00:00Des façades de lycées brûlées comme ici à Nantes.
00:04Des surveillants visés par des tirs de mortiers à Drancy.
00:08Ou encore ce camion de pompiers incendié à Marseille.
00:12Partout en France, la mobilisation des lycéens s'embrase.
00:17Entre les violences qui émaillent les manifestations.
00:23Le broie politique qui les entoure.
00:25Bloquez les lycées, manifestez !
00:28Je crois qu'on peut le qualifier d'emblée de violences urbaines.
00:30Les nombreuses revendications des lycéens semblent s'effacer.
00:33Le vrai risque pour les lycéens aujourd'hui, c'est qu'on ne retienne plus que ces violences.
00:37Qu'ils viennent dans le lycée Coléluard voir les conditions et les résultats de son travail.
00:45Retour sur le mouvement qui enflamme les lycées depuis une semaine.
00:49Tout commence en banlieue parisienne le 17 septembre.
00:52C'est un lycée du Val-de-Marne, le lycée Saint-Exupéry à Créteil,
00:57qui a deux semaines environ s'est mobilisé.
00:59C'est parti d'abord des enseignants qui ont fait une grève pour réclamer même plus de moyens.
01:03Et puis les lycéens leur ont emboîté le pas.
01:07C'est le premier lycée qui s'est mobilisé.
01:09Et ensuite, ça a fait tâche d'huile.
01:11Le 25 septembre déjà, des débordements apparaissent.
01:17Et surtout, les images font le tour des réseaux sociaux.
01:19Il y a eu la viralité, on va dire, des vidéos essentiellement sur TikTok,
01:24qui a fait que beaucoup de lycéens se sont sentis solidaires,
01:28des autres élèves de banlieue notamment.
01:30Et le mouvement s'est peu à peu répandu à toute la France.
01:35Avec la même musique.
01:38Les mêmes phrases.
01:40Le OV, ton lycée a parfois le blocus.
01:44Et les mêmes affiches détaillant les revendications.
01:468h-18h, nous passons une heure de trajet pour certains.
01:49Trop de charges de travail.
01:5035 par classe.
01:51Des pauses de 35 minutes pour manger.
01:53Les lycéens se donnent rendez-vous pour dénoncer de multiples dysfonctionnements.
01:57La raison principale de pourquoi on fait des blocus, c'est par rapport au téléphone.
02:01Il fait super chaud dans les salles et qu'il n'y a pas de climatisation.
02:04En hiver, il fait trop froid.
02:06Le manque de matériel, le manque de professeurs.
02:08Il y a un manque de moyens.
02:09On n'a pas assez de chaises.
02:10Il y a au moins une classe de 40 élèves dans une classe qui ne fait pas beaucoup de mètres
02:13carrés.
02:14On finit tard.
02:15On a une pause d'une heure, mais à la cantine, c'est 40 minutes la queue.
02:18Ça dure après, il nous reste 10 minutes pour manger.
02:20Et qu'on en a marre, tout ça, on a envie de nous entendre.
02:22Certains n'ont pas des cours de français, certains n'ont pas cours de mathématiques.
02:26Donc ça, c'est la revendication première.
02:29Et puis, il y a tout ce qui concerne aussi la dégradation des établissements scolaires.
02:34Ces dernières années, il y a eu beaucoup d'images qu'on a pu voir avec des plafonds en mauvais
02:39état,
02:40des murs en mauvais état, des toilettes qui ne fonctionnaient pas.
02:43Ces images, elles viennent du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis,
02:46qui a concentré l'attention depuis ce lundi 28 septembre.
02:53Les élèves dénoncent la vétusté de leur établissement via un compte dédié.
02:56Là, là, là, là, là, bébé, là, voilà.
03:01Et ils ne sont pas les seuls.
03:03On a un blesse Sandrard, évidemment qu'on n'a pas de plafond dans nos toilettes et qu'on fait
03:06pique dans le noir.
03:06Je suis une élève à un blesse Sandrard en 93, évidemment qu'on n'a pas de table pour faire
03:10court.
03:12Excusez-moi, est-ce que vous avez des chaises ?
03:13Il y a plein de murs, la peinture, elle est moisie et c'est assez frite et tout.
03:17Il y a des couloirs où il y a des fuites.
03:19Moi, je me souviens, l'an dernier, il y avait un couloir entier où il y avait plein d'eau
03:22partout et on ne pouvait pas passer.
03:24Il y a plein de choses qui ne vont pas dans le lycée et moi, je trouve que ce n
03:26'est pas abissime.
03:27Ces conditions indignes ont poussé des lycéens parisiens à apporter leur soutien aux autres lycées de banlieue.
03:32Les mêmes qui dénonçaient en deux poids de mesure entre les conditions à Paris et le reste de la France.
03:37Une autre revendication, c'est la répression que les jeunes subissent, que ce soit depuis des années, que ce soit
03:43dans les banlieues, que ce soit dans les lycées.
03:45Et on voit qu'il y a vraiment un traitement de faveur.
03:47Nous, on est des petits privilégiés.
03:49Les filles qui ne nous tombent pas dessus, en tout cas, cette année, pour les revendications qu'on fait là,
03:53pour les blocus, ils ne sont pas encore tombés dessus.
03:56Cette solidarité entre lycéens n'est pas l'unique raison de la multiplication des blocus.
04:00La grève de la fonction publique du 29 septembre a joué une sorte de rôle de catalyseur et une sorte
04:09de convergence des luttes, on va dire.
04:12Et puis, il y a eu des images avec des lycéens blessés, notamment en banlieue parisienne.
04:19On a vu un jeune lycéen qui a été blessé au niveau de la bouche avec un tir de cougar
04:25qui a certainement, en tout cas, c'est ce que disent les lycéens, qui a exacerbé la colère et qui
04:33a fait que le mouvement s'est répandu.
04:37Et l'effet de violence entre policiers et lycéens se multiplie.
04:41Nous déplorons 83 membres des forces de sécurité intérieure qui ont été blessés aujourd'hui, à date, ce qui est
04:50évidemment extrêmement significatif.
04:53Et systématiquement, les forces de sécurité intérieure sont intervenues, systématiquement, quand il y avait des troubles à l'ordre public,
05:00des exactions.
05:01Et le nombre d'interpellations, donc au moment où je vous parle encore une fois, est de 625. 625 interpellées.
05:08Le gouvernement hausse le ton.
05:09Il y a des troubles à l'ordre public, des violences, des exactions.
05:12Il y a une intervention systématique des forces de sécurité intérieure et qui prend en compte, bien évidemment, le fait
05:18qu'en phase 2, pour la plupart, ce sont des mineurs.
05:21Et point du doigt des responsables politiques.
05:24Je ne vais pas ici laisser penser qu'au fond, notre jeunesse n'aurait pas de légitime débat à avoir,
05:31de légitime crainte et puis des adhésions.
05:34Tout ça fait partie de la vie démocratique et c'est une bonne chose.
05:38Par contre, aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence.
05:44Et en aucun cas des responsables politiques, le terme en espèce est mal choisi, ne saurait légitimer une violence au
05:51carré.
05:51On a vu beaucoup de responsables aller devant les lycées pour exciter les élèves.
05:55Je pense que c'est grave.
05:56On a beaucoup vu le gouvernement se plaindre de récupération en parlant très clairement de la France insoumise.
06:05On peut parler de capitalisation, en tout cas.
06:08Ce qui est clair, c'est que quand on voit des élus de la France insoumise, puisqu'on parle de
06:13ce parti politique,
06:14venir devant des lycées, on l'a vu avec les députés Louis Boyard ou Clémence Guettet ou le maire de
06:20Saint-Denis, Bali Bagayoko.
06:23Ce qui est clair, c'est qu'ils savent très pertinemment qu'environ 47% des jeunes envisagent de voter
06:30pour Jean-Luc Mélenchon.
06:31Donc le message quand ils viennent sur ces mobilisations lycéennes est très clair.
06:35C'est en gros, votez pour nous et ça changera.
06:44Malgré les appels au calme demandés par le gouvernement, le mouvement continue de progresser.
06:49Ce mercredi, 356 lycées étaient bloqués dans toute la France.
06:52Et ce jeudi, les forces de l'ordre ont procédé à plus de 1900 interpellations, avec des dégâts toujours plus
06:58importants.
06:58Le problème, c'est que la sortie de crise semble complexe et les solutions pour calmer la colère lycéenne incertaines.
07:04C'est difficile à dire parce que le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé hier la mise
07:13en place d'une plateforme de concertation.
07:16Si on a bien compris, c'est un endroit où les lycéens pourront avancer des doléances.
07:23En tant que spécialiste, je doute que cela puisse apaiser la colère lycéenne.
07:28Non, ce que réclament les lycéens, ce sont des moyens, mais vu le budget et l'austérité budgétaire, en tout
07:36cas qui a été annoncé par le gouvernement pour le projet de loi de finances 2027,
07:40et le peu de marge de manœuvre qui s'offre au ministre de l'Éducation nationale,
07:46ça va être compliqué de pouvoir coller avec les revendications des lycéennes, en tout cas de mettre en place des
07:53solutions sonnantes et trébuchantes.
07:56Sauf que des fonds, il en faudra pour pallier les manques de moyens et aussi les dégradations des lycéens de
08:00ces derniers jours.
08:01Il y a beaucoup de lycéens aujourd'hui qui se plaignent de ces débordements et qui affirment ne pas être
08:07les auteurs.
08:09On ne consonne pas la casse, nous on est vraiment venus pour défendre nos droits, parce qu'on a des
08:12horaires de...
08:12On n'a pas des horaires terribles, on fait des 8h, 18h et c'est pas normal.
08:16Déjà à l'école, il n'y a pas de chauffage, en hiver il fait froid.
08:18En été, il fait trop chaud.
08:19On est 30, on est trop, il manque beaucoup trop de profs. Parfois on a des profs, ils sont absents,
08:24on n'a pas cours.
08:25Comme souvent lors des manifestations, en tout cas lors de ces mouvements collectifs,
08:30il y a ce qu'on peut appeler des casseurs qui semblent se joindre, en tout cas infiltrer la mobilisation
08:37lycéenne.
08:38Un proviseur me disait encore ce matin que les lycéens sont en train de se faire confisquer le mouvement.
08:44Le vrai risque pour les lycéens aujourd'hui, c'est qu'on ne retienne plus que ces violences et que
08:49leurs revendications passent au second plan.
08:51Ils ne vont pas nous écouter, ils ne vont pas nous entendre.
08:55Et quand on fait des blocus, là on a un peu plus de chance que les gens nous écoutent.