00:00Elles et ils vivent tous les jours, au quotidien, ce que c'est que la réalité de l'école et
00:05des établissements scolaires dans le département de la Seine-Saint-Denis.
00:07C'est-à-dire des plafonds qui s'effondrent, des infestations de rats, de cafards, des infiltrations d'eau, des
00:12moisissures.
00:13Dans plus de 60% des établissements du département, à la rentrée, il y avait plus d'un enseignant ou
00:17d'une enseignante qui n'étaient pas remplacés.
00:19En cette journée de grève nationale de la fonction publique, un secteur a notamment répondu présent pour faire valoir ses
00:25droits dans la rue.
00:25Il s'agit du corps enseignant. Les syndicats mobilisés depuis février ont appelé l'ensemble des agents d'éducation à
00:32se réunir dans plus de 120 rassemblements et manifestations dans toute la France,
00:36comme ici à Paris, près des jardins du Luxembourg, au cœur de leurs revendications, l'amélioration de leurs conditions de
00:42travail et surtout la revalorisation de leurs salaires.
00:45On se retrouve avec un manque structurel de moyens qui rencontre l'offensive de liquidation de l'école publique menée
00:53par le gouvernement.
00:53C'est cette conjonction-là qui a créé la colère massive qui s'exprime depuis le 26 février.
00:59Elle s'exprime d'abord du côté des personnels, dans des assemblées générales extrêmement nombreuses.
01:03On pense à 100, 150, 200 personnes parfois dans l'épicentre de la mobilisation autour de Sevran et Aulnay-sous
01:09-Bois notamment.
01:10Mais cette mobilisation, elle s'est étendue, elle s'est aussi élargie.
01:12C'est-à-dire que le périmètre n'est plus seulement celui des personnels, il est celui des élèves.
01:15On pense à la mobilisation notamment virale des élèves du lycée Bessandrars à Sevran.
01:21Mais elle est aussi celle des parents d'élèves, bien entendu, qui nous ont rejoints dans cette lutte.
01:25Parce qu'on a une offensive gouvernementale en cours, qui est celle du choc des savoirs,
01:29qui est la phase terminale du projet gouvernemental de liquidation de l'école publique.
01:33Une école du tri, du séparatisme, du tri social néolibéral, du clivage, de la séparation des élèves.
01:39Du flic pour l'école publique !
01:42Du flic pour le 93 !
01:45On nous avait prévenu qu'on commencerait dans le 93, on nous avait dit que la situation était souvent compliquée.
01:51Mais souvent, on veut nous faire croire que c'est parce que les élèves sont compliqués.
01:54Or, les élèves que j'ai retrouvés dans le 93, c'est les mêmes élèves que partout.
01:58Il y a des enfants en difficulté, il y a des enfants qui sont brillants,
02:00il y a des enfants qui sont jeunes, d'autres qui sont en crise d'adolescence,
02:05d'autres qui sont très sérieux, très matures pour leur âge.
02:07C'est vraiment les mêmes élèves qu'ailleurs.
02:08Par contre, il y a des problématiques sociales ici qui sont effectivement généralement plus dramatiques qu'ailleurs
02:15parce qu'on est dans un département plus populaire, avec des familles qui sont dans des situations sociales plus compliquées.
02:21Mais ça, ça ne se retranscrit pas, particulièrement dans le comportement de nos élèves.
02:26Par contre, ce qui va vraiment aggraver les choses, c'est qu'ils sont trop nombreux pour pas assez de
02:31personnel,
02:32pas assez d'adultes pour les écouter, pas assez d'adultes pour garder un oeil sur eux, pour voir quand
02:36ça ne va pas.
02:37Et donc du coup, quand il y a des tensions, quand il y a des élèves qui sont dans des
02:40situations difficiles, personnelles, etc.,
02:42ils ont moins l'opportunité de s'adresser à quelqu'un.
02:45Et rapidement, ces situations, elles peuvent prendre un tournant plus dramatique chez nous qu'ailleurs.
02:56Là, on attaque notre quatrième semaine de grève au lycée Blaise Sandrard.
03:00Il y avait encore 60% de collègues en grève aujourd'hui.
03:03Il y avait 25 parents d'élèves ce matin devant notre piquet de grève.
03:07Des élus, des élèves qui sont encore en blocus, piquets de grève, en continu depuis quatre semaines.
03:14Ça continue, ça va encore continuer jusqu'à ce qu'on obtienne quelque chose.
03:17Nos anciens collègues, ils nous disent qu'en 98, c'est le plus gros mouvement du 93 pour l'éducation.
03:22C'était une mobilisation qui était moins importante que ça, qui avait grossi.
03:26Nous, on va encore faire mieux qu'eux, on va faire plus gros qu'eux et on va aller chercher
03:29plus de moyens qu'eux à l'époque.
03:31Une mesure cristallise particulièrement les tensions, l'instauration de groupes de niveau en français et en mathématiques.
03:37Après des semaines de désaccords entre le Premier ministre Gabriel Attal et la ministre de l'Éducation nationale Nicole Belloubet,
03:44l'arrêté prévoyant le regroupement des élèves de 6e et de 5e a été publié au journal officiel ce dimanche
03:5017 mars.
03:51Le corps enseignant dénonce cette réforme car il craint un tri social.
03:54Dans l'idée de pouvoir travailler avec moins d'élèves, nous c'est vrai que c'est vraiment une de
04:01nos demandes.
04:01Mais en fait, le fait de permettre aux élèves de se rencontrer dans leur diversité, avec leurs différentes appétences,
04:10c'est ça aussi qu'on appelle justement l'égalité des chances.
04:13C'est de venir dire que nos territoires sont riches et que les savoirs ont plein de formes.
04:20Et que c'est vraiment dommage en fait de venir stigmatiser justement ainsi qu'est-ce que le savoir, qu
04:27'est-ce que la réussite.
04:29Alors qu'en fait, voilà, il y a plein de façons de réussir.
04:32Et je pense qu'on est beaucoup de professeurs à vouloir soutenir justement cette philosophie-là.
04:44Nous, on nous a expliqué qu'en gros, pour le français et les mathématiques, si on prend trois classes, on
04:49les divise en quatre groupes.
04:51Ça veut dire qu'on va rajouter une heure en plus, le temps des mathématiques et le temps du français.
04:58Où est-ce qu'on va trouver tous ces enseignants et ces nouveaux enseignants et enseignantes qui vont donner des
05:02cours de mathématiques et de français ?
05:03Déjà qu'on a des problèmes de remplacement de nos collègues qui, quand ils sont en arrêt, ne sont pas
05:08remplacés ou peu remplacés.
05:10Donc là, c'est une vraie problématique, pratique aux pratiques, où on les met et avec qui.
05:14Les infirmières, en collègue, les soignants, en collègue, les ministères, en collègue.