parce que mon frère, c'est lui qui m'avait reçu quand
10:35je suis venu d'Algérie.
10:36C'est lui qui était mobilisé en France.
10:38Et dans cet hôtel au grenier, il y avait deux mètres sur un mètre, le matelas, le sommier était plein
10:48de punaises.
10:49Je n'arrivais pas à dormir.
10:51Et c'était vraiment terrible.
10:53Alors, j'ai dit, je préfère m'engourber en Algérie, dormir par terre que cet hôtel pourri.
10:59Alors, j'ai essayé d'organiser, malgré que j'étais jeune, je suis 18 ans,
11:08j'ai essayé de mobiliser les Espagnols qui habitaient là-bas.
11:12Ils ont dit, nous, on ne peut pas demander quoi que ce soit parce qu'on va nous renvoyer en
11:17Espagne.
11:17C'était des gars qui n'avaient aucun droit.
11:21Ils sont venus, ils se sont sauvés d'Espagne.
11:25Alors que moi, je suis allé au service des garnis à la cité.
11:29Je me suis plaint de l'hygiène de cet hôtel et ils sont venus.
11:35Alors, le policier était en rage après moi.
11:38Alors, mon frère, il a failli me frapper parce que lui, il picolait chez sa femme, Marthe,
11:46qui a un bistrot là-bas et il ne s'occupait pas.
11:50Il avait peut-être sa chambre, il n'avait peut-être pas de bestiole,
11:54mais moi, j'étais gêné.
11:56Alors, les services de garnis, quand ils sont venus,
11:59ils étaient quand même obligés d'améliorer un peu la situation.
12:03Mais je ne suis pas resté longtemps là-bas et j'ai eu de la chance.
12:08Il y avait une personne qui travaillait avec moi,
12:12Céline Moulineau, il m'a trouvé une chambre en face de chez lui.
12:16Il vit aussi, il avait un bistrot, le vieux vissé là.
12:20Et c'était, c'est la rue, ça a dit Carnot, hôtel 3 étoiles, pas de vis-à-vis, deux
12:26fenêtres.
12:26J'étais très, très bien.
12:28Et là, ça a commencé à aller un peu la situation un peu mieux.
12:35Quand j'ai quitté Meaux-Rouge, donc les années 50, j'étais là à Venve.
12:41Et avant, j'ai contacté des copains qui étaient d'abord,
12:45c'était des gens qui vendaient l'humain, on discutait ensemble.
12:49Et puis, en même temps, ils étaient les amis de la nature.
12:52Et c'est comme ça que j'ai adhéré.
12:55Et je sortais avec eux en camping, on allait un peu partout, Fontainebleau, partout.
13:02Et en même temps, je discutais avec eux politique.
13:06C'est comme ça que j'étais de plus en plus sensibilisé à ce que faisait à l'époque le
13:14PCF.
13:15Je n'étais pas encore adhérent parce que j'étais au MTLD, j'étais organisé au MTLD.
13:24Petit à petit, il faut apprendre les choses.
13:27Ce n'est pas du jour au lendemain, on peut devenir un militant communiste.
13:32Personnellement, au MTLD, j'étais bien engagé.
13:37Vraiment, tous les dimanches, je vendais à Algérie Libre, qui était un journal du MTLD.
13:46Tous les dimanches, dans la rue de l'Ouest, en 14e.
13:52C'est comme ça que j'ai connu un tas de gens.
13:55J'ai connu pratiquement tous les responsables qui étaient au GPA par la suite.
14:01J'ai connu Mohamed Diazid, il était encore à terminer ses études.
14:06Rue Xavier Privat, on avait donc là-bas un siège.
14:09Quand j'ai vendu le journal, j'allais lui apporter de l'argent du journal.
14:15On se réunit sur la rue du Château, chez Mohamedou Idir, toujours dans le 14e.
14:21C'est comme ça que je faisais du sport avec les Amis de la Nature, de la politique avec le
14:27MTLD,
14:28et du syndicat au boulot, au travail.
14:32C'est d'ailleurs comme ça que, petit à petit, quand je suis arrivé à Bagneux,
14:40j'ai commencé, quand j'ai commencé, je ne sais pas, j'ai adhéré, c'était le 1er mai 54,
14:49au PCF.
14:51Et là, j'ai commencé, je suis devenu CDH, je diffusais la VO.
14:55Et c'est comme ça aussi que j'ai eu l'honneur de me réunir des fois avec Cachin.
15:00C'est arrivé qu'on ait tenu une réunion où il parlait de la presse du cœur.
15:04C'était le journal L, le journal L à l'époque.
15:08J'habitais dans la bibliothèque municipale, mais qu'il y avait aussi le local du parti là-bas.
15:14Alors, pour tirer le stencil, les affiches collées, tout ça, j'étais très dynamique aussi dans le parti.
15:22Et là, en 55, j'ai même fait l'école centrale du parti.
15:28Et là, l'école centrale, c'est réservé aux membres du comité central.
15:32Je me rappelle de le directeur un certain Parino, moi je faisais toujours mon sport.
15:38Je me levais le matin, je faisais un cross, et lui, ça le travaillait.
15:41Lui, il ne doit pas être, c'est certainement pas un sportif.
15:46Et une fois, il m'interpelle, il me dit ça, tu crois que Lénine faisait du cross ?
15:52J'ai dit, tu crois que moi, je veux devenir Lénine ?
15:56Alors, ça n'a pas dû lui plaire, mais en tous les cas, je lui ai répondu du tac-o
16:01-tac.
16:01Je lui ai dit, moi, je fais mon sport quand même.
16:04Si ça t'embête, tant pis.
16:07Alors, moi, le sport, c'est sain, c'est utile, même pour les communistes.
16:14Si on est en bonne santé, on travaille mieux, on lutte mieux, on s'organise mieux.
16:23Avec la police, souvent, on a des...
16:31Personnellement, comme je travaillais dans la mairie de Bagneux, je m'en tirais un peu.
16:38Mais la plupart des foyers nord-africains, toujours, il y a des interventions des flics,
16:44il y a toujours des problèmes, de la répression.
16:47Une fois, à Mont-Rouge, ils m'ont arrêté aussi, c'était après 22 heures.
16:54Et puis, j'avais ma moto, il y avait des tracts dans les sacoches, c'était pendant la guerre,
16:59alors pendant le couvre-feu, là.
17:02Alors, j'avais un blouson, des bottes, tout ça, et les flics, ils s'amènent,
17:09et puis, ils nous braquaient, les mains en l'air, alors je rigolais.
17:13Alors, il y avait un flic, ça ne lui a pas plu.
17:16Alors, il vient, il pouscule comme ça, avec la mitraillette, il me dit,
17:20ta gueule, qu'est-ce que tu rigoles, ça te plaît, ça.
17:27Cette journée, pour moi, c'était le soir, le gars pour qui j'ai payé la cotisation au FLN,
17:37il est venu me dire, voilà, demain, on manifeste au quartier latin,
17:42à telle heure, il faut être là-bas, il ne faut pas prendre,
17:46même pas un canif sur soi, c'est une manifestation non-violente.
17:54Alors, évidemment, personnellement, je savais qu'il allait avoir du grabuge,
18:00j'étais un peu réticent, mais je suis quand même allé.
18:04Et là, ce jour-là, d'ailleurs, j'avais une réunion en AFS, j'étais rue de la Bruyère,
18:10et c'est de là-bas que je suis descendu direct à la marche,
18:15comme c'était des sportifs, donc j'étais en tenue, en short, tout ça.
18:20Et quand je suis arrivé sur le pont là-bas,
18:27quand on a commencé à marcher,
18:30à peu près quelques...
18:32À peine qu'on a franchi le pont,
18:37la rencontre s'est opérée avec la police.
18:40La police, il est venu déchaîner,
18:43et a commencé le massacre.
18:45C'était inouï.
18:47C'était vraiment, de toute ma vie,
18:50je me rappellerai toujours de ce carnage vraiment dégueulasse.
18:56C'est sauvage.
18:58C'est vraiment une sauvagerie inouïe.
19:00Pour pouvoir tabasser des gens qui avaient les mains dans les poches,
19:06et lui, elle leur donnait les coups sur la tête.
19:09Et en plus,
19:10il y a des endroits que même,
19:13ils ont tiré même à la mitraite,
19:15ils ont tué des gens,
19:17et là, du côté de Nanterre,
19:19du côté un peu partout,
19:21ils ont jeté les gens à la Seine,
19:23ils ont massacré.
19:25C'était affreux, vraiment, c'était affreux.
19:28Des centaines de morts quand même.
19:30Le lendemain, le papon, le traite-papon,
19:34il disait qu'il y a eu trois morts.
19:38Alors, jusqu'à ce jour,
19:41on ne sait même pas combien il y a eu de morts,
19:44parce que ceux qui sont jetés dans la Seine,
19:47qui sont morts,
19:48qui ne savaient pas nager,
19:52qui n'ont pas pu s'en sortir,
19:54jusqu'à maintenant,
19:56les parents habitent en montagne quelque part,
19:59ils ne savent même pas à qui réclamer,
20:02et puis ils sont partis.
20:04C'est pour ça qu'on ne sait pas encore combien il y a eu de morts.
20:08Qu'est-ce que c'est un crime d'État ?
20:13Qu'à 60 ans après,
20:16qu'on puisse reconnaître que c'est un crime d'État,
20:19c'est de la moindre des choses,
20:21parce que vraiment,
20:22c'est l'État qui a organisé ce crime,
20:25ce n'est pas quelqu'un d'autre.
20:27La police,
20:29c'est aux ordres de papon,
20:33et papon, il était préfet quand même.
20:35Donc c'est l'État qui a organisé ce massacre.
20:43J'ai entendu l'autre fois à la radio
20:45un certain Zabouche,
20:48qu'on appelle Zemmour et Éric,
20:50qui disaient que De Gaulle a donné
20:52l'indépendance à l'Algérie.
20:56Il se fout le doigt dans l'œil,
20:58pour moi, c'est vraiment faux et archi-faux,
21:01pour la bonne raison
21:04que De Gaulle avait mené la guerre d'Algérie
21:07pendant 5 ans.
21:09De Gaulle, il a essayé la paix des braves.
21:13De Gaulle, il a essayé le couteau aux vestiaires.
21:17De Gaulle a dit que l'Algérie,
21:21c'était la France,
21:22de Dunkerque,
21:23de la Rassette.
21:24Alors, tenons compte de tout ce qu'il a fait,
21:27ajoutons à cela,
21:28qu'il a fait venir deux responsables de l'ALN,
21:32l'armée de libération,
21:34clandestinement,
21:35pour encore essayer de semer la zizanie dans l'ALN,
21:39pour pouvoir casser l'armée de libération.
21:42Et c'était parmi les deux,
21:44il y avait un certain Zammoum, d'ailleurs.
21:49Alors, tenons compte de tout cela.
21:51Tenons compte qu'à Alger,
21:53ce n'était plus l'ALN qui menait le...
21:56L'ALN, elle a été affaiblie,
21:58l'armée de libération nationale,
22:00mais le drapeau a été repris par le peuple.
22:05En 1960, à Belcourt,
22:08il y a eu une manifestation populaire,
22:11un soulèvement des gens,
22:12tout le peuple,
22:13qui demandait l'indépendance.
22:16Le 17 octobre à Paris,
22:171961,
22:19tous les travailleurs,
22:20tous les Algériens,
22:21qui demandaient l'indépendance.
22:24Ensuite, il y a eu une pression
22:26sur l'ONU,
22:29que De Gaulle appelait le grand machin.
22:32Il y a eu une...
22:33Le GPA qui a été soutenu,
22:36même les Américains ont soutenu l'Algérie.
22:39C'est pour ça qu'on a la place Kennedy à Elbiard.
22:42Eh bien, la France,
22:44elle a été acculée.
22:46Ajoutons à cela,
22:48Charonne.
22:48Charonne, c'était aussi le peuple de France
22:50qui commençait à prendre conscience.
22:52Non seulement ça coûte cher,
22:54non seulement un tue désappelé là-bas,
22:56et que pour les beaux yeux,
22:59décolonialistes.
23:01Alors, ce qui fait que
23:02De Gaulle, il a été acculé.
23:04Il faut ajouter que le GPRA l'a menacé.
23:07On lui a dit,
23:08si vous ne voulez pas négocier,
23:10nous, on va faire appel
23:12à la Chine et à l'Union soviétique.
23:14Une intervention.
23:16Alors, De Gaulle,
23:17comme il était malin,
23:18il ne faut pas perdre l'Algérie,
23:20ce qui fait qu'il était obligé
23:23de négocier pour sauver les meubles
23:26pour que l'Algérie reste
23:27dans le jalon de la France.
23:30Alors, voilà un peu
23:32pour faire un démenti
23:34de ce que disait
23:35le fameux Zemmour.
23:41Sauf ce qui était organisé
23:43dans le FLN,
23:44les gens,
23:45le 17 octobre,
23:47beaucoup de gens vous disent,
23:48on ne connaît pas.
23:49Et surtout,
23:50chez les Français,
23:51alors, en n'en parlant pas.
23:52Les Français,
23:54c'est rare celui qui...
23:55Il n'y a que les vieux,
23:57les anciens,
23:57ceux qui ont vécu à l'époque.
24:00Mais les jeunes ne connaissent pas
24:02parce qu'on ne l'écrit pas
24:05dans les livres d'école.
24:08On n'enseigne pas
24:09ce que c'est que le 17 octobre.
24:11Il faudrait qu'un jour
24:12qu'on puisse l'écrire
24:15pour l'histoire
24:16et dire les choses,
24:18la vérité.
24:19Il n'y a pas que ça.
24:20Les problèmes
24:22entre l'Algérie et la France
24:24des litiges,
24:25il y en a un gogo.
24:29Ma France,
24:30à moi,
24:30c'est l'international.
24:32C'est d'abord
24:33que celui qui vit
24:35de son travail,
24:36c'est mon frère.
24:37Ce n'est pas parce que...
24:39Il peut être un Algérien,
24:41il peut être mon vrai frère
24:43de père et de mère
24:44et il peut avoir
24:45des idées contraires à moi
24:46qu'il exploite des gens
24:49ou qu'il ait de la richesse.
24:52Pour moi,
24:52je dois le combattre.
24:54Moi, je suis un international.
24:56et je suis pour qu'il y ait
24:59une solidarité
25:00entre les Algériens
25:03et les Français.
25:05Celui qui vit de son travail,
25:07c'est celui-là ton frère.
25:10Alors, donc,
25:12malheureusement,
25:13ça se perd.
25:15Ça a existé,
25:16il fut un temps,
25:17depuis que l'Union soviétique,
25:22c'était un château de cartes.
25:24qu'il y a eu
25:25l'élitine
25:28et toute la clé
25:29que l'Union soviétique
25:31est tombée.
25:33L'international est parti avec.
25:35Aujourd'hui,
25:36on n'en parle pas.
25:37Il n'y a pas cette solidarité.
25:38On ne la sent pas,
25:39on ne la voit pas.
25:40Et c'est un autre amende.
25:44D'ailleurs,
25:44ça se répercute
25:46dans les organisations populaires,
25:49en particulier le PCF
25:51ou la CGT.
25:53On voit beaucoup moins
25:55de militants,
25:56de gens organisés
25:57qui luttent.
25:58Le peuple de France,
25:59il a sa part de responsabilité.
26:01en parlant de la classe ouvrière,
26:04en parlant des ouvriers,
26:05comment se fait-il
26:06qu'il y a ce relâchement ?
26:09On arrive aujourd'hui
26:12à croire que même,
26:13y compris dans la classe ouvrière,
26:17il y a des gens
26:17qui ne peuvent pas admettre,
26:20qui sont presque d'accord
26:21avec ceux qui veulent chasser
26:23les immigrés de France.
26:25C'est malheureux.
26:27Quand ça vient d'un raciste,
26:31quand ça vient des lépanistes
26:34et consorts,
26:35ce n'est pas étonnant.
26:36Mais que ça vienne
26:37des gens du peuple,
26:39des gens qui ne veulent pas voir
26:42les immigrés sont en raison.
26:45Ils doivent savoir
26:46que les immigrés,
26:47quand ils viennent ici,
26:48ce n'est pas de quitter de cœur
26:49qu'on quitte son pays
26:50et qu'on vient vivre tout seul ici.
26:53et quitter ses parents
26:56et c'est quelque chose quand même.
26:59Moi, je l'ai vécu.
27:03Quand j'ai perdu ma mère ou mon père,
27:05je ne les ai pas vus enterrés.
27:07Ils ont souffert.
27:08Mon père est devenu fou
27:10à cause de la guerre d'Algérie.
27:12Il est mort en 1958
27:14parce qu'on a arrêté la famille
27:16et puis il est devenu fou.
27:17Il est mort de cette folie.
27:21Et le peuple de France,
27:23pour moi,
27:23j'ai vécu avec des camarades,
27:26de la solidarité,
27:29mais que je ne sens pas aujourd'hui,
27:31malheureusement.
27:32Il fut un temps.
27:33Maintenant, aujourd'hui,
27:35pour d'autres raisons peut-être,
27:39je ne vois pas
27:41cette solidarité
27:42qu'on a vécue
27:43il fut un temps.
27:51Moi, j'aime les pois-siches.
27:55On n'est pas des surhommes.
27:56Il y a des trucs qu'on oublie.
27:58à l'époque,
28:00quand on était jeunes,
28:02on chantait des chansons
28:03qu'on ne se rappelle plus après.
28:07Mais des chansons révolutionnaires,
28:10par exemple,
28:10il y a une chanson,
28:12tiens, je vais te chanter celle-là.
28:13Celle-là, je me rappelle à peu près.
28:15Celle-là, je me rappelle à peu près.
28:45La la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
28:59la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:03la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:04la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:05la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:06la la la la la la la la la la la la la la la la la la la la
29:06la
29:21On a mis un panneau pour rappeler le 17 octobre 1961, on n'a même pas mis les armes qu
29:29'on
29:29a utilisées, jetées à la Seine, tirées dessus avec des armes à feu, les manifestants
29:35ils avaient le droit à tout, à tous les moyens pour se faire tuer, voilà ce qu'on
29:40gagne quand on ose réclamer son indépendance, il fallait rester sous la
29:45tutelle du colonialisme, la misère du colonialisme, et quand on bouge, on reçoit
29:53les bienfaits de la pacification. 60 ans après, est-ce que les livres parlent,
30:01est-ce que le cinéma, est-ce que les informations, est-ce que les écoles enseignent cette journée
30:08du 17 octobre ? Non, il n'y a rien, on veut l'ignorer comme si elle n'a pas
30:13existé.
30:14C'est quand même malheureux qu'on n'a même pas voulu mettre ce mémorial à la vue et à
30:21la lecture du public, on l'a mis sur le côté avec des lettres toutes petites, avec la couleur
30:28qui cache un peu les lettres, c'est vraiment, on ne peut pas faire mieux que d'ignorer ceux
30:37qui sont morts, ce n'est pas pour les représenter aujourd'hui, parce qu'on pouvait faire mieux
30:42que ça quand même, on pouvait faire un panneau plus lisier, plus grand, mais disons que c'est
30:51mieux que rien. Et jusqu'à la fin de nos jours, on se rappellera de ce massacre qui a été
30:58fait ici.

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